STATION. - ORLÉANS
IU1. deCcrcottcR. - 121 kil. de Pu ris, —M Ml. de Mot*. — US kil. de Tours. — 222 kil. d'Angers. — 310 kil. de Nantes. —462 kil. de Boideaux.
Renseignements généraux.
Omnibus pour la ville : un voyageur sans bagages, 30 c. ; àyec un colis, 60 c. ; avec deux colis , 90 c. - Omnibus pour Olivet? Saint-Denis-en-Val, Ingres, Ormes, Chécy, etc. ' ■
Fiacres, 4 fr. 50 c. la course et 2 fr. l'heure.
Voitures de correspondance. Le chemin de fer d'Orléans-a établi des services de correspondance conduisant : — à Beaum-faliulande, 54 kil. en 5 h. pour 3 fr. 50 c; — à Briare, par Sully et Gien, 75 kil. en 6 h. pour 8 fr. 50 c. et 7 fr.; — à Cosne, 406 kil. en 8 h. pour 4 4 fr. et 9 fr. 50 c; — à Montargis, par Châteauneuf et Lorris, 64 kil. en 6 h. pour 7 fr. et 6 fr.; — kSancerre, M G kil en 40 h. pour 12 fr. et 40 fr. » .
Hôtels : d'Orléans, 448, rue Bannier. Chambres de 4 fr. 50 à 2 fr. et au-dessus, avec bougie; salon,-6fr.; bougie du salon, 58 c.; thé complet, 4 fr. 50 c; déjeuner à la fourchette, avec vin, S fr. 10 c; dîner à table d'hôte, avec vin, 3 fr. r 25 ; — dû Loiret et des Trois Empereurs, rue Bannier, 48 et 20. — de la Boule 4 f Or, rue d'Iliers. - • * . .; ;
Libraires. Alphonse Gatineau] rues Royalè et Jeanne-d'Arc. On trouvera chez M. Gatineau un grand nombre d'ouvrages
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historiques, d'annuaires, de plans, de gravures, d'albums, de lithographies et de portraits destinés à faire connaître les paysages, les monuments, les antiquités et les grands hommes d'Orléans, du Loiret et des bords de la Loire. M. Gatineau a publié surtout de charmants albums de lithographies par MM. Benoist, Delton, Deroy, Champin, Chapuy, Mansson, Martens, Muller, Pensée, Salmon, Vogel, etc. — Pesty, rue Sainte-Anne.
En sortant de la gare d'Orléans, on se trouve sur une vaste esplanade plantée d'arbres qui, en 4848, a remplacé le Grand Mail, boulevard ombragé d'ormes séculaires que les Orléanais ont peutêtre raison de regretter. Si l'on tourne à droite sur cette esplanade, on atteint en quelques pas celle de ses extrémités où vient aboutir , à droite, le faubourg Bannier, et où commence, à gauche, la ville d'Orléans proprement dite. La rue Bannier, à l'entrée de laquelle s'élève, à gauche, Y église insignifiante de Saint-Paterne, et qui contient les deux meilleurs hôtels de la ville, Vhâtel d'Orléans et Y hôtel du Loiret, conduit à la place du Martroy, sur laquelle on a érigé une statue équestre à Jeanne d'Arc. Au delà de cette place, elle prend le nom de rue Royale qu'elle conserve jusqu'au pont de la Loire. La rue Bannier, la place du Martroy et la rue Royale, partagent Orléans en deux parties à peu près égales. La partie gauche (en allant à la Loire), ou Est, est la plus intéressante. Elle renferme, en effet, la cathédrale, située à l'extrémité de la rue Jeanne-d'Arc qui s'ouvre dans la rue Royale, l'hôtel de ville, le musée, Saint-Aignan, Sainte-Euverte, la préfecture, le lycée, la maison de Diane de Poitiers, etc. Dans la partie droite, ou Ouest, se trouvent l'hôpital, la maison de Jeanne d'Arc, la maison de François I er , celle d'Agnès Sorel, etc.
Ces indications générales suffisent aux étrangers , à défaut de plan, pour commencer leur première exploration d'Orléans.
Situation et aspect général.
