‹ De Paris à BordeauxChapitre 59 sur 165 · DE BLOIS A AM BOISE · texte numérisé non relu

DE BLOIS A AM BOISE

C'est en quittant la station de Blois, ou plutôt en sortant de la tranchée des Granges, que l'on découvre le plus beau point de vue qu'offre le chemin de fer de Paris à Tours. Pour bien jouir de ce magnifique paysage , il faut se retourner du côté de Blois. Les travaux d'art sont remarquables, mais la nature est encore plus intéressante et plus belle. Le chemin de fer, soutenu à mi-côte par d'énormes terrassements, entrecoupés de ponts pour l'écoulement des eaux, domine la Loire, qui forme un vaste lac parsemé d'îles verdoyantes, et se perd à l'horizon lointain derrière un rideau d'arbres. Vu de ce côté, Blois se présente sous son aspect le plus pittoresque. Malheureusement, ce beau spectacle ne dure qu'un instant : on descend dans une plaine fertile, mais monotone, où la vue se trouve bornée, à droite, par de petits coteaux, qui n'ont rien de pittoresque, à gauche, par la levée delà Loire, qui ne permet jamais d'apercevoir le fleuve. Cette levée, en effet, est une digue en terre, garnie sur certains points de perrés , c'est-àdire de murs en pierres sèches , haute de plus de 7 mètres et large de près de 8 mètre§. Elle supporte la route de terre, mais elle est surtout destinée à contenir la Loire dans son lit quand le fleuve grossit au point de déborder. Elle date de Louis le Débonnaire, et elle a pris sous Philippe le Bel la forme qu'elle conserve encore aujourd'hui. Un joli petit château se montre à gauche avant la station de Chousy.

Dans son voyage dans le Limousin (1663) La Fontaine fait la description suivante de la Loire et de ses levées, c Surtout la Levée ne nous quitta point, ou nous ne quittâmes pas la Levée ; l'un vaut l'autre. C'est une chaussée qui suit les bords de la Loire et retient cette rivière dans son lit : ouvrage qui a coûté bien du temps à faire et qui en coûte encorè beaucoup à entretenir. Quant au pays, je ne vous en saurois dire assez de merveilles. Point de ces montagnes pelées qui choquent tant notre cher

M. de Maucroix ; mais, de part et d'autre, coteaux les plus agréa blement vêtus qui soient dans le monde.

Que dirons-nous que fut la Loire Avant que d'être ce qu'elle est?

Car vous savez qu'en son histoire Notre bon Ovide s'en tait.

Fut-ce quelque aimable personne , Quelque reine , quelque amazone , Quelque nymphe au cœur de rocher, Qu'aucun amant ne sut toucher?

Ces origines sont communes :

C'est pourquoi n'allons pas chercher Les Jupilers et les Neptunes, Ou les dieux Pans qui poursuivoient Toutes les belles qu'ils trouvoient.

Laissons là ces métamorphoses, Et disons ici , s'il vous plaît, Que la Loire étoit ce qu'elle est Dès le commencement des choses.

La Loire est donc une rivière Arrosant un pays favorisé descieux, Douce quand il lui plaît; quand il lui plaît si fi ère Qu'à peine arrète-t-on son cours impérieux.

Elle ravngeroit mille moissons fertiles, Engloutiroit des bourgs, feroit flotter des villes,

Détruiroit tout en une nuit;

H ne faudroit qu'une journée ,

Pour lui voir entraîner le fruit

De tout le labeur d'une année, Si, le long de ses bords, n'étoit une levée

Qu'on entretient soigneusement.

Dès lorsqu'un endroit se dément,

On le rétablit tout à l'heure ;

La moindre brèche n'y demeure

Sans qu'on y touche incessamment ;

Et pour cet entretènement ,

Unique obstacle à tels ravages,

Chacun a son déparlement,

Communautés, bourgs et villages.

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