‹ De Paris a AgenChapitre 82 sur 154 · LA SOUTERRAINE · texte numérisé non relu

LA SOUTERRAINE

saillie des contre-forts. Au-dessus se dresse un épais clocher carré, dont la base est couverte aux deux angles par un lanternon octogone, à toit conique en écaille, addition d'ailleurs d'une restauration récente. De ses trois étages séparés par des filets à modUlons, le premier est percé de fausses baies d'ogives, le second, sur chaque face, de doubles fenêtres inégalement hautes et profondes, le troisième , couronné de fausses arcades, que - surmonte un toit pointu et octogonal. La nef (kO mètres de longueur sur 7 de largeur), formée de cinq travées et de deux collatéraux très-étroits (1 mètre 42 de largeur) avec voûte d'arêtes en plein cintre, s'interrompt brusquement au transsept.La première travée, ogivale, et supportée par de lourds piliers écrasés où s'attachent des colonnes cylindriques hérissées de chapiteaux grotesques, est recouverte d'une coupole ronde percée au centre d'une lunette circulaire pour l'ascension des cloches; la seconde travée , quoique de même date (1070), est voûtée en berceau. Le reste de la nef est plus moderne d'un siècle (1195), comme en feraient foi les délicatesses d'une architecture en voie de se transformer pour passer du roman fleuri aux variétés infinies de l'ogive. Quatre faisceaux de'piliers, qui entrecoupent les deux larges bras du transsept (10 mètres de largeur) y forment comme des bas côtés dans une nef. Au-dessus de la croisée repose une demi-coupole ovale trouée d'un oculus. L'inscription de la voûte : /. Lavaud, anno 1807, indique sans doute une- restauration. L'abside se termine brusquement par un chevet carré percé d'une large fenêtre lancéolée que bordent des groupes gracieux de colonnettes engagées le long des murs, et dont les nervures rondes vont se réunir à la voûte ogivale, spécimen complet de l'art du xm e siècle. Toutes les autres fenêtres de l'œuvre sont en plein cintre.

Au-dessous du chœur s'étend une vaste et célèbre crypte, qui, suivant l'opinion générale, a donné son nom à la ville. L'entrée s'ouvre dans une cour basse, près du dernier contre-fort du nord. Cette crypte renferme quatre chapelles avec autels, reliées entre elles par un large couloir, la dernière, consacrée autrefois, dit-on, à la sépulture des moines, — et deux caveaux, dont le premier contient un puits (75 centimètres de diamètre). Le second (1 mètre

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93 cent, de long sur 3 mètres 87) renfermait, suivant la tradition, le tombeau de Gérald de Crozant, qui donna la ville à saint Martial de Limoges, et aussi, au moins deux pierres tumulaires chargées d'inscriptions romaines, aujourd'hui encastrées à l'envers dans des reconstructions. Une seule apparaît encore, pins qu'à demi mutilée. Au xvi 6 siècle , les titres appellent ce caveau la chapelle de las pieras escritas. A côté de la dernière chapelle, un large escalier de vingt marches communique avec le trans-* sept droit.

D'importantes et coûteuses restaurations ont, dans ces dernières années, modifié l'aspect extérieur de ce monument. Mais il reste, — et l'on s'y dispose, dit-on, — à dégager l'édifice des maisons qui l'obstruent du côté de la Grande-Rue.

Une lanterne des morts, qui existait, quoique dégradée, dans l'ancien cimetière, a été démolie et reconstruite, autant que pos- ' sibie, avec les mêmes matériaux numérotés dans le nouveau cimetière Un monument du môme genre existe encore, des plus complets et presque intact, à Versillac, à 5 kilomètres de la ville.

La Souterraine, donnée au xi e siècle par Gérauld de Crozant à saint Martial de Limoges, dut à ces moines opulents la puissance et la splendeur dont témoigne son église. Une fois pourtant, le monastère ayant établi une taille de dix deniers par habitant, une émeute s'en suivit, dans laquelle le prieur, Raymond de Vigeois, fut tué ; mais la ville excommuniée obtint en 1195 une transaction qui réduisit de moitié la taille. La Souterraine, place forte et solidement emmurée, fut prise en 1207 par le comte de la Marche et démantelée. Les Anglais s'y étaient installés comme dans une retraite sûre et au centre de la guerre ; mais le connétable Louis de Sancerre vint les y assiéger. A bout de forces et d'espoir, les Anglais demandèrent une journée r c'est-à-dire heure et rendez-vous pour une lutte égaie en plein champ. Pour* tant, suivant un meilleur conseil, ils s'accordèrent à sortir de la place en payant, pour leur libre passage avec armes et bagages, une rançon de quarante mille livres d'or (1381). — Dans un tronçon des remparts, encore surmontés de leurs mâchicoulis, s'ouvre une curieuse porte de ville qui a gardé sa herse et ses créneaux.

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A droite, en sortant de la ville, dans le faubourg qui mène an chemin de fer, se présente un édifice d'aspect sévère et dont les deux ailes saillantes affectent légèrement la forme d'un fer à cheval. C'est la Maison mère des Sœurs du Sauveur et de la Sainte- Vierge, fondée en 1826 par Mme du Bourg, nièce d'un évôque de Limoges. L'œuvre a pour but principal l'éducation de la jeunesse et comprend un tiers ordre pour les paroisses rurales. De nombreux essaims en sont sortis en peu de temps. Le diocèse de Limoges à lui seul en compte vingt-six maisons.

Aux environs, les ruines romaines abondent, poursuivies d'ailleurs, il faut le dire, par d'infatigables chercheurs, trop rares en d'autres provinces. A moins de 2 kilomètres de la ville, à gauche de l'angle de rencontre des routes de Dun et de Guéret, se dresse le donjon massif de Bridier solide encore , et debout au-dessus des ruines du manoir féodal qu'il devait défendre. C'était le siège d'une des sept vicomtés du Poitou. Après diverses vicissitudes, elle avait passé à Henri Pot, seigneur de Rhodes. M. Armand de Montagu l'a récemment vendu à une société d'archéologues, qui se proposait de le restaurer. Une cour en forme de pentagone irrégulier (30 mètres de largeur sur 35 mètres de longueur), dont la muraille, épaisse de 1 mètre, se triple d'épaisseur en se rapprochant de l'entrée, portait à chaque angle saillant une tour de 10 mètres de diamètre. A droite, en entrant, s'élève le donjon, tour énorme, ronde, au faite d'un petit mamelon granitique, protégé du côté le moins élevé par un fossé. Le diamètre delà tour est de 22 mètres à sa base, formant un cône de 10 mètres de hauteur le long d'un glacis inférieur en pierre qui va s'élargissant jusqu'au sol. On y accédait par un pont-levis placé à une hauteur de plus de 3 mètres, qui retombait sur un escalier encore isolé aujourd'hui dans le milieu de la cour. Au fond d'un petit corridor s'ouvre une grande salle hexagone (9 mètres) avec deux profondes fenêtres à meneau transversal et vaste cheminée (2 mètres). Quarante-six marches d'un escalier en spirale conduisent à un premier étage, trente-trois à un deuxième, trente-trois encore à la plate-forme avec parapet hérissé de quatre grandes gargouilles. La prison se trouve à l'entrée à droite, à près de deux mètres au-dessous du sol.

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