Orléans est bâtie sur la rive droite de la Loire, où elle occupe un terrain légèrement incliné. Un pont de pierre la réunit au faubourg Saint-Marceau, situé sur la rive gauche du fleuve. Ce pont, commencé en 4751 par les ingénieurs Hupeau et Peyronnet, fut achevé en 4761. Il se compose de neuf arches inégales, dont la
plus large a 33 mètres d'ouverture , et la plus petite 30 mètres 50 centimètres ; sa longueur totale est de 333 mètres, et sa largeur de 4 5 mètres 50 centimètres; il est bordé de deux trottoirs, et terminé sur la rive gauche par une grille en fer, entre deux pavillons. A droite et à gauche du pont, s'étendent, du côté de la ville, deux beaux quais qui aboutissent à des promenades plantées d'arbres.
Ville plus commerçante qu'industrielle, Orléans manque d'animation les jours qui ne sont pas consacrés à un marché ou à une foire. Elle peut plaire également aux classiques et aux romantiques, pour nous servir d'expressions un peu surannées. En effet , elle a des rues droites, tirées au cordeau, larges, bordées de maisons modernes sans style, garnies de trottoirs et suffisamment pavées, et des ruelles étroites, sombres, tortueuses, dans lesquelles on a de la peine à marcher sans se blesser les pieds, mais où Ton trouve encore des maisons qui attirent et fixent l'attention par leur architecture et par leur couleur. La population y est, dit-on, nettement partagée en trois classes qui se mêlent rarement : la noblesse, la bourgeoisie et le peuple. Les étrangers, si l'on doit en croire certains écrivains, auraient de la peine à se faire admettre dans les familles orléanaises , mais, à moins qu'ils ne viennent y tenter des études de mœurs , ils n'ont point à s'inquiéter de ces sauvageries inhospitalières. D'ailleurs, une ou deux journées doivent leur suffire pour visiter ce qu'on peut appeler les curiosités de la ville, c'est-à-dire ses monuments, ses collections et ses environs.
Histoire.
Avant la conquête romaine , Orléans était une ville des Carnutes. On l'appelait Cenabum ou Genabum. L'an 52 avant Jésus- Christ, César s'en empara et la détruisit, pour la punir de s'être révoltée contre Rome. Elle se releva peu à peu de ses ruines . mais les barbares la saccagèrent lors de leur première invasion . Fut-elle rebâtie en 461 par Marc Aurèle ou en 274 par Aurélien . on l'ignore; car l'un ou l'autre de ces empereurs peut lui avoir donné son nom ( Âurelianum, Âurèliem, Orliens y Orléans), Quoi qu'il en soit, elle avait déjà une certaine importance, et elle s'était
convertie au christianisme dès le iv* siècle , puisque son premier évêque, Dupet, vivait en 364, suivant les actes d'un concile de Cologne, auquel il assista.
En 451, Orléans avait pour évêque Saint-Aignan, lorsqu'elle opposa au roi des Huns , Attila , une résistance si vigoureuse, qu'elle donna le temps au général romain Aetius de venir la délivrer. Vingt années plus tard , elle repoussa , assurent quelques historiens, les attaques d'Odoacre, duc des Saxons ; mais en 498 elle tomba sous la domination de Clovis I", qui la réunit au royaume des Franks, et qui, au mois de juillet 541, y présida le premier concile tenu en France. Dans ce concile, auquel assistèrent trente-sept évéques , la royauté et l'Église se firent des concessions mutuelles. L'Église obtint un droit d'asile illimité pour ses sanctuaires et pour la maison de ses évêques ; elle établit la solennité des rogations et des processions jusqu'alors inconnues. De son côté, la royauté posa pour la première fois le principe de ce droit de régale , qui donnait aux rois de France la jouissance du revenu des évêchés pendant les vacances des sièges et leur conférait le pouvoir de nommer à tous les bénéfices qui en dépendaient.
Le royaume d'Orléans, fondé à la mort de Clovis par l'un de ses fils, Clodomir, fut réuni en 613, par Clotaire II, à celui de Paris. Il avait duré 405 ans. Pendant cette période, dont les vicissitudes, trop compliquées d'ailleurs, n'offrent qu'un médiocre intérêt , il avait souvent changé de maître et il avait été gouverné par des comtes héréditaires, qui prenaient aussi le titre de ducs, et qui remettaient l'administration entre les mains de vicomtes révocables à leur volonté.
