‹ De Paris à BordeauxChapitre 52 sur 165 · STATION. - BLOIS · texte numérisé non relu

STATION. - BLOIS

» kil. de Menars. — 59 kil. d'Orléans. - iso kil. de Paris. — 56 kil. do Tour*. — — 251 kil. de Nbntes. — 403 kil. de Bordeaux.

Renseignements généranz.

Omnibus. Un voyageur sans bagage paye 30 cent., avec 15 kil. de bagage 60 cent., au-dessus de 15 kil. 1 cent, par kil.

Un buffet a été établi à la station de Blois. La crème de Saint- Gervais mérite d'être recommandée aux étrangers.

Hôtels. — D'Angleterre, sur le quai près du pont. (Chambre, 2 fr.; service, 50 cent.; bougie, 50 cent.; dîner avec vin, 3 fr.; déjeuner à la fourchette avec vin , 2 fr. 25 cent.) On trouvera dans cet hôtel des voitures pour Chambord, Menars, Ghaumont, Chenonceaux, etc., des guides et des interprètes. Le propriétaire , M. Canaux , a fait imprimer un petit guide illustré à Blois et aux châteaux des environs, qu'il distribue gratuitement aux voyageurs. La couverture de ce guide est ornée d'un petit plan de la ville > bien suffisant pour les étrangers. — Hôtel de Blois, dans la grande rue.

Les voitures de correspondance établies par le chemin de fer conduisent : — à Vendôme, par la Chapelle Vendômoise , 32 kil. en 3 heures pour 3 et 2 fr. ; — à Oucques, 27 kil. en 2 h. 30 m. pour 4 fr. 30 c. ; — à Montrichard , par les Montils et Pont- Levoy, 33 kil. en 4 heures pour 2 fr. 50 c. ; — à Saint-A ignan\ par Cellettes et Contres, 36 kil. en 4 heures pour 3 fr. 50 c. ; — à Bomorantin, par Cour-Cheverny et Mur, 40 kil. en 4 heures pour 4 fr. ; — à Valencay, par Cellettes et Contres.

Les voitures particulières pour Chambord (49 kil.) se louent, aller et retour : à 2 chevaux, 45 fr.; à un cheval, 40 fr. un milord et 8 fr. un cabriolet.

Libraires. /. Marchand, grande rue, 3 et 5 ; Benoi&t-Javarry ,

grande rue, 34.

Situation et aspect général.

Blois est de toutes les villes de la Loire la mieux située et la plus pittoresque. Bâtie en amphithéâtre sur une colline escarpée de la rive droite, elle montre tout à la fois : près de son fleuve, qu'y traverse un pont de pierre d'une forme bizarre, son hôtel de ville , son collège, son Hôtel-Dieu et les blanches maisons de ses quais ; au-dessus de tous ces bâtiments entremêlés d'arbres , son château et l'église des Jésuites, que dominent au sommet de la colline le donjon des anciens seigneurs de Beauvoir, la cathédrale , l'évêché et ses jardins suspendus. « Cela me parut trèsbeau, écrivait La Fontaine, en 4663, et je crois que difficilement on pourrait trouver un aspect plus riant et plus agréable. » Blois se divise par conséquent en ville basse et en ville haute. La pre-

BLOIS

mière impression s'affaiblit un peu, quand on parcourt ses rues étroites, souvent désertes, tortueuses, escarpées, où les artistes retrouvent encore cependant de vieilles maisons sculptées et les fragments de quelques hôtels de la Renaissance. Mais il ne reste que quelques rares débris de ses anciennes fortifications, et ses vieilles portes gothiques ont été détruites.

Un religieux bénédictin de la congrégation de Saint-Maur, le frère Noël Mars, Orléanais, faisait en 1646 la description suivante

Vue générale de Moi».

deBlois, dans un manuscrit conservé à la bibliothèque de cette ville: « Blois, ville qui est dicte la ville aux roys, pour avoir été l'un de leurs plus délicieux séjours. Elle est assise joignant le rivage de la Loyre, et pratiquée partie sur une montagne, partie en la plaine campagne. Elle a le ciel serein et tempéré, le sol fécond, le bled, le vin, les bois, les eaux et les fruicts en très-grandè fertilité.... c'est un lieu où il y a l'un des plus accomplis paysages qui soient dans l'Europe (te frère Noël Mars avait peu voyagé),

puisque tout ce que Ton peut souhetter dans la nature s'y trouve parfeictement. Du costé de Tours vous voyez (en se plaçant près de l'hôpital), tant que votre veue peut s'estendre, un très-agréable costeau de vingnoble , avec la rivière claire et cristalline qui le serpente doucement et avec majesté , sans parler de quantité de petits chasteaux et maisons de plaisance. Du costé d'Orléans, vous voyez toute la ville de Blois, et la rivière battre à ses pieds, outre mille petits lieux de plaisance qui sont sur une plaine campagne. »

Histoire.

