‹ De Paris à BordeauxChapitre 114 sur 165 · POITIERS. — LA CATHÉDRALE · texte numérisé non relu

POITIERS. — LA CATHÉDRALE

sont , outre certaines sculptures de ses chapiteaux , ses vitraux de couleur. L'autel , qui devrait être au fond de l'église , a été placé , en 4 623 , sous la grande voûte du transsept. Il provient du couvent des Jacobins. Le devant a été sculpté par un artiste poitevin établi à Nantes , M. Thomas Louis. Les colonnes de Y autel de la Vierge sont en marbre noir; elles avaient des soubassements de marbre rouge qui ont été peints en blanc. L'autel provient de l'abbaye de la Trinité, la balustrade, de l'abbaye de Sainte-Croix, ainsi qu'une belle grille surmontée d'un Christ en croix (4734). Le monument de Mgr de Bouillé, mort en 4842, est de M * Thomas Louis. Les stalles du chœur ', endommagées par des additions maladroites, sont des échantillons remarquables de la sculpture sur bois au xni* siècle. V orgue, incendié en 4681, a étéreconstruit en 1787 par Clicquot, restauré en 1813 et remis à neuf en 1822. Il se compose de quarante-quatre jeux, distribués sur quatre claviers à la main, à' ut à mt, et d'un clavier de pédales de deux octaves et demie. Les sculptures du buffet sont d'un artiste poitevin nommé Berthon.

Le bourdon de Saint-Pierre a été fondu en 4734. Sa circonférence est de 6 mètres, sa hauteur de 1 m ,65; son battant a 25 centimètres d'épaisseur sur 8$ centimètres de tour; et son poids atteint 9000 kilogrammes. Avant 1814, il faisait beaucoup plus de bruit qu'à présent , car il était placé au-dessus de la tour dans une charpente revêtue d'une mince toiture en forme de dôme. En 1811, un préfet, M. Mallarmé, fatigué de son tapage , le fit descendre dans la prison de pierre , d'où ses sons étouffés ont peine à s'échapper aujourd'hui.

En sortant de la cathédrale par l'impasse Saint-Jean , on ne tarde pas à trouver, à l'angle de la rue du Pont-Neuf, le Temple Saint-Jean, curiosité archéologique qui a donné lieu à de nombreuses dissertations. Il paraît prouvé maintenant que le temple Saint- Jean fut consacré , dès l'origine , au culte chrétien pour servir à la cérémonie du baptême par immersion et plus tard par infusion. Les travaux en voie d'exécution ont justifié complètement l'opinion qu'avait émise, il y a quelques années, M. Ch. de Chergé. Il a, du reste, été construit à diverses époques. La partie la plus ancienne est le bâtiment rectangulaire; la plus.

moderne est la façade , dont la porte est surmontée d'un campanile rustique. L'intérieur se compose de pièces de rapport, probablement de matériaux provenant des débris de l'amphithéâtre romain détruit vers l'époque qui aurait vu bâtir le temple Saint- Jean II nous est difficile de décrire dans son état actuel ce monument gallo-romain, car on le restaure. Avant la Révolution,

Sainte-Radegonde.

c'était une paroisse où l'on célébrait l'office divin une fois par an, le 24 juin. La Révolution en fit une fonderie : sa piscine semblait avoir été construite tout exprès pour cet usage. On y établit plus tard un fourneau économique ; puis il devint une décharge de la cathédrale. Un jour, la ville eut l'idée de le démolir pour aligner

POITIfiM». — SA1ME-RADEG0NDE. 281

une rue. En 1834, M. Alexis de Jussieu, alors préfet, l'acheta moins de 7000 fr., et y fonda en 1836 le Musée des Antiquaires de l'Ouest, qui a été transféré, depuis le commencement des travaux de restauration, dans les bâtiments des Facultés.

