DB PARIS A CAYENNE
encore plus son isolement, et je me promis bien de ne rien négliger, une fois à Gayenue, pour ïy faire venir près de moi.
J'avais en effet fini par m'habituer à penser que je ne reviendrais plus à l'île du Diable et que j'allais prendre ma résidence à Gayenne.
Les diverses autorUés de l'île, gendarmes et gardes-chiourme, m'accablaient de prévenanceSf de manière à me défendre le doute, et, sans attacher d importarico à ces démonstrations, je ne pouvais m'empèciier d'y voir l'écho des instructions parvenues à la direction des pénitenciers.
Le canot m'attendait, et j'y montai, non sans ëprouverun certain serrement de cœur. Qui pouvait me dire alors que je ne regretterais pas un jour mes promenades de nuit et la tranquille solitude de ce rucher perdu aux dernières limites de l'Océan Atlantique?
. La goélette VZle-d'Jix était en partance pour Gayenne; il semblait donc tout naturel qa'en quittant me du Diable, je me rendisse directement à son bord. Mais dans la i)ratique administrative, surtout aux Colonies, la ligne droite ne jouit pas d'une bien grande faveur, et je. pourrais même ajouter que la simplicité dans les moyens y est évitée avec le plus grand soin. Ainsi, parce que le pénitencier poiilique relevait du commandant particulier de Saint-Joseph, la règle voulait que je passasse par Saint- Joseph, où je n'avais aJbiSoiument rien à faire.
J'y restai une bonne partie de la journt^ft, m'ennuyant fort, et de plus» gênant l'adminisiration, qui ne savait comment me nourrir, et ^ui se fût épargné tous* ces tracas en me laissajit à l'île du Diable jusqu'au moment de mon «mbarquemenl. Cependant je n'euâ pas à regretter cette halte. Le commandant de Tîle Saint<fosep]i était un jeune sous-Ueutenant d'infanterie de marine, aux manières ouvertes et engageantes, dont !e bon vouloir s'était' éé}k manifesté à mon endit)it, et la francklse des ^félicitations qu'il m'adressa ne me permit plus de craindre désormais de déconvenue.
Condamné à une inaction complète, n'ayant A qui parler, j'utilisai ces loisirs forcés à la «visite de Tile SainUJoseph.dontje ne connaissais pas rintérieur. Indépendamment du chemin de ronde qui embrassait tout le pourtour dô l'île, je vis des routes bien tracées, bien entretenues, des potagers satisfaisants, voire des parterres chargés de fleurs, mais, à l'exception d*un four à chaux, je n^aperçus rien qui ressemblât à des travaux indusU iels.
Je relrouvai dans les ateliers une partie des repris de justice venus en même temps que ittoi de Toulon, et j'appris que, sur 99, il n*en restait plus que 25. Le reste était mort dans les trois semaines qui avaient suivi le débarquement! Ce sinistre résultat montre assez à quel aflfreux régime fiaient soumis ces malheureux et, soit dit en passant, il n'en faut