CHES. LE. ROY
NOSTBE. M EST RE. •
Dans les fondations de cette tour on montre aux visiteurs une salle circulaire voûtée. L'air et le jour n'y pénètrent que par des meurtrières insuffisantes, percées dans un soubassement qui n'a guère moins de i mètres d'épaisseur. On y descend par un escalier particulier de 43 marches qu'interrompent plusieurs portes. Un corps de garde la précède. Cette salle, en effet, était une prison. Les détenus y étaient enfermés dans des espèces de cages à barreaux serrés, « recouvertes de fer par le dehors et par le dedans, avec terribles serrures. » La largeur de ces cages était de 2 mètres 66 cent., et leur hauteur celle d'un homme et un pied de plus, dit Commines. Harancourt et le célèbre cardinal Balue, qui les avaient, dit-on, inventées, en firent l'essai les premiers. En 4789, on les voyait encore à Loches. L'une d'elles portait le nom de Cage Balue. Quelques écrivains ont nié qu'elle eût servi au cardinal» mais M. de la Gournerie a cité depuis l'article suivant des comptes de Louis XI : c A Guion de Broc, escuier, seigneur de Ver, maistre d'hostel du roy, la somme de 60 livres tournois... pour icelle estre par luy employée à faire faire une cage de fer, pour la seureté et garde de la personne du cardinal d'Angiers (Balue). » Quand le cardinal eut été transféré au château de Montbazon, le duc d'Alençon, Jean V, deux fois condamné à mort pour crime de trahison, et deux fois gracié par Louis XI, lui succéda dans cette cage oû il resta trois mois. Sous le règne de Charles VIII, à la suite de la révolte du duc d'Orléans, Commines passa huit mois dans celle de ces cages qui occupait une chambre haute du portail de la citadelle. Avec lui avaient été arrêtés Geoffroy de Pompadour, grand aumônier de France, et Georges d'Amboise, alors évêque de Montauban. Ce fut pendant sa captivité qu'il commença la rédaction de ses mémoires. La tour neuve renferme aussi la salle de la question, qui sert actuellement de prison. Quelques instruments de sup-
LOCHES
plice y sont encore. Enfin il faut monter jusqu'au sommet de cette tour pour jouir d'un beau point de vue sur Loches, sur Beaulieu et sur la vallée de l'Indre, mais principalement pour se bien rendre compte de l'importance du château.
Les vrais cachots de Loches ne sont pas dans la tour neuve. Ds se trouvent dans les fondations d'un troisième donjon, actuellement démoli, et commencé par Louis XL Louis XII, auquel on en a quelquefois attribué la construction, ne fit bâtir que la partie de l'édifice qui s'élevait au-dessus du sol de la cour, et dont il n'est resté qu'une salle des gardes.
Un escalier coudé, intercepté par des portes massives à ses paliers de repos, descend jusqu'au niveau du sol du fossé, d'où un autre escalier en spirale le continue jusqu'aux souterrains des oubliettes. On compte en tout 98 marches. On entre d'abord dans le cachot de Ludovic S force, surnommé le More, soit à cause de la couleur de son teint, soit parce qu'il avait pris pour devise le mûrier (Moro). C'est une vaste chambre faiblement éclairée par une profonde et étroite fenêtre; et néanmoins les yeux du prisonnier s'habituèrent tellement à ce demi-jour qu'il put orner son cachot d'inscriptions et de peintures dont on distingue encore quelques traces- Ici se montre un chevalier la visière baissée ; il est debout entre deux canons. Là apparaît un autre chevalier, la tête découverte : peut-être son portrait. En face de la fenêtre on remarque un cadran solaire gravé dans le mur. Les inscriptions sont très-incomplètes. Dans la voûte, où les lettres paraissent avoir de 70 à 80 centimètres de hauteur, on lit : Celvi. qvi. net. pas. contan, et sous le linteau de la porte : A. qvi. ne. crent. fort. tvne. net. pas. bien saige.
Charles VIII avait voulu conquérir le royaume de Naples. Louis XII prétendit y ajouter le Milanais , dont il se croyait le légitime héritier, comme petit-fils de Valentine Visconti. Il descendit donc dans leMilanais, possédé alors par les Sforce. Ludovic le More défendit intrépidement son petit royaume. Mais le 4 0 avril 4 500 les Suisses le vendirent et le livrèrent aux Français, devant cette même ville où cinq ans auparavant il avait réduit aux dernières extrémités Louis XII, alors duc d'Orléans. Dans cette circonstance, le roi de France vengea les injures faites au
duc d'Orléans. Ludovic, conduit d'abord à Pierre-Encise, puis à .Saint-Georges en Berri, fut enfin amené à Loches, où il mourut en 1 51 0. Louis XII n'eut pas la générosité de lui rendre sa liberté. Toutefois il se relâcha de sa première rigueur. De l'affreux cachot que l'on visite, Ludovic le More fut transféré dans une chambre haute du bâtiment détruit en 1815, et il paraît que dans la dernière année de sa vie il avait obtenu la faveur de se promener jusqu'à cinq lieues du château sous la conduite de quelques soldats écossais. M. Baillargé a cité quelques-unes des inscriptions qu'il a gravées avec un outil tranchant sur les murs en partie détruits de sa seconde prison. Nous lui empruntons celle-ci :