LIBOURNE. — FRONSAC
Mers avec ses collines aux formes indécises , ses agrestes villages, ses blancs hameaux et ses châteaux ruinés. Au couchant, ce sont d'autres tableaux , les célèbres vignobles de Canon , les frais ombrages de Saint-Germain, et cette suite de coteaux dont les angles saillants et rentrants dessinent le cours de la Dordogne, en fuyant avec elle à perte de vue. Un horizon sans borne environne presque de tous côtés ce vaste panorama, l'un des plus riches que l'œil de l'homme puisse contempler. »
Le village qui donne son nom à cette colline est situé à sa base sur la rive droite de la Dordogne. Il compte environ 4500 habitants ; il récolte de bons vins blancs et rouges, dont les prix
Le tertre de Fronsac vu de Libourne.
varient de 300 à 100 fr. le tonneau (4" classe), de 200 à 300 fr. (2 # classe). Il n'a par lui-même rien d'intéressant; mais l'histoire de son château , qui couronnait son tertre , mérite un souvenir.
Ce château fut d'abord , en effet, une villa romaine , détruite , on ne sait pas à quelle époque, par les Barbares, puis une forteresse construite par Charlemagne , qui la plaça sous les ordres d'un vicomte, dépendant, dans l'origine, du comte d'Angoulême, et plus tard du comte de Périgord. Cette forteresse disparut à son tour sans laisser plus de débris que la villa romaine qu'elle avait remplacée. Sur son emplacement, les vicomtes de Fronsac
élevèrent un château fort, qui releva tantôt des rois de France, tantôt des rois d'Angleterre , jusqu'à l'expulsion complète des Anglais. En 1451, Dunois s'empara de ce château, et l'année suivante la garnison qu'il y avait laissée fut forcée de l'évacuer; mais, après la défaite de Talbot à Castillon, la garnison anglaise se vit obligée de l'abandonner à son tour . Dès lors il devint un fief de la couronne de France, et, en U72, Louis XI le donna, avec la vicomté qui portait son nom , à Odet d'Aidie, sire de Lescun , en récompense de ses services. Ce seigneur , s'étant jeté en 4487 dans le parti des princes ligués contre le roi Charles VIII , fut dépossédé par ce monarque de tous les biens dont l'avait gratifié son prédécesseur. Fronsac appartint ensuite au maréchal de Gié, qui l'obtint de Louis XII , sur sa demande, à Jean de Foix, gendre d'Odet d'Aidie, à Jacques d'Albret, maréchal de Saint- André, en faveur duquel Henri II érigea la vicomté en comté (1551), et. par suite de diverses alliances, à François d'Orléans Longueville , comte de Saint-Paul , en faveur duquel Henri IV élevâ le comté en duché-pairie (1608) relevant directement de la couronne de France. Toutefois ce château, fortifié et embelli sans doute par tous ses possesseurs, ne devait point tarder à tomber sous la juste vengeance des Libournais. Sa chute trop méritée inspira les poètes français et latins, qui s'empressèrent de la chanter ; les strophes suivantes sont empruntées à une complainte du temps, que publia Maistre Hélie Petit, Libournais, sous le titre à! Ode :
C'estoit une place enchantée ; Ceux dont elle estoit habitée Devenoient tout à faict rebours, Tygres et lions sanguinaires, Cruels léopards et panthères ; Hercule mesme y devint ours.
Dedans ceste tanière affreuse Logeoit une engeance fascheuse Qui partageoit nostre plaisir, Prenant le pigeon dans la fuë, La poire sur Tante pendue , Vray object de nostre désir ...
Les habitants de Fronsac, ou plutôt les soldats chargés de le