L'origine de Blois est fort obscure. Ses premiers habitants durent être des Carnutes, car les mots bleiz et blaiz, qui signifient loup, appartiennent à la langue celtique, et le plus ancien emblème de Blois fut un loup. Les Romains y construisirent un camp, qui devint ensuite le chef-lieu du pagus Blesensis, gouverné par des comtes nommés d'abord à vie et plus tard héréditaires. Les Normands ravagèrent deux fois cette forteresse au ix' siècle ; mais elle se releva de ses ruines, et les trois bourgs qui s'étaient bâtis alentour, le faubourg du Foix, Saint-Jean-en- Grève et Bourg-Moyen , finirent par se réunir pour former une ville , où les rois mérovingiens frappèrent des monnaies dont les médailliers conservent de rares échantillons.

Le célèbre comte de Champagne Thibault le Tricheur fut le chef de la première race des comtes héréditaires de Blois. En 4394 , le dernier rejeton de la troisième race , Louis de Châtillon, étant mort sans postérité, le comte Guy, son père, déjà vieux et accablé de dettes , vendit ses domaines à Louis d'Orléans pour une somme de 2000 couronnes d'or. En 4 397, à la mort de Guy* touis d'Orléans, en ayant pris possession , devint le chef de la quatrième dynastie des comtes de Blois , et une grande bannière couleur de fin azur, à grans fleurs de lis d'or painte à huile par Johan Bersejan, painlre à Blois, fui mise ès portes du chas tel.

Ce fut dans son château de Blois qu'en 4407 Valentine de Milan apprit la mort de son mari le duc d'Orléans, assassiné par Jean sans Peur, le duc de Bourgogne. Après avoir vainement demandé justice au roi de France , elle s'y retira avec ses enfants et

BLOIS. — HISTOIRE. 13i

elle y mourut l'année suivante (4 décembre 4 408), c de courroux et de déplaisance. » Elle avait adopté cette mélancolique devise :

Rien ne m'est plus , Plus ne m'est rien.

c C'estoit grande pitié d'oyr avant sa mort , dit Juvénal des Ursins, ses regrets et complaintes, et piteusement regrettait ses enfants, i Avant d'expirer, elle leur fit jurer de venger la mort de leur père. Un des bâtards du duc d'Orléans, fils de la dame de Cauni, montra plus de colère et d'énergie que ses fils légitimes. lOnme l'a emblé (volé), s'écria Valentine, je devrois être sa mère.» Ce bâtard fut le célèbre comte deDunois.

En \ 427, Blois, devenue place frontière , se trouva tellement nenacée par les Anglais, qui avaient envahi la France, qu'on envoya à la Rochelle les chartes, livres, tapisseries et autres objets précieux renfermés dans le château. Deux années plus tard, Jeanne d'Arc, qui y avait fait faire pendant son séjour de nombreuses processions , en partit à la tête de 6000 hommes , pour aller secourir Orléans. C'était le 28 avril. -Frère Pasquerel, son aumônier, ouvrait la marche , portant un étendard blanc, semé de fleurs de lis, et entouré d'un bataillon de prêtres qui chantaient le Veni Creator. Jeanne était tout en blanc, sauf la teste, et montait un cheval noir.