A dater de sa réunion définitive à la couronne de France , Orléans joue un rôle important dans l'histoire du pays auquel elle appartient. De nombreux conciles s'y réunissent, Louis le Débonnaire y convoque les États en 832 , dans l'espoir de mettre fin àla rébellion de ses fils ; Charles le Chauve s'y fait sacrer en 844 , et il y établit , quelques années plus tard, une chambre des monnaies. Malheureusement, en 855 et en 865, les Normands la prennent et la dévastent.
Hugues Capet, lorsqu'il parvint au trône et lorsqu'il fonda la
troisième dynastie, était comte et marquis d'Orléans; c'est dans cette ville que, pour affermir son usurpation, il fait couronner son fils Robert et enfermer Charles de Lorraine, héritier du roi légitime. Robert le Pieux, qui y était né et qui l'aimait, l'habite souvent. Philippe I" y tient son parlement en 4077. Louis le Gros s'y fait sacrer en 4 108, par l'archevêque de Sens. En M 30, Louis le Gros régnant encore, le pape Innocent II s'y rencontre avec le roi d'Angleterre, Henri 1 r . En 4 453, Louis le Jeune y épouse Constance, fille d'Alphonse VIII, roi de Castille. Ingeburge, l'épouse répudiée de Philippe Auguste, à laquelle elle avait été donnée comme douaire, y meurt en 4226. En 4309, Philippe le Bel accorde le titre et le rang d'université à ses écoles, qui jouissaient d'une réputation méritée. Enfin, en 434*, Philippe de Valois, la séparant de la couronne, l'érigé en duché avec sa seigneurie, augmentée de dix châtellenies voisines, et il en apanage son second fils Philippe , en échange du Dauphiné , donné au fils aîné du roi avec le titre de dauphin.
« Orléans, a dit un de ses historiens, était regardée par les rois de France comme la première cité de leur royaume après Paris , comme la cité royale par excellence. C'est à Orléans , selon Odéramus, que l'on frappait, sous le roi Robert, la monnaie royale ayant seule cours dans tout le royaume, et les milices orléanaises marchaient de pair avec les milices parisiennes dans l'armée du roi. Mais il vint un temps où cette sorte d'adoption royale , si longtemps favorable à Orléans, dut lui devenir lourde et odieuse comme un joug ; c'est lorsque les villes de Noyon , de Beauvais , de Saint-Quentin, ayant conquis, par d'heureux efforts, une charte communale , elle prétendit s'émanciper comme elles. Orléans vit alors ce qu'il en coûte d'être sous la souveraineté directe des rois. En effet , ces tentatives d'émancipation communale que Louis le Jeune, à l'exemple de son père , avait regardées comme de justes prétentions, comme choses bonnes à encourager sur les terres des grands feudataires, lui parurent une vraie rébellion dès qu'elles se déclarèrent dans les villes de son domaine. En 4 437, Orléans avait tenté dans ce but quelques timides démonstrations ; aussitôt une exécution militaire et des supplices ordonnés par le roi eurent bon marché « de la forcennerie de ces musards qui ,
« pour raison de la commune, dit la chronique de Saint-Denis, fai- • saient semblant de soy rebeller et dresser contre la couronne ; 1 et il en fît mourir plusieurs de maie mort. » Orléans, ajoute M. Edouard Fournier, n'obtint par la suite que des concessions insignifiantes, et ne tenta point un second effort pour se faire accorder une charte municipale. Elle resta toujours dans un état complet de dépendance politique. »
Trois fois déjà, en 1356, en 4359, en 4370, les Anglais avaient paru sous les murs d'Orléans, lorsqu'en 4 375 Charles V résolut de rattacher cette place importante à la couronne. Il ordonna que le duché d'Orléans , laissé vacant par la mort de Philippe I' r , serait de nouveau réuni au domaine royal, avec cette clause expresse qu'il ne pourrait jamais en être séparé , et que les rois ses successeurs jureraient à leur sacre l'exécution de cette promesse sur le saint livre des Évangiles et sur leur parole royale. Mais dixsept ans après ( 1392), malgré cet ordre formel, malgré son serment, Charles VI fit don du duché d'Orléans à son frère Louis, auparavant duc de Lorraine. Les Orléanais voulurent d'abord protester contre ce démembrement, puis ils s'y soumirent; ils témoignèrent même un dévouement extraordinaire à ce duc que leur avait imposé leur roi ; et, quand Jean sans Peur l'eut fait assassiner, ils ne songèrent qu'à le venger. En prenant le parti des Armagnacs et en secondant les entreprises du dauphin, ils s'exposaient pourtant aux représailles des Anglais et des Bourguignons. Aussi, dès l'année 4 425 , mirent-ils leur ville en bon état de défense.
