‹ De Paris à BordeauxChapitre 57 sur 165 · BLOIS. — ÉDIFICES PUBLICS · texte numérisé non relu

BLOIS. — ÉDIFICES PUBLICS

briques, dans le style du moyen âge, et flanqué de tourelles à ses angles, a eu pour architecte M, de La Morandière. Le palais de justice a été achevé en 1841 ; la préfecture, située sur la même place, date de 4830. La bibliothèque, qui compte 23 000 volumes et qui renferme un heureux choix de livres, occupe une salle trop petite dans Y hôtel de la mairie, reconstruit en 4777 et situé sur le quai, entre le pont et le Mail. Elle a été en partie formée par la bibliothèque de M. de Thémines, ancien évéque de Blois, qui avait réuni celles des abbayes de Saint- Laumer, de Bourg-Moyen et de Pont-Levoy. Près du grand séminaire, espèce de caserne dans laquelle M. de La Morandière a bâti une jolie chapelle du xin* siècle, s'élève, sur la route de Paris, derrière la halle au blé, l'asile des aliénés. Le collège, placé derrière l'église Saint- Vincent, dans des bâtiments qui dépendaient autrefois de l'abbaye de Bourg-Moyen, jouit, comme établissement d'instruction publique, d'une réputation méritée; il a eu pour élèves MM. Augustin et Amédée Thierry. La fontaine Louis XII, appelée aussi les Grandes-Fontaines, et située au-dessus du château de Blois, est un charmant monument du xv* siècle, malheureusement mutilé par les hommes et par le temps.

Au-dessus de l'amphithéâtre de maisons qui forment la ville de Blois, se dresse une masse noire de forme carrée : c'est la tour Beauvoir, le dernier débris de l'ancien donjon des seigneurs de Beauvoir. Cette tour, achetée en 4256, pour 300 florins, par Louis II de Châtillon, devint une des tours de la ville. Les muraille* d'enceinte construites du xu* au xm* siècle sont en partie détruites. Il ne reste aucune des portes monumentales qui donnaient autrefois accès dans la ville; mais M. de La Morandière vient de faire construire près de l'embarcadère du chemin de fer, dans le style du xv* siècle, deux charmants pavillons destinés au logement des employés de l'octroi.

Toutefois, si, son château excepté, Blois n'a pas d'édifices pu- Jblics vraiment dignes de recevoir la visite d'un étranger, elle possède, en revanche, un assez grand nombre de maisons particulières ou d'anciens hôtels qui se recommandent à son attention par leur architecture ou par les souvenirs qu'ils rappellent. L'hôtel d'Alluye (rue Saint-Honoré) a été construit au commencement

du xvr siècle par Florimond Robertet, dit le grand, ministre et secrétaire des finances sous Louis XII et François I« r * Il prit le nom qu'il a conservé de la baronnie d'Alluye, fief situé dans le Perche et appartenant à la famille Robertet. C'est, ou plutôt c'était une délicieuse maison arabe; car deux des côtés de sa cour intérieure n'existent plus. Il faut cependant entrer dans cette cour, si indignement mutilée, pour regarder sa galerie que décorent les médaillons des douze Césars, en terre cuite, sa chapelle, la tour de son escalier, et une belle cheminée située dans la cuisine, dont le plafond mériterait bien d'être remis à neuf. Le cardinal de Guise habitait l'hôtel d'Alluye lorsqu'il fut mandé par Henri III au château où il devait périr assassiné. Vhôtel Denisdu-Pont (rue Porte-Chartraine, n° 83) doit son nom au célèbre jurisconsulte qui l'a fait construire dans les premières années du xvi» siècle. On y remarque surtout les sculptures qui ornent la tour de son escalier. Le Petit Louvre (rue Saint-Martin, n - 8) date du xv siècle. Il fut bâti vers 4477. On l'appelle aussi hôtel de Cheverny, parce qu'au xvi* siècle le chancelier Hurault de Cheverny, qui en avait fait l'acquisition, l'agrandit et l'embellit. Ses sculptures sont malheureusement mutilées, la façade a été modernisée. Vhôtel d'Amboise (place du Château, n # 3), constatait sous le règne de Louis XII, a été habité par le cardinal d'Amboise. On y montre une fenêtre en bois d'où, selon la tradition, le ministre de Louis XII s'entretenait familièrement avec son maître qui lui parlait de la croisée de sa chambre à coucher, située en face et reconnaissable à son balcon de pierre. Vhôtel d'Êpernon (place du Château, n° 5) a, comme l'hôtel d'Amboise, perdu le caractère architectural qui lui avait été donné au xv* siècle. Vhôtel de Guise (rue Chemonton, n* 8) a conservé à l'intérieur une décoration de médaillons malheureusement recouverte de mortier. Les hôtels de la rue Pierre-de-Blois (angle de la place Saint-Louis, n* 42, etc.), et les maisons de la rue Saint- Lubin offrent encore quelques débris intéressants aux artistes qui recherchent les constructions élégantes, pittoresques, originales des siècles passés.