Charles d'Orléans, le fils aîné de ce duc d'Orléans qui fut assassiné par le duc de Bourgogne, avait été fait prisonnier, en U15, i la bataille d'Azincourt. Pendant sa captivité , qui dura vingtcinq années , son frère naturel , le comte de Dunois , commanda le château de Blois. Quand il fut enfin rendu à la liberté, il retint à Blois, qu'il se plut à habiter, à embellir, à orner des chefs- ^wre de l'art, et où il composa quelques-unes de ces poésies charmantes que nous relisons encore avec tant de plaisir : « Les ménestrels , les jongleurs , les poètes , les libraires et les livres absorbèrent bientôt toute son existence, dit un de ses biographes. Des luttes d'esprit et de beau langage étaient les seules permises, et le domaine de la poésie en était le champ clos. Les princes et les brillants chevaliers ne manquèrent pas non plus à ce tournoi de civilisation et de bon goût. On devait vaincre

son adversaire, non l^épée ou la lance à la main , mais en joutant à bien dire et à gracieusement raconter les peines de l'âme, les plaisirs de la vie, les charmes et les bonnes grâces des dames. Le roi de Sicile, le comte de Nevers, le comte d'Alençon, le comte d'Ëtampes , vinrent s'exercer à ces luttes tout intellectuelles que présidait Charles d'Orléans, et auxquelles prenait part quelquefois sa troisième femme, Marie de Clèves. »M. Villemain, qui a si bien apprécié et loué Charles d'Orléans, a cité ces vers charmants, composés peut-être au château de Blois :

Les fourriers d'été sont venus Pour appareiller son logis ; Ils ont fait tendre ses tapis De fleurs et de perles tissus.

Cœurs, d'ennuy pièça morfondus, Dieu mercy , sont sains et jolis ; Allez-vous-en , prenez pays , Hyver , vous ne demourez plus.

Les fourriers d'été sont venus.

Le temps a laissié son manteau De vent , de froidure et de pluye , Et s'est vestu de broderye , De soleil riant, cler et beau.

IL n'y a beste , ni oiseau Qui en son jargon ne chante et crye :

Le temps a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye.

Rivière , fontaine et ruisseau Portent , en livrée jolie , Gouttes d'argent d'orfèvrerie; Chacun s'habille de nouveau :

Le temp3 a laissié son manteau De vent, de froidure et de pluye.

Pour encourager les habitants de Blois à se bâtir de nouvelles maisons plus élégantes et plus commodes que celles qu'ils possédaient alors, Charles d'Orléans leur permit de couper dans sa forêt de Blois, dont la lisière se trouvait voisine des murs de la ville

tout le bois qui leur serait nécessaire, c J'aime mieux , dit-il , loger des hommes que des bétes ! »

Le fils de Charles d'Orléans et de Marie de Clèves , qui devait succéder à Charles VIII sous le nom de Louis XII , ce roi de France qui ne voulait pas venger les injures faites au duc d'Or* léans, naquit le 27 juin 4 462, au château de Blois. A son avènement au trône, en 4 498, il reçut à Blois les députations du parlement de Paris, les envoyés des villes, les grands seigneurs du royaume : aussi accorda-t-il aux habitants de sa ville natale de grands privilèges, confirmés par tous ses successeurs. En 4498, il y promulgua \ ordonnance de Biais en 462 articles, qui réformait les abus du système judiciaire et garantissait les libertés de l'Église gallicane. Il en partit en 4500, pour la conquête du Milanais, après avoir signé un traité d'alliance avec la république de Venise. Il y revint entre chacune de ses campagnes, et il en fit construire le château « tout du neuf et tant somptueux que bien sembloit œuvre de roi. » En 4504, il y reçut l'archiduc Philippe d'Autriche et son épouse Jeanne de Castille ; il y donna plus tard l'hospitalité à Frédéric d'Aragon , qu'il avait détrôné ; il y signa à diverses époques d'importants traités ; il y fiança sa fille Claude, qu'avait dû épouser Charles-Quint, avec l'héritier présomptif de la couronne, François de Valois, comte d'Angoulême ; en 4 54 0, il y reçut Machiavel , ambassadeur de la république florentine, son alliée ; en 4543, il y rendit la première des lois relatives à la librairie. « En considération du grand bien advenu dans le royaume au moyen de l'art et science d'impression , l'invention de laquelle semble estre plus divine qu'humaine, » il exemptait de l'impôt de guerre, ainsi que de toutes tailles, aides, gabelles, etc., les libraires, relieurs, enlumineurs et écrivains jurés de l'Université* Enfin, il eut la douleur d'y perdre la reine Anne de Bretagne, « si tant aimée qu'il avoit déposé en elle tous ses plaisirs et toutes ses délices. »