L'histoire du siège d'Orléans et de la délivrance de cette ville par Jeanne d'Arc est trop connue pour que nous croyions dev oir la raconter à notre tour dans ce résumé. La Bibliothèque des tkmins de fer a déjà publié d'ailleurs une Jeanne d*Ârc, par M. Micbelet ( I fr.) et une Histoire particulière du siège d'Orléans et des honneurs rendus à la Pucelle, par M. Jules Quicherat (50 c). Nous repourrions que reproduire ici les intéressants récits de ces deux avants écrivains. Nous nous bornerons donc à rappeler les faits principaux de ce mémorable épisode de notre histoire sur les lieux mêmes où ils se sont passés.
Ce fut le 29 avril i 429, à huit heures du soir, que Jeanne d'Arc
fit son entrée à Orléans. La ville était assiégée, depuis le mois d'octobre de Tannée précédente, par les Anglais, qui l'avaient entourée d'une ceinture de bastilles et qui étaient maîtres du fort des Tourelles, situé, sur la rive gauche de la Loire, à la tète d'un pont qui n'existe plus aujourd'hui , et dont une arche avait été rompue pour intercepter toute communication entre les deux rives. Elle se défendait héroïquement ; mais, épuisée par un long siège, elle allait succomber, lorsque Dieu lui envoya pour la sauver la vierge de Domremy. La foule était grande dans les rues à son arrivée. C'était à qui toucherait au moins son cheval. Ils la regardaient, dit un chroniqueur, « comme s'il3 veissent Dieu. » Tout en parlant doucement au peuple, elle alla jusqu'à Sainte- Croix remercier Dieu (entrée parla porte de Bourgogne, elle avait suivi les rues de Bourgogne et de l'Écrevinerie). Au sortir de l'église on la conduisit près de la porte Renard à la maison de Bouchier, trésorier du duc d'Orléans , dont la femme et les filles la reçurent, et elle partagea le lit de Charlotte, l'une des filles.
Le lendemain et les jours suivants elle somma les bastilles du midi de se rendre. Les Anglais l'insultèrent, mais ils en avaient peur. Ils la regardaient comme une sorcière, et, pour rompre le charme, ils voulurent brûler son héraut d'armes, dont ils s'étaient emparés, c Elle chevauchait autour des murs , et le peuple la suivait sans crainte, dit M. Michelet ; elle alla visiter de près les bastilles anglaises; toute la foule , hommes , femmes et enfants, allait aussi regarder ces fameuses bastilles où rien ne remuait. Elle ramena la foule après elle à Sainte-Croix pour l'heure des vêpres. Elle pleurait aux offices et tout le monde pleurait. Le peuple était hors de lui : il n'avait plus peur de rien ; il était ivre de religion et de guerre. »
Le 4 mai, l'armée de Blois , que les capitaines avaient voulu attendre, malgré l'opposition de Jeanne, arriva conduite par Dunois. Jeanne alla au-devant d'elle avec le peuple et les prêtres qui chantaient des hymnes ; cette procession passa devant les bastilles anglaises, qui ne firent aucune démonstration hostile.
Le lendemain, Jeanne dormait encore quand les capitaines, qui étaient jaloux d'elle, partirent pour l'assaut sans la prévenir. Tout à coup elle s'éveille : a Ah l mon Dieu ! s'écrie-t^elle, le sang
de nos gens coule par terre.... c'est mal fait.... Pourquoi ne m'at-on pas éveillée...? vite mes armes , mon cheval. » A peine armée, elle saute en selle, saisit son étendard et court au grand galop dans le plus épais de la mêlée. Quelques instants après, la bastille Saint-Loup, qui avait été attaquée la première, était emportée. C'était la première victoire de Jeanne ; c'était le premier sang qu'elle voyait couler, a Jamais , avait-elle dit en rencontrant un blessé sur son chemin , je n'ai vu sang de Français que mes cheveux ne levassent. » Le soir elle pleura beaucoup; elle voulut se confesser, elle et les siens, et déclara que le lendemain , jour de l'Ascension , elle communierait et passerait le jour en prières.
