DU MANS A SILLÉ-LE-GUILLAUME
et de le servir au dîner du même jour. Le repas terminé, il pouvait emporter la coupe ou verre ^ ou hanap ou tout autre vaissel dans lesquels Tévêque avait bu. Cet acte de soumission fut accompli jusqu'à la Révolution, et notamment, le M avril 4776, par le duc de La Vallière, qui avait succédé comme baron de Sillé aux familles de Bourbon-Conti et de Cossé-Brissac.
Donjon de Sillé-ie-Guillaume.
La ville de Sillé-le-Guillaume a de beaux souvenirs historiques et (jies monuments intéressants. . *
Son château, Tun des plus remarquables et des mieux conservés de la province , fut inutilement assiégé par les Manceaux; mais il fut pris par Guillaume le Conquérant
vers la fin du xi* siècle. Pendant les luttes sanglantes qui
divisèrent si longtemps la France et TAngleterre, il fut ^ souvent pris et repris : le comte de Richement s'en empara eu 14i2; en 1422, il fut assiégé par le comte d*Arundei et délivré par Gilles de Laval, qui fut maréchal de France; en 1432, il était retombé entre les mains des Anglais, auxquels le brave Ambroise de Loré Tarracha par un coup de main aussi heureux que hardi.
Nobles débris de' ces divers assauts, s'élèvent encore quatre tours aux toits coniques , dominant au loin une magnifique campagne , et reliées entre elles pan des bâtiments plus modernes , dans lesquels se sont installés la mairie , récole et le garde champêtre. A i'une de ces tours, du côté du jardin, on remaniue, noyés dans la maçonnerie, des fragments 'd'archivolte à dents de loup , provenant d'un ' édifice plus ancien et datant assurément du xir siècle. Mais la plus remarquable de toutes est celle qu on appelle le Don- M , énorme masse de pierre de forme cylindrique à l'exlérieur, et qui se termine en talun prismatique du cùté de la CQur. Son unique porte d'entrée, précédée de quelques degrés, est placée dans un redan 'angulaire, dont les latéraux forment un angle très-caractérisé. Sa hauteur est de 38 mètres, son diamètre de 14 , et ses murailles ont 3 mètres et demi d'épaisseur. Elle se divise en trois étages offrant un cachot au rez-de-chaussée , au premier une prison, au second le logement du geôlier; et au troisième, sous une voûte en moellons, est l'ancienne salle des collecteurs. Plus haut est une vaste plate-forme à créneaux et mâchicoulis , sur laquelle s'élève une charpente très-remarquable, supportant un large toit conique et surmonté d'une flèche effilée qui , dans la lointaine perspective , se marie heureusement avec le clocher de l'église paroissiale.
Du haut de cette tour, qui domine la ville et toute la vallée du sud-ouest, on découvre un magnifique pahoràma.
M MANS A SILLÊ-LË-GUlLLAUflE. 160
Au sud et tout près du château, est Téglise Notre-Damede-Sillé , à laquellé on arrive par des rampes escarpées et de pénibles escaliers. C'était, dans Forigine, une collégiale , fondée par les premiers barons de Sillé, et réglementée, dès le xui* siècle 9 par les évéques du Mans. Sous un porche avancé, s*ouvre un joli portail gothique du milieu ou de la lin du xiii" siècle. La sainte Vierge, tenant l'enfant Jésus, est posée sur trumeau qui partage la porte d'entrée et sup* porte un tympan sur lequel est sculptée une scène du Jugement dernier. Les douze apùtres, rangés sous une série de pinacles, remplissent la voussure, sur la clef de laquelle est figuré un ange agenouillé. Deux inscriptions , St. Juluic et B. Geoffroy, indiquent la place autrefois occupée par les statues de l'apôtre du Maine et par le bienheureux Geoffroy de Ijoudun , le principal bienfaiteur de cette église et Tun des plus illustres évéques du Mans.
Les autres parties de l'édilice appartiennent presque toutes à une époque postérieure k celle du portail : cependant la partie méridionale présente un curieux pignon du xii* siècle, à la base duquel est l'entrée d'une grande crypte ramifiée en croix et régnant sous la nef et le transsept. Le plan de l'édifice supérieur représente une croix latine sans colla* téraiix : envient d'ajouter au chœur deux chapelles latérales qui lui ont naturellement emprunté son style, et dans lesquelles on nemarque des essais de sculpture assez heureux. Les stalles du chœur, quoique horriblement mutilées , méritent pourtant quelque attention ; elles présentent quelques saints au milieu de hgures grimaçantes de monstres et d'animaux.
