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EXCURSION A CHAMBORD

On compte 49 kil. de Blois à Ghambord par la voie de la Loire, et de 4 3 à 4 4 par la Chaussée , Huisseau et Vineuil. La seconde route est moins monotone, mais moins bonne que la première. En général on va par l'une et l'on revient par l'autre. On paye une voiture à deux chevaux 45 fr., pourboire compris, un cabriolet à quatre roues, 40 fr., un cabriolet à deux roues 8 fr.

A l'extrémité du pont de Blois, à l'entrée du faubourg de Vienne, les deux routes de Blois à Chambord se bifurquent. Celle de la Levée tourne à gauche et remonte la rive gauche du fleuve sur la Levée ombragée de peupliers. On a constamment sous les yeux le même paysage, la Levée et la Loire. Sur la rive gauche du fleuve on aperçoit d'abord la Chaussée et Saint-Denis en face de Lery et de Saint-Claude, puis le beau château de Menars, en face de celui de Nozieux qui se montre à droite, Menars est à 7 kil. de Blois. Plus loin Fleury et Cour-sur-Loire apparaissent en face de Montlivault. Enfin quand on découvre Suèores, sur la rive droite, et quand on est près d'atteindre Saint-Dié-sur-Loire, sur la rive gauche (43 kil. de Blois), on s'éloigne de la Loire en formant presque un angle droit, pour se diriger au sud à travers des vignes et des champs d'un aspect assez misérable. C'est la Sologne : terre aride, climat malsain, habitants chétifs et pauvres. A 4 kil. environ de Saint-Dié, on trouve un mur en ruine percé d'une affreuse porte, à droite de laquelle s'élève une petite maison de garde-chasse. Cette porte est celle du parc de Chambord ; ce pavillon, le pavillon de Saint-Dié.

« Quand on arrive à Chambord, dit Chateaubriand, on pénètre dans le parc par une de ses portes abandonnées; elle s'ouvre sur une enceinte décrépite et plantée de violiers jaunes , qui a sept lieues de tour. De l'entrée on aperçoit le château au fond d'une allée descendante. En avançant sur l'édifice, il sort de terre dans l'ordre inverse d'une bâtisse placée sur une hauteur, laquelle s'abaisse à mesure qu'on s'en approche. François I* r , arrière*

é . CHAMBORD. . ; 453

petit-fils de Valentine de Milan, s'était enseveli dans les bois de son aïeule : Tout ne m'est rien , rien ne m'est plus. Chambord rappelle les idées qui occupaient le roi soldat dans sa prison, femmes, solitudes, remparts.

« Chambord n'a qu'un escalier double, afin de descendre et monter sans se voir. Tout y est fait pour les mystères de la guerre et de l'amour L'édifice s'épanouit à chaque étage; les degrés s'élèvent accompagnés de petites cannelures comme des

Une ferme en Sologne.

marches dans les tourelles d'une cathédrale. La fusée, en éclatant, forme des dessins fantastiques qui semblent avoir retombé sur l'édifice : cheminées carrées ou rondes, enjolivées de fétiches de marbre, semblables aux poupées que j'ai vu retirer des fouilles à Athènes. De loin, l'édifice est une arabesque ; il se présente comme une femme dont le vent aurait soufflé en l'air la chevelure; de près, cette femme s'incorpore dans la maçonnerie et se change en tours ; c'est alors Clorinde appuyée sur des ruines. Le caprice d'un ciseau volage n'a pas disparu ; la légèreté et la

finesse des traits se retrouvent dans le simulacre d'une guerrière expirante. Quand vous pénétrez en dedans, la fleur de lis et la salamandre se dessinent dans les plafonds. Si jamais Chambord était détruit, on ne trouverait nulle part le style premier de la Renaissance, car à Venise il s'est mélangé.

a Ce qui rendait à Chambord sa beauté, c'était son abandon.... »

