‹ De Paris à Cayenne journal d'un transportéChapitre 15 sur 24 · Z7Ù DE PABIS A CAYE.1.XE · texte numérisé non relu

Z7Ù DE PABIS A CAYE.1.XE

pea, eU franchissant le temps aussi bien qm l'espace, je voyais se dérouler sous mes yeux

les mnrveilhnix événements que la société modeiiie porte dans ses ilancs, et qui n'attendent plus pour se manifester que le moment ou le concert passera des intelligences dans les tolontés. Puis, après avoir ainsi donné la f&te à mes pensf'ês, je reira^nais ma case le cœur ?iatisfait, sans autre regret que celui de me voii' réduit à ne plus servir la démocratie que par mes vœux impuissants.

Les îles du Saint sont situées sons le 5*, 20 de latitude ouest du méridien de Paris, et Ton conçoit qu*à si peu de distance de i'Ëquateur les jours ne soient pas, quant à la durée^ sensiblement différenl s (les nuits. L'écart ne dépasse jamais 50 minutes, qui se répartissent entre le matin et le soir. Dans ce qu*on appelle rétéy c*est-à-dire à l'époque de Tannée oii le beau temps est invariable, depuis juillet jusqu'à octobre, le jour commence à 5 lu ureset demie environ et se prolonge jusqu'à G lieures. Mais pendant la plus grande partie de Tannée^ les 34 heures de la journée se partagent à peu de rliose près également entre la lumière et les ténèbres.

A la différence de nos climats, oii le crépus^ eule annonce une heure à Pavance le lever et le coucher du soleil, en ménageant par degrés la croissance et la retraite de la lumière, sous réquateur, le jourjet la nuit se succèdent

DE PARIS A CAYBlfllE

comme dans un changement à vue; un passe instantanément de la nuit au |ouret du jour à la nuit, et si, aux îles du Salut, la transition s'opèi'e (Tune manière un peu moins brusque, elle n'en garde pas moins le caractère d'une surprise pour les Européens.

Personne nlgnore les diflérences qu'apporte dans nos habitudes Faltematiye des saisons; dans Thiver, par exemple, on vit tout autrement qu'en été; même le printemps et TautoMne, qui ne sont cependant que des époques Intermédiaires, des périodes de transition, n'en modifient pas moins considérablement les besoins et les conditions de la vie au point de Tue social comme au point de vue individuel.

Dès lors, il est facile de penser combien l'existence est changée dans un climat où Tégalité des jours et des nuits est en quelque sorte permanente, où, de plus, il est impossible d'écrire ou de lire à la lumière d'une manière quelque peu suivie. Force est bien d'accepter la règle tracée par la nature, de se lever avec le soleil et de ne pas prolonger les veilles trop longtemps après son coucher.

J'étais donc devenu matinal, et, pour la première fois de ma vie, je me levais sans effort et sans peine dès que le jour venait me visiter sur ma couchette à la Spartiate. La fraîcheur relative que Ton éprouvait d'ailleurs à ce moment de la journée m'était une raison suffisante pour ne pas regretter les grasses Qiatinées si fort

Page 1