BORDEAUX. — LE PORT
15 000 kil. Une machine à mâter sert aussi de grue pour les fardeaux plus lourds. Enfin un chemin de fer doit être établi le long de ce port, qui présente un aspect animé, et qui, accessible aux bâtiments de 500 à 600 tonneaux , peut contenir de 1000 à 1200 navires.
Toutefois, malgré son admirable situation et sa belle vue, le quai de Bordeaux n'est ni Je quartier aristocratique ni même le quartier commerçant de la ville. C'est dans les rues qui aboutissent à
Le port.
la place Richelieu, dans les fossés du Chapeau-Rouge , dans la rue Esprit-des-Lois, sur la place de la Comédie, dans l'allée de Tourny, dans les fossés de l'Intendance (la continuation des fossés du Chapeau-Rouge), sur la place Dauphine , sur les cours , dans la rue Sainte-Catherine , etc. , que se trouvent les plus beaux hôtels ou les magasins les mieux approvisionnés et les plus élégants. C'est là aussi qu'à certaines heures du jour et de la nuit se concentre en quelque sorte la vie extérieure de cette grande ville. La place de la Comédie , sur laquelle s'élève le théâtre, est le
point principal d'où partent d'ordinaire tous les étrangers pour aller explorer les autres quartiers de Bordeaux, car tous les hôtels se sont groupés sur cette place et dans ses environs. Entre les fossés du Chapeau-Rouge et les fossés de l'Intendance s'ouvre la rue Sainte-Catherine , qui va aboutir, par la rue d'Aquitaine , à la place d'Aquitaine. Du côté opposé, Vallée de Tourny forme un angle aigu avec le Cours du 30 juillet; enfin la rue Esprit-des-Lois y fait face à la rue Mautrec.
Maintenant, avant de décrire les divers édifices anciens, religieux ou civils de Bordeaux, ses collections, ses établissements de bienfaisance ou d'instruction , ses fabriques et ses comptoirs, ses promenades, tout ce qui peut, en un mot, intéresser un étranger à quelque titre que ce soit, nous rappellerons brièvement les principaux faits de son histoire.
Histoire.
Antérieurement à la conquête romaine , Bordeaux s'appelait Burs^vall; elle était l'un des principaux établissements des Bituriges Vivisci, tribu celtique mélangée d'aborigènes gaulois et d'Espagnols. Quand les Romains s'en furent emparés, ils la nommèrent Burdigala, Burdecala (le port de Bourg), d'où l'on a fait plus tard Bordeaux. Elle acquit dès lors une plus grande importance, a Strabon l'appelait déjà un emporium ( marché ) célèbre, dit M. Jules de Peyssonnel , dont l'intéressant résumé a été cité presque entièrement par l'auteur du Nouveau guide de l'étranger à Bordeaux, et Auguste, à son avènement (28 ans avant J. C.) , la traitait comme une ville de premier ordre , en lui laissant le droit d'élire ses magistrats (consuls , décurions) et la faculté de se gouverner elle-même.... sous le bon plaisir du préteur. Aur r siècle de l'ère chrétienne (16), Germanicus y faisait le démembrement des provinces gallo-romaines. Au ir*, sous Adrien, qui la visita, elle devenait la métropole de la seconde Aquitaine. Au m*, Galien y bâtissait les arènes qui portent son nom ; elle voyait Tetricus, gouverneur des Gaules, revêtir la pourpre des empereurs; elle entendait saint Martial , saint Front et saint Martin, que Grégoire de Tours appelait t la lumière nouvelle, » prêcher la foi chrétienne. Au iv # , elle possédait des académies tellement célèbres,
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que Rome et Byzance y recrutaient leurs professeurs; elle nourrissait des orateurs , des écrivains et des poètes renommés, au nombre desquels on doit citer les deux Ausone , le père et le fils , les deux Minervius, père et fils aussi , Sedatus , Delphidius, Exupère , Macrin et saint Paulin ; elle était ornée de temples magnifiques , de théâtres somptueux , de vastes amphithéâtres ; elle avait en outre des hippodromes , des aqueducs , des thermes et des palais. Ausone , d'ailleurs , un de ses enfants , était appelé à l'honneur de faire l'éducation de Gratien , le fils de l'empereur Valentinien , et plus tard son élève l'élevait à la dignité de consul de Rome. Par un fatal contraste, pourtant, toutes ces grandeurs ne devaient servir qu'à rendre sa décadence plus éclatante et plus prompte, et Ausone avait eu comme un pressentiment de l'avenir, le jour où il conseillait à sa ville natale d'asseoir ses destinées sur des bases durables :
Burgidala ancipiti confirmet vertice sedem.
