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avait arrachés à la résidence où ils subissaient la surveillaiH e r t qui, pour cela seul, quand il plaisait aux préiets, étaient transportés à la Guyane pour cinq ou dix ans. Et véritablement, le châtiment, quoique motivé erf apparence par unn ti ansji^ression de la loi, n'était pas en rapport avec le délit.
De toutes les sévérités que Fempire a introduites dans le Code de 1810, il tfen est pas assnrc^ment dont la moralité et Tefficacité soient plus contestables que la peine de la surveillance. Quand la répression prendra le caractère d'humanité et d'intelligence pratique qui n'aurait jamais dû lui Xaire défaut, quand la peine seranonplus une vengeance, mais un moyen de réparation et de réforme, on comprendra qu*en entrant dans la société, le condamné soit accompagné d'une sorte de tutelle qui lui facilite le retour au bien et le défende contre des rechutes aujourd'hui presque inévitables. Mais % cette protection officieuse, toute bienveillante» réclamée par tous les bons esprits, n aura rien de commun avec la surveillance confiée aux mains peu scrupuleuses de la police. Pour qui connaît l'affreux rë^^^ime de nos i^risons, véritables écoles ouvertes par le gouvernement pour fabriquer des forçats, comme les bagn^éii sont des manufactures d'assassins, il y aurait à récompenser plutôt qu'à punir les libérés qui se contenteraient de rompre leur ban, et çependant c'est à eux que« depuis quelques an-
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nées, le pouvoir administratif réserve ses plus
grandes rigueurs. Le récidiviste en est quitte pour une augmentation de peine ûxée par la loi, tandis que le libéré en simple rupture de ban est transporté à la Ouyane; oii, suivant rénergique expression des prisons, il ne tarde pas à sucer la canne à sucre par la racine.
Est-ce là de 1^ bonne justice ? Aussi, tous ces nouveauxvenus, forçats, réclusionnaires, voire condam^iës correctionnels, témoignaient- ils une vive irritation et un profond désespoii'. Jeunes gens, hommes faits ou vieillards, ils envisageaient leur transportation à la Guyane comme an arrêt de mort à courte échéance. Ils se reprochaient de n'avoir pas abusé de leur liberté: « Si je n'avais pas voulu gagner honnêtement md vie, si j^avais voulu mal faire, disait l'un d'eux, jeune homme qui , à 22 ans , avaii fait cinq ans de bagne, je ne serais pas ici. » £t ainsi des autres. Us avaient tous raison.
«Probablement la vie de tous ces malheureux, • après leur libération, n'avait pas été pure de tout méfait, dans le lieu de leur résidence légale comme pendant leurs excursions aventureuses.Plusd*un devait avoir demandésonpain à des pratiques coupables, à ces industries honteuses qui sont la plaie et la condamnation df^ notre société. Mais lajustice n'avait pas trouvé matière à sévir, et ils se targuaientdeieur innocence, d'après la règle qu'il n'y a de coupables queceux qui sont condamnés par les tribunaux.
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Bientdtf cependant, l'insouGianoe — conao-
latiun siij)rôme des prisonniers — venait jeter son baume sur ces 'blessures : les liaisons se formaient; on ae reconnaisasait ^ on échangeait leasouyenirs de prison , on se racontait arec force exagérations les orgies qui avaient suivi le départ de la centrale ou du bagne, et le charme de ces confidences, oii l'imagination ayait la plus grande part, suffisait à clilnier les ennuis du dépôt, à faire oublier la perspective de la Guyane, à réconcilier les plus découragés avec Tespéranoe.
J'assistais à ces conversations soit en faisant mes longues promenades dans l'étroit préau, soit renfermé dans mon cachot, où j'étais poursuivi par les voix de mes étranges compagnons. Dans cet échange d'énormités, où rien n'était épargné, je remarquais avec effroi que le vice marchait tête nue dans son effravante simplicité, sans même rovètir le masque d'une •effronterie à grands fracas. Un père de fa« mille, parlant à ses enfants devant les dieux du foyer, n*eùt pas mis plus de bonhomie naïve, plus de iaiâser-aiier dans ses paroles et dans ses leçons.
Je dois dire cependant que ma présence arrêtait le plus souvent ces j)arleries immondes; elles étaient toujours réservées pour les heures ,que je passais dans mon cachot, et, si la dispodtion des lieuiL qui faisait arriver ju^i^u'ù mon oreille le moindre bruit de la cuur
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rendait la précaution inutile, je ne pouvais m'empêcher de voir dans cette demi-réserve un reste de pudeur, si Ton veut, un hommage à ma situation.
Je serais injuste si je n'ajoutais pas que j'ai rencontré chez tous ces hommes des égards et un empressement qui ne pouvaient me trouver insensible. Ils se disputaient le plaisir de m'être agréable. Dès que j'arrivais dans le préau, j'étais bien sûr de les voir déserter l'endroit oii j'avais Thabitude de chercher, suivant le temps, Tombre ou le soleil. Ils laissaient libre le banc où je me reposais. J'étais profondément touché, je l'avoue, de cette humilité toute volontaire et contre laquelle, toujours et sans cesse, je protestais en vain. Ces petits privilèges qu'ils m'accordiaient si volontiers, et malgré moi, s'adressaient nécessairement, exclusivement à mon titre de détenu politique. Tous ces parias de la société ne pouvaient comprendre qu'on me fît subir le traitement qui leur était imposé, et, à force de prévenances, ils semblaient prendre à tâche de faire disparaître l'assimilation qu'on avait voulu établir entre eux et moi. Leur cœur n'était donc pas perdu sans retour, puisqu'ils conservaient le sentiment de la justice et la pratiquaient, même à leur préjudice, avec une complète abnégation. N'était-ce pas étrange et consolant tout à la fois, en effet, de voir des hommes repoussés et flétris par la société s'ef-
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forcer de réparer ses injustices ; de les voir
oublier leur propre misère pour s'occuper d'adoucir la pobition d'un indifférent, pousser la délicatesse Jusqu'à m'épargner leur contact?
Touchante leçon pour ceux qui^ dans Tintortune, désespèrent de rhumanilé ! Quand le despotisme a seul la parole et que l'ignoble contagion de la peur glace tous les esprits^ on en est à se demander si un cataclysme moral Tl*a pas tout d'un coup déracine du cœur de rhomme les sentiments généreux qui font sa grandeur» et voilà qu'on les retrouve cachés parmi les maudits I
Heureusement j'ai rencontré ailleurs et du côté d'oii je devais le moins les attendre, de nobles sympathies, de précieuses bonnes volontés, et si je ne laisse pas parler plus haut ma reconnaissance, c'est que son témoignage nuirait, sans aucun doute, à ceux auxquels je l'adresserais. C'est un des malheurs de ce temps, et ce n'est pas le moindre à mes yeux, que de se voir condamné à ces douloureuses réticences.
Quoi qull en soit, si jamais j'avais le mal-*
heur de discuter avec la défaillance et le découragement, je n'aurais qu'à me rappeler la part d'épreuves qu'il m'a été donné de traver* ser, pour m'en affranchir. Quand je suis entré dans ia lutte, je ne m'étais pas dissimulé ce qui m'attendait, Tenvie et la calomnie dans le succès, la persécution et l'abandon dans la défaite.