Avant de compléter et de rectifier cette description un peu fantastique, avant même de résumer l'histoire de Chambord, je dois donner un renseignement utile aux étrangers. A droite du château et de la jolie chapelle récemment construite par le comte de Chambord, au milieu des ruines de toute espèce qui les entourent de tous côtés, ils trouveront un excellent petit hôtel très-confortablement meublé et très-proprement tenu par M. Bibard. Cet hôtel s'appelle Hôtel de Saint-Michel ou du Tourne- Bride du château. On fera bien d'y venir passer la nuit, car Chambord mérite surtout d'être vu au clair, de lune. L'hôte est intelligent, attentif, les prix sont modérés , et il y a des écuries pour les chevaux, des remises pour les voitures.

Quel fut l'architecte de Chambord? On ne le sait pas, on ne le saura jamais ; il est seulement prouvé qu'on a eu tort d'attribuer au Primatice et au Rosso la construction de ce château, bâti probablement par un architecte blésois demeuré inconnu.

Quand François I er fit commencer les travaux en 4526, Chambord existait déjà. C'était une vieille maison de plaisance et de chasse, habitée depuis des siècles par les anciens comtes de Blois de la maison de Champagne. Cette maison, qui s'appelait aussi Chambord-Afontfrault, du nom d'une autre maison encore plus ancienne située à l'une des extrémités du parc, vers l'endroit où est maintenant le pavillon de Montfrault, avait même sa légende. D'après la tradition populaire, un chasseur noir, suivi de chiens noirs, Thibault de Champagne, dit le vieux et le trichêur, allait pendant la nuit de Montfrault à Bury en chassant à travers les airs , puis il revenait à Montfrault. On ne voyait jamais cette chasse nocturne; mais, si l'on s'égarait vers minuit, dans les bois, on entendait les piétinements des chevaux , les aboiements des chiens, les cris des chasseurs, les fanfares des cors. En 4 397 , le château de Chambord était échu , avec le comté de Blois , à la

maison d'Orléans, par la mort de Guy de Chàtillon, qui l'avait vendu à Louis d'Orléans, frère du roi Charles VI. En 1 498, il avait été réuni au domaine de la couronne , lorsque Louis d'Orléans , vingt-troisième comte héréditaire de Blois, devint roi de France, sous le nom de Louis XII.

Pourquoi François I ,r fit-il reconstruire avec tant de magnificence ce vieux château, abandonné au milieu d'une forêt chétive, sur un sol ingrat , dans un enfoncement privé de vue ? Parce

Chambord.

qu'il aimait la chasse et la comtesse de Thoury, dont le château se trouvait situé dans le voisinage. Dix-huit cents ouvriers travaillèrent, assure-t-on, à Chambord pendant plus de douze ans. François I' r habitait de préférence l'aile qui est appelée encore aujourd'hui aile d'Orléans. En 4539, Charles-Quint, qui y reçut l'hospitalité, le regarda comme un abrégé de ce que peut effectuer l'industrie humaine. Dans les dernières années de sa maladie, François I ,r y résida souvent. Un jour qu'il était plus souf-

frant et plus triste que d'ordinaire, il écrivit sur une vitre, avec •un diamant qu'il portait à son doigt, en présence de sa sœur , la Marguerite des Marguerites, qui essayait vainement de le distraire, ces deux vers si connus :

Souvent femme varie, Mal habile qui s'y fie;

vers que Louis XIV sacrifia à Mlle de La Yallière, dans les premières années de leur liaison.

