DU MANS A SILLÉ LE GUILLAUME
Vous quittiez la belle galerie vitrée de Tembarcadère du Mans , et quelques secondes après , vous traversez le boulevard du Greffier, la Sarthe et le canal qui lui est latéral, sur un beau viaduc construit en granit et en marbre, avec maçonnerie k joints incertains dans les tympans. Cet ouvrage a 464",27 de longueur, et s*élève à 9°\70 au-dessus de rétiage ; il est fonde sur pilotis et composé de quatre arches , dont trois sur la rivière ont chacune i 7 mètres d'ouverture; la quatrième, jetée sur le canal , n*a que 9 mètres, et le débouché ouvert sur le boulevard mesure 2 mètres sur 4"«,30.
A partir de ce point, la voie se prolonge d'abord en ligne droite; puis, décrivant une courbe, elle vient traverser à niveau Tune des routes de Laval, à 1 kilomètre et demi 150 k
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de la ville du Mans. PeiidaiU ce trajet, vous pouvez jeter un dernier regard 8ur la vieille capitale du Maine, qui se pré* sente k vous sous son aspect le plus pittoresque. Un peu plus loin, vous rencontrez la route départementale de Mayenne, pour laquelle on a établi un viaduc; vous laissez à votre droite Tembranchement sur Alençon , et à gauche le village delà Ghapelle*Saint-Aubin. Vers la fin du vu* siècle, Aigilbert, évêque du Mans, fonda dans ce lieu une chapelle et un petit monastère sous la règle de Saint-Benoît , dont il donna la direction à saint Richemire. Au moyen âge, les habitants de Saint-Aubin , comme vassaux du chapitre de Saint-Julien du Mans, étaient tenus de venir faire le guet autour de la cathédrale quand on y célébrait la messe de minuit. Pendant ce temps-là , les dames de SaintrAubin avaient beau jeu , si Ton en croit la chronique scandaleuse du temps, à laquelle nous laissons le soin de vous raconter comment elles se consplaient en l'absence de leurs maris.
Vous continuez votre route par des courbes multipliées et des alignements droits , par des tranchées peu profondes et de faibles remblais du haut desquels vous apercevez de délicieux paysages. Vous vous arrêtez un instant à la station de Saint'Saiurnin ^ après laquelle vous laissez à gauche la commune de la Milesse. Ce fut dans la forêt de ce nom que, vers la fin du siècle, Guillaume de Sillë assassina le baron de Saint-Loup. Pour se soustraire à T excommunication fulminée contre lui par Sigenfroi , évéque du Mans , le meurtrier fit élever sur le lieu même du crime une chapelle qu'il dota, afin d'y entretenir un chapelain cliar^é de prier à perpétuité pour le repos de Tâme de la victime. Son fils y ajouta un hospice desservi par des moines de Saint-Antoine, de Tordre de Saint- Augustin. Ces établissements furent déiruils en 1772, et remplacés par une croix renversée à terre, pour figurer Fattitude d*un homme abattu.
A 2 kilomètres, et à gauche de la ligne, vous laissez le vil-
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lage de Lavardin et son vieux ehftteau, où Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, coucha en 1098, lorsqu'il vint assiéger le Mans. Près du village et dans le fond , sont les ruines du château de Lavardin-Tueé , dont il ne reste plus qu'une* tour carrée et une grosse tour ronde , entourées de fossés sur lesquels est un pont-levis. La seigneurie en appartenait à la famille de Beaumanoir, de laquelle sont sortis un maréchal de France et un évêque du Mans, mort en 1637. Vous laissez à droite la hauteur sur laquelle sont le village de la Ghapelle-Saint-Fray et des ruines gallo-romaines, placées près la ferme du Veau appartenant à Mme la duchesse de Luynes , et vous arrivez à la station de Dom front" en-Champagne^ établie dans un déblai tout près du bourg de ce nom.
Quiconque a lu le Roman comique de Scarroii duit se rappeler l'aventure des bouviers et le curé de Domfront. Ce pays et la contrée dans laquelle il est situé offrent quelques vestiges des plus anciens âges de notre civilisation. Ainsi, dans la forêt dé la Milesse, on retrouve des traces d'une voie antique , et sur la rive gauche de FAuthonnière les restes d'une tour romaine. A Domfront même on a découvert , près de la chapelle de THabit, des sarcophages en grès roussard; sur le monticule du Grand-Gagné, que vous avez aperçu de très-loin sur la droite, est une enceinte de fossés encore très-bien conservée, que l'on prétend avoir servi de camp aux premiers conquérants des Gaules. Comme beaucoup d'autres endroits de la mém^ nature, ce monticule donne lieu à des traditions merveilleuses. Tous les ans , à la veille de Noël, pendant la messe de minuit, au moment même de la consécration , le diable y apparaît , comptant brnyamment de l'argent qu'il distribue largement h ses affidés; mais nul autre que ses plus fidèles serviteurs n'ose s'y présenter en ce moment solennel.
Pourtant, les habitants de Domfront ne manquent pas de
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bravoure. lùi 1793, pendant la i^uerre des Chouans , toute la population se mit eu devoir de leur faire une vigoureuse résistance : les rues furent barricadées, ei le clocher fut mis en état de servir de dernier retranchement. La précaution ne fut pas inutile : car, le 2 janvier 17i)G, plus de douze cents Chouans vinrent attaquer le bourg; mais ils furent contraints de prendre la fuite après une lutte acharnée , et en laissant un grand nombre des leurs sur le terrain.
A partir de Domiront, la voie de fer s'éloigne un peu plus de la route de Sillé , et continue à vous oifrir à peu près les
mêmes paysages que ceux que vous venez de parcourir. Vuus franchissez ainsi un espace de 4 kilomètres, et vous vous arrêtez à la station de Conlie^ située à 700 mètres du bourg de ce nom. Gonlie ne vous rappelle aucun souvenir historique et ne vous offre point de monument intéressant. Cependant , en 1838, on a découvert à Teitrémité du bourg, et à gauche de la route de Sillé, un grand cimetière reinuntant à Tépoque mérovingienne, duul les sépultures ont offert des vases , des armes et des bijoux infiniment curieux.
Au delà de Gonlie, la voie de fer pénètre dans une courte tranchée de plus de il mètres de profondeur, au sortir de laquelle vous trouvez l'aspect du pays complètement, changé. L'horizon s*élargit des deux côtés et tous laisse apercevoir les plus riants paysages. Vous côtoyez la route de Mayenne sur une longueur de 200 mètres environ, et vous vous en éloignez à Taide d'une courbe qui vous amène près de Grissé sur un remblai d'un kilomètre de longueur et de i 4 mètres de hauteur. Continuant son sinueux parcours, la ligne pénètre dans la tranchée de Silié-le-Guillaume , dite la tranclm des Boches , dont la longueur est de 1800 mètres et la pro-* fondeur de 16; puis elle court sur un grand remblai, d'où vous pouvez contempler le beau panorama de Sillé-le-Guillaume dominant la vallée et dominé lui*méme par des colliues escarpées. Vous traversez ensuite la roule de Mayenne