En effet, au milieu de leur luxe et de leurs richesses, les Aquitains avaient perdu leurs vertus guerrières. Leurs âmes s'étaient amollies comme leurs mœurs, et ce fut presque sans coup férir que les Vandales pénétrèrent à Burdigala (44 2) ; ils égorgèrent ses habitants , incendièrent ses édifices, et, sous le souffle brutal de3 tempêtes qu'ils déchaînaient autour d'eux, dispersèrent toutes les splendeurs dont elle s'enorgueillissait. »
Aux Vandales succédèrent les Wisigoths (466), que lesFranks remplacèrent à leur tour (507), lorsque Clovis eut défait et tué Alaric à Voulon. Après de nombreuses années de troubles obscurs, l'Aquitaine parvint à former un État presque indépendant, dont les chefs prirent le titre de ducs. Un de ces ducs, Eudes, vaincu par les Sarrasins, vit la capitale de son royaume prise, pillée, saccagée ; il dut appeler Charles Martel à son secours. Ses successeurs tentèrent vainement de résister aux attaques de Pépin et de Charlemagne ; l'Aquitaine retomba de nouveau sous la domination des Franks. Toutefois, les successeurs de Charlemagne ne surent pas mieux conserver cette conquête que les successeurs de Clovis. Ses comtes (Charlemagne l'avait érigée en comté) s'affranchirent du joug impérial. De nouvelles guerres éclatèrent ; puis vinrent les
Normands, qui ravagèrent à diverses reprises toute l'Aquitaine et détruisirent la ville de Bordeaux, dont ils firent, pendant un demisiècle, leur principale place d'armes et le grand entrepôt de leurs pillages. Ces barbares expulsés à leur tour, Bordeaux se rebâtit et se repeupla peu à peu. A la suite de nouvelles vicissitudes inutiles à rappeler ici, elle échut aux comtes de Poitou, et, en 4137, le dernier de ces comtes, Guillaume X, mort en pèlerinage, légua avec ses autres possessions à sa fille Aliénor ou Ëléonore, qui, le 2 août 4 137, épousa dans la cathédrale de Saint- André le fils de Louis VI, Louis le Jeune, proclamé peu de temps après roi de France sous le titre de Louis VIL
Qui ne connaît les tristes résultats de cette union? Le 48 mars 4 4 52 , Éléonore obtenait le divorce , et bientôt elle se mariait avec Henri Plantagenêt, duc d'Anjou, petit-fils de Guillaume le Conquérant, duc de Normandie, qui devait bientôt devenir roi d'Angleterre, et auquel elle apportait en dot toute la France occidentale, de Nantes aux Pyrénées.
La domination anglaise dura trois siècles. Pendant cette longue période de temps, Bordeaux n'eut pas trop à souffrir des troubles qui désolèrent l'Aquitaine , appelée Guienne à dater du règne d'Henri III. Ses souverains l'habitèrent souvent; ils se plurent à l'embellir; ils lui accordèrent d'importants privilèges et une constitution municipale. Le prince de Galles, dit le prince Noir, en faveur duquel le duché de Guienne avait été érigé en principauté , y tint une cour brillante ; aussi ses habitants , qui sous Henri III s'étaient insurgés contre leur gouverneur, Simon de Monfort, comte de Leicester, se montrèrent-ils en toute circonstance dévoués aux rois d'Angleterre, et repoussèrent-ils autant qu'ils le purent la domination des rois de France. Si en 4454 il furent obligés de rendre leur ville à Dunois, ils prirent les armes le jour où ils apprirent qu'un général anglais, Jean Talbot, avait réuni une armée dans le Médoc pour les délivrer, et quand Talbot eut été tué avec la moitié de cette armée sous les murs de Castillon, ils essayèrent encore de résister à Charles VII. Forcés bientôt de capituler (42 octobre 4453), ils perdirent tous leurs privilèges et se virent imposer une contribution de cent mille écus, réduite à 30000 le 44 avril 4454. Pour
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s'assurer en outre de leur fidélité, le roi de France, leur vainqueur, fit construire, aux deux extrémités de la ville, deux forts, appelés, l'un, château Tropeyte (Trompette), et l'autre, château du Far (on le nomma dans la suite château du Hâ).