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Soldat du devoir, je savais que c'était un maître jaloux et sévère, auquel on ne donnait i>oint assez, même en lui sacrifiant tout, et dont.la main ne s'ouvrait jamais pour payer ses serviteurs. Et cependant, j'ai trouvé à lui obéir plus de consolations que de mécomptes. Quand le malheur est venu à moi, avec son cortège habituel de déceptions, il m'a valu de larges compensations, ménagé d'heureuses surprises, et je puis dire aujourd'hui que, pour qui ne place pas avant tout la misérable satisfaction des intérêts matériels, la paix de la conscience est encore le premier des biens.
Depuis mon retour, on m'a montré du doigt des transfuges et des traîtres que, sans cela, je n'aurais pu reconnaître sous l'appareil nouveau de leur scandaleuse prospérité. Ils passaient dans la foule, dédaigneux comme des parvenus; ils devaient être heureux, car leur chute n'avait pas été un accident, mais le but de toute leur vie, et cependant leurs regards se troublaient, leurs fronts se baissaient quand ils rencontraient quelqu'un de ceux qui les avaient connus au temps oii déjà ils préparaient savamment leur trahison. J'en ai vu d'autres qui, après avoir payé noblement leur dette, sont venus ti'istement se briser contre l'écueil de leur vanité, possédés du besoin de paraître, voulant jouer à tout prix un rôle auquel ne les destinaient ni leur intelligence ni leur éducation, ils ont escompté leurs services passés à des
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mtrepreneurs d'industries interlopes, s^àbftiS' -
sont jusqu'à servii^ d'enseignes à des combinaisons qu'ils coudamueraient les premiers s'ils n*en étaient pas derenus les complices, tout cela piirce qu'ils n'aralent pas le courage (lo rester dans la simi)licité (.[ui faisait toute leur force. Tout cela est triste assurément, car si Ton ne doit que liaine et mépris aux traîtres de pai'ti pris, on ne peut voir de gaieté de cœur arriver au bord de l'abîme, par le glissant ciiemin des capitulations de conscience, des hommes qui pouvaient être utiles, qui pour cela n'avaient besoin (^ue de patience.
Digitizêû by LiOOgle
tm FAAIS A CATKNlfl
IHz êu éè Cayrane. làrift et Lange. — &e« lÉvaUdM
da bagne. — Les vétérans de 1804. — Sa Qrdee le dm.
de Devonshire — La messe du dimanche — Pàqaes. — Les jésuites. — fiense eommonianti poar a fr. 76. — Le frère Léotade* ,
Tous les transportés réunis au fort Lamalgue avaient sur moi Tavantage d'être officiellement fixés sur leur position. En les arrêtant, la gendarmerie leur avait noliiio en due forme l'arrêté préfectoral, approuvé par le ministre, qui ordonnait leur transportation et en déterminait la durée. J'avais été, moi, traité $ivec moins de façon. Depuis mon dép'art de Gorte, j'avais i>as>e de main en main, de prison en prison, sans savoir oii j'allais, comme un l)allot de marchandises que se transmettent les messageries sans en connaître la destination définitive. Je nepouvnis pas, à la vérité, conserver le moindre doute sur le sort qu'on me préparait. Je savais que le fort Lamalgue étaitrantichambre de Gayenne, mais j'ignorais combien de temps devait durer le traitement uiri)ii se proposait do m'y laire subir, sans doute pour me guérir
I>Ë PARIS A CAVKIiWfi
de i'affectioa chronique de républicanisme dont j'étais suspecté. Enfin, un beau jour, Ta*
geut principal du dépôt prit sur lui deine faire savoir coulidentieiiement (^ue j'en étais quitte pour la bagatelle de dix années de séjour à la Guyane. Gomme c'était le maximum, je ne pouvais reprocher au gouvernement de me mesurer en avare les moyens de guérison. Si dix années d'une médication aussi énergique ne suffisaient pas à me délivrer de moç infirmité dns yjieds à la tête, j'acquérais de di'oit une place aux Incurables, et le gouvernement pou- ' vait s*en laver les mains. Si, au contraire,, je mourais avant l'expiration des dix années, la médecine administrative ne perdrait point de son autorité ni de son prestige. Tout était donc pour le mieux, et je n'avais pas le plus petit mot à dire, au contraire.
j'aurais cependant désiré avoir communication de l'arrêté préfectoral ou ministériel qui me concernait, pour, connaître les motifs invoqués à rai)p li de cette mesure tout exceptionnelle. Mais ma curiosité ne put jamais être satisfaite. Je sais seulement qu'à côté de mon nom, les feuilles d'écrou pu de transfèrement portaient invariablement le mot : Danyerein-^ en vertu du principe qui fait écrire : Fragile, sur les caisses de porcelaine ou de verre qu'on remet au chemin de fer. J'aurai plus tai'd à dire les gracieusetés que me valut cette flatteuse recommandation.
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Le personnel de la transportation s*accroissalt peu à peu ; les voitures cellulaires et la gendarmerie amenaient de temps en temps de nouveaux colons pour la Guyane, et jamais je ne voyais arriver de transportés politiques. Je retrouvais bien deux anciens détenus de Belle- Ile, mais comme ils étaient en rupture de ban, ils étaient rangés dans la catégorie des repris de justice. Le premier était un nommé Marin, qui avait quitté Belle-Ile avant que y y fusse moi-même, et qui, ayant à liquider une surv«Mllance antérieure, fut atteint j)ar le décret de 1851. C'était un pauvre diable de musicien ambulant qui vendait des allumettes quand il ne trouvait pas à faire payer les aigres symphonies qu'il tirait de son violon. Autant que je me le rappelle, il était mort bien avant mon départ de Gayenne.
J'avais vu le second à Belle-Ile, où il était connu sous le nom de Lange, mais au fort Lamalgue il était entré sous un nom diflérenL A Belle-Ile, il comptait parmi les condamnés du complot dit de Marseille, qui signala d'une manière si fâcheuse Tadministration d'Emile 01livier, alors préfet des Bouciies-du-Hli6ne, le même qui depuis se ût nommer député de la Seine en 1857, et qui le premier, avec Darimon, passa suus les loui ches caudines du serment. Condamné à huit années de détention.
Lange se trouvait de plein droit soumis à la surveillance, et, à l'expiration de sa peine il
DB PARIâ A CA¥£NiNË
fut dirigé sur Martigues. Tout Marseillais al'a* mour de sa cité, et Lange ne put se résigner à
vivre ailleurs. C'était là que résidait sa famille, c'était là aussi qu'il pouvait trouver du travail. Il y revint sans autorisation et fut bientôt condamné pour ce fait à liuit jours de prison. Rendu à la liberté au bout de la semaine, Lan^^e continua à rester à Marseille, s'imaginant qu'il avait payé sa dette. Grande était son erreur. Il ne tarda pas à être arrêté de noiiveau, comine si sa présence eut été un danger pour la sécurité de Marseille; mais cette fois, au lieu de le faire passer derechef en jugement, • on le dirigea sur le fort Lamalgue, en attendant le prochain départ pour la Gu^^ane.
