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STATION. — LA ROCHE-CHALAIS

H kil. de Chalais. - 514 kil. de Paris. —69 kil. de Bordeaux.

On trouve à la station de la Roche-Chalais des omnibus qui conduisent en 45 minutes à la Roche-Chalais, bourg éloigné de 3 kil., pour \ 5 cent., et des voitures de correspondance qui mènent : à Périgueux par Ribérac, 1\ kil. en 7 heures pour 6 fr. et 5 fr. 25 c. (3 fr. et 2 fr. 50 c. seulement pour les voyageurs de Périgueux allant à Bordeaux, ou pour les voyageurs de Bordeaux allant à Périgueux) ; — à Jonzac par Montguyon, Montlieu et Montendre, 57 kil. en 6 heures pour k fr. 75 c. (2 fr. 50 c. de moins pour les voyageurs de Jonzac, d'Angoulême ou de Bordeaux).

La Roche-Chalais est un bourg de 2427 habitants situé sur une colline, à 3 kil. de la station de ce nom, dans le département de la Dordogne, dont le chemin de fer traverse une des extrémités, du pont de la Dronne au pont de son premier affluent au-dessous de la Roche-Chalais. Cet affluent franchi, on entre dans le département de la Gironde. C'est toujours la même plaine fertile, variée de cultures et d'aspects. Les coteaux qui la bordent s'éloignent ou se rapprochent selon les détours des rivières

qui baignent leur base. La Dronne coule maintenant à la droite du chemin de fer. Les vignes abandonnées à elles-mêmes, c'està-dire qui rampent sur la terre, produisent des raisins blancs; celles où Ton récolte du vin rouge sont mieux cultivées et soutenues par des échalas.

BT STATION. — COUTRAS.

17 kil. de laRoche-Chalais. — 531 kil. de Paris. — 52 kil. de Bordeaux.

Contras est un chef-lieu de canton du département de la Gironde, situé à la jonction de la Dronne et de l'Isle, sur lesquelles il a été jeté deux ponts suspendus. La grande route de Libourne à Périgueux et à Angoulême, par Ribérac, le traverse et y forme une longue et large rue. Il a de plus une grande place et une halle où il se fait un commerce considérable de céréales, de farine, de vins et d'eaux-de-vie. Son industrie (usines métallurgiques, papeteries, moulins) est appelée à prendre de plus grands développements, car le chemin de fer appelé le Grand-Central vient s'embrancher, à la station de Goutras, sur le chemin de fer de Paris à Bordeaux. Sa population est de 3371 habitants.

Ce fut sur le seuil de Y église de Coutras que le duc d'Êpernon vint faire amende honorable des mauvais traitements qu'il avait infligés à Mgr de Sourdis, archevêque de Bordeaux (il lui avait enlevé son chapeau d'un coup de canne). Au jour indiqué, le 20 septembre 1634, il s'agenouilla aux pieds du prélat en présence du duc de La Valette, son fils, de plusieurs seigneurs et de cinq conseillers du parlement, venus par commandement du roi pour assister à cette cérémonie, et il reçut humblement, en apparence du moins, l'absolution qu'on lui avait ordonné d'implorer. Il est vrai qu'à cette absolution était attachée la promesse d'être réintégré dans son gouvernement de Guienne : promesse qui fut tenue quelques jours après, car les lettres patentes en vertu desquelles il rentra dans toute sa puissance portent la date du 1" octobre suivant.

Le château de Coutras, bâti par un vicomte de Lautrec, reconstruit plus tard par un évéque de Tarbes, vanté par Brantôme comme le plus beau corps de logis qui fût en France , augmenté et embelli par le maréchal de Saint- André, habité à

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diverses époques par Catherine de Médicis, par Henri IV, par la duchesse de Longueville, par la princesse et par le prince de Condé, a été démoli en 4730; il n'en reste plus aujourd'hui que des débris de murailles , un portail et un puits hexagone recouvert par une coupole que supportent six colonnes d'ordre dorique et que couronne une lanterne à toiture sphérique , surmontée d'une calotte en écailles de poisson , et de l'image d'un dauphin. Autour de l'architrave on voit encore quelques sculptures, des armoiries que le temps a mutilées , et un bras dont la main , couverte du gantelet des chevaliers et armée d'un cimeterre , frappe plusieurs nœuds assemblés ; au-dessous on lit ces mots gravés sur la pierre : Nodos virtute resolvo. La hauteur totale de ce monument est d'environ 7 mètres.