Louis XI pardonna ses sympathies anglaises à la ville de Bordeaux; il lui rendit ses anciens droits; il y institua un parlement dont le ressort devait s'étendre sur le Bordelais , le Bazadais, les Landes, l'Agenais, le Périgord, le Limousin et la Saintonge; il y fonda, sous l'invocation de Notre-Dame, la fameuse confrérie des mariniers , à laquelle il fallait appartenir pour pouvoir naviguer; il releva son université, fondée en 1441 par une bulle d'Eugène IV; enfin, en 4 474, il lui accorda des lettres pa^ tentes assurant des droits importants à tous les étrangers qui viendraient par la suite s'y établir. Toutefois ce fut seulement sous le règne de François I er qu'elle reprit sa splendeur passée. Malheureusement l'établissement de la gabelle y souleva une insurrection formidable. Le lieutenant du roi, Monneins, obligé de quitter le château Trompette , fut massacré par la po.pulace , et d'horribles excès suivirent cet assassinat. A la nouvelle de cette rébellion, Henri II s'était empressé d'abolir l'impôt odieux qui en avait été la cause première , sous la condition que les insurgés mettraient bas les armes. Quand la tranquillité fut rétablie , quand le peuple eut livré le château Trompette, le connétable de Montmorency reçut l'ordre d'aller châtier les coupables, a A son arrivée, dit Jouannet, la ville repentante lui ouvre ses portes; mais il veut y entrer par la brèche comme dans une place emportée d'assaut. Il trouve les rues jonchées de fleurs et de lauriers, car la terreur descend toujours à l'adulation; mais ce ne sont pas des festons qu'il demande, c'est du sang. Il fait dresser des échafauds ; cent cinquante personnes y perdent la vie. Les jurats et cent vingt notables furent condamnés à déterrer avec leurs ongles le corps de l'infortuné Monneins, pour lui rendre ensuite les devoirs funèbres; les privilèges de la ville, lacérés par la main du bourreau, devinrent la proie des flammes; le parlement fut mis en interdit; on imposa sur Bordeaux une contribution de guerre de 200 000 francs ; les habitants furent de plus condamnés à entretenir et à ravitailler les châteaux des-
tinés à les contenir ; ils furent aussi chargés de l'entretien de deux galères , dont on se servirait contre eux en cas de besoin. Il fut statué que l'hôtel de ville serait rasé et remplacé par une chapelle expiatoire; les cloches qui avaient donné le signal de la révolte durent être descendues, brisées et fondues. Tout porta sa peine, jusqu'aux êtres insensibles.... Ajoutons encore un mot: on cessera de s'étonner de l'atrocité d'une, vengeance confiée à de pareilles mains. Le juré Lestonnat était condamné à avoir la tête tranchée ; sa femme , d'une rare beauté , vient se jeter aux pieds du connétable et demande la grâce de son époux. Montjnoreùcy la promet à une condition que je ne puis dire et que l'infortunée ne put refuser.... Le monstre déshonora la femme au moment même où il faisait tomber la tête du mari. »
La Réforme avait fait de nombreux prosélytes à Bordeaux et dans les environs. La réaction catholique y employa, comme presque partout , la force brutale, pour triompher des idées qu'elle combattait. Plusieurs protestants avaient déjà péri sur l'échafaud* lorsque, trois mois environ après la Saint-Barthélemy (3 octobre 1572), le gouverneur de la ville, Montferrand, et le lieutenant du roi, Montpezat, donnèrent eux-mêmes le signal du massacre des religionnaires. Il y en eut deux cent soixante-quatre d'égorgés à Bordeaux, « et toutes les maisons suspectes de calvinisme furent, trois jours entiers, abandonnées au pillage. »
Malgré les efforts des Ligueurs, Bordeaux était restée fidèle à Henri III. Elle reconnut sans hésitation Henri IV. Sous le règne de Louis XUI et pendant la minorité de Louis XIV, elle devint le théâtre principal des dissensions civiles qui ensanglantèrent alors la Guienne. Le gouverneur de cette province, le fameux duc d'Épernon, s'était brouillé avec le parlement, avec les magistrats, avec les habitants. Quand son fils, d'Épernon La Valette, lui eut succédé, la guerre éclata. Elle dura longtemps; elle^eut, comme toutes les guerres, d'étranges vicissitudes, dont 'le récit n'offrirait qu'un intérêt local : elle ne se termina qu'en 4653, à la suite d'un siège qui faillit rappeler les souffrances et les privations subies sous Charles VU. « Louis XIV, dit M. Jules de Peyssonnel , n'abusa pas de la victoire ; dès que les troubles furent apaisés, il ne songea qu'à en effacer les traces. On aurait