A Toulon, comme à Tile du Diable, je ûs tout mon possible pour alléger la position de Lange, mais fous mes efforts se brisèrent contre les termes de l'arrêté préfectoral qui le fraiipait. Puis j'étais un pauvre protecteur. Ce malheureux ne survécut pas longtemps à son arrivée à riie Saint-J()>('{)li. h;\ veille du jour oii je repartis pour la France, il avait succombé à une maladie de poitrine, dont il portait le germe depuis lo<igtemps et que le régime et le climat n'avaient pas tardé à rendi-e mortelle.
Voilà un nouvel exemple à invoquer contre la surveillance, surtout dans son application aux détenus politiques! Grâce à cette rigueur inutile, grâce aussi au décret de 1851, unmaiheumux prolétaire s*est vu ranger parmi les hom-^
DB PAÏlîS A CAYETmit
mes déchus, habitués du bagne ou de la centrale, et il a eu la douleur de mourir à dix-huit cents lieues de la patrie, sous la livrée du crime !
Le fort Lamalgue ne sentait pas seulement de dépôt aux transportés; il recevait encore tous les condamnés du bagne remis au ministère de l'intérieur. Gomme on le sait, les forçats sexagénaires ne sont plus soumis aux travaux des arsenaux, et, depuis quelques années, tous ceux qui dépassaient Tâge réglementaire étaient distribués dans les maisons centrales. Plus récemment, ainsi que je l'ai dit, la maison de Beile-IIe, destituée du rang de prison politique, avait été installée pour recevoir les forçats en retraite, au nombre de cinq à six cents. Mais, pour réunir dans ce lieu d'asile les vétérans de la chiourme, il fallait opérer au préalable un mouvement de concentration, rassembler au lieu d'embarquement, c'est-à-dire à Toulon, les escouades disséminées dans les pénitenciers du Midi , et, naturellement, le fort Lamalgue dut ouvrir ses casemates à ce nouveau contingent.
La petite ville où je suis né est traversée par la grande route de Paris à Brest, et, chaque année, au temps de mon enfance, le passage de la chaîne était un événement auquel ne manquaient jamais les curieux. Ce triste spectacle avait laissé dans mon esprit une impi'essiou profonde, et, dei)uis, le seul nom de fonj^t
DK PAUIS A CAYENNE
avait toujours éveillé en moi une invincible répugnance. Je voyais reparaître dans mes
souvenirs ces immenses charrettes sur chacune (lest|ueiies étaient assis une double rangée d'hommes déguenillés^ aux traits ûétris ou sinistres, dont les jambes captives pendaient le long des ridelles et qn'une lonprue chaîne, correspondant par des anneaux à leur bras et à leur cou, maintenait Immobiles; Je voyais les figures encore plus hideuses des argousins, dont les uns servaient irescorte, pendant que les autres, debout sur les voitures, promenaient capricieusement leur pesant /gourdin sur les tètes rasées et les épaules souvent nues des misérables conliésà leur surveillance. J'entendais retentir à mes oreilles les cris sauvages que provoquaient^ces brutalités, les hurlements de rage ou de déli qui les accueillaient, ainsi que les horribles querelles qui s'élevaient à la suite dans le hideux^roupeau.
Qui m*eût dit alors qu*un jour viendrait où iiis hasards de la [)olitique et l'accomplissement du'devoii* me jetteraient dans cette abominable compagnie, mangeant au même plat, buvant au même vase, accouplé à la même chaîne, couchant côte à côte sur quelques biias de pailleou le plancher d'un entre-pont^ Qui m'eut dit surtout que, malgré leur dégradation, ces hommes, si complètement abandonnés, d'euxuiènies chercheraieuL à me iaire oublier par leurs déférences Tinjure qu*on me faisait en
DË PARIS À CAYENNK
m'accolant à eux ; qu'en un mot, à un certain moment de ma vie, ils représenteraient pour moi la con^^olation et la justice ?
Les forçats qui vinrent successivement s'abattre au f or. Lamalgue, sans parler de ceux qui figuraient parmi les repris de justice, se présentaient, je dois le dire, sous un jour qui bouleversait mes idées d'autrefois. Ce n'était plus d'audacieux lutteurs , dans la pleine vigueur de Tâge, dans l'attitude cynique et violente de la révolte. Je voyais des têtes blanchies et courbées par la vieillesse, et, dans le nombre , se rencontraient des figures dont partout ailleurs l'aspect eût commandé la vénération. L'âge et la rude discipline du bagne avaient presque effacé l'empreinte que l'habitude ou la passion du mal dépose au front du criminel. Puis la mise en scène avait disparu; plus de fers, plus de bruit de chaînes ; au lieu de haillons disparates et presque pittoresques, c'était la livrée grise ou fauve des centrales, c'est-à-dire des vêtements qui eussent été semblables à ceux que j'étais réduit à porter, s'ils, n'avaient pas été en meilleur état.
L'arrivée de ces vétérans de la casaque rouge jeta une certaine animation dans le préau ; ils avaient des compagnons de chaîne, ou, comme ils disaient par euphémisme, des collègues dans le personnel des repris de justice. Et il ne pouvait en être autrement, car tous les bagnes de France, toutes les. maisons cen-
traies du Midi avaient leurs représentants au fort Lamalgue. Grâce à cette invaaioii, cliaque chambrée vit doubler le nombre des paillasses, mais je restai toujours en possea^ion d*un cachot séparé. Les nouveaux, venus apportaient des dispositions d'esprit bien différentes de celles qui animaient les r^ris de justice recrutés pour Gayenne. Tandis que ces derniers s'effrayaient, et non sans raison, de 1 avenir qui leur était destiné, les autres se laissaient aller à Tespérance et construisaient à ïenti les plus magnifiques chàteaitxen Espagne. La vieillesse, qui s'annonce au reste cIhs hoiumes par les souffrances et le désenchantement, leur apportait, à eux, un dernier privilège. D^à ils lui avaient dû de remplacer les pénibles travaux du bagne par le repos relatif des centrales, et maintenant une nouvelle faveur leur était octroyée. On venait de créer pour eux les Invalides de la chiourme, et ils jouissaient par avance des plaisirs que leur promettait le farniente dans la maison de Belle-Ile. Mais si c'était un pas de plus vers le bonheur, ce n'était que le moindre de leurs vœux. Ceux mêmes dont la condam* nation ne devait finir qu'avec la vie, — et c'était le plus grand nombre, savouraient les délices de la liberté. Une fois à Belle-Ile, les grâces, les réductions de peines allaient pleuvoir sur eux et le plus caduc se livrait, avec une joie enfantine, à tous les écart^d'une imagination que rien ne devait entraver. C'était^
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en vérité, narrant devoir tous ces malheureux qui avaient;déjà un pied dans la tombe s'organiser une vie de fantaisie à laquelle ne manquait aucune des illusions que poursuit la robuste jeunesse.
