‹ De Paris à BordeauxChapitre 147 sur 165 · LIBOURNE. — FRONSAC · texte numérisé non relu

LIBOURNE. — FRONSAC

garder, ne prenaient pas seulement des pigeons et des poires , ils descendaient souvent à Libourne pour la piller ; ils enlevaient les jeunes filles qui leur plaisaient et qui refusaient de les suivre. Tout vaisseau étranger, chargé de marchandises, et qui passait à portée de leurs canons, était capturé par eux, son équipage pendu ou noyé; ils mettaient les paysans voisins à contribution, les chassaient de leurs villages et les contraignaient de les servir. Ces exactions inouïes avaient duré quatre ans, de 1488 à 1492. Enfin, sur les réclamations incessantes de la municipalité de Libourne, Charles VIII s'était décidé à saisir de l'affaire le parlement de Bordeaux , qui avait instruit le procès et fait rigoureusement punir les coupables. Quand le comte de Saint-Paul, François d'Orléans Longueville , eut été élevé au rang de duc et pair, il confia le commandement de Fronsac à un officier nommé d'Arsilemont. Fort du rang et de la puissance de son seigneur, protégé d'ailleurs par Marc-Antoine de Gourgues, premier président du parlement de Bordeaux, d'Arsilemont renouvela, contre les vassaux de Fronsac et les habitants de la contrée voisine, les violences qu'avaient exercées , un siècle auparavant, les soldats du maréchal de Gié. Il fut à la fois l'opprobre et la terreur du pays. Voulait-il prélever quelque contribution sur Libourne ou humilier ses magistrats, il braquait sa coulevrine contre les murs de la cité , et un boulet avertissait le maire et les jurats d'avoir à se rendre au château. Là, il leur intimait ses ordres ou les livrait à la risée de ses acolytes et de ses valets. Un beau jour, il s'en prit à son protecteur lui-même, au président de Gourgues, qui s'opposait à certains agrandissements du fort, et il ordonna à un capitaine flamand de, tirer sur le château de Vayres , appartenant à ce président. Alors , mais alors seulement, il faut bien le dire, la justice trouva qu'elle avait montré une patience au delà de toute limite. Louis XIII était à Bordeaux; on lui dénonça le coupable et tous les forfaits qu'il avait commis. D'Arsilemont fut arrêté , et , malgré les pressantes sollicitations du comte de Saint-Paul et du duc de Mayenne , condamné à avoir la tête tranchée ; on l'exécuta le jour même. Sa tête, clouée sur la porte de Libourne , fut remplacée au bout de quelques jours par une tête de pierre. Ses biens furent confisqués et donnés six jours après à son maître le comte de Saint-Paul. Le

supplice de d'Arsilemont ne satisfit pas cependant les habitants de la contrée. Le château de Fronsac existait encore : ils demandèrent sa démolition et offrirent 200 000 écus de dédommagement aux propriétaires. Ceux-ci résistèrent d'abord ; mais, pressés par le duc d'Épernon, qu'excitaient les clameurs des Libournais, engagés par le roi à céder, ils se laissèrent fléchir. L'avocat général Dusault fut chargé par Louis XIII de surveiller les travaux. Libourne fournit cinquante manœuvres par jour durant deux mois. Tout le monde d'ailleurs se mit à l'œuvre ; et le k décembre 1623 le château de Fronsac était rasé. Ce que le fer et la poudre ne purent détruire fut du moins renversé. On voit encore çà et là, autour et à quelques mètres au-dessous du plateau, des massifs de murailles à moitié ensevelis sous des broussailles. Alors Hélie Petit entonna son chant de gloire et de triomphe :

Nos rivières abandonnées Traînoient, durant quelques années , Leur flus et reflus à regret , Voyant les nations estranges Quitter nos fertiles vendanges Et loingde nous faire leur fret.

On verra des flottes nombreuses Qui dessus ces tours orgueilleuses N'osoient pas dessiller les yeux, Ces ruines estant publiées, Venir à voiles despliées Porter leurs métaux précieux.

Malgré les conditions posées par les Bordelais, en achetant le château de Fronsac, qu'aucun édifice ne serait construit sur le tertre , le duc de Richelieu et de Fronsac , pair et maréchal de France , gouverneur de Guienne et de Gascogne , lieutenant général commandant en Gascogne , qui était devenu possesseur du duché-pairie de Fronsac , s'y fit bâtir une maison à l'italienne dans laquelle eurent lieu de nombreuses orgies. Les mœurs seules en souffrirent. Toutefois, Richelieu, s'étant emparé du passage de l'Isle au détriment de Libourne , contraignit la ville à entretenir le pavé de la route de Fronsac à Saint-Pardon. La révolution de 1789 abolit le duché-pairie de Fronsac, et, en 1793, la maison à l'ita-

FRONSAC. — SAINT-ÊMILION. 351

lienne du duc de Richelieu eut le sort de l'ancien château fort : on la rasa. Elle a été depuis remplacée par une modeste maison de campagne.

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