‹ De Paris à Cayenne journal d'un transportéChapitre 14 sur 24 · ID · texte numérisé non relu

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262 DE PIBIS A CAYfiNNE .

Le dortoir était une p^rande salle oblong^ue, de 18 à 20 mètres de long sur 6 de large, s*oa-

vi ant au-\. driix extrémités sur un escalier de quelques marciies. A droite et à gauche, dans le sens de lalongueur, se trouvaient établies • deux fortes barres de bois, soutenues par des poteaux et distantes de 2 mètres environ.

Ciiaque iltUenu y accrockail un morceau de toile à voile, le tendait fortement à Taide d*une espèce d'araignée, pour me servir du terme usité dans la marine, et son lit était fait. Il ne lui restait plus qu'à s'y ëlendi*e dans sa couverture de laine, et rien ne Tempêcliait de goûter les douceurs du sommeil et de s'abandonner aux rêves les plus enchanteurs, pourvu toutefois que le pied ou la main d'un de ses voisins ne vînt pas le réveiller en sursaut, ce qui se présentait assez fréquemment d'ailleurs, puisqu'il n'y avait pas plus de 20 centimètres lïnlre les toiles. C'était l'économie et la simplicité à la plus kaute expression, et les Indiens qui suspendent leurs hamacs de bambou aux lianes des forêts vierges n'avaient pas, sous ce rapport, à envier les civilisés de l'île du ! >ial^ie.

Dès ma première nuit, je Us connaissance avec les sclérostomes de la Guyane, moustiques et maringouins, et quand je songe à l'effroyable .u-uerro qu'ils uie iiréJUL,je regrette d'avoir exalté ieui' mansuétude, en les comparant aux puces de Toulon. Je cédais alors à la vivacité des cuisants souvenirs que m'avait laissés le fort

Lamalgue et la passion m'entraînait à rinjus-

tice. Aujourtrhui, quand les efforts de ma mc^ moire se reportent spécialement sur les moustiques et les maringouiûs, ma conscience re* trouve ses droits, et, ne sachant trop lequel d$ ces abominables ennemis de Thomme mérite la palme, je suis forcé de les mettre ex œquo pour la voracité. A la Guyane, on s'accorde pour redouter le moustique beaucoup plus que le maringouin, et je crois, en effet, que les morsures du premier sont plus douloureuses.

Mais, en revanche, tandis que le moustique, muet comme une carpe, vous plante et réplante silencieusement son aiguillon dans les chairs, le maringouin vous assourdit d'unemusique qui n'est pas précisément amusante et qui vous fa|t souffrir par avance du coup ' qui vous menace. De plus, la douleur produite par le moustique ne dure pas une seconde et disparaît sans laisser de tpace; la blessure taite par le maringouin cause une démangeaison qui lui survit longtemps, et a de plus le désagrément de vous diaprer le corps de boutons.

Quoi qu'il en soit, ma nuit se passa tant bien que mal, et, le lendemain, je pus visiter à loisir

le petit domaine où devait se reafermer mon existence. J'en fus médiocrement enchanté.

Moins heureuse que ses deux scburs, Tiie du Diable n'avait pas un arbre, et les arbrisseaux

qui croissaient dans les parties non cultivées

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n'étaient pas de taille à procurer l'ombrage si nécessaire à la Guyane. Je voulus savoir la ^ cause (le cette dissemlilance, et j*appris que Fîle da Diable devait sa nudité à une mesure ad* ministrative et non à la nature de son sol.

Lorsque les transportés politiques vinrent en prendre possession, ils y trouvèrent des arbres de toute espèce, et s'en servirent naturellement pour construire leurs cases d'abord, et bientôt après des goélettes, à l'aide desquelles s'opérèrent heureusement quelques évaj>iuns. Au lieu de fermer les yeux, comme elle aurait dû le faire, sur un expédient qui la débarrassait d'hôtes incommodes, radministration se fâcha et fit tomber sa colère sur les arbres qui avaient fourni les moyens d'évasion. Un abattis général fut ordonné et impitoyablement exécuté. Privés du chantier naturel qu'ils avaient sous la main, les transportés se rappelèrent que leurs cases avaient une charpente, et, sans craindre de nsquer la solidité de leurs constructions, ils en tirèrent les matériaux que l'île ne pouvait plus leur donner, pour construire des canots de plus l^eiie. Cette fois encore, l'administration, plus que jamais courroucée, recourut au procédé héroïque dentelle avait déjà fait usage. Les cases lurent démolies, et tout ce qui restai); de bois susceptible d'être mis en œuvre fut soigneusement enlevé* Mais Je m'aperçois que j'anticipe sur un sujet qui trouvera plus loin sa place, ot j'arrive à