Si, personnellement, je n'ai pas eu plus à me plaindre du voisinage des forçats que de celui des repris de justice, je ne veux pas cependant donner à penser que tout ce monde fût composé d'anges et de martyrs. Mais les natures les plus dévoyées conservent toujours au fond l'instinct du juste, et c'est à ce titre sans doute que les uns comme les autres se^ révoltaient des rigueurs employées contre un , homme qui n'avait pas fauté, disaient-ils, c'està-dire qui n'avait pas été condamné pour vol ni pour assassinat. En même temps, ils éprouvaient peut-être une secrète satisfaction en voyant la main du pouvoir s'apesantir sur un innocent; il leur semblait que cela infirmait en quelque sorte leurs condamnations, si méritées qu'elles fussent.
Mes nouveaux compagnons me savaient gré de relever, dans une certaine mesure, la position qui leur était faite. De plus, ils ne pouvaient se dissimuler que ma présence au milieu d'eux était une sauvegarde contre l'arbitraire des gardiens, qui ne voulaient pas se donner tort aux yeux d'un témoin désintéressé.
Enfin ils trouvaient chez moi de petits services, de légers secours au besoin, lorsque ma
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maigre bourse me permettait de faii*e le généreux. Quand J'eus obtenu de me faire apporter mes modestes repas du dehors, j'en laissai toujours une partie pour les malades, et il n'ea fallut pas davantage pour me valoir la reconnaissance et Fempressement de toute la cour. ^
En dehors de cela, ils étaient entre eux ce ixue sont les prisonniers, éternellement jaloux Tun de l'autre, toujours prêts à se reprocher leurs méfaits comme à se réconcilier, se disputant sans cesse quand la communauté des souvenirs ne les mettait pas sur le cbemin des interminables confidences. Sous cette uniformité jarénérique qu'enfante naturellement le régime des Dagnes et des centrales, on retrouvait^ comme dans la société libre» les nuances déterminées par la diversité des tempéraments et des caractères et suiivent en contradiction manifeste avec les faits qui avaient amené les condamnations. Toutes proportions gardées, les vices et les vertus de riiumanité avaient leurs types dans ce ramassis d'hommes déchus, et, là comme ailleurs, la foule était niaise, la minorité intelligente. Toutefois, j'ajouterai à la louange de cette tourbe déclassée, que j'ai toujours vu ces malheureux partager de bonne grâce leur pitance avec ceux qui arrivaient et n'avaient pas droit aux vivres pour le premier jour. Et c'était une immense générosité pour ces e>lumacs affamés, une générasité qui laisse
DE PAilS A CAY£?fNE
hien loin derrière elle les faciles cotisations de Topulanœ.
Le j'approciiemeiit de tous ces pères conscrils du bagne donna lieu à des scènes de plus d'une espèce. Que de reconnaissances inattendues!
Quel écliange de nouvelles et rie souvenirs! Le plus ^souvent, il fallait se bouclier les oreilles pour ne pas succomber au dégoût, mais parfois aussi se révélaient des situations dignes de fixer Tattention.
^étaient d'anciens soldats, qui avaient fait les mêmes caâapàgnes sous le premier empire et ne se lassaient pas d'en parler. L'un d'eux — il le (lisait du moins — avait ^^a^né Tépaulette et la croix sur le champ de bataille, pour tomber plus tard sous le coup d'une condamnation perpétuelle. Deux autres, séparés depuis quarante ans et plus, découvraient qu'ils avaient fait easemi)le leurs premières armes, au bagne d'Ànvers, de 1804 à 1S12. Graciés à cette époque, ou plutôt libérés à la suite des événements qui enlevèrent la Belgique à la France, lis n'avaient pas déserté la voie du mal, et bientôt, condamnés, chacun de son côté, aux travaux forcés à perpétuité, la fatalité qui les avait réunis à leur début dans le crime les rassemblait encore après un demi-siècle pour aller mourir ensemble sur le rocher de £elle-lle.
Maïs, dans cett^ foule, se rlistinguait entre tous un Anglais dont le nom a retenti en 1853
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daatt les journaux, judiciaires. Oondamné par la cour d'assises de la Seine à quinze ans de traTauxIorcés pour leciime de faux, Garendish
avait réussi à s'échapper de la Conciergerie après sa condamnation, en séduisant un gardien. Repris au Havre, au moment de s'embarquer pour Soutliampton sous des habits de femme, il avait du a je ne sais quelles protections d être diiigé non sur le bagne, mais dans la maison centrale d'Embrun, où du reste son âge lui aurait bientôt donné droit d'entrée. Là, il jouissait de mille })riviléges; dispensé du travail, il avait un logeaient particulier, oii il recevait Joumellement sa femme, vivant à ses frais, de la manière la plus confortable. S'il portait' Tuniforme de la prison, pour ne pas enfreindre U op clairement la régie, il avait la consolation de se faire habiller par son tail* leur, sa fierté britannique nè roulant pas imposer à la France les dépenses de son entretien.
C'est obose assez commune que de voir des étrangers dans les bagnes, et je n'en parlerais
pas sans une circonstance extraordinaire.
GaveiKiisli avait déjà eu plu>î d'un compte à régler avec la justice française avant 1853* Oondamné une première fois, en 1819, il aurait de plus, au dire d'un vétéran du bagne d'Anvers» figuré à ses côtés dès 1812 dans cet établissement, n'ayant alors que dix-neuf ans. C'était dono une existence bim complète, la fin répon*
dait au début. Bh bien ! cet homme se donnait
comme le r<^prnsentaaf d'une des premières familles des Trois-Royaumes, comme Théritier d*une fortune de plusieurs millions de rente. Il recevait de Londres, chaque semaine, des • lettres ([ui portaient su r Tadre.-se îe titre de Sa Grâce le duc de Devonshire.
L'aristocratie anglaise a des mystères et des misères qu'il n'est pas aisé de pénétrer et dont, pour ma part, je ne tiens pas à connaître le premier mot. Il se peut que cette revendication soit fondée, qu'elle explique ou même qu'elle efface la condamnation ou les condamnations dont Gavendish a été Tobjet; qu'en un mot, il soit victime d'une spoliation; je n'ai pas à m'en occuper. Le seul enseignement qui résulte de cecU c'est qu*en ce moment l'asile de Belle-Ile renferme un homme qui, en 1868 au plus tard, en snp])()s.*uit que, contre son espoir, il ne soit pas gracié plus tôt, ira frapprn* aux portes de Westminster, et s'asseoir, s'il dit vrai, à la tète des plus grands noms de l'Angleterre, pour décider, par son vote, les intérêts de la nation et du monde.
Là ne finit pas l'odyssée du prétendu duc de Devonshire, el ^v^ce à des renseignements que me fournit le hasard au dernier moment, je puis donner le dénoument de ses aventures, au moins sur le sol français.
Une fois i Belle-IIe, Gavendlsli se rappela que la crédulité humaine est infinie, et il ne
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désespéra pas d'arriver à faire abréger sa
détention, dont le terme légal ne devait arriver qu'en 1868. Quand on a, comme lui, trouvé, en 1854, à se faire ouvrir les portes de la Conciergerie, à Taide d'un faux billet de 50,000 francs, ou ne renonce pas aisément à trouver d'autres imbéciles. 11 en trouva. Au moyen dlutelligences qull rat se créer, il fut assez habile pour déterrer une espèce d'homme de loi, fort bien noté d'ailleurs dans le réi^-ime actuel, qui se chargea de le faire gracier, sous la promesse écrite de recevoir la moitié des immenses revenus du duc de Devonshire.