Sillé possédait, avant la Révolution, un couvent de Minimes, fondé en 1623 par François de Cessé, duc de Brissac : au-dessus du château , on peut voir l'église de ce monastère, servant actuellement de grange.
Les environs de Sillé, sa forêt surtout y offrent de jolies
170 minËaAiiO!: dë pams a layal.
promenades et des points de vue extrêmement variés. Si vous gravissez la colline escarpée et rocheuse qui domine le château au nord, vous jouirez d'un ravissant coup d'œiU en apercevaiU la ville, sus tours et son clocher cachés comme au fond d'un vaste entonnoir environné de verdure. Â â kilomètres deSiUé/on trouve encore dans la forêt les ruines d'une forteresse considérable sur laquelle la tradition reste entièrement muette.
Vieux chàleau de Sainle-Suzaniie.
DE SILLÉ LE GUILLAUME A ÉVRON
Non loin de rembarcadère, après avoir traversé à niveau la route départementale de Sillé k Sablé, la voie de fer, pénétrant dans la commune du Grez, se jette sur le flanc d'un coteau parallèle à celui d'Oigny, et s'arrête k la station de Rouessé' Vassé.
Le bourg de Rouessé est situé sur l'extrême limite du département de la Sarthe. Vassé était le manoir féodal de la famille de ce nom, la plus illustre et la plus noble de la contrée, comme le témoigne encore ce dicton populaire :
Richesse de Bouillé, Noblesse de Vassé.
Vers la fin du xi* siècle, Geoffroy, sire de Vassé, fut fait prisonnier dans un combat livré entre Robert Talvas, comte
du Porche^ et le célèbre comte Uélie de la Flèche. De vastes souterrains s^ëchappaienl dans toutes les directions du chft-
teau de Vassé, dont il reste des débris considérables qui semblent dater de la fin du xvi^ siècle. On y voyait, avant la Révolution , une belle collection d'anciennes armures et le manuscrit original de la vie de saint Louis par le sire de Joinville. £n 1791, après Témigration de M. de Vassé, ces armures furent vendues à raison de deux sous et demi la livre, payés en assignats ; le manuscrit de Joinville, qui avait coûté cent louis, fui porté par le régisseur au district de Sillé.
L'église de Rouessé est spacieuse et o&re un mélange confus de tous les styles et de toutes les époques. On y remarque trois jolis autels eu marbre, et deux autres autels, portant la date de 1764, avec de charmants détails de sculptures en bois, des guirlandes de fleurs, des missels, des goupillons et des instruments de musique. Autrefois, on voyait dans le chœur les tombeaux en marbre de deux seigneurs et d'une dame de Vassé.
Au delà de Rouessé, nous courons dans des remblais et sur des déblais de peu d'importauce, et nou3 atteignons la limite des départements de la Sarthe et de la Mayenne, à la hauteur du 256* kilomètre, à partir de Paris. Nous entrons, dès lors, dans une suite de courbes et de contre-courbes de 900 à tOOO mètres de rayon, qui nous conduiront jusqu'à la station d'Ëvron. Mais d'abord, au milieu d'un groupe de modestes maisons, nous nous arrêtons à Voutré^ la première station du département de la Mayenne.
Youtré ne nous rappelle aucun souvenir important, m nous montre aucun monument intéressant, pas même son
église, qui n'a d'autre célébrité que celle d'avoir servi aux Chouans de point de réunion.
La partie du département de la Mayenne, ou, si vous l'aimez mieux, du bas Maine, que nous allons traverser, pré- MmU un terrain fortement accidenté, parsemé de coteaux et
D£ S1LLË-L£-GUILLAUM£ A ÊVROM. 173
entrecoupé de vallées et de ravins. Les champs y sont divisés à r infini et entourés de haies vives entremêlées d'arbres fruitiers, de chênes aux rameaux diffus, de châtaigniers et de hêtres, qui leur donnent dans le lointain rapparunce d'une immense forêt. Au fond de ces closeries , peu favorables sans doute mi progrès de l'agriculture, mais de l'as* pect le plus riant et le plus pittoresque, se cachent les humbles maisons des métayers^ et dans leur impénétrable enclos paissent des troupes de bestiaux et des bandes de volailles, qui font la principale richesse de leurs propriétaires.