Henri II continua les travaux que son père avait laissés inachevés. La partie qu'il fit construire se reconnaît aisément à son chiffre et au croissant qui était à la fois sa devise et celle de Diane de Poitiers, sa maîtresse. François II et Catherine de Médicis vinrent souvent à Chambord, mais ils le laissèrent tel qu'il était lors de la mort d'Henri II à Charles IX, qui essaya de l'achever, et qui suspendit, en 4 574 , faute d'argent, tous les travaux de réparations et d'ornementation qu'il avait entrepris. Henri III n'aimait pas Chambord. Henri IV, ne voulant pas trop s'éloigner de Paris, le sacrifia à Saint-Germain et à Fontainebleau. Louis XIII, qui s'y rendit quelquefois et qui y commanda même divers embellissements , y prit avec une pincette une lettre que Mlle de Hautefort avait cachée dans sa collerette, car il éprouvait un vif désir de la lire, et, par timidité, il n'osait pas la retirer avec ses doigts.

A la mort de Gaston d'Orléans, qui l'avait reçu de Louis XIII en apanage avec le comté de Blois, Chambord avait fait retour à la couronne (4660). Louis XIV le visita pour la première fois, au mois de juillet de cette année, après son voyage des Pyrénées. Il y revint souvent ; il y donna des fêtes brillantes ; il y assista aux premières représentations de Pourceaugnac (4669) et du Bourgeois gentillumme; mais, au lieu de l'embellir, il le saccagea ; il y fit exécuter, pour pouvoir y loger toute sa suite, des travaux qui révoltent aujourd'hui les gens de goût, et dont le possesseur actuel du château s'efforce d'effacer les traces malheureusement trop apparentes. Le roi Stanislas Leczinski, qui l'hahita huit années, de 4725 à 4733, avec sa femme, eut plus tard le tort de combler les fossés et d'enterrer ainsi les bâtiments de plusieurs mètres.

Longtemps abandonné, ce château, si indignement mutilé, fut donné, en 4748, au maréchal de Saxe, qui, après avoir succombé aux excès de tout genre auxquels il s'y livra, et peut-être aux suites d'un duel mystérieux avec le prince de Gondé, le légua à son neveu le comte de Friesen. Le maréchal de Saxe avait mené à Chambord une vie toute militaire ; il y passait presque tous leé jours en revue deux régiments de hulans qu'il avait formés et que le roi lui avait laissés. « Il était, dit M. Merle, d'une grande sévérité pour ses hulans ; il les faisait pendre sans pitié pour la plus légère faute. On a montré longtemps à Chambord, au bout de la place d'armes, un gros orme qui servait à ces exécutions militaires et qui fut frappé de la foudre au mois de mai 4820. » Il avait établi dans le parc un haras de chevaux de l'Ukraine. On a dit que ces chevaux, élevés libres et sans gardiens, arrivaient d'eux-mêmes sur la place d'armes à l'heure de la manœuvre sonnée du haut des terrasses du château. En outre, le vainqueur de Fontenoy tenait à Chambord une véritable cour ; il y fit bâtir une salle de spectacle où Favart et sa troupe vinrent donner des représentations. Il avait ses courtisans, son grand couvert, ses maîtresses, et, pour singer en tout la majesté royale, il parvint à placer une sentinelle dans ses appartements , après avoir eu le soin d'afficher ces mots : Caisse militaire, sur la porte qui conduisait de sa salle à manger à son salon de réception.

Quand la Révolution éclata, Chambord était depuis longtemps déjà revenu à la couronne. On ne savait quel emploi en faire, et un moment on parla de le démolir. Le mobilier fut vendu aux enchères. Les commissaires-priseurs et les adjudicataires n'y laissèrent que la table de pierre de liais sur laquelle avait été embaumé le corps du maréchal de Saxe. Mais on dut renoncer à la destruction des fleurs de lis et des insignes de la royauté, parce que l'architecte chargé de cette opération présenta un devis de 400 000 francs. Cependant, la même raison qui l'avait préservé de nouvelles mutilations, le manque de fonds, devait empêcher sa restauration. Pour le sauver de la destruction, Napoléon y avait établi la quinzième cohorte de la légion commandée par le général Augereau. Plus tard il eut l'idée d'y fixer la résidence des princes d'Espagne ; mais il y renonça sur la présentation du de-