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bien à lui reprocher la façon barbare dont il réprima, en 1675, une émeute amenée par les impôts sur le timbre , le tabac et Fétain , et les calamités qui résultèrent, pour la cité bordelaise encore plus que pour quelques autres, de la révocation de l'édit de Nantes (1685). Mais on peut opposer à ces tristes souvenirs les bienfaits dont il la combla, et qui furent pour elle la source de sa fortune commerciale et de sa grandeur. Car, en même temps qu'il prenait des mesures générales dont elle profitait : droit pour la province d'élire un des trois députés du commerce de France , qu'il appelait' tous les ans au sein du conseil qu'il avait créé ; bénéfice d'une certaine prime à tous les vaisseaux de 400 à 200 tonneaux construits dans les ports français et destinés au commerce; percement du canal de Languedoc; diminution du nombre des raffineries d'outre-mer, etc., il lui accordait spécialement (4673 et 4675) la franchise de tout droit pour les marchandises exportées de son port dans les colonies; il y établissait un entrepôt de tabac, il y instituait (4705 ou 4707) une chambre de commerce, et il faisait arriver dans Son voisinage des Flamands et des Hollandais , dont l'expérience devait être mise à profit pour le dessèchement de marais improductifs ou nuisibles à la santé publique. »
Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI , Bordeaux eut un gouverneur dont elle n'oubliera jamais le nom. Louis Urbain Aubert, marquis de Tourny, y arriva le 34 août 4743, et en peu d'années il en fit une des plus belles villes du royaume. D'abord il abattit les remparts , il combla les fossés , il dessécha les marais qui l'entouraient, puis il perça des rues nouvelles, et il éleva de toutes parts d'importantes constructions. Bordeaux lui doit les allées d'Albret, les allées de Tourny, les places Dauphine, d'Aquitaine, Royale, de Bourgogne, les hôtels de la Douane et de la Bourse , la ligne des quais, l'hôtel de l'Intendance, etc. Sa prospérité commerciale date aussi de cette époque. Le duc de Richelieu continua les embellissements commencés sous l'administration de son prédécesseur. A la fin du xvm* siècle s'élevèrent tour à tour le théâtre, les hôtels des fossés du Chapeau-Rouge et de la rue de Richelieu, l'hôtel de ville, le quai des Chartrons , la promenade des Quinconces, etc.
Pendant la seconde moitié du xviu* siècle , le parlement de Bordeaux , dont l'ambition avait été à deux reprises comprimée par la royauté, avait tenté d'étendre les limites de son autorité. Il ne réussit qu'à se faire exiler à Libourne. La Révolution mit seule un terme à la lutte suprême qu'il avait engagée. De nouveaux acteurs parurent alors sur la scène politique. A la nouvelle de la prise de la Bastille , le peuple courut aux armes et s'empara du château Trompette. Une députation aristocratique avait été envoyée aux États généraux. A M. Champion de Cicé, son archevêque, et à ses honnêtes mais timides collègues, le département de la Gironde, dont Bordeaux était le premier district , substitua Vergniaud, Guadet, Gensonné, Grangeneuve, Ducos et Fonfrède. Personne n'ignore les services, les fautes, les talents, les vertus et la belle mort des Girondins ! Après les événements du 34 mai et du 2 juin, après la proscription en masse des députés de la Gironde, Bordeaux s'insurgea contre la Convention. Mal défendue, elle fut bientôt obligée de se rendre aux deux commissaires envoyés pour la soumettre, Tallien et Jullien de Paris. Jusqu'au 9 thermidor, elle expia cruellement l'intérêt qu'elle avait porté à ses représentants.
Sous le Consulat, Bordeaux devint en quelque sorte l'âme d'une vaste conspiration royaliste qui avorta. L'Empire la ruina en fermant la mer à ses navires. « Bloqué par les frégates et les sloops des Anglais qui se glissaient jusque.dans la Gironde, et repoussé de l'Espagne par la guerre et la contrebande de l'Angleterre, le commerce, dit un de ses historiens , M. Mary Lafon, se livrait à un sombre désespoir. Une association, évidemment sortie de Y Institut royaliste, qu'on avait pu dissoudre mais non détruire, s'était formée et recrutée dans les dernières années de la domination impériale, parmi l'ancienne noblesse et la haute bourgeoisie. Son but avoué était de tuer en duel le plus grand nombre possible d'officiers de Napoléon. Dirigés par un jeune homme beau et brave , par M. Chodruc Duclos, dont la cynique misère devait épouvanter un jour les promeneurs du Palais-Royal, les Balochards, tel était leur nom , après avoir établi leur influence au théâtre, dans les cafés et sur le port, s'adjoignirent une troupe de sicaires dévoués qu'on appela brassards, parce qu'ils portaient
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comme signe distinctif un large ruban vert roulé autour du bras gauche, et attendirent les événements funestes de \ 84 4. » Le maire de la ville était un Irlandais nommé Lynch. Il devait sa position à Napoléon qu'il trahit. Le 42 mars 48Ule drapeau blanc flottait sur la tour Saint-Michel, et les Anglais, à la tête desquels marchait le duc d'Angoulême en uniforme rouge, firent leur entrée dans la ville abandonnée par les autorités impériales. Un an après jour pour jour , le général Decaen , gouverneur de la onzième division militaire, dénonçait à ses soldats le retour de Napoléon, c C'est à vous, s'écriait-il, qu'est réservée la gloire de sauver Louis XVIII. » Il se trompait. Quand le maréchal Clauzel approcha de la ville, les troupes destinées à sauver Louis XVIII refusèrent de céder aux puissantes sollicitations que leur adressa elle-même Madame la duchesse d'Angoulême. Le 2 avril 4815, cette princesse, désespérant de sa cause, dut quitter Bordeaux pour aller s'embarquer au port de Pauillac sur la corvette anglaise le Wanderer.
