POITIERS. — SAINTE-RADEGONDE
qui s'ouvre au milieu de l'église. A droite, au bas de l'escalier, dans l'épaisseur du mur, un tombeau grossier contenait le corps de sainte Agnès, première abbesse de Sainte-Croix; à gauche, vis-à-vis, reposait sainte Disciole, disciple de sainte Radegonde. Les dépouilles mortelles de ces deux saintes ont été transférées dans les chapelles latérales de la crypte, qu'une habile et intelligente restauration a rétablie telle qu'elle était autrefois. Des cierges éclairent constamment le sarcophage , en marbre noir, dans lequel sainte Radegonde a été ensevelie. La balustrade de marbre blanc qui entoure l'autel et la statue de la sainte ( statue attribuée à Girardon) sont des dons d'Anne d'Autriche , en reconnaissance de la guérison miraculeuse de son fils bien-aimé, guérison qu'elle croyait devoir à l'intercession de sainte Radegonde. La mère de Louis XIV avait de plus ordonné, en 4658, qu'une lampe d'argent fût allumée nuit et jour au-dessus du tombeau de cette sainte, et que deux messes solennelles fussent dites en son honneur, le 29 juin et le 1 3 juillet de chaque année. Une inscription , placée sur une table de marbre noir, au milieu du cintre qui surmonte l'escalier, rappelle cette fondation.
Le tombeau de sainte Radegonde a été violé deux fois : — en 1442, par Jean, duc de Berri et comte de Poitou, qui avait obtenu, plus par crainte qu'autrement, disent les chroniques, la permission de prendre le chef et les deux anneaux de la reine, mais qui fut obligé par force divine et miraculeuse de se contenter de l'un des deux anneaux de la sainte, laquelle retira sa main pour retenir celuyde la religion; — en 4562, par les protestants, qui brisèrent le couvercle, enlevèrent et firent brûler les ossements. Quelques débris seulement de ces reliques vénérées furent alors recueillis et scellés dans une boîte de plomb. Trois ans après on les replaçait dans la tombe au pied de laquelle s'agenouillent, à chaque instant du jour, de nombreux fidèles.
Les vitraux de Sainte -Radegonde , les peintures récemment restaurées sous la direction de M. l'abbé Auber et la sacristie (architecture de transition) restaurée en 484 { par la Société des Antiquaires de l'Ouest , méritent plus qu'une mention. Les archéologues et les amateurs ne devront pas manquer de les visiter.
Notre-Dame la Grande est une ancienne collégiale qui avait
déjà fait parler d'elle dès le milieu du x« siècle. On ne connaît ni son origine ni son fondateur, et on fait généralement remonter sa construction au xii» siècle. Sa façade est l'un des types les plus remarquables de l'architecture romano-byzantine parvenue à son apogée. C'est un immense bas-relief consacré presque entièrement à l'histoire de la sainte Vierge. Il y a quelques années elle menaçait ruine. La Commission des monuments historiques la fait restaurer Le portail situé à droite, sur la façade méridionale, est du xvi e siècle.
« A part sa riche façade, dit M. de Chergé, à part son clocher à. toiture conique, à retraits appareillés en écailles de poissons, système suivi dans les clochers de Montierneuf et de l'église abbatiale de Charroux, l'église de Notre-Dame de Poitiers - n'offre rien qui exige une mention particulière. Par sa distribution, par sa nef à voûte en berceau , par son abside à voûte en cul de four, par ses collatéraux étroits à voûte d'arêtes prolongés au pourtour du sanctuaire, par sa crypte de dimension restreinte , par ses piliers lourds et trapus , elle rentre essentiellement dans la catégorie des églises ordinaires des xi* et xii* siècles, et rien ne la signale, sous ce rapport, d'une manière spéciale à l'examen de l'antiquaire. > J'ajouterai que l'intérieur a été peint depuis quelques années de couleurs beaucoup trop crues et trop éclatantes. En en faisant le tour, on y remarque dans la septième travée, à droite, une petite colonne peinte en marbre et enchâssée dans le mur. Des fleurs s'échappent du cœur sculpté au milieu de cette colonne. Ce monument rappelle un miracle que je ne me charge pas de raconter. On en trouvera le récit dans le Guide du voyageur à Poitiers, pages 484 et 485. La chapelle Sainte-Anne, mutilée, en 4562, par les protestants, renferme une sculpture en pierre du xvr siècle représentant. Y Ensevelissement du Christ et placée autrefois dans l'abbaye de la Trinité. La statue delà Vierge qui se trouve dans le chœur porte à sa main un trousseau de clefs suspendu il y a quelques années au-dessus du Christ qui domine l'autel. En 4202, un jour de carême, dit la chronique, le clerc d'un maire de Poitiers fut gagné
l. Voir dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de l'Ouest, 1840, lu notice de M. Lecuintre-Dubom.