Et raveuglement de cet entremetteur fut si complet, sa confiance si absolue, qu'il n^hésita pas à avancer 200,000 francs dans ce but. A quoi furent employés ces 200,000 francs, à qui furent-ils remis? On ne le dit pas; mais ce qui paraît certain, c'est qulls n'allèrent pas dans les mains de Gavendish. Toujours est-il que la ^ràce de (^avendisJi lut signée i>r()mî»tement, ' expédiée directement à Belle-lie, ei que ce dernier obtint la clef des champs, ce dont il profita sans le moindre délai ppur quitter la France.
Quant à Thomme de loi, il en fut pour ses 200,000 francs, et s'il compte encore sur l'exécution des promesses qui l'avaient séduit, il peutse flatter d'avoir la plus robuste confiance que jamais filou éménte ait pu mettre a répreuve.
On n'est pas sans dire qu'après tout la libé»
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ration, plus ou moins régulière, de Cavendish, fît quelque bruit, qu'il y eut même commencement d'instruction et d'enquête; mais l'oiseau était déniché et l'affaire tomba d'elle-même. Apprendrons-nous plus tard de nouvelles caravanes du faux duc? Hélas! il n'est plus jeune, et, sans doute, à l'heure qu'il est, dégoûté de l'ambition, il n'aspire qu'au repos que déjà peut-être il a trouvé dans la tombe.
Ainsi finit l'histoire de l'illustre Gavendi^^h, dont un jour peut-être nos neveux retrouveront la légende, qu'ils placeront à côté des Collet et des comte de Sainte-Hélène. Pour l'honneur de la pairie anglaise, il convient <le dire, en terminant, que les fiers descendants des compagnons de Guillaume, dont la con-" quête a écrit le nom sanglant au Doornsday- Booli, n'ont pas eu à faire place au forçat relaps qui s'était sacré duc de Devonshire. Peut-être est-ce à regretter? Une leçon de ce genre aurait mis en pleine lumière le vice de l'hérédité.
La première semaine de mon arrivée, j'assistai, non sans élonnement, à la cérémonie religieuse du dimanche. Dès le matin, on voyait (les condamnés militaires passer et repasser dans notre cour et mettre l'autel en place, avec l'appareil ordinaire de chandeliers, de pots et de gravures dont le culte catholique aime à .s entourer. Je me hâtai de rentrer prudemment dans mon cachot, ne voulant me mêler à aucun titre à ces sortes de représentations. Autant
DB FARIS A CATENNfi
qu'il m'm souvient, ias masses miliUires ont VimmimsA mérite de s*expëdier au ^atop; mais
au lurt Lamalgue c'était bien différenL A défaut d'orgue et de serpents, il y avait ud orchestre vocal , oomposé d'une dizaine de prisonniers militaires. Pendant les vingt-cinq à trente minutes que dura rofîîce, j'entendis exécuter une foule de cantiques dont je ne veux pas critiquer Tintention, mais dont, je puis le dire sans impiété, la poésie était plus que médiocre. Tous ces petits chefs-d'œuvre de stupidité jésuitique, dus en général au génie d'un M. de Ségur, sont d'une platitude à désai'iiiei toute critique. ^
Tantôt, de faux élans de cœur exprimés par des épithètes insensées, tantôt des déclarations d*amour i la Vierge, ou de niaises invocations à quelque soudard caaonisé par TEglise; puiî^ une ode à la discipline militaire, où ses rigueur:> étaient Mnies par les malheureux qui en étaient les victimes; c'était, pour tout dire, un tas de rapsodiesdu dernier commun, habillée^ d'airs mondains empruntés aux opéras et aux chansons en vogue et bravement enleyées par des choristes en pantah)n i oiij^e.
Voilà donc, me disais^je, par quels artifice» les doux poètes de la compagnie de Jésus se flattent aujourd'hui de parler an^ cœur de»
enfants de la Révolution, d adoucirces natures rebelles, qui n'ont pas su se plier au joug du commandament militaire r S'ils n'ont pas
DH PARIS A CAYBNNK
d'autres accents^ le siècle n'a pas à redouter leur puissance. Qu*Us épuisent à leur gré la veine de leur lyrisme imbécile, ils ne recrtt*
teront pas beaucoup d'adeptes.
Toutefois, je m^étonnais de voir des soldats
se faire les porte-yoix de ces misères, et je me demandais si la nouvelle génération, arrachée à renseignement peu orthodoxe de se£t aînées/ avait fait brusquement retourà la sacristie. Mon étonnement ne fut pas de longue durée, et j'appris bientôt ce qu'il y avait au fond de cetté dévotion presque générale. Au tort Lahialgue, comme dans toutes les prisons, les condamnés s'étaient laissé persuader que l'aumônier portait dans les plis de sa soutane le portefeuille des grâces, et qu*à sa voix, les portes delà prison s*ouvraient d'elles-mêmes. Or, on sait à quel prix s'obtient la bienveillance d'un prêtre catholique: il î'Aui pratiquer^ et tous mes gaillards pratiqtiaient à qui mieux mieux. Nul ne manquait à la messe, toujours dans Tespoir que la ^râce arriverait, et les mois avaient beau succéder aux mois, ces dé('e[)tions prolongées ne fatiguaient pas l'infatigable patience de ces catéchumènes intéressés. La tradition leur avait transmis le nom de quelque soldat grâcié de cette manière, et cela suf lisait à entretenir leur confiance à perpétuité.
Quant aux préférés qui remplissaient i'ofâce de saoristains, d*enfantsde chœur, de choristes
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et de coryplK^P!^, tour bonue volontc s'alimentait de perspectives moins illusoires. Vingt-cinq centilitres de vin récompensaient chaque fois le concours qu'ils prêtaient aux choses saintes, et, dans la conscience du soldat, ' le quart de vin iuâtiûe tout. Au milieu des pxlvations sans nombre qui les assiègent, libres ou prisonniers, le quart de vin est un irrésistible talisman. Je le dis avec tristesse, c'est la clef des dévouements, le secret des enthousiasmes, et c'est seulement en voyant de près le prix qu'on attaclie à des gi'atifications de ce genre, que je suis parvenu à me rendre compte de certains événements que je ne pouvais m'expliquer sans cela. Plus d'une fois, j'ai, comme bien d'autres, été chercher au loin le pourquoi de tel ou tel fait; j'ai construit dans mon esprit mainte théorie pour le rattacher à des causes générales, logiques. Que de recherches et d'efforts Je pouvais ra'épargner! Dans l'abîme d'ignorance et d'abrutissement auquel les masses sont condamnées aujourd'hui comme autrefois, alors que ia dignité n'existe pas, c'est le plus souvent au coinpLe des cantines qu'il faut chercher le dernier mot des surprises de la fortune* Pour en revenir aux petites choses, le pieux empressement des soldats détenus au fort Lamalgue, est-il iaesoin de ie dire, n'avait pas d'autre mobile, et Je n'oublierai Jamais le sérieux avec lequel l'un d'eux dit un jour, à propos d uu de ses camarades qu'on accusait de
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Jésuitisme parce qu'il répondait ia messe : « Qui u'en ferait autant pour un quart de vin? >
Décidément, il y a progrès, car les prétoriens, au temps des Césars, se montraient moins faciles a contenter, et, s'ils faisaient à leur gré des empereurs, ils exigeaient au moins d'opulents donatils.
