‹ De Paris à BordeauxChapitre 61 sur 165 · ONZAIN. — CHAUMONT · texte numérisé non relu

ONZAIN. — CHAUMONT

d'Amboise à celle de Ghaumont. Le fils unique du célèbre cardinal d'Amboise meurt sans postérité à la bataille de Pavie. Sa cousine Antoinette , mariée à M. Larochefoucauld Barbesieux , hérite de ses possessions ; mais un jour Catherine de Médicis éprouve le désir de posséder Chaumont, et elle l'achète 120 000 livres tournois. A peine y a-t-elle consulté les astres et quelques magiciens qu'elle s'y déplaît. Elle force la duchesse de Valentinois à l'échanger avec elle contre Chenonceaux. Diane de Poitiers,

Le château de Chaumont.

qui lui préféra toujours son château d'Anet, le lègue à sa fille, la duchesse de Bouillon, après y avoir laissé sur les pierres de nombreuses traces de son passage (des carquois , des cors de chasse ou son double D.). A dater de cette époque, ou plutôt à la mort de la fille de la duchesse de Bouillon , qui avait épousé Henri de La Tour , le père de Turenne , Chaumont change trop souvent de propriétaires pour qu'il soit possible de les désigner tous ici. Leur nomenclature n'offrirait d'ailleurs aucun intérêt. En 4739, il est acheté par M. Bertin de Vaugien, conseiller au

parlement de Paris , qui s'empresse de le moderniser. « Ce fat lui, dit M. le vicomte Walsh, qui fit abattre le corps de logis donnant sur la Loire et qui fermait la cour. Je n'ose, en vérité, trop prendre, dans cette démolition, une pierre pour la jeter à sa mémoire ; car la cour close, avec ses quatre faces, devait être majestueusement triste, et celle qu'il a faite, en l'ouvrant sur le fleuve et les riches campagnes qui le bordent, est admirablement belle. La vue que l'on a de son long balcon, formant clôture , peut être comparée à celles tarit vantées de Richmond et de Saint-Germain enLaye. »

A Bertin de Vaugien succéda un industriel, M. Le Ray, grand maître des eaux et forêts. Diverses fabriques s'y élevèrent. Les produits de sa poterie furent longtemps recherchés. Tandis que le fils de M. Le Ray allait fonder sur les bords de l'Ohio une colonie qu'il nommait Chaumont, Mme de Staël, exilée à quarante lieues de Paris, pour ayoir osé aimer et défendre la liberté sous un gouvernement absolu, vint s'établir dans son château désert. Elle y regretta Paris, malgré la petite cour d'amis intimes et dévoués qui s'y était formée autour d'elle. « Mon ami, dit-elle un jour à Benjamin Constant , qui lui faisait admirer la magnifique vue qu'ils avaient sous les yeux, j'aime mieux le ruisseau d'eau noire et bourbeuse que je voyais à Paris couler sous mes fenêtres que cette Loire avec ses ondes claires et limpides. » Toutefois , « bien que le séjour à quarante lieues de la capitale, en contraste avec tous les avantages que réunit la plus agréable ville du monde, eût fait faiblir à la longue la plupart des exilés, et malgré la terreur que lui inspirait l'ennui,» elle ne plia pas devant la tyrannie. Ce fut peut-être à Chaumont qu'elle écrivit ce passage de Dix années d'exil : < Le plus grand grief de l'empereur Napoléon contre moi, c'est le respect dont j'ai toujours été pénétrée pour la véritable liberté. Ces sentiments m'ont été transmis comme un héritage, et je les ai adoptés dès que j'ai pu réfléchir sur les hautes pensées dont ils dérivent et sur les belles actions qu'ils inspirent. Les scènes cruelles qui ont déshonoré la Révolution française , n'étant que de la tyrannie sous des formes populaires , n'ont pu, ce me semble, faire aucun tort au culte de la liberté. L'on pourrait, tout au plus, s'en décourager pour la France ; mais,

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