DE BLOIS A AMBOISE. — LA LEVÉE. — CHOUSY
Vous croyez bien qu'étant sur ces rivages, Nos gens et moi nous ne manquâmes pas De promener à Tentour notre vue :
J'y rencontrai de si charmants appas, Que j'en ai l'âme encore émue.
Coteaux riants y sont des deux côtés, Coteaux non pas si voisins de la nue Qu'en Limousin, mais coteaux enchantés, Belles maisons , beaux parcs et bien plantés , Prés verdoyants , dont ce pnys abonde, Vignes et bois, tant de diversités , Qu'on croit d'abord être en un autre monde.... Mais le plus bel objet , c'est la Loire , sans doute ; On la voit rarement s'écarter de sa route, Elle a peu de replis dans son cours mesuré :
Ce n'est pas un ruisseau qui serpente en un pré :
C'est la fille d'Amphitrite ;
C'est elle dont le mérite,
Le nom , la gloire et les bords ,
Sont dignes de ces provinces, Qu'entre tous leurs plus grands trésôrs
Ont toujours placé nos princes;
Elle répand son cristal ,
Avecque magnificence,
Et le jardin de la France
Méritoit un tel canal.
« Je lui veux du mal en une chose, c'est que, l'ayant vue, je m'imaginai qu'il n'y avoit plus rien à voir.... »
20 # STATION. - CHOUSY.
10 kil. de B!ois. - 69 kil. d'Orléans. — 190 kil. de Paris. - 46 kil. rie Tour*.
Chousy, village de 1 469 habitants, arrosé par la Cisse, possédait autrefois sur son territoire, à l'extrémité de la forêt de Blois, une abbaye de femmes nobles (l'abbaye de la Guiche) , fondée en 1272 par Jean I" de Châtillon, comte de Blois, dans un champ où des pâtres avaient découvert , vers la fin du xir siècle, une image miraculeuse de la Vierge. Cette abbaye, qui reçut les restes mortels des comtes de Blois du nom de Châtillon, et que les protestants saccagèrent en 4565, a été détruite pendant la Révo-
im ITINÉRAIRE D'ORLÉANS A TOURS
lution. Il n'en reste aujourd'hui qu'une église souterraine, un débris du cloître et deux tombeaux restaurés par M. Pardessus , père du propriétaire actuel de la Guicbe. Au delà de Chousy , la plaine que l'on traverse voit diminuer sa fertilité sans rien perdre de sa monotonie. De distance en distance on aperçoit sur la droite à travers les arbres le toit ou la façade d'un château. A gauche, Chaumont attire de loin les regards.
80 e STATION. - ONZAIN.
5 kil. de Ctiousv.— 74 kil. d'Orléans. — 195 kil. de Paris. — 41 kil. de Tours.
Onzaln— 2178 habitants — n'a pas même une pierre à montrer de son célèbre château des comtes de Rostaing, qui avait été agrandi et enrichi aux dépens du château de Bury , bâti dans la vallée de la Cisse, près de la forêt de Blois, par Robertet , le ministre de François I er , et dont on voit encore quelques ruines. Ce château a été démoli, en 1823, parla bande noire. Voltaire y avait composé, dit-on, une partie de son mauvais poëme de la Pucelle.
C'est à Onzain , d'où Ton contemple le château de Chaumont sous l'un de ses plus agréables aspects , qu'il faut s'arrêter si l'on veut visiter ce château, situé sur la rive gauche de la Loire. En face du village à'Fscure, on traverse le fleuve en bac.
Chaumont, le Mont-Chaud ou le Mont-Chauve, occupe le sommet d'une colline escarpée et facile à défendre. Il doit par conséquent être fort ancien. On fait remonter son origine au x* siècle. D'après la tradition il aurait eu pour fondateur un comte de Blois, nommé Eudes. Son histoire remplirait un volume. Vers 1026, Eudes II le donne à titre de fief à Gelduin, seigneur de Saumur et de Pont-Levoy, qui le lui demande comme indemnité de la perte de Saumur, tombé au pouvoir de Foulques Nerra, leur ennemi commun. Sous Sulpice II, Thibault IV , comte de Blois , se le fait livrer comme rançon et le rase (une bataille l'avait rendu maître de son possesseur et de ses fils). Thibault V rétablit ses fortifications en 4160. Henri II, roi d'Angleterre , s'en empare et le donne à Hugues, l'aîné des fils de Sulpice II. Sulpice IU, fils de Hugues, étant mort sans postérité, il passe à la famille de Berrie , qui quitte son nom pour prendre le titre et les armes d'Amboise, car un mariage avait depuis longtemps réuni la seigneurie