Il faut lire dans les deux ouvrages que nous avons indiqués 1 la relation détaillée des intrigues ourdies par les capitaines jaloux de la Pucelle, pour rendre son dévouement inutile. Elle déjoua, qui l'ignore? tous les complots tramés contre elle. Le 5, elle parvint à chasser les Anglais des Augustins ; le 7 , malgré la décision du conseil de guerre, et bien que son hôte eût essayé de la retenir, elle força le sire de Gaucourt à lui ouvrir la porte de Bourgogne qu'il tenait fermée , et elle conduisit une foule d'hommes d'armes et de bourgeois à l'attaque des Tourelles, sur la rive gauche de la Loire, qu'elle avait traversée en bateau. Avant de partir, elle avait annoncé qu'elle serait blessée au-dessus du sein, et qu'elle reviendrait à Orléans par le pont. En effet, à psine l'attaque est-elle commencée que, voyant les assaillants faiblir , elle prend une échelle , l'applique au mur et se dispose à l'escalader : un trait la frappe entre le cou et l'épaule. Les Anglais sortent pour la prendre, mais on l'emporte. D'abord, à la vue de son sang , elle s'effraye et verse des larmes; puis, quand elle est pansée, quand elle s'est confessée , elle se relève, car ses saintes lui ont apparu ; elle retourne à l'assaut ; la queue de son étendard touche contre le boulevard ; elle électrise les Français ; elle terrifie les Anglais ; elle décide la victoire. Les Anglais, qui s'étaient vaillamment défendus, périrent presque tous , et le soir, selon sa prophétie du matin , Jeanne d'Arc
1. Chez !.. Hachette et Cotnp., rue Pierre-Sarrazin , M, et dans toutes les gares 4e cheniiua de fer.
blessée rentra* à Orléans par le pont, dont on avait rétabli à la hâte l'arche rompue.
Orléans était délivrée, la France sauvée. Il ne restait pas un Anglais au midi de la Loire. Le lendemain , l'armée de la rive droite abandonnait ses bastilles , son artillerie , ses prisonniers , ses malades. Pendant sa retraite, Jeanne fit dire deux messes dans la plaine. On voulait la poursuivre : a Laissez-les aller, s'écria-t-elle , il ne plaît pas à Messire qu'on les combatte aujourd'hui : vous les aurez une autre fois. »
Orléans, qui, au xiv* siècle, s'était annexé le bourg voisin à'Âoenwn, s'agrandit encore sous les règnes de Louis XI , de Charles VIII, de Louis XII. Un mur, commencé sous Charles VIII et fini pendant les dernières années du règne d'Henri II , réunit l'extrémité de l'enceinte de Louis XI à celle à'Avenum, et donna à la ville la forme d'un arc dont la Loire est la corde. Seize portes furent alors ouvertes dans cette enceinte qui existe encore aujourd'hui , mais qui était alors trop grande pour le nombre de ses habitants. En 1508, Louis XII, voulant augmenter la population, défendit de bâtir aucune maison à une lieue de l'enceinte.