Le château Saint-Lazare, ancienne léproserie, situé à l'extré? mité du Bourg-Neuf, puis prieuré conventuel de Génovéfainsi a

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change souvent de propriétaire depuis qu'il a été vendu comme propriété nationale. M. Victor Hugo Ta habité vers 4820 avec son père, le général Hugo. Il appartient aujourd'hui à M. Chambert, qui a construit, à la place d'une ancienne chapelle, un pavillon dans lequel il a formé une galerie de tableaux.

Les huit fontaines réparties sur divers points de la basse ville tirent leur eau d'un réservoir commun, appelé le gouffre, creusé à 7 mètres environ sous terre, et alimenté par un aqueduc. Ce canal commence auprès du puits des Basses-Granges, par trois petits rameaux qui bientôt se réunissent en une seule branche ; il est taillé dans le roc, sauf quelques parties maçonnées, et offre un développement de 529 mètres. C'est une sorte de tuyau de drainage , car il ne reçoit aucune source appréciable. On en a attribué la construction aux Romains. Les eaux qui descendent de la ville haute y sont montées, par une machine à vapeur, de la Loire jusqu'au point culminant de la place Denis-Papin. Plus que jamais, grâce à l'invention de l'illustre Blésois, Blois est magnifique en aqueducs et glorieuse en fontaines, comme l'écrivait jadis l'historien de Saint-Laumer.

L'ancien pont de Blois, qui était défendu aux deux extrémités par des tourelles, et qui portait des maisons, une chapelle et une pyramide, fut emporté par la débâcle de Le pont actuel a été construit de Mil à 1724. Il est en dos d'âne. Sur la clef de voûte de l'arcade centrale s'élève une pyramide qu'on avait l'intention de remplacer par une statue de Denis Papin. Sur la rive gauche de la Loire s'étend le faubourg de Vienne, au delà duquel est le village de Saint-Gervais, dont la crème mérite sa réputation. L'église de ce faubourg, Saint-Saturnin, date du ix' siècle, mais elle a été reconstruite plusieurs fois, et notamment au xvi f siècle, par Anne de Bretagne.

Les promenades de Blois sont : le Mail, sur le quai ; les Allées, que le chemin de fer a coupées en deux, et qui conduisaient autrefois du château à la forêt de Blois et au château de Lanoue, démoli pendant la Restauration ; les terrasses de l'évêché ; les bords de la Loire, etc. Du haut de la butte des Capucins, chantée par M, Victor Hugo, on découvre un beau panorama. Cette butte, située un peu au delà de l'embarcadère, à droite du chemin de

fer, doit son nom à un ancien couvent. Elle a été évidemment élevée par la main de l'homme. A quelle époque et dans quel but ? on ne Ta jamais su. Elle a 20 mètres de haut et 56 mètres de diamètre à sa base. On y a planté des arbres et tracé des sentiers. On a eu aussi l'intention d'y élever cette statue hypothétique de Denis Papin, que les Blésois se proposent de placer partout et qu'ils ne mettent nulle part.