La grande allée de lauriers qui s'étendait autrefois devant le château, et que le froid détruisit en 4 79 1 , est occupée aujourd'hui par le chemin de fer, qui traverse, presque toujours en tranchée, le parc de l'ancien château, sa garenne , ses jardins et ses pièces d'eau. L'allée d'arbres désignée actuellement sous le nom de promenade était voisine du château.

Coutras fut probablement une ville gauloise avant d'être une station romaine ( Corierale). A la suite de nombreuses vicissitudes inutiles à rappeler ici, elle rentra en U53 sous la domination des rois de France qui la donnèrent en fief à un seigneur nommé Odet d'Aydie, et dont la fille épousa Jean de Foix, vicomte de Lautrec. Aucun événement extraordinaire ne s'y passa tant que sa seigneurie dépendit de la maison de Foix, et son nom serait probablement resté ignoré si, le 20 octobre 4587, le roi de Navarre n'y avait pas battu le duc de Joyeuse.

Quand la mort de Marie Stuart eut ranimé en France la haine des catholiques contre Henri III , les Seize s'empressèrent de publier un violent manifeste, destiné, disaient-ils, à éclairer l'opinion publique. Le roi, accusé ouvertement de trahison par les Ligueurs, leva une armée dont il confia le commandement à son favori, le duc de Joyeuse, qu'il chargea d'aller combattre et exterminer les protestants réunis sous les ordres du roi de Navarre. Après diverses marches et contre-marches, le duc de Joyeuse et le roi de Navarre se rencontrèrent à Coutras. Un juge

de paix de cette petite ville, M. Viault, a donné à M. Jules de Peyssonnel les renseignements suivants sur la position des deux armées. Au moment où s'engagea le combat , le champ de bataille choisi par le roi de Navarre occupait, dans le sens de sa longueur, une petite plaine, ou plutôt un pli de terrain, qui borde , dans toute son étendue ( 4 kilomètre ou 4200 mètres environ ), le côté septentrional de l'ancien parc. Le chemin de fer le traverse au N. E. de Coutras , un peu avant d'arriver à la station (à 4 kilomètre). A cette distance , le chemin de fer y décrit une courbe. C'est là, ou du moins tout auprès , qu'était posté l'escadron commandé par Henri , ayant à sa gauche son artillerie, et à sa droite, la plus grande partie des troupes rangées sur une ligne courbe et faisant face au nord. A 400 pas environ au nord, et regardant Coutras, l'armée de Joyeuse se dessinait suivant une courbe parallèle à la première , ou , pour s'exprimer mathématiquement , concentrique avec elle. Du nord au sud, ou dans le sens de sa largeur , le champ de bataille peut être reconnu sur le terrain , en le prenant à partir du chemin qui conduit du village de la Bodetterie à celui de la Cabanne , jusqu'au point le plus saillant de la courbe du chemin de fer.

Le 20 octobre 4 587 , au point du jour , Henri , averti que le duc de Joyeuse marchait à sa rencontre, vint à la hâte reconnaître les positions, et, s'adressant au prince de Condé, il lui dit : « Mon cousin , que de sang va couler faute de s'entendre l Mais vive Dieu 1 ils l'ont voulu, marchons I » Il réunit ensuite ses principaux lieutenants, les princes de Conti et de Soissons, le vicomte de Turenne, La Trémouille, qui, dans une reconnaissance, avait déjà soutenu le choc de l'avant-garde des Ligueurs, et quelques autres , au nombre desquels on doit nommer Favas et Sully ; puis, après avoir disposé ses troupes comme nous venons de le dire , il attendit l'ennemi de pied ferme, 4

Les deux armées restèrent d'abord en présence plus d'une heure sans s'ébranler. Elles offraient <ieux spectacles bien différents, a Les rangs des catholiques étaient si brillants, a dit un historien, les salades damasquinées, les armures d'argent et d'or, les caparaçons de la cavalerie reluisaient d'un éclat si vif aux rayons du soleil levant, les banderoles armoriées des quatorze cents gentils-

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hommes qui entouraient la cornette blanche du duc déroulaient au vent du matin , en flottant au bout de lances étincelantes , une telle profusion de couleurs que les huguenots en furent éblouis ; mais rien ne pouvait ébranler leur contenance grave et ferme. Pendant que Joyeuse déployait avec confiance ses régiments , de leurs masses sombres, compactes, couvertes de fer, d'armes rouillées , de vieux habits de chamois ou de buffle , s'éleva tout à coup un psaume entonné par deux ministres protestants et répété par plusieurs milliers de voix : c'était un psaume de Clément Marot.