Le règne de François I' r ne rappelle que des impôts aux Orléanais. Ils durent payer pour la rançon du roi (I526), pour la réception de Charles-Quint ( 1 539 ) , pour la conservation de leurs privilèges, qui cependant n'étaient pas considérables (1538). Sous Henri II de nouvelles contributions extraordinaires leur furent imposées. Ils eurent, déplus, à subir une épidémie et des inondations. Enfin, on commençait à y brûler vifs des protestants. Ils se permirent de murmurer hautement. A la nouvelle de leur mécontentement , Henri II se rend dans leur ville avec la reine et Diane de Poitiers , sa maîtresse (1551); mais Diane de Poitiers s'y casse la jambe en tombant de cheval, et la population se félicite sans retenue de cette chute comme d'une vengeance divine. La présence du roi ne put pas calmer l'exaspération populaire, qui ne fit que s'accroître; aussi, quand, après la conjuration d'Amboise , les Guises et Catherine de Médicis amenèrent à Orléans le jeune roi François II pour y tenir les États (1560), ils firent désarmer à l'avance les habitants, et
garnirent la ville de huit ou dix mille hommes qu'ils logèrent « dans les maisons suspectes de la nouvelle opinion. »
Mandés à Orléans, le prince de Gondé et le roi de Navarre hésitèrent d'abord à obéir; ils s'y rendirent cependant; mais à peine y étaient-ils arrivés qu'ils furent arrêtés avec le bailli Groslot. Le prince de Condé, condamné à mort, allait être exécuté lorsque François II mourut. Catherine de Médicis, qui ne voulait pas céder le pouvoir aux Guises devenus trop puissants, s'allia alors avec les princes Bourbons. Gondé fut remis en liberté, le roi de Navarre nommé lieutenant général du royaume, et les États purent s'ouvrir. L'ordonnance d'Orléans, rendue à la clôture de cette assemblée sur sa demande , essaya une véritable réforme dans l'administration du royaume et dans la discipline de l'Église gallicane.
Deux ans après , la guerre civile avait éclaté , et Condé , qui avait tenté vainement de s'emparer du roi à Paris et à Fontainebleau, entrait sans coup férir à Orléans, devenue le quartier général, la capitale des protestants. Les églises furent pillées et même détruites. Plusieurs fois les catholiques essayèrent de reprendre cette place importante. Enfin , en 4 563 , Guise vint l'investir avec 20 000 hommes, menant à sa suite Condé , qu'il avait fait prisonnier à Dreux. Le \ 8 février , au moment même où, déjà maître de la tête du pont, il espérait y entrer en triomphateur, il fut assassiné par Poltrot de Méré, et six jours après il rendait le dernier soupir.
La pacification d'Amboise, qui suivit l'assassinat du duc de Guise, n'avait satisfait aucun des deux partis. La guerre ne tarda pas à éclater de nouveau. Le 28 septembre \ 507 , le capitaine Lanoue reprenait Orléans qu'il saccageait encore , et que l edit de pacification de \ 568 le forçait d'abandonner. Les pro testants étaient restés nombreux et puissants dans la ville, malgré cette reddition ; aussi la Saint-Barthélémy y fut-elle effroyable. Armand Sorbin , prédicateur et confesseur de Charles IX , avait organisé les massacres, qui durèrent une semaine. On tua plus de \ 200 hommes , 1 50 femmes et un grand nombre d'enfants. Le parti protestant anéanti ou réduit à l'impuissance, Orléans se donna à la Liprue. Guise la prit à Henri III comme place
de* sûreté; il en partit pour aller se faire assassiner à Blois. Henri IÏI se vit contraint d'en retirer, pour les installer à Beaugency, l'Université et le présidial , seuls corps qui lui fussent restés fidèles. Les habitants, en revanche, ouvrirent leurs portes aux Ligueurs chassés de Chartres; mais, au mois de février 4594, elle se soumit à Henri IV qui était venu l'assiéger, et qui reconstruisit sa cathédrale. J
Louis XII avait, en montant sur le trône, réuni- le duché d'Orléans à la couronne. Louis 3CÏII l'en détacha de nouveau pour le donner à éon frère Gaston , qui mourut sans laisser d'héritier mâle. H passa alors au ffèWde Louis XIV, Philippe, dont le cinquième descendant, Loiiis^Philippe, devenu roi de France en 4830, laissa le titre de duc "d'Orléans à son fils aîné, qui se tua si malheureusement . en 4 S 42 , en sautant d'une voiture pendant que les chevaux étaient emportés. Depuis la Révolution, ce titré était purement honorifique. : -
Sous la -Fronde, bien qu'elle -sympathisât ayec les Frondeurs, Orléans avait 1 décidé qu'elle resterait neutre. Mlle dé MonCpensier; envoyée par le duc d'Orléans, son frère, se présente vaine-, menf à 4 râ porte de Bourgogne, puis à la porte Bannier; elle arrive enfin à la* porte Brûlée. Le gouverneur et lé maire lui refusent l'entrée ; alors, sur un signal qu'-elle donne; des; mariniers, qui l'escortent, lèvent leurs: haches, en- frappent la.porte, font voter deux "planches en éclats, et par cette brèche un valet de pied introduit la princesse , au bruit des tambours qui battent aux champs^et des acclamations du peuple qui l'a porte en triomphe.
