SOO PE PARIS A CAYE?INE
pas (In va II ta f>e pour apprécier le système qu s'est poursuivi depuLâ tant d'aunëes dans les pénilenciers de la auyane.et qui peut se peiur dre en dâux mots : sottise et cruautët... On a beau (lire que ces jxeus smit un danger \)i)ur la société, qu'il faut en pur^^er la aiétropole à jlout prix» toutes ces belles i^aisonsi, dévelop* pèes, avec le talent qu'on leur connaît» par les éciivains plus ou moins décorés de la presse . imiiériaîiste, ne sont d'aucun poids quand il s>git de justice et d'iiumanité. Daus^ un temps autre que celui sous lequel nous viTons, la presse et la tribune n^auraiont pas eu assez de colères pour dénoncer ces hécatombes irnpunéiAient renouvelées depuis 1852; mais, en se courbant sous le joug de décembre^ la France a dépouillé son généreux caractère; elle ne sait plus que se taire quand le inailre a parié. D'ailleurs, après avoir laissé frapper, sans mot dire, cent miUe. de ses plus dignes eniants» à la suite du 2 décembre, pouvait-eUe réclamer plus de jusl;ice pour des condamnés de droit commun ?
Le jour finissait lorsque je montai sur Vile tAiso^ avec l'espoir de xoe réveiller le lendemain matin à* Gayenne. Mais j'avais compté
sans les vents, qui nous forcèrent à garder notre ancrage. Ce début était quelque peu me« naçant, car j'avais ouï dire que parfois il ne fallait pas moins de six à sept jours pour f ran<» chîr, sur un navire à voiles, les douxe lieues
qui séparent les îles du Salut detîayenne; et la perspective n*était rien moins qu*amusante, pour peu que la pluie se mit de la partie» car sur ces goélettes dépouiTues de batterie et d'entre-pont, matelots et passagers sont réduils à coucher sur le pont,, sous la protection d'un bastingage élevé de cinquante centimètres en-« viron. Heureusement, j'en fus quitte à meilleur marché; L*//e (fAix mît à la voile le 12 au matin et, le soir, nous étions à la hauteur de . Gayenne. Toutefois, il nous fut impossible de pénétrer dans la rade. Le chenal avait été eu^ vase à la suite d*un ras de marée survenu la veille, et l'heure avancée de la journée — il était si^ keures du soir — ne nous permettait pas de chercher notre route.
Nous jetâmes donc Tancre à quelques encâblures du port, et, le lendemain, nous n'eùme.4 pas trop de toute la journée pour arriver au mouillage quelques minintes seulement avant W fermeture du port« Osla me donna le temps de considérer tout à mon aise Faspect i)ittoresque de la rade de Gayenne, avec ses bordures de palétuviers qui plongent leurs pieds dans la mer, avec leà collines chargées de ver^ dtire qui la couronnent et lui servent d'amphithéâtre. La seule chose qui pût attrister le regard dans ce séduisant paysage, c'était la couleur jaunâtre des eaux chargées de débris enlevés par les pluies au sol frliable de TAmérique méridioaaio.
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Ge^ndaatf prolongé pcoMiani douze lieureSt ce spectacle ne laissait pas de devenir mono^ tone, surtout pour un prisonnier qui, après cinq ans de prison, n*était plus séparé que par quelques brasses de la de mi-liberté qui l'attendait dans ia demi-civiiisation d'une colonie irançaise.
Enfm, le dimanche matin, une embarcation vint me prendre pour me conduire, toujours par respect pofur tes formes administratives, à iKurd du ponton le Cardkn^ antichambre obli* gëe du débarquement et de rembarquement pour les transportés. Par bonheur, j*en fus quitte pour une dernière station d'une heure ou deux dans cet étrange milieu de forçats et d*argousins, où je n'avais que trop vécu depuis' neuf mois, et je ne tardai pas à être expédié sur Gayenne. Une dernière formalité restait à remplir, me ^t^>n, avant ma mise en liberté; il me fallait passer à la direction centrale des
pénitenciers. Eu tin. un quart d'heure après, . ]e sortais des bureaux., et uno porte hospitalière, ia porte d'un ami inconnu jusqu^alors» s'ouvrait devant le proscrit^ j'avais trouvé le port.
Rien ne m'avait été épar^^né dans ces derniers temps, et Tannée 1858 peut à bon droit compter dans ma vie, déjà si tourmentée»
comme upe des plus néfastes; j'avais successivement subi toutes les épreuves, toutes le* brutalités, toutes les misères qui sont le patri-
moine des vaincus. Tout œ que j'avais de délicatesse dans les sentiiueats et dans les hai)i< tudes, il m'avait £aiiu en faire litière à la • néoessité. Cependant, enveloppé de ma dignité comme de la triple cuirasse dont parle le poète, j'avais assisté à cette longue orgie de la force et de riniquité, sans que ^a dédaigneuse indifférence se fût îsunais démentie, sans que jamais lettres ou paroles eussent accLis*! Tirntalion ou la plainte, et je puis me rendre cette justice'que j'ai accompli le devoir républicain avec nne simplicité d'assez bon goût, sans m'être hissé sur les échasses du martyr.