La voici, l'heureuse journée Où Dieu couronne ses élus.

a Les Protestants s'étaient agenouillés pour prier. « Voyez- « vous comme ils sont à demi battus , dit Joyeuse à Lavardin ; « à voir leur contenance, ce sont gens qui tremblent. — Ne le « prenez pas là , répondit Lavardin , je les connais mieux que « vous. Ils font les doux et les chattemites ; mais que ce vienne à « la charge, vous les trouverez diables et lions, et vous souvenez « que je vous l'ai dit. »

L'action s'engagea vers neuf heures. Alors Henri de Bourbon, se tournant vers les princes de Condé et de Soissons , leur dit en les quittant pour aller prendre ses postes : a Souvenez- vous que vous êtes du sang de Bourbon , et vive Dieu ! je vous ferai voir que je suis votre aîné. — Et nous, lui répondirent-ils, nous vous montrerons que vous avez de bons cadets. »

A dix heures la bataille était terminée. Joyeuse , malgré la bravoure de ses troupes , avait essuyé une déroute complète. Quatre cents gentilshommes et trois mille soldats catholiques gisaient sans vie sur le champ de bataille, et, de toute cette armée si éblouissante au lever du soleil , il ne restait plus que quelques prisonniers et une poignée de fuyards sur la route de Chalais. Dès le début l'artillerie des protestants , bien dirigée , avait touché la cornette* blanche du duc de Joyeuse et décimé ses soldats. Toutefois une charge heureuse de Lavardin parut un moment faire pencher la victoire en sa faveur ; mais les fuyards revinrent résolûment à la charge, et, prenant leurs épées après avoir déchargé leurs mousquets, ils s'écrièrent avec un généreux désespoir : « Il faut que nous allions tous mou-

rir dans ce bataillon.» En effet, ils s'ouvrirent un passage au travers des piques en les coupant et en les détournant à coups d'épée, et, pénétrant dans les rangs ennemis, ils y firent un affreux carnage. Cependant le duc de Joyeuse, qui croyait la bataille gagnée , fondit en criant victoire à la tête de sa gendarmerie sur les deux gros escadrons du prince de Gondé et du roi de Navarre. On le laissa , par le conseil d'un vieux capitaine , s'avancer à dix pas; puis, quand il n'y eut plus entre les deux bataillons que trois longueurs de lance , les arquebusiers protestants , obéissant aux ordres qu'ils avaient reçus , tirèrent et abattirent presque tout le premier rang ; le second rang, qui avait pris son élan de trop loin, ne donna que de faibles coups de , lance et essuya à bout portant une décharge de pistolets qui le mit en déroute. Alors les deux corps d'élite, les princes en tête, lançant leurs chevaux à toute bride contre cette cavalerie arrêtée net et à moitié rompue, la taillèrent en pièces en une demiheure. Dans cette charge décisive , Condé , le comte de Soissons et Henri firent des prodiges de valeur. Henri, assailli par le baron de Fumel et par Château-Renard, cornette de Sansac, allait succomber , lorsque Fontenac le délivra du baron de Fumel, auquel il asséna un vigoureux coup d'épée. H saisit au corps Château-Renard en lui disant : « Rends-toi, philistin. » Dès lors le désordre se mit parmi les Ligueurs, qui s'enfuirent de tous côtés.

Voyant sa cause perdue , le duc de Joyeuse , au lieu de prendre à droite pour se sauver à la Roche-Chalais , tourna à gauche dans l'intention de rejoindre son artillerie et de livrer un dernier combat. * Qu'allez- vous faire? demanda Saint-Luc. — Mourir généreusement après mon malheur, » lui répondit-il. Vingt pas plus loin il tombait entre les mains des capitaines Saint-Christophe et La Viole, et, pendant qu'il leur offrait 400 000 écus pour sa rançon , deux autres capitaines , Bordeaux et Des Centiers , qui survinrent , le tuèrent de deux coups de pistolet à bout portant. Quant à Saint-Luc, il prit sur-le-champ une résolution des plus hardies. Certain que le prince de Condé, qui le haïssait , lui ferait un mauvais parti s'il parvenait à le prendre, il fondit sur lui , le désarçonna , et en même temps mettant pied

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à terre , lui présenta sa main , pour le relever , et son gantelet, en lui disant : « Monseigneur , je me constitue votre prisonnier.» Condé l'embrassa et le mit en lieu de sûreté.

