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LIMOGES. — INDUSTRIE

l'impôt sur des bases équitables et régulières donnaient l'exemple à la vieille France d'une œuvre pacifique de civilisation accomplie par les seules forces de la raison vigilante et de l'honnêteté. Sous ce régime libéral et envié de toutes les provinces, se multiplièrent les fabriques d'étoffes de soie, de flanelles, de coton, de laine, de toiles, de papiers, de faïence^ les vitreries, les forges, et ces bonnes fortunes du hasard moins aveugle qu'on ne le dit et qui manquent rarement à l'effort des hommes courageux et de bonne volonté. C'est en 1765 que la femme d'un pharmacien de Saint-Yrieix, Darnay, fit la découverte, au domaine du Clos de Barre, tout près de la ville, d'un gisement d'argile précieuse dont il envoya des échantillons à des connaisseurs plus habiles. Le résultat des premières analyses de Villaris, de Bordeaux, ne tarda pas à être confirmé par les chimistes Marquer et Darcet. Immédiatement s'installèrent des fouilles et des exploitations, dont le développement longtemps pénible devait ramener la richesse dans toute la contrée et suppléer à ses industries perdues ou délaissées. La première plaque de porcelaine cuite à Limoges porte les armes de Turgot et la date de 1771; elle faisait partie de la collection de M. Maurice Ardant. Ces essais sortirent de rétablissement fondé à Limoges par les frères Grellet. Le roi se fit, en 1784, acquéreur de l'entreprise afin de la réunir à la manufacture de Sèvres , tout en gardant pour directeur l'un des deux frères, remplacé seulement en 1788 par Alluaud, ingénieur géographe du roi. Son fils aîné, François Alluaud , continua les opérations de son père, et la maison qui porte encore ce nom (Alluaud fils et Vandermarcq, faubourg des Casseaux, 17) n'a pas interrompu son travail un jour, pour ses kOO ouvriers, depuis 60 ans.

Aujourd'hui tous les plus chers intérêts de Limoges l'ont transformée en une ville d'industrie, riche surtout de cette porcelaine dont la fabrication date à peine d'un siècle. Le kaolin, pris aux environs de Saint-Yrieix et dont la qualité est si supérieure qu'il s'exporte même en Amérique , est réduit , dans les usines semées le long de la Vienne, en pâte liquide et homogène, puis desséché. On broie et liquéfie à part le caillou ou pegmatite, tiré en grande partie de Chanteloube, et qui doit fournir l'émail et la couverte de la porcelaine. Transportée sur des

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tombereaux à Limoges et soumise à un battage qui en garantit l'homogénéité , la pâte est livrée aux mouleurs et aux tourneurs qui lui donnent une forme définitive. La simple immersion dans l'émail liquide recouvre à point le test de la porcelaine d'une couche brillante. C'est alors le tour de la mise au fonr pour la dessiccation ; puis, les pièces enfermées dans des sortes de cônes cylindriques dits gazettes dont on remplit le fourneau jusqu'à la gueule, on assujettit le tout de toutes parts, on calfeutre les baies avec force argile et tampons, et le feu est mis au fourneau pour marcher sans interruption durant Zk heures. Les pièces cuites et refroidies sont extraites du four et triées. Il ne reste plus qu'à les parer dans des ateliers spéciaux, uniquement consacrés à la décoration et à la peinture. Près de 40 manufactures en plein service, 20 ateliers de peinture, 30 maisons de commission répandent sur tous les marchés les produits recherchés des artistes limousins. L'application de la houille à la cuisson des pâtes céramiques, introduite, après de nombreux essais sans résultat, par M. Vital-Roux, de Noirlac, a fait cesser toute crainte de chômage par suite de la disette du bois et réduit les frais de près d'un vingtième. Les étrangers sont admis presque partout sans difficulté à suivre une à une ces opérations si intéressantes et si variées d'une industrie qui utilise les plus précieux secrets de la science et des beaux-arts. — Parmi les principales manufactures de porcelaine, nous mentionnerons celles de MM. Alluaud frères et Vandermarcq, faubourg des Gasseaux, 17; de M. Ardant, route de Paris; de M. Powjat, place des Carmes, 2 ; de MM. Jouhanneaud et Dubois, rue du Petit-Tour; de MM. Gibus et Redon, avenue des Bénédictins, auprès de la gare; de MM. Chabrol et Toustain, route de Paris, 19; ainsi que les atoliers de décoration et de peinture (1000 ouvriers) de M. Haviland, avenue du Crucifix, 8.

Parmi les glorieux enfants qu'a vus naître Limoges, il faut signaler au moins : ces dynasties d'artistes émailleurs, de talent inégal et divers, les six Limousins, les deux Pénicaud, Jean Court dit Vigier, les trois Raymond, les six Laudin, les deux Nouailhier f maîtres d'un grand art dont les secrets et le goût sont à peu près perdus ; — puis, Jean Dorât (1588), le Pindare du xvi 8 s., le

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maître aimé de Ronsard e l'un des sept astres éteints de la Pléiade; — Nicolas de la Reynie (1625-1709) créateur de la police dé Paris, président de la Chambre ardente chargée de poursuivre les nobles empoisonneuses; — d'Aguesseau (1668- 1751), Témule austère de l'Hôpital, qui transforma par des modèles, à 22 ans, l'éloquence judiciaire, et qui tint tête à Louis XIV en personne pour la défense et l'honneur du Parlement menacé par les Jésuites ; — Étienne de Silhouette (1709-1767), ministre des finances improvisé aux acclamations de la cour et du peuple, hué le lendemain par la France entière, et dont la caricature a fourni une dénomination, consacrée par l'usage, à la langue môme académique; — Joseph Nadaud (1775), curé de Teijac, le père de l'histoire limousine; — Jean Foucauld (1747-1818), prédicateur, puis président des Amis de la Constitution, orateur en vogue des clubs, payeur des armées, juge de paix, chef d'institution, au demeurant populaire par ses Fables et ses Chansons qui feront vivre son surnom de La Fontaine limousin ; — le botaniste Ventenat, de l'Institut (1808) ; — Vergniaud, l'honneur de la Gironde ; — le général de division Dalesme (1763-1832), gouverneur de File d'Elbe en 1815; — les maréchaux Bugeaud, de populaire mémoire, dont nous retrouverons la statue à Périgueux, et Jourdan, l'intrépide commandant des volontaires de 1793, dont le monument décore la place Tourny.

L'abbé Texier (1813-1859), qui s'était fait un nom dans la science archéologique et que les chagrins ont tué avant l'âge, était né à Limoges, comme y sont nés aussi MM. Élie Berthet, du Siècle, Jules Noriac, des Nouvelles, et Émile Montègut, de la Revue des Deux-Mondes.

Ponts. — Rues. — Voirie.

Limoges (51 053 hab.) forme une sorte d'amphithéâtre sur la pente de la rive dr. de la Vienne, qui s'y étale aux longs détours d'une vallée moins étendue que fraîche et riante. La rivière, qui traverse la ville du N. E. au S. E., a 78 mèt. de largeur audessous des terrasses à triple étage de l'évêché. Elle nait au plateau de Millevaches, dans la Corrèze, au milieu d'un groupe de rochers qu'animent les mille ruisselets de sa source et qui sem-

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