STATION. - SAINT-SULPICE-LAURIÈRE
6 kil. de Bersac. — 367 kil. de Paris. — 33 kil. de Limoges.
La gare de Saint-Sulpice-Laurière (764 hab.) est destinée à devenir une des plus importantes de la ligne. C'est dès aujourd'hui la tête de ligne du chemin de fer de Guéret et de Montluçon, livré au public le k février 1865, et qui doit, en 1867, rejoindre celui de Poitiers et de la Rochelle au-dessus de Bersac.
La gare de Saint-Sulpice est un édifice de vaste étendue, mais d'extérieur surtout simple et de bon goût, construit sur les plans de M. Rougemont, l'habile architecte de la Compagnie d'Orléans. Elle se trouve située auprès d'un affluent de l'Ardour, au fond d'un entonnoir de pittoresques montagnes, d'aspect sauvage et dévasté, qui forment un des versants du haut plateau de Saint-Léger, Sauvagnac, Grandmont, et dont les sommets oscillent entre 600 el 700 mètres au-dessus du niveau de la mer. A sa place, il y a deux ans à peine, s'étendaient un bois de châtaigniers et un vaste marais inabordable. Le premier employé de la Compagnie qui s'y aventura en reconnaissance y faillit perdre son âne embourbé et les instruments qu'il portait. Aujourd'hui c'est le noyau chaque
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jour grossissant d une ville nouvelle, où les gîtes manquent encore même aux agents de fonction sédentaire, où demain afflueront toutes les ressources que savent créer l'industrie et le commerce pour le service de leurs intérêts communs. Déjà les bâtiments même de la Compagnie sont jugés insuffisants et ont dû être agrandis. Un dépôt de 16 machines y a été établi, qui peut être porté à 44. Il faut remarquer à droite en sortant de la gare le bassin d'alimentation des réservoirs dont la construction a rencontré des difficultés longtemps insurmontables. Il a été récemment empoissonné.
A 2 kilomètres et demi de là, la station supprimée de Laurtàre (1484 hab.), longtemps maintenue à la demande expresse du conseil général de la Haute-Vienne, desservait un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Limoges, situé à 7 kilomètres de la gare et à 4 kilomètres à peine de celle de Bersac. L'église possède un reliquaire ciselé, décoré de cristal de roche, provenant do Grandmont, et sur la place du village subsistent encore quelques débris d'un vieux château détruit par les Anglais au xiv e siècle, rebâti au xvi e siècle par un évêque du nom de Pompadour, et qui fut brûlé par les royaux à la suite d'un siège qu'y soutinrent les ligueurs en 1590. Tout autour du village, croissent de vastes bois de châtaigniers, à travers lesquels le chemin de fer de Montluçon a largement frayé sa voie, et au milieu, minés par les nombreuses sources qui s'infiltrent et glissent jusqu'à la Gartempe, ces surfaces de prés verdoyants, que les gens du pa^s appellent des rnolains et que connaissent d'instinct les troupeaux, champs de gazon dont le sol détrempé s'ébranle sous les pas, puis s'affaisse dans la bourbe, au grand danger des imprudents sans défiance.
On peut, de Saint-Sulpice-Laurière, aller visiter sur l'embranchement de Guéret (voir Y Itinéraire général de la France , la Loire et le Centre, par Ad. Joanne), le beau viaduc du Busseaud'Ahun, que notre dessin nous dispense de décrire.
Au delà de Laurière-Saint-Sulpice on traverse dans un long tunnel le faite (488 mèt.) de séparation des deux bassins de la Vienne et do la Gartempe, et l'on commence à descendre le long de nombreuses courbes, qui évitent ou contournent la base escar-
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pée des montagnes, jusqu'à une profonde tranchée qui amène à la Jonchère.
49 a STATION. — LA JONCHÈRE.
7 kil. de Saint-Sulpice. — 374 kil. de Paris. — 26 kil. de Limoges.
La Jonchere (682 hab.), bâtie au pied d'une montagne boisée, sur un affluent du Taurion, dépend du canton de Laurière (11 kil.) et de l'arrondissement de Limoges (27 kil.)- C'est le centre d'un commerce important de bois et de châtaignes, et tout récemment la découverte d'un gisement de terre à porcelaine y a attiré quelque industrie. A droite s'aperçoit le clocher de la petite église, ancienne comme le bourg, qui au moyen âge formait une agglomération assez considérable. Derrière, dans le jardin de la cure, sont recueillis divers débris d'antiquités romaines trouvés aux alentours, dans le pays. Sur la place, vis-à-vis de l'église, est le collège, pension ecclésiastique récemment convertie en couvent.