En 4539 Charles-Quint s'arrêta dans ce château de Blois, où la princesse qu'il avait dû épouser était morte à 25 ans, en 4524, et où l'on devait réunir plus tard les sommes stipulées par le traité de Madrid pour la rançon de son royal époux. Franr çois I" y vint rarement, bien qu'il le fît rebâtir en partie. En

134 ITINERAIRE D'OHLEANS A TOUUS.

4554, il le priva même de la riche bibliothèque que Louis XII y avait formée, et qu'il transféra à Fontainebleau. ^ A son avènement au trône (1 547), Henri II, qui tenait le comté de Blois de sa mère Claude, le réunit à la couronne de France. Il signa au château de Blois, en 4552, l'ordonnance qui créa les dix-sept grandes divisions du royaume en généralités. Il y jura, en 1556, entre les mains du comte de Lallain, envoyé de Charles- Quint, la trêve de cinq ans, dite paix de Vaucelles.

C'était à Blois que devait éclater la conspiration de La Renaudie. Les Guises, avertis de ses projets par l'avocat Avenelle, emmenèrent le jeune roi à Amboise, et la conspiration avorta.

Pendant les premières années du règne de Charles IX, Blois fut tour à tour pillée et saccagée par les catholiques et les protestants ; les deux partis commirent des crimes affreux au nom de la religion. En 1574, le roi et la reine mère y donnèrent des fêtes somptueuses aux personnages les plus marquants du parti calviniste. Coligny, que Catherine de Médicis y avait déjà attiré une fois, après l'assassinat du duc de Guise par Poltrot, s'y trouva réuni à Jeanne d'Albret et à son fils, le jeune roi de Navarre. Ce fut pendant ces fêtes que Charles IX complota, diton, la Saint-Barthélemy.

Sous Henri III, l'histoire de Blois devient pour ainsi dire l'histoire de France. Les États généraux s'y rassemblent en 4576. Le roi se déclare le chef de la Ligue et révoque le traité qui, en accordant aux calvinistes le libre exercice de leur culte dans tout le royaume, excepté à Paris, et d'autres garanties, avait déterminé la formation de cette union trop célèbre ; mais il ne peut rien obtenir des représentants des trois Ordres, qu'un vote contre le culte réformé, c'est-à-dire la guerre civile sans moyens de la soutenir. L'Édit de Blois, cette ordonnance en trois cent soixante-trois articles qui établit plusieurs règlements sur l'administration de la justice et des finances, sur l'instruction publique, sur les offices de judicature, sur la noblesse et les gens de guerre, sur la perception des aides et des tailles, et enfin sur la police générale du royaume, fut le résultat des plaintes et des doléances contenues dans les cahiers de cette assemblée.

Est-il besoin de rappeler les événements qui suivirent? L*ex>

plosion de la sixième guerre civile; la paix de Bergerac, que la Ligue jugea trop favorable aux calvinistes ; les dévotions et les débauches d'Henri III ; la septième et la huitième guerre civile ; la mort du duc d'Anjou, qui fit du roi de Navarre l'héritier du trône ; le traité de Philippe II avec la Ligue ; les prétentions des Guises à la couronne de France ; la journée des Barricades ; la faite du roi ; le traité d'union en vertu duquel Henri III jurait de ne déposer, les armes qu'après la destruction des hérétiques, ordonnait à ses sujets de prêter un pareil serment, déclarait déchu de ses droits au trône tout prince non catholique, nommait le duc de Guise lieutenant général , donnait des places de sûreté à la Ligue, confiait deux armées contre les huguenots aux ducs de Nevers et de Mayenne et convoquait les États généraux à Blois.

Ces États, composés presque exclusivement de ligueurs , s'ouvrirent le 46 octobre 4588. Le duc de Guise, qui les inspirait, abreuva le roi de tant d'outrages « qu'il arracha au plus timide des hommes une résolution hardie, celle de l'assassiner. » Henri III confia son dessein au conseiller Rambouillet, au maréchal d'Aumont et au colonel d'Ornano. « Il faut que je meure ou qu'il meure , leur dit-il ; je suis décidé à le faire tuer dans ma chambre ; il est temps que je sois seul roi ; qui a compagnon a maître. > Montpezat de Loignac et huit des quarante-cinq de la garde furent chargés de l'exécution.

