LA SOUTERRAINE. — LA BRÈDE
A 500 mètres de là, dans l'angle des routes de Dun et de Guéret, sur un espace de plus d'un kilomètre carré, gisent, entre les racines des chênes et des châtaigniers et sous le sol sans cesse fouillé par la charrue, les débris immenses d'un oppidum, gaulois sans doute, qui devint plus tard une importante villa gallo-romaine, dont les ruines au moyen âge faisaient déjà l'admiration des moines archéologues. M. de Beaufort, dont les notes nous accompagnaient à Châteaubrun et à Crozant, M. l'abbé Rougerie, du Dorât, d'autres encore ont décrit ces ruines, dont M. Yves Fesneau, de la Souterraine, s'est fait l'explorateur infatigable et le cicérone obligeant; mais on ignore même comment cette ville a pu périr et à quelle date certaine des invasions wisigothiques ou franques assigner le grand désastre que racontent imparfaitement les débris enfouis sous la cendre et les pans de murs écroulés.
La route de Guéret, qui passe au pied du coteau sur lequel s'élevait la ville de Breth ou la Brède, a coupé une portion d'un bassin circulaire de 20 mètres de diamètre, pavé en dalles de granit. De l'autre côté de la route, à quelque distance, un petit chemin, bordé d'épaisses lignes de buis, circonscrit l'emplacement des ruines que traverse dans toute leur longueur un autre chemin. A droite, dans un pacage, sur le bord de la route de Dun, au delà du village, deux énormes tumulus presque contigus rappellent les temps purement gaulois. L'un, immense cône à sommet tronqué de 184 mètres de circonférence à la base et de 15 à 16 mètres de hauteur, est envahi par un taillis et entouré de deux levées à une distance de 10 mètres. L'autre, large de 54 mètres, porte à 18 mètres de hauteur une plate-forme plantée d'arbres. Une rampe, disposée ainsi en 1793 pour la célébration des fêtes de la Liberté, en facilite l'ascension. C'est à cette époque aussi que furent transformées en une sorte d'esplanade elliptique deux autres éminences de hauteur à peu près égale qui formaient groupe avec le plus voisin des deux tumulus actuellement conservés. Cette espèce de terrasse est aujourd'hui mise en labour et cultivée. Tout autour de ce groupe immense, entre lequel jaillit une fontaine très-abondante, circule un profond fossé, sans que rien indique la destination primitive de ces tombelles ou de ces mottes féodales, que la pioche des antiquaires aurait
D'ORLÉANS A LIMOGES
dû peut-être explorer. Plus loinrœil suit à travers dessentierschampôtres de véritables rues que trahissent de longueslignes de pierres roulantes, et le soc de la charrue heurte des murailles en petit appareil romain, dont une même a été reconnue sur une longueur de 30 mètres. Le sol est jonché de tuiles, de poteries noires ou vernies, élégantes ou grossières, de débris de marbre et de verre. Un nombre prodigieux de cippes funéraires y a été recueilli et débité par les tailleurs de pierre. On y a trouvé des moulins à bras dont Pun porte le chiffre d'une légion, un Hercule en granit, un Amour en bronze, un curieux éperon à pointe longue et conique, d'innombrables médailles gauloises et romaines, soit par trésors soit une à une dans les cultures, des mosaïques et des peintures à fresque aussi fraîches que le jour où la main de l'artiste les termina.
Au sortir de la Souterraine le chemin de fêr décrit une courbe le long d'un beau taillis pour s'enfoncer dans une tranchée qui aboutit à un tunnel de près d'un kilomètre de longueur, creusé dans une roche très-dure de granit porpbyroïde bleu, d'apparence vitreuse, où les travaux ont découvert un filon métallifère. Les pentes des collines n'offrent partout que des champs ou des bois, parsemés à peine de quelques maisons. Deux ruisseaux affluents de la Semme passent sous la voie ferrée qui sort de la Creuse pour entrer dans la Haute-Vienne, à peu de distance de Fromental, où conduit une tranchée.