Il faut une heure de marche pour gagner le Signal de Sauvagnac (5 kil.), à travers la montagne. On prend à droite de l'église le chemin qui fait suite à l'avenue de la gare. Dès les premiers pas, on dépasse à gauche d'antiques et curieuses maisons à baies et voûtes gothiques, que le peuple appelle V hôtel de ville. La destination réelle en est ignorée. La route monte en dominant tout le village, jusqu'à un carrefour, marqué d'une croix de bois. On continue droit devant soi par le chemin du milieu, à travers les genêts et les bruyères. L'ascension est rude mais rachète la peine qu'elle donne par une vue admirable sur le paysage, marqué d'un caractère grandiose et nouveau, des vallées de la Vienne et du Taurion, qui bordent au loin les collines échelonnées de Saint- Goussault, de Ghatelet, de Bourganeuf, de Sauviat et des Églises. En face, à droite du sentier, la montagne abrupte et capricieuse du Puy-Bernard, dont on contourne la pente coupée de chênes et de châtaigniers, est cultivée jusqu'à mi-hauteur de superbes carrés de blé noir. L'horizon le plus près est envahi à gauche par le Puy-de-Trapon, boisé presque jusqu'au faite, en môme temps qu'une échappée s'ouvre à droite sur des vallées nouvelles entrecoupées de bois et de landes stériles. Le chemin traverse sur ce
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point une exploitation de granit à gros grains décomposés, dont le feldspath est utilisé pour la fabrication de la porcelaine. On aperçoit d'en haut les belles dépendances et les allées de chênes du château du Vigneau, qui se cache dans la vallée, au-dessous du coteau. Bientôt le sentier plonge à gauche à travers une seconde carrière nommée le Buisson, en faisant face au bois du Couret (à dr.) et au Puy-de-Vieux (à g.), entre deux, au delà d'une gorge, au Gervassou, au pied duquel s'adossent les maisons d'Ambazac. A partir du Buisson, à peine s'alignent quelques rangées d'arbres, puis pendant 500 pas le sentier mal tracé à travers les pierres roulantes, en plein soleil, mais aussi en pleine vue, qui s'étend jusqu'aux cheminées des usines fumantes de Limoges. Un petit bois de houx, de bruyères, de ronces et de jeunes chênes couvre la crête du coteau, qu'on va redescendre jusqu'à Sauvagnac. De loin, dans un pli du terrain, on entrevoit le clocher, fondé, dit-on, au xu e siècle par un seigneur, de Meignac en accomplissement d'un vœu formé pendant la croisade. Il faut, pour entrer dans le village, pénétrer dans les fermes, à travers les chiens aboyants. Le 8 septembre, tous ces sentiers déserts et abrupts sont peuplés d'une foule de femmes et de paroisses en pèlerinage. Les uns arrivent par le chemin de fer, le plus grand nombre processionnellement, bannière et curé en tête, et se pressent au sermon, qui de tradition se dit en patois. Véglise est une petite basse nef dont la voûte en simple berceau, sans arcs doubleaux, est toute peinte de rinceaux de fleurs, de quatre et cinq feuilles, à demi effacés par l'humidité. Le chœur, plus moderne tt de style gothique, s'éclaire de trois fenêtres, avec verrières représentant la Vierge entre saint Martial et saint Joseph. Le plan ancien de l'œuvre semble avoir figuré une croix à branches à peu près égales, dont les bras étaient formés par deux chamelles. Il en a été annexé à celle de gauche une troisième qui communique avec elle. Au-dessus de la porte latérale, l'accolade encadre un écusson effacé. Derrière l'abside attiennent à l'église de petits logis neufs, couverts de tuiles, qui se louent aux pèlerins comme gîte et cuisine, à défaut d'auberges. La restauration générale, commencée en 1852, a été terminée par l'inauguration d'un bel autel en pierre calcaire, consacré solennellement le 8 septembre 1864.
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Sauvagnac, où est né le P. Césaire de Sainte-Anne, carme déchaussé, auteur de livres de piété mystique, dépend de la commune de Saint-Léger-la-Montagne (1143 hab.), que traverse un affluent de la Gartempe descendant vers Razès.
La voie de fer laisse à gauche un étang, traverse un affluent du Taurion, et, par une série de tranchées, pénètre au travers des collines granitiques qui la bordent de droite et de gauche, sans rien laisser apercevoir que des bruyères et des châtaigniers, et plus loin encore un étang, en arrivant à Ambazac.