De temps en temps aussi, f*Eglise avait le bonheur de convertir et de baptiser un Juil\ et quand cela se présentait, la cérémonie revêtait un caractère de solennité inaccoutumé. Le parrain et la marraine étaient pris dans l'étatmajor, et, comme toujours, le rachat de ces âmes s'opérait aux mêmes conditions : le quart de vin et l'absolution générale des péchés antérieurs, plus l'espoir incessamment trompé 'd'une commutadon de peine.
Il est sans doute affligeant de voir des iiommes faire marché de leur dignité, mais les victoires obtenues à ce prix sont rarement durables, et le clerpfé en particulier n'a guère le droit de se féliciter de ces recrues qu'il fait dans les casernes et dans les prisons, quand il est réduit à employer comme auxiliaires de ses prédications la brutale séduction du verre de vin.
Le carême touchait à sa fin, Pâques approchait et dès lors on vit affluer les robes noires au fort Lamalgue. Il s'agissait de préparer les détenus de bonne volonté à la communion, et, comme l'auni Hiier n'aurait pu suffire à la besogne, le clergé de Toulon lui vint en aide.
M PARIS A CAYKlIia
Qu'advint-il de cette concentration d*efforUtIl
n'y eut pas pins d'une douzaine de condamnée militaires admis à la fête. La juste sévérité des confesseurarepoussa-t-eile impitoyablement les pécheurs dont la contrition leur parut contes^ table ou bien la récompense promise tutroUe jugée insuffisante? Je ne sais. En matière aussi grave, il serai i mai de risquer une kypotliàâe : Je me bornerai à constater ce qui s'est passé sous mes yeux parmi les forçats et les repris de justice.
Un beau jour, troii^ prêtres parurent dans le préau, et l'un d'eux prononça avec assez de difficulté un petit discours afin d'engager les dé-
. tenus à faire leurs dévotions, comme il convient à des chrétiens. L*oraison n'obtint qu'un succès fort limité* Il fut répondu tout d'une voix à MM. les confesseurs qu|^, si l'âme avait des besoins, le corps n'en était pas dépourvu, el que, pour accomplir avec fruit un acte aussi important que la communion, il était indispensable d*ètre en paix avec les nécessités i liysiques.— « Nous u^avons pas de tabac, disait l'un, nous mourons de faim, disait l'autre. >
MM. les curés étaient fort empêchés pour répondre à ce déluge de réclamations. Enfin, l'uraleur clérical reprit qu'on avait pensé au corps en même temps qu'à l'âme, qu'une quête spéciale serait organisée dans les paroisses de la ville et que tous les détenus y ]>articiperaient, même ceux qui ûocouimuaiei aieiii pas.
m PAM8 A CATnmB
Voilà qui est bien, oette fois, pensai-je à part
nioi, en suivant cet épisode du fond de mon cacbot. Lâ vraie charité ne connaît ni fidèles, ni gentils, eiie ne voit que des malheureux. Est* ce que par hasard le clergé catholique voudrait s'amender?
Les vieux routiers du préau se montrèrent moins faciles; après le départ des prêtres, ils rappelèrent que, quelques années auparavant, une mission de jésuites était venue à Toulon, avec le dessein de réconcilier les forçats avec la religion, que presque tout le monde s^était laissé faire, comptant sur le produit d*une quête faite à grand fracas dans la ville, etqu'en somme, sur les 8 à 9,000 fr. réunis, chaque communiant n'avait eu en tout et pour tout que 4 à 5 sous. « Or, ajoutaient*ils, on ne peut pas, en conscience, coniiimnier pour si jîeu. »
Qu'il y eût inexactitude et injustice dans ces reproches, aucun catholique n'en doutera assurément, et, si peu croyant que je sois, je me garderai bien de m'en porter caution; je raconte ce que j'ai entendu, sans vouloir sortir de mon rôfSe passif d'historiographe. Qui ne sait, d'ailleurs— le pape le déclare tout le premier à chaque occasion — combien le catholicisme a d'ennemis, et peut-être ne serait-il pas impossible qu'il s'en fût glissé même aux ga* lères? Satan est si perfide t
Quoi du'il en soit, les observations ))î*écédenles commencèrent par produii'c un assez
DE PAlUS A CAYëM«(K
mauvais effet sur les dispositions dé mes yoi-
sins. Un toile général se produisit et un des meneurs ne craignit pas <ie faire entendre ces affreuses paroles : « Nous avons été trompés une fols, c'est assez; nous ne le serons plus. > Par bonheur, un autre orateur, qui connaistiait à merveille les cordes sensibles de son public, ât entendre un langage plus conciliant : « Eh bien, s'écria-t-il, s'il n'y a pas d'argent, il y aura toujours quelque chose à licher, » Si cette réponse éloquente n'eut pas tout le succès qu'elle méritait, si elle ne détruisit pas le déplorable effet produit par le préopinant, elle ne fut pas entièrement perdue. Les estomacs les plus exigeants se laissèrent entraîner, et le survelHant put enregistrer treize candidats à la commu»
nion. C'était bien peu, sans doute, sur un personnel de 80 détenus environ, tant forçats que repris de justice, sans me compter bien entendu, mais enfin c'était toujours autant d'âmes aclieminées vers le saiut, et, par le temps qui court, il faut savoir se contenter de peu.
Cependant, le temps marchait, nous étions au Jeudi saint, et le confessionnal ne s'ouvrait pas pour les catéchumènes du préau. La majorité s'applaudissait déjà de sa coupable résistance, tandis que la minorité s'inquiétait hautemeul du peu d'empressement qu'on mettait à accepLersa conversion. Enfin, le tribunal de la pénitence commença ses assises, et il ne fallut pas plus d'une heure pour mettre d^accord avec
DE i»AIUS A CiYlvNNfi
Dieu les consciences de tous ces pécheurs* Pas n'est besoin d'ajouter que je ne fus pas moins
surpris qu'édifié de cette prodigieuse célérité. Si le court espace de cinq minutes avait permis à chacun d'étaler le fardeau de ses fautes, quand, au direde VEvangile, le plus juste pdche septante fois se])t fois par jour, il faut reconnaître que mes compagnons étaient des vases d'élection et que, pour la blancheur, et la pureté, les tours d'ivoire dont parle le cantique ne leur allaient ]j;is à la cheville. Qui jamais eût pu s'attendre à trouver tant d'innocence parmi de vieux forçats augmentés de quelques repris de justice? Et pourtant, le fait était là dans tuute sa réalité : ils avaient reçu i'aiisolution ; donc ils étaient sans péché.
