STATION. — AMBAZAC
8 kil. de la Joncbère. — 382 kil. de Paris. — 18 kil. de Limoges.
Le bourg d 'Ambazac (2925 hab.), chef-lieu de canton de l'arrondissement de Limoges, s'élève à 1200 mètres de la station sur un affluent du Taurion, le Goqui, au pied des grandes collines que longe la voie depuis la Jonchère. Au sortir de la gare on rencontre une jolie chapelle moderne (1852), construite en style du xn c siècle ; tout à côté, à droite, une école de jeunes filles, dirigée par les religieuses du Sauveur; à g., un hospice de vieillards, encore inachevé. Cette triple fondation est due aux libéralités de Mme Pouquet, de Traforet, près Ambazac. A gauche, au delà d'un petit ruisseau, la butte de Montély, de forme originale, cache sous les arbres verts et les bouleaux les restes d'un ancien camp romain. Des fossés et le relèvement des terres indiquent les quatre côtés du plan, où, sur deux des faces, des dépressions marquent remplacement des portes. Un des angles encadre un monticule considérable qui n'a pas été fouillé et dont l'origine est inconnue.
Véglise d'Ambazac n'a qu'une seule nef dont le style roman accuse le xi' siècle. Le chœur date de 1486. Sut le carré du transsept repose un clocher en bois légèrement incliné. Un bel autel en pierre blanche du pays a été consacré en août 1864. Devant la porte occidentale s'étale un grand bassin en granit, qu'on veut faire passer pour un ancien baptistère par immersion; mais le plus précieux trésor de cette église et qui exige une visite de tous les amis des arts, c'est la magnifique châsse byzantine où se conservent encore des reliques de saint Etienne de Muret. Le
AMEAZAC. — GRANDMONT
saint personnage s'était retiré dans les bois qui couvraient au midi le territoire d'Ambazac, au village môme du Grand-Muret. Quand il mourut, ses disciples, obligés d'émigrer, emportèrent ses restes à 5 kilomètres de là, sur les grands monts ; mais ils conservèrent la terre de Muret, où ils purent bâtir une chapelle, dont les châtaigneraies voisines gardent encore autour du village des ruines assez importantes et de larges chapiteaux romans. Ambazac dut au privilège de ces souvenirs la fortune d'être particulièrement avantagée dans la répartition que l'évêque de Limoges fit à ses églises du trésor fameux de l'abbaye de Grandmont. La chasse, qui contient un ossement du saint, est de cuivre doré et émaillé et atteste par sa forme Part du milieu du xn° siècle. Elle n'offre pourtant, quoi qu'on en ait pu souvent dire, qu'une ressemblance imaginaire avec le plan de la primitive église de Grandmont. Un vaste soubassement triangulaire, décoré de pierreries, porte un étage en retrait, où éclate au regard une grande croix grecque d'émail rouge et bleu. Au-dessus d'une large frise de filigranes, une tôiture dorée, en gracieuses imbrications, est flanquée à droite et à gauche de deux tours percées de baies à plein cintre, groupées deux à deux et surmontées d'une troisième. Les pieds-droits, revêtus d'or, qui supportent les archivoltes, ont pour chapiteaux des pierreries. Deux médaillons circulaires, formés d'émaux violets et rouges, translucides, dessinent deux anges sur la toiture, dont l'extrémité supérieure est couronnée d'une crête de feuillage capricieusement entremêlé. 11 est impossible, dit l'abbé Texier, qui a plus particulièrement étudié cette belle œuvre, de rendre « l'éclat de l'or, la transparence des pierreries, la richesse et l'originalité du dessin, le poli et le grain brillant de l'émail. Les bordures incrustées ont une variété et un éclat dont le ton franc, vif et fin ne craint pas de rivaux. Nulle châsse parmi les plus célèbres ne peut soutenir la comparaison sous ce rapport. »
La dalmatique du saint que possède la même église est un présent de l'impératrice Mathilde, femme d'Henri V. C'est une robe carrée (1 mèt. 30 de hauteur sur 1 mèt. 50 de largeur) à manches courtes, tissue de soie sur trame de fil, à fond violet couvert d'arabesques jaunes, où s'enlacent des cercles et l'aigle
D'ORLÉANS A LIMOGES
impériale à deux têtes. Des galons blancs, étroits, à dessins variés, recouvrent les coutures. Il était de règle, dans l'abbaye de Grandmont, que tous les frères lais la revêtissent le jour de leur promotion au diaconat.
Qui a traversé le haut Limousin ou lu quelque livre marqué au cachet indigène, sans avoir entendu parler de l'illustre Académie d* Ambazac? Les lumières de la civilisation moderne ne lui ont rien enlevé de sa splendeur. Elle doit son origine, non pas au grand Richelieu, mais aux charbonniers des forêts d'alentour, dont les serviteurs aux longues oreilles transportaient à Limoges en files interminables les produits du pays par les sentiers d'autrefois. Le cortège fut élevé à la dignité d'académie avec recteur, bedeaux et porte- masses par une fantaisie des malicieux citadins.
Pour celui môme qui n'y voudrait pas prendre ses grades, le pays mérite qu'on s'y arrête. Il est bien arrosé, couvert de prairies, de taillis, de bois et de véritables forêts. Dans les vallons, de nombreux étangs aux vigoureuses chaussées rappellent la forte main des moines de Grandmont dont les traces sont partout. Les deux étangs de Jonas comptaient parmi les plus remarquables, Le grand Jonas est malheureusement détruit depuis quelques années, malgré les soins du propriétaire, qui n'a pu suffire à réparer les brèches de la chaussée. Au-dessous du petit Jonas commence et s'étend, jusqu'à Ambazac même, le vaste marais de Coqui, tout couvert de vastes tapis mouvants de verdure et d'une fumée d'émanations malsaines. Les eaux qui s'en échappent font mouvoir à quelques pas une usine à pâte de porcelaine.
Les montagnes qui se dressent derrière Ambazac gardent le chemin du village où fut Grandmont. A gauche domine le haut sommet du Gervassou, chargé de bois et de nuages. A droite s'ouvrent des gorgés profondes, où le chemin s'engage en laissant sur sa gauche la colline qui porte les débris du château de Montcocu, ancien fief, au xm e siècle, de la maison de Razès, traverse le village des Hureaux, dont les carrières de feldspath rappellent celles de Ghanteloube et ont fourni à la science un minéral nouveau, Yhureaulithe, longe les précipices des bords de la vallée qui porte ses eaux à Jonas, gravit un col rapide, et par Saint-Sylvestre y village insignifiant, atteint, après une heure