Entre la cathédrale et le Glain s'élève une église dont le voisinage est signalé de tous côtés par des marchandes de cierges; car sainte Radegonde, la sainte qui lui a donné son nom, après l'avoir fondée vers 561, et qui y est enterrée, y attire chaque jour un grand nombre de fidèles. Cette sainte était la fille de Berther,le

frère du roi desThuringiens, Hermenefrid. Son père avait été t ué par son oncle Hermenefrid ; et quand Clotaire et Théodoric se partagèrent les dépouilles d'Hermenefrid , elle se trouva au nombre des captifs emmenés loin de leur pays. Sa beauté frappa les deux rois victorieux, qui faillirent se battre pour s'en disputer la possession. Tirée au sort avec le reste du butin, elle échut à Clotaire, qui l'épousa à Soissons, bien qu'il eût déjà trois autres femmes. Elle ne demeura pas longtemps auprès de son féroce et luxurieux époux, l'ennemi de sa race et le destructeur de son pays. Vers 53a, son jeune frère ayant été égorgé par l'ordre de Clotaire, elle s'enfuit de Soissons , courut d'abord se réfugier dans la basilique de Noyon, où le fameux saint Médard venait de transférer le siège épiscopal de Vermandois , se fit consacrer diaconesse et se retira de Noyon en Aquitaine. Elle fonda à Poitiers une abbaye qui porta le nom de la Sainte-Croix , parce qu'elle possédait un morceau de la vraie croix. Les derniers restes de cette abbaye forment, comme nous l'avons déjà dit, l'évêché actuel.

L'église de Sainte -Radegonde s'appela d'abord Sainte-Marie hors des Murs, parce qu'elle était située hors de l'enceinte de la ville. Elle ne prit son nom actuel que lorsqu'elle reçut la dépouille de sa fondatrice. Ravagée par les Sarrasins et par les Normands, incendiée en 4083, elle fut rebâtie en 4099, souvent agrandie ou modifiée depuis, et mutilée par les protestants en 4562. De môme que Saint-Pierre, elle est plus basse que la rue dans laquelle elle est bâtie. Il faut descendre pour arriver à son parvis , entouré d'épaisses et solides murailles qui supportent des lions accroupis. Son portail gothique a dû être plaqué au xvr siècle sur sa tour du xi e siècle. Dix marchesL descendent du porche dans l'intérieur de l'église. A droite et à gauche on remarque deux vieilles statues incrustées dans le mur. Au premier aspect on est frappé par la hauteur et la largeur de la nef, qui n'a pas de bas côtés. Depuis 4849, l'autel a été placé au-dessus de la crypte, sous la voûte de l'abside, qui est bien antérieure à la nef.

Adroite, au delà d'une affreuse tablette de bois, peinte en vert et décorée d'une inscription en lettres jaunes, s'ouvre la chapelle du Pax-de-Dieu, ancien tombeau pratiqué dans l'intérieur du mur. Cette chapelle, fort peu agréable à voir au point de vue de l'art, renferme deux statues de pierre sans aucun mérite, recouvertes de couleurs tranchantes et représentant Jésus-Christ et sainte Radegonde. Entre ces deux statues on remarque une espèce de piège qui se serait refermé. C'est un grillage en fer arrondi en voûte et tellement serré qu'on ne peut voir ce qu'il recouvre. Il cache à tous les regards — on se demande pourquoi une empreinte qui a, dit-on, la forme d'un pied tracé dans la pierre. Cette empreinte a donné son nom à la chapelle. Selon la tradition catholique, elle a été faite par Jésus-Christ, le jour où il apparut à sainte Radegonde dans sa cellule. En 4792 elle a été transportée de la petite chapelle qui la contenait alors ( enclos de l'abbaye de Sainte-Croix) à la place où ce malencontreux grillage en fer en interdit la contemplation aux nombreux fidèles qui viennent y dire leurs prières, y déposer leurs offrandes et y brûler de petits cierges.

Toutefois le tombeau de sainte Radegonde est encore plus visité que la chapelle du Pas-de-Dieu. Ce tombeau est placé dans la crypte

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