i;i8 ITINÉRAIRE D'ORLÉANS A TOURS

vis d'ameublement et de réparations fait par M. Fontaine ; ce devis se montait à 3 millions. Après l'avoir détaché de la dotation de la Légion d'honneur, en 4809, pour le réunir à la couronne, il le donna au prince de Wagram , avec 500 000 francs de rente sur le produit de la navigation du Rhin , sous la condition que tous les revenus seraient employés à la restauration du château. Cette condition ne fut jamais remplie. Sous le règne de Louis XVIII, la princesse de Wagram, privée d'ailleurs de ses revenus, coupa les bois et loua le château et ses dépendances, avec le droit de chasse, à un Anglais qui y commit tous les excès possibles. On voit , en arrivant , les trous de nombreuses balles sur la grosse tour. En effet, cette tour servait de cible aux amis ou commensaux du locataire. Enfin , Mme la princesse de Wagram obtint l'autorisation de vendre cette propriété onéreuse, que la bande noire se disposait à acheter ou à détruire , lorsque le comte Adrien de Galonné proposa une souscription nationale dont le produit serait destiné à racheter Ghambord et à l'offrir au duc de Bordeaux. Le 5 mars 1821, le domaine de Ghambord fut adjugé, au prix de K million 542 000 francs à l'auteur de ce projet, c pour en être fait hommage, porte l'acte de vente, au nom de la France, à S. A. R. Mgr le duc de Bordeaux , au profit duquel le domaine est en conséquence acheté dès à présent. »

Le duc de Bordeaux n'a jamais vu le domaine dont il a pris le nom depuis qu'une révolution l'a forcé de quitter la France. Avant cette révolution, il était trop jeune pour pouvoir s'y intéresser , mais, en 4828, Mme la duchesse de Berry vint à Chambord sans son fils; elle y posa, sur la terrasse de l'oratoire, la première pierre d'une restauration intelligente qui consisterait à consolider les parties menaçant ruine, à rétablir celles que le temps ou les hommes ont détruites, et surtout à détruire tous ou presque tous les travaux que Louis XIV a fait exécuter. Malheureusement le comte de Ghambord ne peut dépenser chaque année qu'une somme très-modique à cette restauration , car il a de nombreuses infortunes à soulager, et il doit , en attendant la grande restauration, comme disent les gens du pays, se borner aux réparations les plus urgentes, empêcher de tomber ce qui existe encore, avant de relever ce qui est tombé. Il ne faut pas se le dissimuler, Cham-

bord est une ruine. Seulement, c'est une ruine à peu près complète et couverte. Tel qu'il est cependant, il mérite une visite. Aucun des étrangers qui remontent ou qui descendent la Loire ne regrettera de s'être écarté de sa route pour venir admirer ce qui en reste, et rêver à ce qu'il dut être au temps de sa plus grande splendeur.

En 4 832 , le gouvernement de juillet avait mis le domaine de Chambord sous le séquestre et en avait pris possession au nom de l'État. Après un procès qui n'a pas duré moins de vingt ans, les droits du duc de Bordeaux ont été définitivement reconnus.

« Le château de Chambord, dit son historien, M. de La Saussaye, forme un carré long de 456 mètres (80 toises) sur 447 mètres, dont les angles sont flanqués de quatre grosses tours de 49 mètres 50 centimètres de diamètre. Un second édifice, moins grand, aussi de forme carrée, et flanqué de quatre grosses tours , à toit pointu et terminé par une lanterne, est entouré en partie par les bâtiments du premier , et leurs deux façades, du côté du nord, se confondent en une seule, que les quatre tours qui s'y rencontrent partagent en trois parties à peu près égales. Ces constructions, dont le développement est immense, mais qui ne sont pas entièrement terminées, étaient jadis entourées de larges fossés d'eau vive, alimentés par la rivière du Cosson, qui coule à l'extrémité du parterre. Ces fossés ont été comblés par le roi de Pologne, Stanislas, pendant son séjour à Chambord. »