Depuis notre départ de Sillé, nous avons longé, sur notre droite et dans presque toute son étendue, la chaîne des Goëvrons, collines célèbres par leurs belles roches feldspa«thiques ou pétrosiliceuses, dont les couleurs, ordinairement nuancées et jaspées, varient du vert au jaune et du rouge au violet, diversement rubannés.
Au delà de Youtré , après avoir traversé la petite rivière d'Erve, nous avons laissé sur la droite le village d*Asséle-Bérenger, dont les anciens seigneurs. Payen et Robert,^ fils de Vimarcë d'Assë, suivirent le duc Guillaume de Nor* manjie à la conquête de l'An^Uleire. A rentrée du village, s*éiève un petit château tort dont les tourelles gothiques se cachent sous Tinextricable tissu du lierre* L'église, sous le vocable de saint Thuribe, est remarquable par son ancienneté, son appareil en demi-feuilles de fougère, ses fenêtres longues et étroites, ayant tout au plus quatre pouces de largeur, et par l'épaisseur des contre-forts qui consoUdent ses murailles.
Saint Thuribe, deuxième évôque du Mans, voyageant dans le bas Maine, s'arrêta à Assé, où, à la prière des habitants,
il fit jaillir une fontaine miraculeuse, dont l'eau guérissait les yeux et attirait un grand nombre de pèlerins. Cette fontaine, très-abondante, se voit encore à Assé, au sud de l'église, et se jette dans l'Erve, à trente paà de sa source.
ITiN£HAlK£ D£ PAEIS A LAVAL.
Sur votre gauche, s'étend un ravissant paysage, terminé à l*homoii par le monticuiesur lequel s'élèvent Téglise, le vieux château et les blanches murailleB de la petite ?ille de Sainte- Suzanne. Vous entrez dans la profonde tranchée des Rouzières, au sortir de laquelle vous apercevez la flèche inclinée de Téglise à'Évrm^ déjà le train ralentit sa marclv» et s'arrête à cette importante station, où vous découvrez, éparses dans la ' plaine, les pauvres maisons du faubourg de la Roche- Madeau. Tout près de la gare d'Évron, vous voyez, sur des talus escarpés , de massives tours de granit couronnées de campaniles , d'où s'échappe parfois une fumée noire el épaisse; vous pourriez, ai^ premier abord, les prendre pour des forteresses en flammes et prêtes à s'écrouler : ce sont les fours à chaux d'Évron, dans lesquels on calcine journellement une immense quantité de calcaire bleuâtre, objet d'un commerce considérable.
Ëvron n'est plus cette petite ville éloignée de toute voie de communication, inabordable en toute saison, tant ses rues non pavées étaient boueuses et remplies de flaques d'eau incessamment croupissante. Il est traversé aujourd'hui par des routes impériales, départementales et stratégiques, qui le relient aux centres principaux du département et facilitent Taccès de son marché renommé depuis longtemps par l'abondance et la variété de ses denrées. Déjà même, pour faciliter son commerce, il a bâti une nouvelle balle, construction vaste et commode«
Éf ron est situé au milieu d*un fertile bassin de calcaires et de schistes. Ses rues , assez larges et passablement alignées, renferment un certain nombre de maisons à portes cintrées, à toits rapides, à tourelles, qui font déjà présumer de son ancienne origine. Ses vieilles halles sont remarquables par leur immense charpente. En traversant l'une de leurs obsèures travées, vous aborderez l'église par son flanc méridional et vous serez frappé de l'élégance de son. abside
DE SILLÉ-LE-G(]1LLAUM£ A ÊVRON. 175
gothique, accolée à Tabside romane de la chapelle Saint- Grépin. L'église d'Évron est peut-être le plus bel édifice re-* ligieux du département de la Mayenne, et Tun des plus remarquables de l'ancien diocèse du Mans. Le voyageur se sent irrésistiblement entraîné à Tadmirer. Le clocher qu'il aperçoit de loin pique vivement sa curiosité par la hardiesse de sa construction et rinclinaibon très-pro- , noncée de sa ilèche sur la croix latine des voûtes qui forment sa base^ Avant d'entrer dans l'église d'Ëvron » laissez-nous vous dire la vieille légende qui raconte son origine.
