‹ De Paris à BordeauxChapitre 136 sur 165 · ANGOULÊME. — HISTOIRE · texte numérisé non relu

ANGOULÊME. — HISTOIRE

Le premier comte héréditaire d'Angoulême se nomma Wulgrin. Son fils Aldoin releva les remparts détruits par les Normands. Son petit-fils, Guillaume I", mérita le surnom de Taillefer, parce qu'il fendit d'un coup d'épée jusqu'à la poitrine un chef normand armé de pied en cap. Le dernier comte de cette race — plusieurs ont mérité que l'histoire conservât leur nom — fut Adhémar ou Aymar, le fils de Guillaume IV. Il s'était ligué contre les Anglais avec le seigneur de Taillebourg. Richard Cœur de Lion, à son retour de la Palestine, ravagea ses possessions et s'empara même d'Angoulême. Adhémar se disposait à marier sa fille unique, Isabelle, avec Hugues de Lusigrian, comte de la Marche, lorsqu'elle fut enlevée par Jean sans Terre, roi d'Angleterre, qui l'épousa (1202). Devenue veuve, Isabelle revint à Angoulême, où elle donna sa main et ses domaines à son premier fiancé (1217). Les Lusignan succédèrent ainsi aux Taillefer. Le dernier de cette famille fut le comte Guy V. A sa mort (1307), Philippe le Bel réunit le comté à la couronne.

Prise par les Anglais en 1345, délivrée l'année suivante, Angoulême fut cédée par le traité de Bretigny au roi d'Angleterre (1360), qui ne la garda que dix ans. En 1380, les habitants forcèrent la garnison à quitter la ville. En souvenir de ce beau fait d'armes et en récompense de cette preuve de fidélité à son ancien drapeau, Angoulême obtint le privilège de devenir l'apanage de l'un des fils de France. En 1 392, Charles VI la donna à son frère Louis,duc d'Orléans, que le duc de Bourgogne ne tarda pas à faire assassiner. Elle eut ensuite pour comte apanagiste le second fils du duc d'Orléans, que son frère aîné, Charles, remit en otage aux Anglais, quand il leur demanda des secours pour venger le meurtre de son père. Ce prince, nommé Jean, resta deux ans en Angleterre. A son retour, ses vertus et sa bonne administration le firent surnommer le Bon. Il mourut à Cognac en 1 467, mais il fut enterré dans la cathédrale d'Angoulême. En 1562, les protestants violèrent son mausolée ; le corps était encore tout entier. Un nommé Ruffier, autrement dit Jean de Flandre, protestant, natif d'Angoulême, donna un coup de poignard dans le ventre du cadavre et lui coupa le nez ; d'autres lui tranchèrent la tête, firent des balles de son cercueil, et remirent ses restes mutilés dans le

caveau sépulcral, d'où ils furent tirés en 4568 et dispersés en lambeaux sur le pavé de la cathédrale.

De Jean le Bon , le comté de l'Angoumois et sa capitale, dont l'histoire est inséparable, passèrent à son fils, Charles d'Orléans, puis à son petit-fils, François I er , qui, l'ayant érigé en duchépairie pour sa mère, Louise de Savoie (4545), le donna, après la mort de sa mère, à son fils, Charles d'Orléans, puis le réunit à la couronne en 4545.

Sous Henri II, une insurrection éclata sur divers points de l'Angoumois contre l'impôt, dit de gabelle, établi sur le sel. Le comte de Montmorency, chargé de la réprimer, signala son passage par des actes de la plus cruelle sévérité. Sous François II, Calvin vint à Angouléme, où il prêcha sa nouvelle doctrine, tout en donnant des leçons de grec. Il y fit un certain nombre de prosélytes. Peu de temps après, les protestants, s'étant emparés de la ville par surprise, pillèrent les églises. Louis de Sansac, le gouverneur, la leur reprit, mais ils en redevinrent maîtres en 4 562 pour la reperdre bientôt. Pendant ces diverses occupations, les deux partis abusèrent tour à tour de leur victoire. Enfin, en 4568, l'amiral Coligny vint l'assiéger, et il la canonna si bien qu'il la força à se rendre. On pendit à un mûrier, qui a donné son nom à la place du palais de justice, le gardien des Cordeliers, Michel Grellet, qui en mourant dit à l'amiral Coligny, présent à cette barbare exécution : « .... Vous serez comme Jézabel jeté par une fenestre et serez traisné fort ignominieusement, et ainsi finirez vos jours. » Pierre Bonneau, docteur en théologie, eut le même sort que Grellet. Le lieutenant général, Jean Arnauld, périt au milieu des tortures les plus cruelles, et la veuve du lieutenant criminel d'Angoulême, attachée à la queue d'un cheval, fut traînée dans les rues. La garnison que laissèrent dans la ville le roi de Navarre et le prince de Condé pilla et saccagea encore les églises. Mais la bataille de Bassac ou de Jarnac, perdue par le parti protestant, assura le triomphe définitif des catholiques.

En 4 588 les habitants d'Angoulême reçurent du roi Hçnri III l'ordre de s'emparer du duc d'Ëpernon qui s'était retiré dans le château. On le leur demandait mort ou vif. Ils essayèrent d'obéir , mais leur tentative échoua. Quoiqu'il n'eût avec lui

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