‹ De Paris a AgenChapitre 91 sur 154 · LIMOGES. — PONTS · texte numérisé non relu

LIMOGES. — PONTS

blent un troupeau pétrifié dont la légende raconte de point en point l'histoire. Ce n'est encore qu'un mince filet d'eau quand elle pénètre près de Nedde dans le départ, de la Haute-Vienne, à travers des montagnes que depuis des siècles elle creuse de son courant bruyant et impétueux. A peine sortie de la Haute- Vienne, où elle se joue en ondulations capricieuses, elle tourne brusquement au N. vers Chabanais, pour aller rejoindre la Loire près de Chinon. Son cours supérieur reçoit par tous ses affluents les bois de flottage qu'il emporte en bûches libres jusqu'à Li* moges, où des ramiers disposés en travers de la rivière tamisent et retiennent le combustible flottant.

Tout un quartier de la ville, peuplé d'une population de mœurs distinctes et singulières, vit de cette récolte. C'est le Naveix ou port au bois, situé sous le pied du coteau, en amont du pont Saint-Élienne. Les Naveteaux forment une association de 70 à 80 manœuvres, propriétaires chacun de son bateau, se mariant entre eux et ne souffrant en leur droit de l'eau l'immixtion d'aucun intrus. D'après une coutume bizarre, une partie de leur salaire se prélève en nature par la retenue d'un certain nombre proportionnel de bûches. Leurs femmes sont d'ordinaire buandières. Mais ces usages ou ces abus ne sont déjà plus que des singularités vieillies, que vont anéantir ou modifier la création des quais, — où ont été employés les déblais du dernier incendie; — l'invasion du chemin de fer et le sentiment des mœurs nouvelles.

Dans la traversée de la ville, la Vienne passe sous trois ponts, dont deux remontent au xm e s. Le pont Saint-Êtienne compte 8 arches ogivales que protégeait autrefois une tour de meunier, démolie seulement en 1819. La voie est bordée sur chaque pile de refuges, ogivaux en amont, carrés en aval de l'eau. Ce pont a été restauré en 1854. Une inscription, gravée sur la première pile du côté de la ville, rappelle des travaux antérieurs dus aux soins de M. de Forlia. La rue, qui s'ouvre tout en face, gravit la pente la plus rapide de Limoges et le coteau abrupt de l'antique cité. En amont, autour de deux barrages, s'agitent et circulent les Naveteaux, debout sur leurs longs bateaux aux rebords plats et carrés.

Le pont Saint-Martial appuie ses cinq arches gothiques (celle

D'ORLÉANS A LIMOGES

du milieu est seule en plein cintre) sur des assises romaines de grand appareil, imparfaitement recouvertes par les piliers du moyen âge. Sur toute leur épaisseur, çle larges éperons ogivaux les protègent, formant à leur partie supérieure des refuges ou des reposoirs pour les piétons. La rue même qui y aboutit est bâtie sur un alignement de substructions antiques. Une croix de pierre, au milieu du pont, indique l'emplacement d'une tour en bois détruite en 121k. De là, la vue plonge sur un fouillis de vieilles maisons en lattes, des usines, des bains, les deux rives de la rivière, des barrages et un lointain horizon de verdure. Si l'on passe sur l'autre rive, la route qui longe la rivière présente et varie sans cesse tout le panorama extérieur de Limoges.

Entre les deux ponts anciens, s'ouvre le pont Neuf, commencé en 1832, inauguré en 1838. Quelques mètres de plus en hauteur et en largeur en eussent fait un des plus beaux ponts de France, en attendant que des percées projetées laissent apprécier suffisamment la hardiesse de sa jetée de granit qui se dresse à 20 mèt. au-dessus de l'étiage de la Vienne, où il semble aujourd'hui s'enfoncer. Sa longueur totale est de 100 mèt. 50, divisée en 5 arches dont 3 ont 20 mèt. de largeur. Il s'appuie sur des culées de 5 mèt. Au bout sur la rive g., s'étagent les usines d'un quartier industriel , traversé par les routes de Toulouse et de Clermont, de jolies maisonnettes, des bois de chênes et de pins; sur la rive dr. ; tout du long, les jardins superposés de l'évéebé, soutenus par une haute muraille, qui s'ouvre pour laisser passer les égouts de la ville jaillissant à pleins flots en cascade immonde.

Limoges est ainsi : partout les œuvres vives d'une activité jeune et féconde y ont peine à se dégager des pratiques routinières. Longtemps étouffée dans ses hautes murailles, flanquée de tours massives et divisée en deux villes distinctes, souvent ennemies, Limoges n'était percée que de rues tortueuses, étroites, encombrées à chaque pas de croix à large base, de fontaines ou d'églises. C'est l'administration intelligente de Turgot (1762) qui, la dégageant tout d'abord d'étreintes inutiles, lui permit de respirer à l'aise et de s'étendre en liberté. La porte Tourny (sur la place de ce nom), construite sur pilotis, en pierre calcaire (1743),

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