« L'an 648, un pèlerin revenait de la terre sainte, portant avec lui une relique qu'il avait recueillie dans un temple, ou, suivant d'autres, dans la maison d'un paysan. C'étaient quelques gouttes du lait de la sainte Vierge, conleiuies dans une fiole de vprre qu'il avait précieusement renfermée dans un sac de cuir. Arrivé dans une forêt profonde et harassé de fatigue, il s'arrêta sur le bord d'une claire fontaine, attacha son sac aux branches d'une aubépine et ne tarda pas à tomber dans un profond sommeil. A son réveil, il voulut reprendre son sac; mais l'arbre avait tellement grandi qu'il ne pouvait plus l'atteindre. 11 prit une hache pour
4. Quelques personnes ont cru voir un sens mysiique d \ns l'inclinaison très-remarquable de la flèche d'Évron, et ont pensé que rru i luiecle de celle églisp l'fîvnit fnile à dessein pour rappeler l'inclinaison de la lôlc du Christ expirant sur la croix. Suivant quelques antiquaires, c<> serait la même pensée qui aurait animé les architectes de certaines de dos plus belles cathédrales, dans lesquelles onremarqoe une déTiatioii très- sensible du chœur surl'axe de la nef. Pour nous, nous considérons la déviation de la flécbe d'Érron, entièrement construite en charpente, comme im accident occasionné» soH par le tassement de la maçonnerie inférienre, sott par des pièces de bois dont les te* noi|s ont joué dans les mortaises. Les eiemples de flèches en charpente inclinées comme -celle d*Évron sont asses fréquents, et nous pourrions citer celle de Craches (Seine-etOise) et cdle de Nogent-Ie»Boi (Eur«-elrLoir). Le vieux clocher en pierre de la cathédrale de Chartres offire aussi une inclinaison très-* prononcée , que nous considérons de même comme un vice de eonsiruction et non comme .le résultat de la volonté de rarchitecle.
176 lïiiNËlUlUË DË PAUlS A LAVAL.
rabattre; mais le fer n'entamait pas même le tronc, qui semblait gros&ir encore à chaque coup. Ëmerveiilés de ce prodige, les habitants du lieu coururent en avertir saint Hadouin, évêque du Mans, qui se trouvait dans les environs. Le prélat vint en toute hâte, s'agenouilla, pria et détacha sans aucune difliculté le sac^ qu il remit à son propriétaire. Celui-ci, comprenant bien que la volonté de la sainte Vierge était que la relique restât en cet endroit, s'empressa de l'offrir à 1 evéque. Hadouin iit construire une église dans laquelle il enferma la fontaine et Taubépine ; il fonda une congrégation de moines bénédictins qu'il dota richement, lui donnant la seigneurie d*Évron et une grande quantité de terres environnantes, pour veiller à perpétuité sur ce précieux dépôt. >
IMjk, vers la fin du ni* siècle, saint Thuribe, successeur de saint Julien, avait fait construire dans ce même lieu une chapelle pour une petite congrégation de chrétiens qu'il avait trouvée établie dans cette forêt qu'on nommait Aurion. Dans le testament de saint Hadouin, Évron est nommé Auriono vico; plus tard, on le retrouve sous le nom à^Ebronium,
Telle fut , d'après les chroniqueurs , Torigine d'Ëvron* L'abbaye fondée par saint Hadouin prospéra jusqu^à Tan 8S3, attirant im grand nombre de pèlerins et surtout de femmes privées de lait, que Teau de la fontaine, le toucher de la relique et Tintereession de la sainte Vierge guérissaient de tous leurs nuiux. Mais à cette époque, ■ les iSorniands pillèrent et ravagèrent i'égli^se et le monastère. Ce lieu si florissant n'offrit plus aux yeux attristés que l'image hideuse de la solitude et de la dévastation. En 98i , Robert, vicomte de Blois, qui venait d'hériter de la seigneurie d'Évron et de ses dépendances, s'empressa de relever ce monastère et d*y placer des religieux pour veiller, comme auparavant, auprès de la relique. >»
» Les religieux, qui avaient reçu successivement des dons magnifiques de la pieuse libéralité des Guy de Laval,
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des Jttbel de Mayenne et de touB les seigneurs du voisinage,