Cette touchante cérémonie, si bien commen* cée et si lestement menée par les bons pàres, ne devait recevoir son couronnement que le dîinanciie après Pâques, les nécessités du service extérieur réclamant tous les instants de l'aumônier et des prêtres qui l'assistaient. Les confesp sés avaient si grande hâte d'arriver au dénoûnîent(|u'ils ne pouvaient toujours imposer silence à leur pieuse impatience. Eniin, le jour arriva oii, lavés de toute souillure, ils purent s'asseoir à la table des anges. Je ne parlerai pas de l'éclat qu'on sut donner à cette imposante solennité : musique, chants, sermon, rien n'y manqua, et le prédicateur déclara, avec une émotion bien sentie, que la ville de Toulon
DK »A1IS A GATB!I1II
tout entière ne lui avait pas offert un spectacle aussi édifiant que la chapelle mobile du fort Lamalgue : le mot était fiatteur s'il était mérité, et je suis sur que la modestie des communiants en souffrit quelque peu.
La messe était Unie, le piquet d'iionueur ayait regagné son poste et les condamnés militaires étaient remontés dans leur quartier; le préau ne couten ai 1 1) lu s d'étrangers. Aussi I (')t le gro u pe fortuné des communiants se porta dans un coin du promenoir, au pied de l'escalier^ attendant avec anxiété la réalisation des promesses qui leur avaient été faites quinze-jours auparavant. Allaient ils enfin recevoir la récompense qulls avaient si noblement gagnée? Serait-elle en argent? Quelle en serait Timportancef Toutes ces questions étaient chaudement débattues, mais les prêtres étaient partis et le donatif ne se mon- * trait pas. Les ^^prits commençaient à s'échauffer et le regret du saint devoir accompli se formulait avec une énergie fort peu respectueuse, lorsque le surveillant de service daigna annoncer que les communiant» recevraient gratis à la cantine un morceau de cervelas et
ua quarl de vin. La vérité m'obli^n à dire que cette proclamation ne souleva pas un iiiea grand enthousiasme et que ceux qui n'étaient pas admis au festin ne ménagèrent pas les plaisanteiies aux. élus, qui , on peut le dire, n'étaient pas les meilleurs sujets des casemates. De leur côté, ces deniers ne se montraient pas
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avares de récriminations ni même d'invectiv^vj contre les bons pères, et les calculateurs établissaient que cette générosité ne dépassait pas vingt-deut. centimes et demi par tète de communiant , soit pour tous deux franco soixante-quinze centinies, A vrai dire, c'était pour rien, et s'il était possible de ramener au même prix, dans le giron de TEglise catho lique tous ceux qui s'en sont échappés, le pape ne devrait pas y regarder. Les trésors du Vatican ne sauraient recevoir une meilleure devStination. Malheureusement, tout le monde n'est pas d'aussi bonne composition que l'étaient les hôtes du fort Lamalgue, et, par le vent d'incrédulité qui souffle partout, le denier de Saint-Pierre s'épuiserait cent fois avant de convertir l'innombrable armée des dissidents et des incrédules.
Bientôt, l'esprit de sagesse reprit ses droits; la perspective consolante d'une libation gratuite calma les mécontentements, et les privilégiés se préparèrent pour le banquet. Je n'oserais même pas jurer qu'à ce moment les récalcitrants n'aient pas regretté leur impiété, car l'estomac et la jalousie sont de mauvais conseillers, si l'on en croit le poëte.
Seul, un détenu se montrait inconsolable.
C'était l'un des forçats éméri tes du bagne d'Anvers, celui qui avait étrenné la chaîne en 1804. Inscrit l'un des premiers pour la confession, il avait été mis de côté, et, quoi qu'il eût fait pour
DE PARIS A CAYEmsE
obtenir de déposer le bilan de «es fautes dans le sein de i*homme de Dieu, ses réclamations
s'étaient perdues dans ]o désert. Dans cette exdusion, que jenepuisattribuerqu'auliasard, il voyait une injure à son caractère, et il ne se faisait pas faute de se comparer à ceux qui arairMit été admis auprès du prêtre. — «Je suis cependant un honnête homme, s'écriait-il, et tout le monde n'en peut dire autant. » — Son ressentiment se réveilla plus vif et plus amer quand il se vit exclu de la distribution comme il l'avait été de la confession, et, franchement, si rintention peut être réputée pour le fait» il ' est certain qu*il s*est mieux confessé que per* sonne. Espérons que l'explosion de son désa):)pointement n'aura pas fait tort à son salut et que le ciel ne lui tiendra pas rigueur pour les quelques blasphèmes que lui arrachait la colère du moment.
On n'a pas oublié le frère Léotade, condamné aux travaux forcés à perpétuité par la cour d'assises dé laHaute*Graronne, pour avoir violé et assassiné une jeune fille de douze ans à Toulouse. Ce misérable, qui a eu tant d'imitateurs, ne devait pas survivre longtemps à sa condamnation. Vainement, s'était-on efforcé d'adoucir pour lui le régime du hn^-ne; vainement, la légitime sympathie des sœurs et des aumôniers, voire des administrateurs, s'em* pressait autour de lui pour le consoler des rigueurs du jury, l'épreuve dépassa ses forces.
1)E PAAIS ▲ CAY£NNfi
Quand il sentit approcher ses derniers mo»
ments, il demanda le procureur de la République, car il eut la douleur de mourir avant la chute de cette République, dont la naissance avait éclairé le jour de sa condamnation.
Le procureur de la République ne vint pas, et pour cause. Les saintes femmes qui veillaient à son agonie ne purent prendre cette demande au sérieux, et, à la place du magistrat chargé par la loi de recevoir les révélations, ce fut un prêtre qu'on lui amena. Léotade insista de plus belle; il semblait avoir retrouvé des forces pour accomplir un devoir suprême.
Heureusement pour la religion, deux heures .avant raiTivée du magistrat, qu'on s'était enlin décidé à prévenir, il avait cessé de soulXiir; son âme s'était envolée sans douleur et surtout sans scandale; les cieux comptaient un séraphin de plus. C'est du moins ce que donna à entendre l'aumônier du bagne, parlant à ses ouailles en leur disant, dans le triomphe d'une joie céleste, qu'il avait reçu les derniers aveux du frère Léotade et qu'il pouvait garantir son innocence. Qu'est-ce donc que la justice civile aux yeux des serviteurs de la papauté? Après des débats solennels, douze citoyens déclarent sur leur honneur et leur conscience la culi)abilité de Léotade, et, pour ne pas charger d\in supplice le jour qui a vu naître la République, ils lui font grâce de la vie, et voilà que, du haut de la chaire, un prêtre vient, de\ anl une
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assemblée d'hommes totin condamné» par la même justice, donner un dém^iti i un arrêt
irrévocable, réhabilitant un coupable indigne d'excuse et trop doucement puni, peut-être, aux yeux de gui accepte le régime pénal d'aujourd'hui.