Ce qui caractérise surtout à l'extérieur le château de Chambord, c'est le nombre et la variété de ses ornements, surtout dans sa partie supérieure : cheminées, lucarnes, tourelles, flèches, clochetons, qui n'ont entre eux aucune ressemblance, qui ne se font même pas pendant, et que décorent d'innombrables sculptures entremêlées de plaques d'ardoise qu'on a clouées sur la pierre pour remplacer le marbre noir d'Italie, dont la guerre avait privé les architectes à l'époque de la construction. Tous ces ornements, toutes ces superfétations, qu'un goût sévère ne saurait admettre en architecture quand rien ne les justifie, produisent un effet bizarre , saisissant , qui a inspiré à

Chateaubriand les phrases excentriques que Ton a pu lire au début de cette description. Le prince Puckler-Muskau a eu raison d'appeler Chambord une fantaisie de pierre.... C'est en effet une belle fantaisie, qui ne peut pas être proposée pour modèle.

Pour visiter l'intérieur de Chambord, il faut s'adresser an concierge qui, moyennant un pourboire, montre et explique aux étrangers les parties les plus curieuses.

La merveille de l'intérieur de Chambord c'est ou plutôt c'était son escalier en spirale à doubles rampes superposées, dont la disposition est telle que deux personnes peuvent y monter en même temps sans se rencontrer et sans se voir. En parlant de cet escalier, Blondel s'exprime ainsi dans ses Leçons d'architecture : c On ne peut trop admirer la légèreté de son or-* donnance, la hardiesse de son exécution et la délicatesse de ses ornements . » J'ai dit était , car on ne le voit plus , on ne peut plus l'admirer aujourd'hui tel qu'il fut, quand l'architecte inconnu qui l'a construit l'eut terminé. Alors évidemment les salles qui l'entourent en formant une croix grecque, et dont les voûtes sont ornées de sculptures, n'étaient point partagées en trois étages comme elles l'ont été depuis, et, du rez-de-chaussée, on embrassait d'un seul regard, au milieu de cette croix imposante, la double spirale de l'escalier de sa base à son sommet. C'est dans l'une des salles du second étage (le concierge l'indique), salle disposée en théâtre, qu'eut lieu la première représentation du Bourgeois gentilhomme.

Au-dessus des voûtes de ces quatre salles si indignement di* visées, et au niveau des terrasses qui les recouvrent , s'arrête la double rampe et « commence, a dit un historien de Chambord, 4e couronnement en forme pyramidale, ayant 32 mètres (environ 400 pieds) de hauteur et du plus grand effet. Ce couronnement consiste en huit arcades accompagnées de colonnes et pilastres d'environ 8 mètres de haut, formant une colonnade qui supporte une autre ordonnance plus élevée , décorée d'une balustrade et se composant de huit contre-forts dont les amortissements sont ornés de F et de salamandres gigantesques. Ces arcs-boutants soutiennent la continuation du noyau à jour du gramj. escalier, dans lequel circule un autre escalier plus petit

à une seule rampe depuis le niveau des terrasses , et qui conduit à un belvédère surmonté d'un campanile , l'un et l'autre d'une extrême légèreté et d'une grande richesse de détails. Le tout est couronné par une 'fleur de lis colossale de pierre, qui n'a pas moins de 2 mètres de haut, v II faut monter non-seulement sur les terrasses, mais au haut du belvédère, pour se bien rendre compte de l'ensemble du château.

Dans les angles formés au point de jonction de la façade et des ailes, du côté de la cour, et aux extrémités d'une galerie supportée par des arcades communiquant du donjon aux ailes, s'élèvent deux beaux escaliers à jour. Ces escaliers sont décorés de trois ordonnances de colonnes, surmontées de trois cariatides qui soutiennent une coupole, ceinte d'une couronne royale colossale, et au-dessus de laquelle s'élevait jadis une lanterne de pierre terminée par une fleur de lis. On compte en tout dans le château treize grands escaliers montant du rez-dechaussée au haut du bâtiment ; mais il y en a un grand nombre de petits qui font seulement communiquer deux étages ensemble, et qui sont cachés dans l'intérieur des murs.