Sous Louis XIV, malgré la révocation de l'édit de Nantes^ uncertain nombre de protestants étaient restés à Orléans, et cette vHie^^itf ê>e livrée comme tant d'autres aux dragons; soi* digne évêque, Mgr de Coislin, la préserva de ce malheur en distribuant de l'argent aux soldats, dont il hébergea les officiers
aucun fait digne d'une mention-particulière. Nous parlerons plus loin de la haute cour nationale et dés monuments da Jeanne d'Arc. Constatons seulement, en terminant ce résumé, que si, en
*8W, les Cosaques inquiétèrent Orléans, ils n'y entrèrent point; et que, lorsque l'armée française, battue à Waterloo, se replia sur la Loire, Orléans, occupée par les troupes prussiennes, faillit devenir un champ de bataille. En effet, le prince d'Eckmùhl, dont le quartier général était au château de la Source, avait bordé la rive gauche de la Loire de cent vingt canons braqués sur la ville. A la moindre démonstration hostile des Prussiens qui en étaient maîtres, il l'eût foudroyée. Le pont était miné. Mais la retraite des Prussiens vers Blois et vers Tours ne tarda pas à dissiper les appréhensions des habitants.
L'ancienne capitale de l'Orléanais est aujourd'hui le chef-lieu du département du Loiret, le siège d'un évêché suffragant de Paris, depuis 1826, et d'une cour impériale qui comprend dans son ressort, outre le Loiret, les deux départements de Loiret-Cher et d'Indre-et-Loire. Elle possède aussi un lycée, une école normale primaire et une société archéologique, etc., etc. Sa population actuelle s'élève à 40 000 âmes. Comme nous lavons déjà dit, elle est plus commerçante qu'industrielle. Elle a vu naître Pothier, le père Petau, l'historien Amelot de La Hous- *aye, le musicien Antoine Févin , le peintre Michel Corneille et l'architecte Ducerceau.
L'ancienne province de l'Orléanais forme le département de Loir-et-Cher, presque tout le département d'Eure-et-Loir et la plus grande partie de celui du Loiret.
Edifices religieux.
La Cathédrale d'Orléans, ou Yéglise de Sainte-Croix, s'élève à l'extrémité de la belle rue Jeanne-d'Arc , qui a été ouverte il y a peu d'années dans la rue Royale, près de la place du Martroy. Cette église a eu pour fondateur saint Euverte, sixième évéque d'Orléans. Il la fit commencer au iv* siècle, vers la fin du règne de Constantin. Saint Aignan termina et augmenta l'œuvre de saint Euverte, qui disparut en partie, pillée et brûlée par* les Normands, en 865. Carloman la reconstruisit en 883; mais, en 999, elle fut de nouveau détruite par un vaste incendie qui dévora presque toute la ville. Réédifiée par l'évéque Arnould, enrichie, augmentée, conservée par 76 f
les successeurs de ce prélat, Sainte-Croix devait Subir une troisième dévastation. En 1568, les calvinistes étaient maîtres de la ville; rebelles à l'ordre de Condé, leur chef, des soldats s'introduisirent dans la cathédrale par les fenêtres , au milieu de la nuit, creusèrent des mines sous les piliers du clocher, et y mirent le feu; l'édifice s'écroula; il ne resta debout que les anciennes tours, le portail, le chœur, onze chapelles et quelques piliers de la nef. Les premières réparations furent ordonnées par Charles IX et Catherine de Médicis , en 4580, mais on ne s'occupa qu'en 4601 d'une reconstruction totale : une inscription placée sous le portique nous apprend que, le 48 avril 4604, Henri IV vint avec la reine poser la première pierre de l'église actuelle ; il remplissait ainsi l'obligation que lui avait imposée le pape Clément VIII pour l'absoudre de l'excommunication lancée contre lui. Cette reconstruction , poursuivie par Louis XIII, Louis XIV et Louis XV, s'est prolongée jusqu'à .nos jours. Les architectes Barbet, Mansart, Decoste, Gabriel, Trouard, Legrand et Paris , en ont successivement dirigé les travaux. Gabriel fit abattre en 4726 les vieilles tours, qu'il remplaça par celles qui existent aujourd'hui; Trouard, intendant des bâtiments du roi , termina le .portail en 4766. En 4829 seulement, on achevait la première voûte des tours , et l'ouverture des grandes portes était inaugurée, le 8 mai , par la procession commémora tive de la délivrance d'Orléans.