Sous la seconde Restauration, Bordeaux vit tomber les têtes des deux jumeaux de la Réole, et, en récompense de son dévouement aux Bourbons, elle donna son nom au dernier héritier direct de la branche aînée. Elle avait même élevé à la porte de Toulouse une colonne du 42 mars, qui fut détruite après la révolution de 4830. Cette révolution, vivement désirée, avait été acceptée à Bordeaux avec un enthousiasme tel que le préfet, M. de Cursay, ayant manifesté l'intention de résister, faillit payer de sa vie son honorable fidélité à la monarchie légitime. Sous le gouvernement du roi Louis - Philippe, les propriétaires de vignobles et les négociants en vins se sont plaints trop amèrement de la décadence de leur industrie et de leur commerce. Ils ont même osé parler d'une séparation du Nord et du Midi , qui n'était , on peut en être sûr, ni dans leurs pensées ni dans leurs sentiments. Les Bordelais sont et resteront Français, quoi qu'on en dise.
Bordeaux est actuellement le chef-lieu du département de la Gironde» le siège d'une cour impériale, qui comprend les départements de la Gironde, de la Dordogne et de la Charente , d'un archevêché, dont le titulaire porte le titre de primat d'Aquitaine
et qui a pour suffragants les évêchés de Poitiers, de la Rochelle, d'Angoulême, de Luçon, de Périgueux et d'Agen, d'une division militaire, d'une Académie, etc. Sa population qui, en 4784, d'après Necker, était de 404 000 habitants, était tombée en 4 820 à 89 202. En 4847, elle s'est relevée à 420 203. En 4853, elle a dépassé 430 000. La durée moyenne de la vie y est de 36 ans.
Bordeaux a vu naître Ausone, Marcellus Empirions, dont le nom est devenu synonyme de charlatan, Berquin, les Girondins Gensonné , Boyer-Fonfrède, Ducos et Grangeneuve, l'avocat de Sèze, les ministres Lainé, Peyronnet, Martignac, M. Dufaure, les chanteurs Garât et Laïs, le danseur Trenitz.
Monuments gallo-romains.
Le plus ancien monument de Bordeaux est un amphithéâtre appelé Palais Ctalllen* on ne sait pas au juste pourquoi. L'époque de sa construction est inconnue. Il était bâti en pierres carrées entrecoupées de longues briques épaisses. Il y avait deux ordonnances : celle du bas était de style toscan, celle du haut, de style dorique. On estime qu'il devait avoir, hors d'œuvre, de 432 à 437 mètres dans le sens de son grand axe, et de 405 à 444 dans le sens du petit, sur une élévation totale 'de 24 mètres. Son périmètre était entouré de six murs qui allaient en (liminuant de hauteur, et qui comprenaient , entre leurs parvis, cinq enceintes, supportant les gradins où s'asseyaient les spectateurs , et variant de largeur de 4 à 3 mètres. Les galeries destinées au public étaient au nombre de quatre , dont deux au rez-de-chaussée et deux à l'étage supérieur ; elles régnaient tout autour de l'arène, et on y arrivait par deux grandes portes (de 9 mètres de haut sur 6 de large) placées à chaque extrémité du grand axe, èt par quinze portiques disséminés sur toute l'étendue de la courbe. Enfin, 25 000 spectateurs pouvaient y trouver place. En 4774, le palais Gallien devint l'établissement principal de l'entrepreneur des fiacres. En 4792 on en commença la démolition. Plus tard, la municipalité y fit tracer des rues. En 4 801 , M. Thibaudeau , préfet du département, parvint à sauver ses derniers débris de la destruction. Il en reste aujourd'hui une arcade et quelques