La chapelle y située dans la tour de l'ouest, et achevée par Seuri II, est bien conservée . Le bâtiment qui a été construit en hors-d'œuvre, à l'angle formé par la tour du nord et par la façade, renferme une chapelle plus petite ou plutôt un oratoire fort curieux pour ses ornements, mais qui a été malheureusement endommagé par l'humidité et par le badigeon.

Le nombre des pièces que contient le château de Chambord se monte à 440, toutes à cheminée, selon le luxe du temps. Aucune n'est meublée, mais on a réuni dans quelques-unes des objets divers qui méritent au moins une mention. Dans Y ancienne salle à manger de Louis XIV se trouvent : trois bahuts , un parc d'artillerie qui avait été donné au duc de Bordeaux , les bustes de Louis XVIII et de Charles X, une table avec marbre provenant de l'ancien ameublement, une statue de François I er , des statuettes en plâtre représentant les principaux uniformes de l'armée française depuis les temps anciens jusqu'à nos jours , et les bois d'un cerf tué dans le parc en 4855. Dans le salon de réception on remarque une statuette en bronze du comte de

Chambord, et, entre autres portraits, ceux de Mme de Maintenon et d'Anne d'Autriche. La chambre du maréchal de Saxe est ornée d'un portrait de Mme de La Fayette, d'un beau Van der Meulen représentant Louis XIV et son état-major, et d'une bataille de Fontenoy, par Bertrand.

La visite du château terminée, on se promène d'ordinaire dans les anciens parterres ou jardins , et on sort du côté opposé à celui par lequel on est arrivé, pour jeter un coup d'oeil sur sa belle et pittoresque façade.

Entre le château et l'hôtel du Grand-Saint-Michel, s'élèvent une jolie petite église, achevée en * 855, et consacrée à saint Louis, la maison des sœurs et le presbytère. La façade de cette église, construite en pierre blanche, aux frais du comte de Chambord, a été bâtie d'après des fragments du château. L'intérieur est charmant. De chaque côté, à peu près au milieu, s'ouvrent deux jolies petites chapelles. Derrière l'autel est un tableau signé Alphonse HenafT, 4 854 , et représentant saint Louis tenant la couronne d'épines du Sauveur. A droite et à gauche de l'autel, les douze apôtres sont peints à fresque sur fonds d'or. Les quatre vitraux de couleur représentent, à droite, en entrant, sainte Clotilde et saint Henri, à gauche, la reine Blanche et Charlemagne. De nombreuses fleurs de lis ornent le plafond peint en bleu.

Si l'on revient à Blois par la route la plus courte, on traverse d'abord une grande étendue du parc ; on en sort par la Chaussée, village près duquel est le château Saumery , puis, suivant toujours la rive gauche du Cosson, on passe à Huisseau-sur- Cosson, h Nanteuil, où l'on peut visiter les Crotteaux, joli château construit au commencement du xvn* siècle, et près de Vineuil , sur la rive droite du Cosson. Enfin , on traverse le Cosson, et les prairies qu'il inonde souvent, sur un long viaduc appelé les ponts Chartrains et attribué aux Romains. Ces ponts, construits on ne sait à quelle époque, ont été réparés en 4844. Avant d'entrer dans la belle avenue du faubourg de Vienne , on laisse à gauche le village de Saint- Gervais, dont les habitants fabriquent l'excellente crème connue sous ce nom. — Cette route, à partir du château de Chambord jusqu'au faubourg de Vienne, n'est presque partout qu'un chemin vicinal fort mal entretenu, à supposer

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