‹ De Paris à BordeauxChapitre 132 sur 165 · LA GROTTE DE SAINT CYBARD · texte numérisé non relu

LA GROTTE DE SAINT CYBARD

représentant saint Ëparche couché, appuyé sur le bras gauche, et les yeux fixés sur un Christ ; derrière ce Christ, un ange , du milieu des nuages, laisse tomber ces mots de sa bouche : Ëparche, hic pemiane (Éparche, demeure icil), paroles que le pieux solitaire entendit au fond de son cœur, alors que pour la première fois il pénétra sous cette humide caverne , où quarante ans plus tard il exhala son âme dans la paix du Seigneur : Parumper febre puisa tus, tradidit spiiitum (Grégoire de Tours). Depuis la révolution de 4789 jusqu'à ces dernières années , la grotte de Saint-Cybard n'avait servi à aucun usage religieux; son propriétaire et Tévêque actuel de Poitiers l'ont rendue au culte.

Le rempart du Midi, qui domine le chemin de fer, est beaucoup plus large et surtout plus propre que le rempart du Nord. Les maisons sont plus élégantes, mieux habitées et mieux tenues, mais la vue y est moins étendue et moins variée. A la vallée de la Charente a succédé en effet le vallon de l'Anguienne. Ce rempart aboutit à la porte Saint-Pierre , bâtie en 1753 , en face de la cathédrale.

La Cathédrale d'Angoulême, fondée on ne sait pas à quelle époque , a été rebâtie deux fois : la première par Clovis en 507 , après la bataille de Voulon; la seconde en 41 20 , par Gérard II , évêque et légat apostolique , et en partie aux frais d'un chanoine fort riche, nommé Archambaud. Elle fut, dès l'origine, consacrée à saint Pierre. Des premières années du xir siècle jusqu'au milieu du xvi - , elle eut à subir de nombreuses réparations ou additions qui altérèrent la pureté de son architecture romane. En 1562, les protestants la pillèrent et la profanèrent ; en 1568, ils y commirent de grands dégâts ; ils incendièrent même le clocher, qui, selon les propres expressions d'André Duchesne, aétait Tune des plus hautes tours et aiguilles de France. » En tombant, ce clocher écrasa l'église Saint-Jean et \& jolie chapelle de Saint- Gelais, un des chefs-d'œuvre de la Renaissance , dont les débris, classés parmi les monuments historiques , ont été démolis il y a quelques années. Ces désastres se réparèrent lentement. Ce fut seulement en 4634 que, grâce surtout aux libéralités du doyen Jean Mesneau , elle put être inaugurée de nouveau par Antoine de La Rochefoucauld, évêque d'Angoulême. La Révolution

la laissa subsister, mais elle en fit le Temple de la Raison, puis la salle décadaire , et elle lui enleva tout ce qui pouvait contraster avec son changement de destination. Rendue au culte en 4802, elle a été tout récemment confiée à un habile architecte , M. Abbadie , qui doit y dépenser près de 500 000 francs pour la restaurer. D'importants travaux de consolidation ont déjà été exécutés. Ils se continuent avec activité. Déjà M. Abbadie a pu faire descendre à terre les six étages qui surmontaient la base du transsept, du côté de l'Évangile, et qui menaçaient de s'écrouler sur la nef; et maintenant la grande tour, composée en réalité de sept étages à jours superposés en retraite , présente un aspect magnifique. On ne sait pas encore si Ton pourra y ajouter un couronnement qui pèserait sur elle du poids de 75 000 kilogrammes. On a du reste le projet d'achever la restauration qui a été si bieu commencée et si bien continuée , et de débarrasser complètement cette curieuse église des constructions parasites dont elle est encore entourée.

La façade de Saint-Pierre, que représente notre dessin, a 19 m ,33 de largeur; elle est en partie couverte de sculptures, de médaillons et de statues. Au-dessus de la fenêtre qui surmonte le portail principal , on remarque une statue couronnée de flammes et entourée des quatre Évangélistes sous leurs formes symboliques. Cette statue, que Ton a prise pendant longtemps pour un Jupiter, est celle de Dieu le père. L'entablement qui couronne la façade, et aux extrémités duquel s'élèvent deux élégants campaniles , date des premières années du xvr siècle.

Les réparations et additions qu'eut à subir à diverses époques l'édifice roman (style de transition) du xir siècle sont encore plus visibles à l'intérieur qu'à l'extérieur. La restauration actuelle devra surtout restituer à Saint-Pierre son.caractère primitif en la délivrant de tous les misérables appendices que des siècles dont le goût s'était corrompu y ont successivement déposés, et surtout des affreuses balustrades qui régnent autour de la nef.

« La nef , unique , dit M. Castaigne , est surmontée de trois coupoles semblables à celles de la collégiale de Loches et types du style byzantin, et les arcs qui les séparent ont une légère tendance ogivale. Le chœur est terminé par une abside semi-circulaire : et

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