résolurent, au commencemenl du xiii* siècle, de consLi uire, en l'honneur de la sainte Vierge, une basilique plus somptueuse et plus digne de leur sainte patronne. Ils la placèrent à Textrémité orientale de la vieille église.... Les deux édifices boni réunis, et ne forment maintenant qu'un seul et même temple K • Uhistoire du pèlerin est peinte sur les vitraux du ehœur, sculptée sur les murailles et sur les boiseries de Tëglise V François de Château b riant, qui fut abbé d*Èvron de 1485 à 1519, iil faire un riche reliquaire d'argent, qu'on voit encore , représentant un petit temple carré , couronné d'un
doine et surmonté d'une croix, à l'intérieur duquel est un tube d'étaio, contenant le lait miraculeux. Le même abbé^ en faisant refaire le maître aute), fit détruire une aubépine fort artistement sculptée, au pied de laquelle était, dans une niche, la statue en argent de la sainte Vierge, objet de la vénération des fidèles qui lui faisaient toucher leurs chapelets et donnaient à l'élise d'Ëvron le nom de Notre-Dame de
l'Épine sainte.
Quant à la fontaine, qui était dans le chœur, protégée par un couvercle en bois, elle fut bouchée, en 1770, par les bénédictins eux-mêmes, à cause des pratiques superstitieuses auxquelles elle donnait lieu.
Depuis ce temps , l'église d'Ëvron a perdu bien d'autres objets précieux ; toutefois elleest restée dépositaire de son antique rehque, objet constant de la vénération des fidèles, mais à laquelle on a ajouté dernièrement « une partie du véritable voile de la mère de Dieu, relique dont l'authenticité est bien
plus certaine. »
Cette ancienne église abbatiale devint paroissiale en lâûO :
4 . Notice historique sur Évron, son abbaje et ses monuments^ par M. Tabbô Céraull, Laval , 4 840.
2. On la relrouye même sur tes viUraux de la caUiédrale du Maiia.
c'est, comme noue rêvons dit, Tédifice religieux le plus re» marqutble du département delà Mayenne. Destinée primitivement k une abbaye et enfermée dans renceinle des bâtimentfi claustraux, comme i'église abbatiale de Saint-Pierre de Chartres, elle n'a ni portail ni grande entrée. A Textrëmité occidentale de sa vieille nef, s*élève une tour carrée avec mâchicoulis et auirea moyens de défense, qui font voir qu'elle a été construite pour protéger le monastère dans les temps d'invasion et de guerres civiles. Cette nef est celle de réglise bâtie h la fin du x* siècle par le vicomte Robert : son architecture lourde et massive, le petit appareil de ses murs, ses piliers carrés , ses cintres à claveaux^ symétriques , ses fenêtres étroites (aveuglées du côté septentrional; portent, en effet, tous les caractères des édifices de cette époque reculée. Du côté méridional, les fenêtres ont été ouvertes vers 1666, époque k laquelle on posa aussi le lambris penu qui sert de voûte.
La seconde partie de la nef et le chœur qui la termine
sont beaucoup plus élevés que cette construction romane, et appartiennent dans leur ensemble aux plus brillantes époques de l'architecture ogivale. «
A l'extérieur, au-dessus de la porte d'entrée méridionale, auprès d'une série d'arcatures à plein-cintre incrustées dans le mur du transsept, on remarquera deux écussons : l'un, de ffueules semé de fleure de lie d'or sane nombre^ est celui de l'abbé François de Chateaubnant ; l'autre, portant de gueules à trois pals de vair^ est celui de la baronnie abbatiale d'JÈvron. Le grand pignon du transsept est éclairé par une immense fenêtre ogivale, dans le tympan de laquelle les meneaux se contournent en fleurs de lis.
A rintérieur, les quatre grands piliers qui supportent les voûtes de la nef et des transsepts sont composés de groupes de colonnes, dont les cbapileaux bistoriés offrent des détails pleins d'intérêt. Le pilier en face de la chaire présente un
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magnifique cul-de-lampe supportant un crucifix de grande proportion.