Le jeudi 22 décembre, le duc de Guise, se mettant à table pour dîner, trouva sous sa serviette un billet dans lequel était écrit : « Donnez-vous de garde , on est sur le point de vous jouer un mauvais tour. » L'ayant lu, il écrivit au bas : On n'oserait; et il le rejeta sous la table. «Voilà, dit-il, le neuvième d'aujourd'hui.»

Le récit suivant du sieur Miron, médecin du roi Henri IH, est plus émouvant dans sa simplicité que toutes les paraphrases qui en ont été faites :

Le 23, à quatre heures du malin, le roi demanda à son valet de chambre les clefs des petites cellules qu'il avait fait dresser pour des capucins. Il descendit, et, de fois à autres, il allait lui-même regarder en sa chambre si les quarante-cinq y étaient arrivés, et, à mesure qu'il y en trouvait, les faisait monter et les enfermait....

....Et peu après que le duc de Guise fut assis au conseil. «J'ai froid, dit-il, le cœur me fait mal, que l'on fasse du feu ; » et s'adressant au sieur de Morfontaine, trésorier de l'épargne: « Monsieur de M or fontaine, je tous prie de dire à M. de Saint-Prix, premier valet de chambre du roi , que je le prie de me donner des raisins de Damas ou de la conserve de roses.... »

Le duc de Guise met des prunes dans son drageoir, jette le demeurant sur le tapis. « Messieurs, dit-il, qui en veut?» et se lève. Mais, ainsi qu'il est à deux pas près de la porte du vieux cabinet, prend sa barbe avec sa main droite et tourne le corps et la face à demi pour regarder ceux qui le suivaient , fut tout soudain saisi au bras par le sieur de Montsery l'aîné , qui était près de la cheminée, sur l'opinion qu'il eut que le duc voulut se reculer pour se mettre en défense; et tout d'un temps est lui-même frappé d'un coup de poignard dans le sein, disant : « Ah ! traître, tu en mourras! » Et en même temps, le sieur des Effranats se jette à ses jambes, et le sieur de Saint-Malines lui porte par derrière un grand coup de poignard près de la gorge , dans la poitrine, et le sieur de Loignac un coup d'épée dans les reins. Et, bien qu'il eût son épée engagée dans son manteau et les jambes saisies, il ne laissa pas pourtant (tant il était puissant!) de les entraîner d'un bout de la chambre à l'autre, jusqu'au pied du lit du roi, où il tomba....

Le roi étant en son cabinet, leur ayant demandé s'ils avaient fait , en sortit et donna un coup de pied par le visage à ce pauvre corps mort, tout ainsi que ledit duc de Guise en avait donné au feu amiral : chose remarquable avec une , que le roi , l'ayant un peu contemplé , dit tout haut : « Mon Dieu, qu'il est grand ! il paraît encore plus grand mon que vivant. »

Le sieur de Beaulieu apercevant en ce corps quelque petit mouvement, il lui dit: « Monsieur, cependant qu'il vous reste un peu de vie, demandez pardon à Dieu et au roy. » Alors, sans pouvoir parler, jetant un grand et profond soupir , comme d'une voix enrouée , il rendit l'âme, fut couvert d'un manteau gris et au-dessus mis une croix de paille. Û demeura bien deux heures durant en cette façon, puis fut livré entre les mains du sieur de Richelieu, grand prévostde France, lequel, parle commandement du roy , fît brûler le corps par son accusateur en cette première salle, qui est en bas, à la main droite en entrant dans le château \ et à la fin jeter ses cendres en la rivière.

En apprenant la mort du Balafré, Catherine de Médicis, qui était mortellement malade, se souleva sur son lit : « C'est bien coupé, dit-elle, mais à présent il faut coudre. » ,

Le lendemain , à huit heures du matin , le cardinal de Guise fut. assassiné par les soldats de Duguast , capitaine des gardes.

Le 5 janvier, Catherine de Médicis succombait à ses douleurs, à ses inquiétudes, à ses remords, et la même année Henri III mourait à son tour, assassiné à Saint-Cloud par Jacques Clément.