La perte des protestants fut beaucoup moins considérable que celle des catholiques. Un petit nombre de soldats et cinq cents gentilshommes restèrent sur le champ de bataille.

Cette victoire, la première que remportait le parti protestant, eut un immense retentissement, mais elle ne produisit pas les résultats qu'elle devait faire espérer. Le roi de Navarre, c que ses libertinages détournaient sans cesse de ses devoirs, » voulut porter les drapeaux conquis, dans le Béarn,'à la belle Corisande de Gramont. Cette inconcevable faiblesse amena la ruine de Tannée allemande, abandonnée sans secours au milieu d'un pays ennemi. Du reste, Henri s'était autant illustré dans cette mémorable journée par sa clémence que par son courage. Après la défaite des catholiques, il s'écria : « Plus de sang ! recevez-les tous à merci. Ils sont braves, ils sont Français. Il faut que le roi nous remercie de cette victoire. » Et aussitôt la fureur du soldat s'apaisa. On commença alors de faire des prisonniers. On en renvoya même plusieurs sans rançon, et on laissa s'éloigner, avec trop de générosité peut-être, la troupe de fugitifs que commandait Lavardin.

Le soir de ce même jour, le Béarnais écrivait à Henri III, avec autant de raison que d'esprit : « Sire, mon seigneur et frère, remerciez Dieu, j'ai battu vos ennemis et votre armée. » En rentrant au château de Coutras , où il passa la nuit , il y trouva les cadavres du duc de Joyeuse et de Saint-Sauveur, son frère, qu'on avait étendus au bout de la table pour égayer le festin. Comme il ne partageait pas le sombre enthousiasme de ses vieux compagnons, qui voyaient avec joie dans les deux morts les bœufs de sacrifice promis par le psalmiste, ce spectacle lui fit horreur, et il alla dîner dans une autre salle.

De la station de Coutras on aperçoit au-dessous de la ville les moulins et le château de Laubardemont, au pied desquels coule la rivière de l'Isle. Parmi les seigneurs de ce château, est-il besoin de nommer Jean-Martin, baron de Laubardemont , qui joua un rôle si honteux dans l'affaire des Ursulines de Lou-

dun et dUrbain Grandier, et dans l'interrogatoire de Cinq-Mars et de De Thou ?

C'est au-dessous de ces moulins que l'Isle, qui se jette dans la Dordogne à Libourne, à 31 kilomètres au-dessous de Coutras, commence à devenir navigable naturellement. En 1824, on a commencé à la canaliser, de Périgueux à Coutras, c'est-à-dire sur une étendue de 409 kil. 886 mètres. Ce canal a coûté 5 318 292 fr. Sa pente totale de 79 mètres est rachetée par 39 écluses.

En quittant la station de Coutras, on franchit l'Isle sur un pont de six arches, ayant chacune 45 mètres d'ouverture, et, laissant à droite le coteau des Graves, que couronne la .ville de Gui très, et à droite les collines de la Double , on suit la rive gauche de l'Isle, que l'on n'aperçoit pas.

68 e STATION. — SAINT-DENIS DE PILE.

9 kil. de Coutras. — 540 kil. de Paris. — 43 kil. de Bordeaux.

Saint-Denis de Pile est un bourg de 2652 habitants , dont l'église romane mérite plus qu'une mention. Cette église, rebâtie au xii" siècle, a la forme d'une croix grecque. Au centre s'élève un clocher carré et crénelé, dont les ouvertures sont en pleincintre ; l'abside est divisée en sept parties par autant d'arcades à plein-cintre retombant sur des pilastres. A l'est de chaque transsept , on voit une chapelle postérieure au xir siècle, qui forme à l'extérieur un hémicycle plus petit que l'abside. Les voûtes de l'abside et de la travée ouest de la nef, détruites en 4587, ont été reconstruites en 4740. A cette époque on exhaussa les murs de l'abside. Les voûtes les plus anciennes, celles des transsepts et du centre de la croix sous le clocher, appartiennent au xir siècle. — On remarque, dans les environs de Saint-Denis de Pile , la jolie habitation de la famille de Grailli et le château de la Grave, propriété de M. le duc Decazes.

Des omnibus mènent pour 20 cent, de la station à la ville. Les voyageurs allant à Bordeaux ou en venant sont transportés gratuitement. Des voitures de correspondance conduisent à Guitres; 8 kil. en 45 min. pour 50 cent. (30 cent, seulement pour les voyageurs de Guitres à Libourne ou vice versa, et gratis pour les voyageurs de Guitres à Bordeaux et vice versa).

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