Le chœur, environné d'un large collatéral bordé de sept belles chapelles rectangles'et symétriquement disposées, est d'une élégance et d'une légèreté remarquables. Les colonnes élancées avec leurs chapiteaux, les archivoltes des neuf
L'église d'Ëvron.
arcades qui le composent, ornées de feuilles de chêne et surmontées d'un fronton triangulaire; une rangée de statuettes posées sur le tailloir des chapiteaux et s'abrilant sous des daîs d'une exquise 'délicatesse, délicieuse galerie que sa belle conservation rend plus précieuse encore : tout annonce un travail des premières années du xv* siècle. Neuf fenêtres,
quatre grandes et cinq plus étroites correspondant aux arcades inférieures, éclairent lé chœur et l'abside, dont le pouriour est tapissé crarcades, de trèfles et de rosaces d*une merveilleuse délicatesse*
Sur le devant du chœur 8*élève le maître autel, en marbre bleu turquin, décoré d'un magnifique bas-relief en niarbre blanc, œuvre très-remarquable de la seconde moitié du siècle dernier, représentant Jésus-Christ mis dans le tombeau. Le pourtour et les gradins de Tautel sont décorés de guirlandes en bronze doré. Au milieu de six beaux candélabres en même métal, ornés d'épis de blé et de grappes de raisin, sur le tabernacle, s*élève un crucifix autour duquel s*enlace un serpent du travail le plus délicat. Sans cumpterle crucifix ' et les candélabres qui avaient coûté 500 livres la pièce en i779, Tautel coûta 10 000 livres, en y comprenant le bas* relief qui avait été fait pour la cathédrale de Rouen, et avait été évalué 3000 livres*. Derrière Tautel, et tout autour de l'abside, sont disposées des stalles de chêne sculptées» au milieu desquelles se trouve le siège du prêtre officiant.
Les cinq fenêtres de l'abside sont encore, en grande partie, décorées de leurs anciens vitraux. Les chapelles du pour*» tour sont toutes remarquables à différents titres, et par la délicatesse de leurs détails et paries grandes arcades sublrilobées, â frontons aigus, dans lesquelles sont les piscines de FaateL Dans deux de ces chapelles, on voit deux statues tumulaires de religieux bénédictins, sans aucune inscription, qui paraissent dater de la fm du xiv* siècle. Malheureusement » les fenêtres de ces élégantes chapelles » comme celles de la nef et du transsept, sont presque entièrement bouchées; ce qui , à l'extérieur comme à l'intérieur, nuit singulièrement à Télégance et à la légèreté de ce beau vaisseau.
<. Ce bas-relief csl ordinairement protégé par un devant d'aulcl posliclie ^u'oQ relève les jours de grandes fêles el à la demande des Yisiteurs.
DE SILLÉ-LE-GUILLAUME A ÉVRON
Deux autres grandes arcades, ouvertes sur la paroi septentrionale, correspondent à celles de la partie méridionale; elles sont ornées d'un grand pinacle et de frontons triangulaires sublrilobés, dans lesquels sont représentés, d'un côté, le vicomte Robert, second fondateur de Tabbaye, et dB l'autre, le pèlerin faisant d'inutiles efforts pour détacher sa relique de l'aubépine, au pied de laquelle est l'évêque Hadouin, entouré d'un groupe de religieux prosternés devant la Vierge qui tient l'enfant Jésus.
\ i. ti.
' Porte de la chapelle Sainl-Crépin.
Près de cette double arcade, s'ouvre une porte communiquant dans la chapelle de Saint-Crépin , construction trèsremarquable de la fin du xii* siècle , sur les voûtes de laquelle on trouve des vestiges de peintures murales. A l'abside, on reconnaît encore très-distinctement le Christ au milieu des quatre Èvangélistes avec leurs attributs. Aliénée d'abord comme bien national, cette chapelle fut par la suite
rendue à TÉgUse, et vient d'être restaurée. La première travée de l'édifice est séparée par une cloison qui en masque
reairée occidentale. On en sprt, sur le ûanc septeo trional, par une petite porte en granit, dont la rudesse architecturale est en parfaite harmonie avec celle de la matière. Deux courtes
colonnes à chapiteaux de crosses végétales supportent un arc légèrement ogival, dont les claveaux , symétriquement arrondis 9 offrent Faspect d'une construction en bois rustique. Les tores de raichivolle sont reliés entre eux par une série d*empattemenl3 de forme bizarre, qui augmentent encore le caractère étrange de cette rude architecture.