Ce fut sous le règne d'Henri III que parurent en France les premiers comiques italiens. On les appelait les Gelosi. Ils arrivèrent à Blois au mois de février 4578. Henri III les avait fait venir de Venise. La troupe entière tomba au pouvoir des protestants, et le roi fut obligé de payer sa rançon. Il lui assigna, pour donner ses représentations, la salle des États, en l'autorisant à prendre un demi-teston par personne. On lit dans les Mémoires de L'Estoile que le roi se trouvait ordinairement aux représentations des Gelosi « habillé en femme, ouvrant son pourpoinct, descouvrant sa gorge, y portant un collier de perles et trois collets de toille, deux à fraizes et un renversé, ainsi que le portoient les dames de la cour. »

Si qu'au premier abord chacun estoit en peine ,

S'il voyoit un roy-femme , ou bien un homme-reyne ,

a dit d'Aubigné dans son langage énergique.

Henri IV habita quelques mois le château de Blois, en 4642. quand il se rendit dans le Poitou pour y comprimer les troubles qui étaient près d'y éclater ; il y data son premier édit sur les duels. Mais à partir de l'avènement de la maison de Bourbon, Blois perd toute son importance. C'est Paris qui devient le siège de la royauté et la véritable capitale de la France.

En 4647, après l'assassinat du maréchal d'Ancre, Marie de Médicis vint habiter le château de Blois avec Armand Duplessis de Richelieu, alors évêque de Luçon, que la cour éloigna bientôt de sa personne. Sa retraite se changea peu à peu en prison. En 4649 elle s'en évada en descendant la nuit, de son cabinet sur la terrasse, par une échelle de corde, et quelques mois après elle se réconciliait avec son fils. Sept années plus tard Richelieu, devenu tout-puissant, fit arrêter au château de Blois et conduire à Amboise le duc de Vendôme et le grand prieur, son frère, convaincus d'avoir trempé avec Gaston, frère

du roi, et le jeune comte de Chalais, dans un complot contre sa vie. Enfin le duc d'Orléans, qui avait abandonné Chalais à la vengeance du cardinal, comme il devait abandonner par la suite ses autres complices, vint souvent sous Louis XIII chercher un refuge au château de Blois. En 4635, il en entreprit une reconstruction totale, heureusement interrompue, et il y réunit d'importantes collections qu'il légua à Louis XIV.

Pendant le xvit* et le xvin' siècle, le château de Blois compta parmi ses hôtes Louis XIV, quand il fut chassé de Paris par la Fronde, et quand il se rendit à Saint-Jean de Luz pour épouser l'infante d'Espagne (on dit qu'il y vit pour la première fois Mlle de LaVallière, dont la mère avait épousé en secondes noces M. de Saint-Rémy, premier maître d'hôtel du duc d'Orléans), le duc d'Anjou, qui allait prendre possession du trône d'Espagne, suivi de ses deux frères, Stanislas Leckzinski, roi dé Pologne, qui y perdit sa femme, l'infante d'Espagne, etc.

Quand Napoléon, à son retour d'Espagne, traversa Blois en h 808, avec l'impératrice Joséphine, il descendit à la préfecture. Ce fut aussi à la préfecture que, le 2 avril 4814, s'arrêtèrent l'impératrice Marie-Louise, le roi de Rome, Joseph Bonaparte, les ministres et les dignitaires de la cour impériale, qui fuyaient Paris pour organiser à Blois une régence dissoute quelques jours après. Le comte Schouvalow vint en effet y chercher, pour la conduire à Orléans avec le roi de Rome, l'impératrice, qui n'avait pas voulu suivre au delà de la Loire les rois Joseph et Jérôme.

En 4815, le maréchal Ney passa en revue à Blois l'ancienne garde impériale, qui y tenait garnison. Après la chute définitive de l'Empereur, le licenciement de l'armée de la Loire s'accomplit dans le faubourg de Vienne, pendant que la ville était occupée par les troupes alliées.

Blois est aujourd'hui le chef-lieu du département de Loir-et- Cher, le siège d'un évêché suffragant de Paris, d'un tribunal de première instance et de commerce, etc. Sa population s'élève à 47 000 habitants. Elle est la patrie du médecin Bernier, de Louis XII, de Denis Papin, de Pardessus, de MM. Augustin et Amédée Thierry, de M. La Saussaye, son historien contemporain, et de Triboulet, le célèbre fou de François I w . Dans sa

Page 1