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un petit épisode qui m*a laissé de t6rril)ies souvenirs.

Si, après un long voyage, on aspire, dans nos froids climats, à se plonger dans nn bain, je laisse à penser quel degré de vivacité prend ce désir sous un climat comme celui de la Guyane. Le premier jour de mon installation, il m*avait été impossible d'y sonirer, mais dès le lendemain^ je manifestai l'intention de me donner ce plaisir nécessaire. Mes nouveaux comi)agnons me firent connaître que l'abondance des requins sur les côtes de la Guyane et leur prédilection pour les abords des îles du Salut rendaient la natation fort dangereuse sinon impossible et m*eni,^a<^èrentàfaire comme eux, c'est-à-dire à i)rendre un bain dans les creux que laissaient entre eux les rochers du rivage et que remplissait la marée montante.

Je ne suis pas» — il s'en faut — un féroce nageur, et, tout en regrettant un exercice utile, je n'avais nulle envie do lutter avec les requins, attirés spécialement dans ces parages par les cadavres qu'on y jette, l'administration ayant dei)uis longtemps renoncé à les faire enterrer, pour cause de salubrité. Je me conformai donc aux avis que j'avais reçus et je m'installai tout simplement dans une des baignoires naturelles que m'offrait le rivage.

Le Ilot montait et me retombait en ^'erb(»s sur la tète, et je trouvais un certain plaisir à ces douches qui n'avaient rien d'aiHliieiel. Tout à

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coup, iinevaGnionnormoTintrftTn]>laror la pluie inoffensive qui me cliariuait, et m'aveugla. Peu satisfait de cette caresse, je quittai Tespèce de cuvette oii j'ét^s assis, pour aller reprendre ' mes habits, mais à ce moment une nouvelle vague, plus puissante que celle qui Tavait précédée, me jeta sur les rochers voisins. Tout étourdi que j'étais, je me cramponnai de toutes mes forces pour résister au renversement de là vague et me précipitai derrière une aniractuosité qui semblait devoir m'offhr un abri assuré.

L^asile que j'avais choisi était manifestement en dehors des visites régulières du ûoii et je m'y croyais en sûreté, quand une mon* tagne d'eau, s'élançant de la mer avec un el- IVo^'able raimissement, vint me poursuivre dans ma retraite, m'enleva comme une plume, maigré Teffort suprême que je fis en m'arcboutant contre les rochers, et m*entraina dans la mer.

Je n'essayerai pas de décrire les sentiments qui traversèrent mon esprit pendant cette course désordonnée; ils n'avaient rien de bien enchanteur, et je croyais toujours que j'allais m'arrèter dans la î^ueiile impitoyable d'un requin. Cependant, le tourbillon qui m'emportait se fondit pour ainsi dire, et je me retrouvai à une centaine de mètres du rivage, libre de mes mouvements.

Sans perdre une seconde, je poussai vers la

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côte, et, en quelques brassées, j'abordai, plus ou moins meurtri, plus ou moins essoufllé, mais sans avoir fait de mauvaises rencontres. Je doi^ Tavouer, je ne songeai pas à aller redemander à la mer le chapeau que j'y avais laissé; je sautai sur mes vêtements et m'élançai pieds nus vers un endroit hors de toute atteinte. Là, je respirai enfin» et je m'habillai mélancoliquement, pendant qu'à mes pieds la mer recoiumonrait ses prouesses, faisant rejaillir à cent pieds son écume blanchissante.