L'abbaye des bénédictins d'Èvron est occupée actuellement par la maison mère de la congrégation de ces pieuses sœurs de la Charité» qui consacrent leur vie entière aux soins des malades et à l'éducation de la jeunesse. La maison claustrale, qui subsiste encore, fut commencée en 1724, sur remplacement de Tancien couvent; mais elle ne fut point continuée sur le plan primitif^ et la Révolution empêcha son achèvement. C'est un immense bâtiment en granit, d'un style simple et sévère , relié à l'ancienne nef de l'église par ia tour carrée dont nous avons déjà parlé» avec de belles terrasses et de magnifiques jardins. La chapelle des religieuses, construite en 1836, est remarquable par les belles boiseries et les meubles sculptés dans le goût du xv* et du XVI* siècle , dont on Ta décorée. On y admirera surtout le maître autel, orné de quatorze niches; le tabernacle, représentant une église surmontée d'une flèche à jour; deux chftsses finement découpées , deux crédences et deux bénitiers; le siège a dossier du célébrant, le siège du chapelain et son prie-Dieu; le chandelier pour le cierge pascal et six autres chandeliers, véritabloB chefs-d'œuvre d'élégance et de grâce, tous dus à l'habile ciseau de M. Blottier, et exécutés en superbe bois de chêne des forêts du Nord.
Nous ne saurions trop recommander aux voyageurs du
DE SILLÉ-LE-GUILLAUME A ÉYRON
chemin de fer de TOuest la station d'Êvron; déjà si intéressante par elle-même , elle est encore le point de départ pour diverses excursions que Tantiquaire, le naturaliste et Tamateur de sites pittoresques ne peuvent se dispenser de faire.
Nous proposerons d'abord une promenade à Jublains, qui n'est qu'à 12 ou 13 kilomètres vers le nord -ouest d'Évron, sur la nouvelle route départementale de Mayenne.
Chàloau de Mézanger.
Après avoir longé sur votre droite la lointaine perspective du Montaigu, et laissé à gauche la commune de Mézanger, son beau château moderne avec son vieux château du Rocher, vous traversez une plaine couverte de landes, de marais et d'étangs; puis, au sortir d'une forêt végétant à peine sur un sol granitique, l'aspect du pays change complètement, et vous apercevez Jublains assis sur la sommité du coteau.
184 inNtRAIRE DE PAMS A LAVAL.
Jublains occupe remplacement de rancienne cité des Avlerces-Diablintes; c*ëtait Naiadunum, que les Romains
avaient reconstruit tt fui Lifié. Cette ville fut, dit-on, ruinée par les Normacds, dans le courant du xi* siècle. Dans Tintërieur du bourg actuel^ on retrouve de nombreux vestiges de l'ère gallo-romaine. Devant le portail de réi^lise, ce sont les restes d'un vaste hypocauste, au-dessus duquel ou a découvert des sarcophages en pierre du moyen ftge. Au sud de rédifice religieux, dans les jardins du sieur Barbes, est remplacement encore inexploré d'un amphithéâtre; ailleurs, c'est un temple; partout on a trouvé des médailles, des poteries, des fondations et des débris de somptueux édifices. Mais ce qui reste de plus curieux et de plus important k JublainSi c'est la forteresse, le Casteilum que les Romains avaient construit pour surveiller et pour protéger la contrée- Cette forteresse est à peu de distance et à l'ouest de réglise. Son plan offre un carré long de ilT'^yâO sur iOé^^^âS, dont les murailles, construites en pierres cubiques de petit appareil alternant avec un cordon formé de deux rangées de briques superposées et reposant sur des assises d'énormes blocs de granit grossièrement taillés, ont encore 4 ou 5 mètres de hauteur sur 3 d'épaisseur. Cette première encemte est flanquée de tours qui font une forte saillie sur la muraille; une tour ronde défend cliacun des quatre an(^^les; Jeux autres tours, également rondes, sont placées sur les côtés de Test et de l'ouest, et une seule tour carrée se trouve sur la façade méridionale. Ces neuf tours , pleines à rintérieur, ont 6 ou 7 mètres de diamètre.
