LIMOGES. — PLACES. — PROMENADES
60 sont aux mains de quatre families seulement, dont les membres se distinguent par des surnoms populaires. Sur les devantures béantes ou aux crocs ensanglantés qui bordent l'auvent, pend et saigne tout un charnier puant de viandes déchiquetées ou les répugnantes dépouilles, les issues dès victimes abattues. Une population riche, opulente môme, vit et se trouve à Taise dans cette atmosphère empestée ; et nulle part en ville on ne voit madones plus nombreuses ou plus fêtées orner le coin des logis ou les carrefours. Toute tentative pour assainir ce quartier a jusqu'ici échoué devant l'opiniâtreté d'une corporation égoïste et routinière.
Places. — Promenades. — Fontaines.
Outre la place Dauphine dont nous avons déjà parlé (p. 221), Limoges compte un certain nombre de places dont la plupart ne sont que des dégngements de forme irrégulière ou de simples carrefours. — La place Boucherie, ou plutôt Bucherie, doit son nom à la proximité du Naveix et à l'ancien marché au bois. — La place Royale s'est formée en grande partie par la démolition (1791-1809) de Vabbaye Saint-Martial et des trois églises célèbres qui en dépendaient : Saint-Martial, qui renfermait le tombeau en marbre blanc du saint patron ; Saint-Pierre du Sépulcre, église basse, formant saillie à l'E. sur la place des Arbres; et l'église ou chapelle de Saint-Benoit, à g. de la précédente.
Derrière le tombeau de saint Martial, on montra, jusqu'à la Révolution, un grand sarcophage du granit le plus grossier (2 pieds de haut sur k de large et 8 de long), sans sculptures ni ornements, que le peuple appelait Tève le duc et admirait comme le tombeau du grand-duc Waifer, défenseur de l'Aquitaine contre l'invasion franque. Il sert aujourd'hui de bac à l'eau d'une pompe dans une cour du faubourg des Arènes, chez M. Robert des Carmes. Une singularité d'un autre genre signalait la façade de la porte méridionale de la basilique. On y voyait encastré un bas-relief de pierre grossièrement sculpté, représentant une lionne et trois petits lionceaux (1 mèt. de largeur sur 1 mèt. 33 c. de hauteur); au-dessus du groupe, le buste d'un homme nu, accoudé sur la lionne; au-dessous, trois vers latins, de façon
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sans doute récente, interprétaient, à leur manière, mais sans vraisemblance aucune , cette image probablement antique, en la rattachant à l'histoire et au châtiment de Waifer. Le peuple appelait ce petit monument la chiche, en patois, la chienne nourrice. Il a disparu, ayant été envoyé à Paris, dit-on, par M. de Gboiseul Gouffier. De toutes ces splendeurs abbatiales, autrefois l'orgueil de Limoges et du Limousin, il ne reste absolument que quelques parties des cryptes et des couloirs souterrains, et remplacement transformé, nivelé, enfin, après de nombreux essais, bordé récemment de trottoirs en asphalte et d'une balustrade en pierre blanche. La construction du théâtre (1838), le voisinage des cercles fréquentés et de nombreux établissements publics ont fait de la place Royale la promenade favorite des habitants de la ville. Malheureusement on y regrettera longtemps l'ombrage des allées d'arbres supprimés que ne remplaceront pas de sitôt les plantations tardives ou les semis de gazons.
La place d'Orsay occupe le point culminant de la ville. Tracée en 1713 par les soins de l'intendant Boucher d'Orsay, elle ne fut terminée qu'en 1718. Elle achevait de bouleverser l'emplacement des antiques arènes, bâties, dit-on, en 117, par Adrien, et qui ne furent définitivement comblées et nivelées qu'en 1801, lors du renouvellement des plantations. On y retrouva, à cette époque, une partie des loges triangulaires, ainsi qu'en 1830, quand les réparations de l'aqueduc d'AigouIène entraînèrent la chute d'excavations voisines. Le pavage de la place des Carmes (1835-1836), qui la borde en contre-bas versl'O., et la construction d'un escalier sur la place d'Orsay ont, à diverses reprises, remis à jour ia base du mur extérieur d'enceinte des Arènes. Le mur môme de soutènement de la place en laisse voir encore des fragments en petit appareil, qui furent recueillis et appfiqués là lors de l'ouverture de la rue de l'Amphithéâtre. Ces divers travaux ont permis de constater que l'édifice entier, où pouvaient s'installer 25 000 spectateurs, présentait une ellipse de 260 mèt. et un pourtour extérieur de 398 mèt., dont les arcades reposaient sur 6k colonnes. Les premières ruines avaient servi, avec l'autorisation de Louis le Débonnaire, à la reconstruction de l'église abbatiale de Saint-Martial. Malgré des recherches spéciales, on n'a découvert