Gomme je revenais Toreille basse, ainsi qu'il convient après une bataille perdue, j'entendis ' une voix prononcer ces paroles :

— Venez donc voir le ras de marée; c'est magnifique.

A ce moment, je débouchais d'un sentier, et je me trouvais en face de Tibaldi, qui m'adressa la même invitation.

— Ah! c'est le ras de marée, lui répondi^-je; eh bieni je sors d'en prendre.

Alors je lui racontai ce qui venait de m'ar^ river, et r'efîY'oi ([iie lui causa mon nkit permit seulemeut alors de mesui^er le danger que j'avais couru.

Puis, s'apercevant que je marchais nu-tête en plein soloil, il nio demanda si, après avoir dix fois risqué de me noyer, je voulais, le même jour, risquer encore une fièvre chaude, et m'avertit qu'à continuer ainsi, je ne vivrais pas longtemps à la Guyane, oii nul, excepté les

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noirs, ne peut impunément s'exposer nu4ète

au soleil.

Je m'inclinai devant cette leçon méritée, et je le questionnai sur le ras de marée dont j'avais senti leif effets avant même d*avoir su son existence. En y réfléchissant, ma mémoire me disait bien que certains voyageurs avaient parlé d'accidents de mer qui répondaient à ce nom, mais j*avais toujours pensé que c*était quelque chose comme les typhons qui désolent la mer des Indes. Quant à ceux qui se produisent sur notre littoral continental, ils sont si rares et se présentent à des époques si peu déterminées, qu'ils restent à Fétat de phénomènes inexpliqués.

J'ai su plus tard que le ras de marée se fait sentir presque régulièrement à deux époques de Tannée sur les côtes delà Guyane, c*est-à* dire à la suite des équinoxes. Je l'ai vu, au printemps de 1859, prendre pendant plus d'une semaine des proportions effrayantes. J'étais alors à Gayenne,et je me rendis plus d'une fois à un endroit de la i^i èxe qu'on appelle l'Jnse, pour assister à cet imposant spectacle, qu'il m'a toujours été impossible de contempler sans une sorte d'effroi.

Qu'on se représente, par une mer tranquille, avec un ciel sans nuages, au milieu du silence des vents, une suite de vagues ou plutôt de montagnes d'eau qui partent du bout de l'horizon, se rejoignent, se mêlent et s'élèvent

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sans cessé, jusqu'à ce qu'elles viennent se bri* ser contre le rivage, avec un fracas épouvan-

table. Co n'est pas la tempête ni l'ouragan avec y leurs fui'eurs désordonnées; c'estquelquecliose de calme et dlmpitoyable comme une progression géométrique en action. Aussi, malheur aux. embarcations que surprend le ras de marée! Elles sont submergées, et les bâtiments pontés eux-mêmes, goélettes ou avisos, sont bien heureux quand ils en sont, quittes pour ^ des avaries.

A part ce petit incident, qui résume la i)artie dramatique de mon séjour à File du Diable, rien ne vint plus troubler l'uniformité de mes journées. Au bout de quelque temps, je me trouvai engagé dans la vie végétative à laquelle étaient réduits mes compagnons. Vêtu comme eux, si, comme la plupartsd'entre eux, je n'en étais pas encore arrivé à marcher pieds nus, j'avais du moins renoncé à l'usage de ces superliuités qu'on appelle des chaussettes, et dont * une courte expérience m'avait démontré les inconvénients. J'avais ma place au dortoir, je répondais aux aiqjels, me levais ol me couchais au coup de canon; en un mot, je ionctionnais avec la régularité d'un vétéran des ' îles du Salut.

La formalité des appels m'avait d'abord souverainement déplu, et si je n'avais pas vu tous mes compagnons s'y soumettre comme s'il se

lût agi de la chose la plus naturelle du mwd^,

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il est peu probable que j'eusse accepté une obligation qui n*avait jamais pu se faire admettre dans nos prisons politiques: Prévenus

ou même corulamnés, les Ro'publicains se considéraient toujours et avec raison comme protégés par un droit supérieur à ce qui constituait la base du règlement. Ils subissaient le fait violent, brutal, qui les privait de leur liberté, mais en protestant dans leur conscience, et jamais ils n'auraient consenti à faciliter Fœuyre des geôliers préposés à leur garde.