Les eaux minérales ferrugineuses de Saint-Dents-lez- Blois se trouvent à 5 kilomètres de Blois et à 2 kilomètres de Menars , sur la route de Paris à Bordeaux. Ces eaux ont joui jadis d'une grande célébrité. On les appelle encore la fontaine Médicis, parce que la reine Marie de Médicis les orna d'un bassin qui fut établi à ses frais. Elles étaient alors très-fréquentées. Abandonnées quand la cour eut quitté Blois, elles perdirent peu à peu leur ancienne réputation. En \ 850 on a retrouvé la fontaine et la piscine, et, en 4 853, à la suite de nombreux travaux exécutés pour le compte d'une compagnie industrielle, eut lieu l'ouverture de la saison des eaux. Dès l'année suivante on commençait, sur le coteau de Saint-Denis, la construction d'un établissement pour bains et pour douches, qui est maintenant ouvert aux malades. Les eaux delà fontaine Médicis sont froides, ferrugineuses, iodurées, limpides, légèrement sulfureuses à la source, d'une digestion facile et très-diurétiques. Elles ont, pour leur composition et leurs effets, de grandes analogies avec les eaux de Forges, de Bussang et de Spa. On les prend donc plutôt en boisson qu'en bain. Il y a trois sources : la source Médicis, la plus faible, la source Henri IV et la source Reneaulme, la plus forte. Cette dernière est réservée pour les bains , les douches et les lotions. La saison commence au mois de mai pour finir en octobre.

On peut de la ville de Blois aller visiter, outre Chambord décrit ci-dessous, le château de Beauregard, situé à 8 kilomètres de Blois, sur la lisière de la forêt de Russy et presque au sommet des collines dont le Beuvron baigne la base. Ce château qui, selon une tradition locale, aurait été construit par François I #r , a souvent changé de propriétaire. Il a été presque entièrement rebâti au xvii* siècle. On y remarque une galerie contenant une collection historique de portraits qui n'ont, pour

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la plupart, aucune valeur artistique. Le carreau émaillé de cette galerie représente une armée rangée en bataille, ayec son général et ses officiers. Le parc a une contenance de 60 hectares.

A 4 3 kilomètres de Blois, sur la route de Romorantin , se trouvent les villages de Cour-Cheverny et de Cheverny. Près de ce dernier, dont l'église a un portail du xii* siècle, le comte de Cheverny a fait construire en 4634, sur remplacement d'un château bâti par son aïeul, le magnifique château qu'y possède aujourd'hui M. le marquis de Yibraye. Ce château, qui est entouré d'un beau parc transformé depuis quelques années en jardin anglais, et dans lequel serpente une rivière, fait face à une large avenue de 4 kilomètres environ de longueur. On peut y visiter, au premier étage , un appartement autrefois réservé pour le roi et composé d'une salle des gardes, d'une chambre à coucher et de plusieurs cabinets. La chambre du roi n'a perdu de sa décoration primitive qu'une imposte de porte, où le tableau original qui la décorait a été remplacé par un médiocre paysage du xviii* siècle. Cette pièce, extrêmement curieuse, peut donner, dit M. de Chennevières, dans son excellent livre des Peintres provinciaux de l'ancienne France , « une vraie et grande idée de ce qu'était au xvu« siècle la magnificence décorative de quelques-uns de nos châteaux. > Les peintures du plafond, de la cheminée et des dessus de porte, représentent l'histoire de Persée ; les lambris inférieurs, celle de Théagène et Chariclée, à laquelle l'artiste n'a pas consacré moins de 30 tableaux. Ces compositions, d'une exécution un peu molle, mais d'un aspect agréable, font honneur à Jean Mosnier, peintre blésois. Malheureusement on a détruit, au siècle dernier, un grand nombre des peintures qui décoraient autrefois les lambris, les plafonds et les volets de ce beau château, où l'on cherche en vain maintenant une Bacchanale de Nicolas Poussin, et des figures sculptées par Gilles Guérin.^

La ville de Blois est environnée des trois forêts de Blois % de Boulogne et de Rvssy, qui contiennent, la première, 2745 hectares, la seconde 3968, et la troisième 3207. Ces forêts étaient beaucoup plus grandes au moyen âge ; mais depuis trois siècles elles ont conservé à peu près les mêmes limites ; elles rapportent

chaque année, Blois, 150000, Russy, 140000, et Boulogne, 460 000 francs. En 4789 elles n'avaient produit que 49 794 livres, 44 298 livres et 29 489 livres. Total 420 281 livres.

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