Cette dédaration, qui peut paraître ambitieuse, je dois la faire, pour aa pas encourir un reproche qui accuserait bien plus Timmor destie et me rendrait suspect du plus haïssable de tous les vices, Tliypacrisie. Si je parie sans colère du traitement qui m'avait été imposé»
ce n'est pas que je veuille poser pour le stoïcisme ou la vertu chrétienne de l'oubli des injures, c'est tout bonnement que je n'ai jamais éprouvé que du mépris pour les auteurs et les complices de ces infamies, c'est que jamais je ne me suis senti atteint par les rigueurs ou les uamiliations qui m'étaient inlligées. Eli bien! 36 dois le confesser, si j'ai été calme et ferme durant l'infortune, je me suis senti la faiblei^e d'un enfant devant Taccueil fraternel ètcm** dial que je l'encontrai à Gayenne. Oui, m>Q cieur battait à briser uia poitrine quand,
DE PARIS A CAYENXE
avoir franchi le seuil de mon sauveur, je me vis entouré des prévenances les plus délicates, des égards les plus empressés. Et je le dis, il n'y avait rien d'égoïste dans mes impressions. Ce qui me ravissait et me pénétrait jusqu'au fond des entrailles, ce n'était pas la surprise d'une délivrance inespérée, c'était cette pensée qu'à 1,800 lieues de mon pays, alors que je semblais condamné à l'abandon et à l'oubli, un homme s'était rencontré qui, sans me connaître autrement que par le renom qui s'attache aux persécutés, s'était mis généreusement entre le malheur et moi, m'ouvrant ses bras et son cœur.
N'y avait-il pas là de quoi réconcilier avec l'humanité et le devoir quiconque eût pu être tenté de les maudire? Par bonheur, je ne suis jamais tombé dans ces faiblesses, et déjà, en commençant le douloureux pèlerinage qui devait m'amener à Ga^^enne, les consolations ne m'avaient pas manqué. Venues du côté d'où je devais le moins les attendre, elles n'en avaient eu, sous un rapport, que plus de mérite à nies yeux. A voir m'arriver, des points les plus éloignés de ma foi politique, des sympathies qui pouvaient passer pourdes actes de suprême audace à notre époque de défaillance universelle, je me demandais avec angoisse si l'esprit de vaillance et d'équité qui réside dans les âmes honnêtes valait mieux que la fralernité politique, si le courage était phus facile à ceux.
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qui obéissent aux généreux instincts de la nature iiumaine qu'à ceux qui poursuivent la réalisation d'un idéal et qui devraient» à ce titre, être toujours prêts à se donner la main : Chacun pour tous, tous pour chacun.
Plus heureux à Gayenne, je n'eus point de réserve à faire; tout s'y trouvait réuni à souhait, et la conformité des croyances politiques donnait à Fintervention qui m^avaitëté si secourable un caractère doublement précieux :
la main qui m'avait tiré de Tile du Diable était la main d*un démocrate.
H. Alexandre Franconie est né à la Gnyahe française, mais c'est en France qu'il n fait son éducation. HentréàGayeane dans les premières années qui suivirent 1830, il y rapporta des idées et des études qui, fécondées par un caractère élevé et généreux, ne tardèrent pas à en faire le représentant et l'apôtre du progrès dans la colonie. Doué d'une grande force de volonté, il sut triompher de ses penchants qui l'emportaient vers les spéculations philosophiques et artistiques, et s'imposa des habitudes toutes nouvelles. Il avait à refaire la fortune de sa famille, il se commerçant. Il n'eut pas à regretter sa confiance et bientdt son exemple prouva que, même aux colonies, la probité éclairée par l'inteiliprence est encore le meilleur moyen pour arriver au succès.
Depuis, sa position et son influence n'ont cessé de grandir, et la netteté de ses opi-^
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nions démocratiques ii*à fait que mimx consacrer rimportance de la place qu'il tient dans la colonie par sa capacité incontestée, et la légitime popularité doftt il iouit dans toutes les. classes de la population. Tel était rhomiiie qui m'avait reclauié, et avec l'aide de ses deux fils, me fit si complètement les lionneur3 de' riiospitaiité oayennaise.
Jamais je n'oublierai cette journée du 14 ao* veiiihre, qui fut pour moi une sorte de résurrection. La veille encore, j'étais un numéro, j'étais habillé, nourri comme les forçats, plus ou moins exposé aux caprices de Targousin que rivresse aurait mis de mauvaise humeur, et Toiîà que je me trouvais dans une maisoa amie, au milieu de visages sympathiques, bercé par la musique d'uné conversation polie, entouré des recherches de la civilisation et du confort.
Et pour que rien ne vînt plus me rappeler ua passé si triste i tous égards, quand je sortis du bain où j'avais déposé les souillures de tantde
contacts hideux, des vêtements m'attendaient qui complétèrent pour moi le changement et rilhision. Il me sablait que je sortais d'un long rêve.
Par une coïncidence singulière, qui ne fait qu'ajouter à rémotion de mes souvenirs, ces lignes oii j'essaye de retracer les impressioiia que m'a laissées cette date, 'devenue sacrée pour moi, je les ai écrites précisément le 14