LIMOGES. — INCENDIES
est le dernier vestige qui subsiste de la dernière enceint°. C'est une sorte d'arcade à plein cintre, surmontée d'un fronton dont les pieds-droits sont plaqués de piliers à ressauts de pierre. Dégagée aujourd'hui des constructions avoisinantes , cette porte parait trop basse et comme écrasée dans le vide qui l'entoure. A Turgot est dû aussi le tracé de la place Montmailler, commencée en 1772, et qui, en 1781, prit, à l'occasion de la naissance du fils aîné de Louis XVI, le nom de place Dauphine. Elle s'est appelée successivement des Sans-culotte* en 1793, de la Liberté en 1830, de la Révolution en 1848, pour reprendre en dernier lieu, peut-être définitivement, son premier nom. De forme circulaire, de construction symétrique, c'est le carrefour commun des routes de Paris, de Lyon, de Bordeaux, de Poitiers, des grandes rues de Paris et des Combes, et le centre des cafés, des hôtels, du commerce et de l'industrie. L'impulsion donnée par Turgot s'est continuée, mais lentement. Aujourd'hui encore l'escarpement des rues en partie impraticables aux voitures, quelques-unes même accessibles à grand'peine aux piétons, l'entassement des habitations, l'accroissement de la population qui a plus que doublé en 50 années, les misères inséparables des agglomérations industrielles, dont les habitudes s'imposent presque comme des intérêts à respecter, opposent à une rénovation trop rapide Une résistance continue avec laquelle il faut tout au moins compter.
Depuis 1830 pourtant la transformation se poursuit avec persistance, autant que le permettent les brusques secousses de la politique et les rivalités des préjugés locaux. La création du Champ de Juillet, la construction du pont Neuf, l'ouverture du chemin de fer, la formation d'un quartier nouveau dans les dépendances de l'ancienne abbaye de Saint-Martin ou des Feuillants (1860), le prolongement de la rue Turgot, et surtout cet esprit nouveau qui souffle depuis l'Empire sur la direction des finances municipales ont déplacé ou divisé les résistances. L'intérieur du la ville a échappé jusqu'à présent à toutes les transformations. 11 serait à désirer cependant qu'il dût ses embellissements à d'autres causes qu'à la faveur aveugle des sinistres et des incendies. Au milieu de ces maisons de bois, de ces échoppes, de ces caves sombres, le feu éclate quelque jour et fait place
D'ORLÉANS A LIMOGES
nette aux projets de l'édilité. Du vi e au xv e s., on compte les désastres par vingtaine. Terrible entre tous , l'incendie du 6 septembre 1790, embrasa, vers le soir, la rue Manigne, le couvent des Ursulines, l'Oratoire, le jeu de Paume, la salle de spectacle et 199 maisons, qui fumaient encore à la fin du mois de novembre suivant. Le régiment de cavalerie Royal-Navarre, que ses forfanteries et l'esprit rétrograde de ses officiers avaient rendu impopulaire, se prodigua dans cette circonstance avec tant de dévouement, que la mairie décerna à tout soldat du régiment le titre de citoyen de Limoges. — Le 15 août 1864, pendant la fêle du soir, une flammèche de chandelle mal éteinte mit le feu chez CaDce, chapelier, rue des Arènes. A une heure du matin 80 maisons flambaient à la fois, de la rue Monte-à-Regret au boulevard Sainte-Catherine , de la place des Fossés à la rue du Petit-Paris. — « Limoges brûle ! » A cet appel laconique du télégraphe, accoururent les pompiers de Périgueux, de Châteauroux, d'Argenton, de Saint-Marcel. A 10 heures du matin, on était maître du feu, mais 109 maisons étaient brûlées. Le soir, à 8 heures, un détachement d'artillerie arriva de Bourges. Il mit six jours à déblayer les ruines. Six semaines après le sinistre, le feu sourdissait de vingt endroits et les pompes y campaient encore le # 2 septembre. Le périmètre de l'incendie embrasse environ 10 700 môt. carrés. Il n'est resté dans cette enceinte que des lambeaux de murs et des décombres amoncelés. Les projets des agents voyers ont donc beau jeu à tracer librement les voies futures. Aujourd'hui, dans l'attente des décisions promises ou des travaux à exécuter, on croirait encore, en traversant ces espaces dévastés, parcourir quelque ruine dépaysée de Chalusset ou de Crozant.
La première émotion passée, on pourra au moins recueillir un bénéfice immédiat de ce désastre, s'il aide à éventrer et à percer à jour le hideux quartier de la boucherie, une des curiosités, une des hontes de la vieille Limoges. Dans un long et étroit défilé, qui recourbe en fer à cheval sa ligne de hautes maisons de bois noir et souillé , s'est internée et s'obstine à se grouper l'antique et toute-puissante corporation des bouchers, réorganisée comme au moyen âge. Des 80 étaux qu'elle compte, plus de