‹ De Paris à BordeauxChapitre 53 sur 165 · BLOIS. —LE CHÂTEAU · texte numérisé non relu

BLOIS. —LE CHÂTEAU

Jérusalem délivrée, le Tasse a fait réloge de ses habitants, qu'il avait connus et appréciés.

La terra, molle, e lieta, e dilettosa, Simili a sè gli abitator produce.

Blois. — Son château. — Ses monuments. — Ses collections. — Ses établissements d'utilité publique.

Le elsàteau est la principale, nous pourrions dire la seule curiosité de Blois. En effet, ce château, qui a été le théâtre de la plupart des événements dont les pages précédentes contiennent le résumé, fut bâti vraisemblablement sur remplacement de l'ancien camp romain, au confluent de la Loire et de l'Aroux, ruisseau aujourd'hui tari. Il devint ensuite la forteresse de Thibault le Tricheur, comte de Champagne , fondateur de la première race des comtes de Blois. Il se compose actuellement de quatre parties bien distinctes. La plus ancienne, qui renferme la salle des États, date du xii e siècle. La chapelle et le corps de bâtiment dans lequel s'ouvre la porte principale ont été construits par Louis XII. La façade du nord , qui vient d'être restaurée, a été bâtie sous François I fT . Enfin, la façade de l'ouest, élevée sous Gaston, a eu Mansart pour architecte. Gaston avait conçu le malencontreux projet de faire reconstruire tout le château dans le même style : heureusement il mourut avant d'avoir pu le réaliser. Le goût s'était complètement perverti à cette époque. Cependant La Fontaine écrivait en 1663, en parlant de la façade du nord : t Ce qu'a fait faire François P r , à le regarder de dehors, me contente plus que tout le reste ; il y a force petites galeries, petites fenêtres, petits balcons, petits ornements sans régularité et sans ordre; cela fait quelque chose de grand qui plaît assez. »

Sous les règnes de Louis XV et de Louis XVI , le château de Blois resta confié à des gouverneurs qui ne daignèrent pas même l'habiter. L'un d'eux , M. de Marigny, fit enlever la charpente du corps de bâtiment construit par Gaston, pour fournir à Mme de Pompadour, sa sœur, une partie du bois qu'elle employa à la construction de son château de Menars. La Révolution mutila toutes ces constructions, abandonnées depuis longtemps par la royauté ; puis le domaine , s'en étant emparé, y

tiO ITINÉRAIRE D'ORLÉANS A. TOURS.

établit une caserne et une poudrière. En vain une commission scientifique réclama les jardins du roi , où elle proposait d'établir un jardin botanique : on les vendit en détail. A dater de cette époque jusqu'en 4844, l'administration municipale (un décret de 4810 accordait aux villes la nue propriété de tous les édifices militaires, à la condition de payer les travaux d'entretien , exécutés sous la direction du ministère de la Guerre) s'est complu en quelque sorte à saccager, à mutiler, à détruire les parties les plus intéressantes du château de Blois. Elle trouvait, il est vrai , un auxiliaire empressé et actif dans le génie militaire. Enfin, quand la commission des monuments historiques eut été fondée, M. de La Saussaye parvint à faire classer en première ligne le château de Blois parmi les monuments civils dont la restauration devait être entreprise ; mais le ministère de la Guerre refusa pendant quatre années d'en céder l'usufruit. On ne triompha de cette incroyable résistance qu'en 4 845, Sur les rapports de MM. Arago et de Barante, les deux chambres votèrent à l'unanimité les 400 000 fr. que M. Duban, l'architecte choisi par la commission , avait demandés pour l'aile de François I". Les travaux commencèrent le 1 er septembre 4 845. Ils sont presque terminés à la satisfaction de tous les connaisseurs, et le devis n'a pas été dépassé. En 4855, la commission des monuments historiques a obtenu que la restauration du bâtiment de Louis XII et de la salle des États serait entreprise sur les fonds spéciaux consacrés aux monuments historiques. M. Duban continue donc en ce moment l'œuvre qu'il a si heureusement commencée. Mais, tant que la ville n'aura pas fait supprimer la caserne établie dans l'aile de Gaston , les dépenses occasionnées par ces belles et intelligentes restaurations seront à peu près inutiles. Le3 soldats semblent, en effet, prendre plaisir à procurer une besogne nouvelle aux maçons et aux sculpteurs futurs. En novembre 4855, tandis que l'on commençait à réparer les dé*gâts que le temps et les hommes sont parvenus à faire sur la façade de Louis XII, j'ai vu ébrécher indignement, par un manque de soin stupide, une des plus jolies colonnes de la galerie de la cour, pendant le déchargement d'une vingtaine de matelas destinés au corps de garde.

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