' Cette tradition, soigneusement maintenue à Péla^^ie ainsi qu'à Belle-Ile, transportée par nous à Gorte, n'était pas seulement une puérilité, comme on serait tenté de le penser. Les relations qui s'établissent forcément entre les prisonniers et les gardiens en étaient grandement modifiées. L'appel constitue le droit au commandement pour les gardiens, en même temps qu'il implique une -sorte de soumission volontaire de la part des détenus. Quand, au contraire, à Pélagie, à Belle- Ile ou à Gorte, les gardiens entraient dans nos , chambres pour s'assurer qu'elles n'étaient pas vides, ils frappaient discrètement et se faisaient précéder par des paroles de politesse, rendant ainsi hommage à la situation exceptionnelle du détenu politique.

Quoi qu'il en soit, le pli était pris quand j'arrivai à F lie du Diable, et je me dispensai d'élever une résistance quin'auraitété comprise par per-

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sonne et qui m'eût fait accuser de prétentions personnelles peu compatibles avec mes habitudes de réserve et de discrétion. Au surplus, je n'eus pas longtemps à subir les petits désa^^réments du régime établi à l'île du Diable. Le chef de bataillon qui commandait aux îles du Salut, M. Plane, ne tarda pas à nous faire visite, et sa venue fut pour moi comme pour mes compagnons l'occasion d'un changement notable dans le régime. L'appel de six heures du soir fut supprimé d'une manière générale, etchaque détenu obtint ce dont il avait besoin comme instrument de travail, pelles, pioches, etc. Quant à moi, qui n'avais rien à demander et qui ne demandais rien, le commandant me ménagea spontanément d'autres compensations. Il m'exempta absolument de tous appels et m'autorisa à coucher dans ma case. C'était assur(hnent quelque chose d'important pour moi, d'échapper à la promiscuité du dortoir commun, et rien ne pouvait m'ètre plus agréable. . Il n'y avait qu'un inconvénient, c'est que je • . n'avais pas de case et qu'il m'eût été difficile de passer la nuit dans celle que je partageais pendant le jour avec mon amphitryon ordinaire. Je déclinai donc l'offre du (!ommandant, mais il para à la difficulté en me donnant pour logement la chambre vacante du commandant particulier, jusqu'à ce que je fusse en possession d'une case, pour laquelle il m'alloua les matériaux et le mobilier nécessaires.

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Je fuâ d'autant plus sensible à ces gracieusetés que rien n'avail pu me les faire présager. J'avais bien vu, à la conduite des sui)aiternes à mon endroit» qu'il ne devait pas y avoir parti pris d'hostilité contre moi; la recommandation de Tarairal Lapla ce m'avait suivi à la Guyane; le commandant de Rosbo avait eu le soin de la transmettre aux îles du Salut. Mais * de là à rencontrer des égards» des prévenances chez la première autorité "des pénitenciers, il y avait un luonde. J'iiésitai d'autant moins à profiter de cette facilité^ qu'elle ne constituait pas une exception de nature à éveiller les jalousies. Déjà deux autres détenus jouissaient du privilège de coucher dans leur case, avec dispense des appels, et ce double précédent, en enlevant un caractère exclusif à la mesure dont j'étais Tobjet, me défendit contre des scru^jules que chacun comprendra.

J'avais maintenant à résoudre une question qui, pour ne pas toucher à l'ordre moral, n'en avait pas moins sa gravité. Cette case ob je dormirais si bien parce que je serais seul, ou je m'enfermerais pour travailler, il fallait la construire, et ce n'était pas un médiocre embarras pour moi, qui n'avais jamais manié la truelle ni l'herminette, et qui, je ne puis trop le redire à ma honte, manquais coinploteinent de Taptitude et de l'audace qui parfois peuvent suppléer à la pratique. Mon embarras fut comprjs^ et deux ou trois de mes camarades

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mirent obligeamment à ma disposition leurs talents déjà éprouvés de maçons, de charpentiers et de couvreurs. Au milieu de l'île et à l'extréinité du petit plateau qui en occupait la partie la plus élevée, il y avait une case depuis longtemps déserte et en fort mauvais état. Les murs étaient en partie écroulés, la toiture défoncée; en un mot, elle était de tout point inhabitable. Bientôt cependant je pus m'y installer, grâce à l'obligeante activité déployée par les camarades qui m'avaient offert leur concours; cette fois même, j'eus la satisfaction de pouvoir reconnaître leurs bons offices, en leur donnant des leçons de français et d'histoire.

