SÙ DE PARIS A CAYENNE
« pag{iûas; l6ur vi^te ultrâ-matiQale nem'étonna pas d'ailleurs, çar, depuis quelques jours, ils attendaient leur ordre de départ. Familiers
l'un et l'autre avec les travaux et la vie des champs, l'un d'eux était mon amphitryon;* ils avaient demandé au gouverneur une conoession de terrain, et Tadmlnistralion de File Koyalti leur avait laissé croire que leur demande était accordée. Je pensai donc tout naturellement qu'ils venaient me faire leurs adieux et je leur parlai dans ce sens.
— Il s'agit bien de nous, me répondirent-ils; c'est vous qui i)artez. L'ordre est venu de vous diriger sur Cayenne, et le canot viendra vous chercher dans deux heures.
Je ne pouvais croire à ces paroles; bientôt rependant mon incrédulité dut cesser devant la multiplicité des témoignages, que ne tarda pas à confirmer d'ailleurs l'attestation d'un gendarme.
Depuis pas mal d'années, j'étais peu habitué .à me repaître d'illusions, et, avant de m'arrêter à ce qu'il pouvait y avoir de favorable dans la solution, je commençai par me demander si ce déplacement ne pouvait pas tout aussi bien répondre à un redoublement de rigueur.
Peut-être me troUvait-on trop heureux ou du moins dans de trop bonnes conditions à l'île du Diable, et songeait-on à m'expédier dans un quartier plus malsain, ce qui n'est pas difficile à trouver à la auyane.
DE PARIS A CAYENNB
Ainsi prémuni contre les surprises désagréables, ie m'occupai de mes préparatifs. J*exhu-
iiiai (le ma malle les vêtements que j'avais apportés d'Europo et feus l3i(^nfôt fait" de terminer ma toiiette et mes paquets.
Des divers compagnons que j'avais Rencontrés à rîle du Diable, celui pour lequel j'avais le plus de sympathie, le seul que je visse le plus liabituellement, c'était Tibaldi.La douceur de son caractère, la distinction de ses manières et la dignité de sa conduite FaVaient, autant que son infortune, désigné tout spécialement à mon estime et à mon affection. Jeune encore, Tibaldi portait dans les yent Ténergie et la douceur, et sa belle et noble figure respirait la forte et digne résignation qui se retrouve chez tous les hommes habitués au sacrifice. Sans nouTelles de sa famille, n'entendant plus parler de ses amis de France, il n*ac* cusa jamais personne; iamais plainte ni regret ne sortit de sa bouche. Son empressement à obliger, Tégalité de son humeur étaient de • nature à le faire aimer partout, et ce qui lô prouve mieux que toutes les paioles, c'est qu'à rîle du Diable, où les caractères n*étaient pas généralement empreints d'une excessive aménité, il avait beaucoup d'amis, et pas un ennemi.
Pour ma part, en quittant rîle du Diable, je regrettai vivement de ïy laisser derrière moi; il me semblait qu'après mon départi! sentirait