‹ De Paris à BordeauxChapitre 29 sur 165 · ORLÉANS. — SAINT-AIGNAN · texte numérisé non relu

ORLÉANS. — SAINT-AIGNAN

après sa première démolition. Louis XI, Charles VIII et Louis Xil la rebâtirent à leur tour. L'édifice qu'ils élevèrent est l'édifice actuel; seulement, les protestants l'ont indignement mutilé dans les guerres de religion, et sa tour a été démolie de 1797 à 1804. Vendue, pendant la Révolution, à un architecte qui y commit d'aussi graves dégâts que les protestants, elle a servi tour à tour d'atelier, de salle de club, de temple de la Reconnaissance et des

Victoires. En 1802 on l'érigea en église paroissiale de première classe ; depuis, elle a été classée au rang des monuments historiques, et on travaille à sa restauration.

Saint-Aignan n'a point de façade. Son entrée principale est le portail septentrional , plus mutilé malheureusement que ne le représente notre dessin. Ses sculptures du xv* siècle étaient , dit-on , fort remarquables. En général, l'extérieur de l'église offre un aspect désolé. Les aiguilles , les pinacles , les arcatures des piliers battants sont tombés pour la plupart.

L'intérieur, qui peut être majestueux comme le pré-

l/oglise Sainl-Aignan. tendent ses admirateurs ?

mais qui semble lourd et nu, vient d'être remis à neuf. Toutefois la décoration intérieure, — c'est-à-dire les autels, la chaire, les confessionnaux,— ne répond nullement au style de l'architecture. Des anciennes verrières, il n'en reste qu'une seule qui soit complète ; elle représente une croix vide, sur laquelle on lit ces mots : Jésus Maria. Marie, saint Jean et la Madeleine sont groupés

autour. Les architectes et les artistes admirent les clefs de voûte des transsepts et de la grande nef, les culs-de-lampe des stalles, et le lavabo qui orne l'extrémité de la sacristie ; les fidèles viennent surtout visiter des reliques de saint Laurent, de saint Vincent, de saint Nicolas, de saint Victor, et la châsse de saint Aignan, vraiment digne d'une mention particulière.

Anianus ou Aignan naquit à Vienne, vers la fin du iv # siècle. Quand il eut l'âge de raison, la réputation de saint Euverte l'attira à Orléans , et plus tard il remplaça son saint patron, qui l'avait lui-même désigné pour son successeur. Le jour même de son installation il demanda au gouverneur Agrippin la mise en liberté de tous les prisonniers. Agrippin refusa d'abord, mais une énorme pierre, qui tomba d'un toit, le blessa dangereusement, et il dut la vie à l'intercession de saint Aignan. Alors, il accorda, par reconnaissance, à son sauveur, la faveur vraiment extraordinaire que sa raison et les intérêts bien entendus de l'État l'avaient d'abord forcé de lui refuser. Le croira-t-on? du v» siècle jusqu'en 4758, les évêques d'Orléans ont conservé et exercé le privilège d'élargir tous les prisonniers le jour de leur installation. A peine un évêque avait-il rendu le dernier soupir, que tous les voleurs, faussaires, banqueroutiers et assassins de la ville, de la province et des provinces voisines , venaient se faire arrêter pour profiter de l'amnistie que leur garantissait l'avénement de son successeur. En 4 666 , M. de Coislin ouvrit les portes de leur prison à 865 détenus ; en 4733 , Nicolas-Joseph de Paris en élargit 4450. Toutes les demi-mesures prises pour remédier à ces abus avaient été inutiles. Enfin, en 4758, un édit du roi remplaça le droit de délivrance par celui de proposition de grâce. Quant au créateur de ce privilège, il continua à faire de nombreux miracles , pendant sa vie et après sa mort. Je copie textuellement M. D. T. Emmanuel, l'auteur de Qualre jours dans Orléans (1845), page 201 : « Les faveurs obtenues de Dieu, par son intercession, sont innombrables; aussi, dans toutes les calamités publiques , comme dans les besoins privés, a-t-il été et est-il encore invoqué avec confiance par les Orléanais. Cette confiance , elle se retrouve jusque dans les hommes de la Révolution; car, le 29 juillet 4792, le censeil général du Loiret ordonnait

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