A partir de mon installation, le séjour de l'île me parut moins affreux. Mon logement n'avait rien d'un palais; c'était un petit réduit de trois mètres carrés environ, oii certes n'abondaient ni les recherches du luxe ni même les commodités les plus vulgaires. Ma porte se composait d'une espèce de treillage destiné à défendre mon sanctuaire contre l'invasion des poules de mes voisins. Ma fenêtre était ornée d'un contrevent, c'est-à-dire d'une planche mobile, que je levais le jour et que je fermais le soir au moyen d'un bâton fiché dans le sol. La terre battue qui me servait de parquet laissait percer çà et là des pointes de rocher que j'avais grand'peine à rendre inoffensi^gs. Quant à mon mobilier, il

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se composait d*un lit de sangle sans matelas

ni paillasse, mais j'avais un oreiller bourré de feuilles de maïs et quand les cauorelas voulaient bien par hasard ne pas courir sur ma figure et se contenter de ronger la mèche de ma lampe ou mes souliers, je dormais mieux qu'un ne dort ilans les palais, car ni le remords ni la créante n'assiégeaient mon sommeil.

J'avais de plus deux tables, deux bancs et un

escabeau, un bidon et une gamelle de fer-blanc qui servaient à mes besoins de toilette, une lampe en fer taillée sur le modèle de celles qu*on retrouve dans les tumulus romains, et Ton verra (jue j'avais rindisi^ensable^ si \e n'avais pas le confort.

J'étais toujours prisonnier, mais enfin je m'appartenais. Je n'avais plus à compter aveo les pénibles nécessités de la chambrée, et je ne donnais plus à la vie commune que ce que je voulais ne pas lui retirer. J'avais une retraite où |e pouvais évoquer mes souvenirs, exhaler mes espérances, occuper mon esprit et mon cœur. Il m'était enfin permis de satisfaire au besoin de recueillement qui me poursuivait depuis huit mois et qui ne se concilie pas mieux avec l'isolement du cachot qu'avec le brouhaha de la promiscuité.

Le canon de retraite n'avait plus pour moi la signification d'une consigne impérieuse, brutale; il m'apportait la liberté 1 A partir de

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ce moment, nul autre pas que le mien ne retentissait dans toute la partie de l'île située hors des limites de la sentinelle, et je pouvais me croire dans mon domaine.

Quelles bonnes causeries j'ai faites avec moimême, en parcourant les sentiers rocailleux de rîle ou couché sur les rochers du rivage, oîi venait expirer TOcéan 1 C'est là pour la première fois que j'ai connu la mystérieuse beauté des splendides nuits de la Guyane, quand la lune mêle les flots argentés de sa lumière discrète au rayonnement étincelant des étoiles.

Comme alors la volonté se dégageait lumineuse et puissante dans ce milieu éthéré qui, à force de limpidité, semblait supprimer la distance! Qui pouvait empêcher, disais-je parfois, lesouffle de mon esprit d'aller caresser ceux que l'aimais, fraterniser avec la pensée des serviteurs de la cause sainte pour réveiller avec eux notre malheureuse patrie, si grande naguère devant les peuples, si déplorablement abaissée aujourd'hui?

Hélas! si les ardentes aspirations du proscrit avaient traversé les mers sur l'aile de sa volonté, quel accueil auraient-elles rencontré? Bien venues au foyer de la famille, où régnent sans partage le dévouement et la confiance, elles seraient allées, partout ailleurs peut-être, se heurter contre des consciences fatiguées et disposées à demander crédit au devoir. Mais mon enthousiasme ne s'arrêtait pas pour si

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