Sainte-Croix a été trop vantée ou trop critiquée. Son architecture manque certainement de pureté. Le style grec et le style gothique y présentent des alliances qui répugnent à un goût sévère ; mais, vu à distance, l'ensemble est satisfaisant ; il a de la majesté et de la grâce. En cherchant bien d'ailleurs , on trouve ça et là quelques détails heureux , et s'il ne faut pas , à la vue de Sainte-Croix , s'écrier avec Chateaubriand : a Dieu ! quel beau monument 1 » on ne doit point non plus partager l'indignation exagérée de certains architectes, qui ne daignent pas même lui jeter un regard insultant.
A l'extérieur de Sainte-Croix, on remarque, outre la façade* le chevet et la porte de VÈvéque , ornée de sculptures qui datent du xv* siècle. Le portail principal , percé de cinq portes donnant
OKLEANS. — LA CATHÉDRALE.
accès sur un triple vestibule , a 51 mètres de largeur. La hauteur des tours , y compris les anges , est de 87 mètres ; la longueur totale de l'édifice, de 448 m ,30 hors œuvre; sa plus grande largeur, de 73"», 82.
La cathédrale d'Orléans.
L'intérieur est divisé en cinq nefs par quatre rangs de piliers : la nef principale , haute de 33 mètres , a d'assez belles proportions; les nefs latérales sont étroites et basses. Autour du chœur, que l'on désirerait plus grand , sont disposées des chapelles dont on a entrepris récemment la restauration. C'est dans l'une
de ces chapelles que se lit l'épitaphe de Pothier, dont les restes mortels ont été transportés à Sainte-Croix, en 4823. Au mois de mai 4855 on a construit, dans le transsept nord, une chapelle provisoire qui menace de devenir définitive. Il est difficile de se représenter rien de plus hideux, au point de vue de l'art, que cette chapelle, dont les peintures et les ornements seraient même indignes des plus misérables cabarets. On ne comprend pas que Mgr Tévôque d'Orléans, qui passe, avec raison, pour un homme d'esprit et de goût, ait toléré de pareilles excentricités dans la principale église de son diocèse.
Le trésor de Sainte-Croix, qui fut autrefois l'un des plus riches de France, qui posséda l'étendard de Charlemagne, la bannière du roi Robert, la myrrhe offerte par l'un des trois mages, quelquesunes des branches de palmier et d'olivier jetées sur le passage de Jésus à son entrée dans Jérusalem , un morceau de la vraie croix, des reliques de saint Jean le Précurseur, et un portrait de la Vierge sur cuivre doré, n'offre plus aujourd'hui à la vénération des fidèles qu'une parcelle de la vraie croix, une épine de la couronne de Jésus- Christ, et le corps du martyr Gemellinus, qui a été apporté de Rome par un des derniers évêques d'Orléans , Mgr Fayet.
Le chapitre de Sainte-Croix date du vnr siècle ; il se composait, en 4789, de 58 membres; il ne compte plus aujourd'hui que 4 0 chanoines titulaires avec traitement , 9 chanoines dignitaires, 2 chanoines d'honneur, et 4 chanoines honoraires résidants.
Uévéchèi construit en 4634 derrière la cathédrale, n'a rien de remarquable; le séminaire voisin date de 4670.
Saint-Alçnan ( entre la rue de Bourgogne et le quai , presque à l'extrémité de la ville), l'église la plus intéressante d'Orléans, après la cathédrale, s'appela d'abord Saint-Pierre aux Bœufs. Fondée, dit-on, sous le règne des fils de Constantin, elle fut rebâtie tour à tour par Clovis, par Charlemagne (à la suite d'un incendie), par Charles le Chauve (à la suite de l'incendie de 999), par Robert le Pieux (4029). En 4370 et en 4 428, on la rasa, dans la crainte que les Anglais, qui menaçaient la ville, ne s'y retranchassent. Charles V et Charles VI l'avaient reconstruite