Il en eût été tout autrement sans doute sans la;)ajTièpequi 8>st élevée et à propos entre le forçat repentant et le chef du parquet de Toulon, si Léotade avait pu parier. D'impurs mystères auraient été connus peut-être, mais la religion eût été compromise de plus belle» et ne valait-il pas mieux empêcher pareil scandale? Dans riiUérêt de Léotade et de sa gloire, ne vaut-il pas mieux qu'il soit mort ainsi? Son* nom est pour jamais inscrit parmi oeux d/es martyrs, et, cet honneur, on ne saurait le payer troi) cher.
Lp^ coBdi^iBDéi militâirêf de Dont. — La jostiot dans
rarmée.
Ce jour-là, il y avait un mouvement inaccoutumé au fort Lamalgue; le poste avait été doublé, et les allées et venues, Timportance affairée des surveillants et des chefs présageaient quelque événement de nature à rompre la désespérante monotonie de la prison. Vers les deux heures, la garde prit les armes et les portes s'ouvrirent pour laisser passer une centaine de prisonniers, qui vinrent se ranger dans la cour, sous Tescorte d*un nombreux détachement de gendarmerie. Jeunes et robustes, pour la plupart, ces hommes révélaient, par la nonchalante régularité de leur pose, les habitudes de réducation militaire.
Leur costume de drap jaune foncé était surtout remarquable par une courte casaque bizarrement coupée dans le dos de bandes bleues; ils portaient au pied un lourd anneau de fer et des cordes les rattachaient les uns aux autres;
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leurs visages, desséchés et brûlés par le vent et le soleil, accusaient d'immenses souffrances et des passions indomptables, et le feu sombre qui brillait dans leurs yeux attestait qu'ils étaient loin d'avoir épuisé leur énergie. C'étaient des condamnés aux Xers qui revenaient d'Afrique.
La législation nouyelle ayant supprimé la
peine des fers militaires, le gouvernement ne crut pas devoir maintenir dans le pénitencier de Bone les condamnés de cette catégorie, et^ Tordre avait été donné de les évacuer sur Toulon, [)our les répartir ensuite dans les maisons centrales du Midi.
J'ai vu successivement passer au fort Lamalgue plusieui's centaines de ces malheureux; je les ai coudoyés pendant plusieurs semaines, les échos des casemates m'ont renvoyé leurs joies et leurs colères; le bruit de leurs querelles et de leurs orgies a plus d*une fois traversé les murs cyclopéens de mon caciiot, et jamais leur souvenir ne visite ma pensée sans y laisser d'affligeantes impressions, dont la pitié ne fait pas tous les frais.
On dit que l'armée est l'école de l'honneur, mais alors comment se fait-il que la discipline compte tant' et tant de victimes, et qu'elle les choisisse de préférence parmi les mieux doués? Pourquoi enfin la répression se fait-elle violent^ jusqu'à la barbarie fJe voyais là des hommes auxquels, en général, n'avaient manqué ni
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renseignement du foyer, ni l'appui de la famille et que l'esprit d'aventure, l'amour de la gloire, si l'on vaut, avait jetés dans Tarmée, alors que leur esprit pouvait sans effort se prêter aux légitimes exigences du service. Cependant, au lieu d'y trouver un élément à leur activité, un encouragement à leur élévation morale, au besoin une sauvegarde contre Ten* traînement de leurs passions, ils n'avaifMit dossë Tuniforine que pour le changer presque aussitôt contre la souquenille du condamné.
Et qu'avait-U fallu pour cela? Un moment d'oubli, de vivacité, peut-être un sentiment de dignité provoqué par le caprice ou la brutalité d'un supérieur, rien en un mot qui dénotât un abaissement moral. Adieu la gloire rêvée naguère! adieu le retour au foyer! Si le conseil de guerre peut se dispenser d'appliquer la peine de mort que le Ck>de édicté pour ainsi dire à cbaque article, les longues tortures de la prison seront la rançon d'un délit qui, au tarif de la loi civile, se rachèterait par une légère amende et quelques jours de prison.
Pour des natures ardentes, exaspérées par l'injustice réelle ou présumée de la condamnation, par le manque de toute proportion entre la faute et le châtiment, la prison, avec son cortège d'humiliations et de privations in- . cessantes, avec son régime de provocations et d'embûches, la prison, dis-je, est un supplice intolérable. Si le corps survit tant bien que
IfB PABIS A UYËXNft
mâl, respril et le ccBur y courent lés dâtigeits de toute sorte, et trop souvent, en quittant cél
enfer, on y laisse le sens moral, sinon i lion' neur.
Longtémps f ai refusé d^ajouter foi à ce gue j'entendais dire des horribles m^fstères de la
ciUKhîlle de Bone, mais les lëiiioiirnages se pressaient si concordants, si unanimes, ^ue le doute n'était pius possible. Tout en faisant la plus large part à la passion, il était impossible de ne pas reconnaître qu'il y av ait de tristes réalités au fond de ces révélations qui faisaient pâlir les arciiives de la Bastille et de Tlnquisition.
Je ne parlerai pas du poids des fers que traînaient les condamnés, et qui n'était pas inférieur à 15 kilogrammes, des pénibles travaux qu'ils araient à accomplir, aux ardeurs du soleil d'Afrique, creusant la terre, déracinant les rocs, menant la brouette sur les flancs escarpés de la montagne^ des consignes qui autorisaient les sentinelles et les gardiens à faire feu à la moindre désobéissance, c*est-à-dire quand il leur en prenait l'envie; tout cela est de droit dans le système de la loi, et ce n'est pas le moment de la discuter. Mais là ne s'arrêtaient pas les sévérités du régime. Il me suf- , lira de dire que la plus légère infraction au règlement — et Ton pense s'il était arbitraire et tracassiër se payait pat* trois, quatre ou çin^ cents jours de cellule i A vrai dira, ces fu-
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nitions ne s'exécùtaieiit jamais, ou presque jamais, entièrement; d^ordinaire, on en était quitte au bout de trois ou de siit mois, ce qvii est déjà monstrueux^ mais j'entendais aSsuret* que chaque mise en cellule entraînait de droit, au début, un jeune absolu de six jours; que, pendant six fois vingt-quatre IxeUres^ le condamné ne recevait ni uné boucliée de pain, ni un verre d'eau, et que, de plus, il était attaché de manière à ne pouvoir exécuter qu'à grand'peine les mouvements les plus indispensables.
Que vous semble de ce simple détail, déixagé des interminables récriminations qui retentissaient à mes oreilles f N'en dit-il pas assez, à lui seul, contre le système adopté dans le pénitencier de Bone? Et encore, je supprime tout ce qui m'a paru dicte par i exagération ; j'écarte les accusations toutes personnelles qui s'adressaient à l'administration ; je ne veux rien croire ni surtout rièn dire des criminelles cupidités dont on Taccusait, des effroyables fantaisies, des cruautés invraisemblables, des igno)>les préférences qu'on lui prêtait. Les riirueurs du régime normal permettent de mesurer la part que pouvaient se faire le caprice et l'arbitraire. Mais ce n'est là que le côté étroit, accessoire de la question, et je n'ai pas à m'en occuper.
Assurément, il est commode et môme consolantde ra|eter sur une monomanie indinduelie,