On pénètre dans la forteresse par une large brèche pratiquée dans la muraille, auprès de la loge d'un cantonnier, gardien et cicérone du monument. On y trouve une seconde enceinte offrant un carré long, flanquée à ses angles de quatre tours carrées et renfermant une troisième enceinte
DE S1LLÉ-LE>6IIILLA1IHB A BVRON. 185
de ta même foraie que les deux autres. Des fouilles récentes
ont débarrassé ces forts intérieurs des terres et des bois qui les masquaient, et ont fait découvrir diverses constructions, des étuveS) des salles de bains et tous leurs aceessoireSy dans la description desquels nous ne pouvons entrer ici. Nous insisterons seulement auprès des voyageurs pour leur recommander de ne point se priver d'une excursion à Jublains, qui sera pour eux du plus haut intérêt.
Du haut des murailles cL des tours du Castellum antique, la vue s'étend au loin sur les campagnes du bas Maine et jusqu'à la petite ville de Sainte-Suzanne, où nous nous proposons dè conduire nos lecteurs.
Sainte- Suzanne est à 7 kilomètres vers le sud- est d*Ëvron; la route qui y conduit , sembUtble à une allée de jardin, est bordée de verdoyantes prairies et de ces haies épaisses qui donnent aux campagnes de la Mayenne l'aspect d'un immense bocage. Cette petite ville , située sur un étroit plateau de la chaîne des Goevrons, dominant la profonde vallée de TErve, n'est abordable que du côté du nord. On peut sans aucun danger, mais non pas sans une certaine appréhension y faire le tour de ses remparts par Tancien chemin de ronde , étroit sentier suspendu au-dessus de la vallée. A droite vous suivez les blanches murailles de la ville féodale» garnies de leurs tours rondes et de leurs bastions carrés, appuyées sur d'épais eontre*forts , percées de fenêtres ou de longues et étroites meurtrières, et souvent cachées sous la ronce et le lierre. Vous foulez, aux pieds un épais tapis de planteâ balsamiques» de menthe, de ser*. polel et de marjolaine, au milieu desquelles l'œillet sauvage élève parfois sa brillante corolle. De l'autre côté, votre œil contemple un immense horizon» ou plonge dans la profonde vallée aux escarpements hérissés de rochers , au fond de laquelle la rivière d'Erve fait bruyamment mouvoir de nombreuses usines. Vous arrivez ainsi au lieu qu'on
186 mN&RMafi Dfi PAEIS A LAVAL.
nomme la Poterne^ où le rempart vous oâr^ le curieux phénomène d'une muraille vitrifiée. Les )>îerres, pour la pluparl de grès, y Bont en effet engagées dans un mortier vitreux,
comme dans certains châteaux forts célèbres ea Écosse» et dont on cite quelques exemples en France.
Plus loin, après l'enceinte de la ville, qui décrit un polygone irrégulier d'environ mille pas de circonfurence, vous rencontrez Fenceinle particulière du vieux château , de forme triangulaire, consistant en fossés convertis en jardins , et en hautes murailles garnies de tours demi-rondes et de cré* neaux. Auprès de la porte d'entrée, défendue par deux tours, s'élève un donjon du xii" siècle , enclavé dans l'enceinte du château. La masse imposante de ce vieil édifice n'est pas ce qu'il y a de moins intéressant dans les ruines des fortifications de Sainte>Su2anne. Le château moderne, qui s'élève non loin du donjon, est une construction de la fin da ivi* siècle, régulière, mais triste et froide, n'offrant rien de remarquable.
L'église paroissiale i^e se distingue que par l'abus des couleurs vives et tranchantes dont on a cru devoir la dé*-
corer. On y conserve quelques reliques de sainte Suzanne, renfermées dans une petite boite d'argent de forme ovale, gravée au burin avec assez de délicatesse, dans les ateliers
de liûisseau, orfèvre à Laval, en 1717.
La ville de Sainte-Suzanne est d'une origine fort ancienne, et elle a joué un r61e brillant dans les guerres du moyen âge. Guillaume le Conquérant, à la téte de ses Normands et des Manceaux, Tassiégea en 1073 et ne la prit qu'après d'incroyables efforts, tant elle était vaillamment défendue par Robert de Beaumont. L^armée du comte de Salisbury s'en
empara aussi en i424, malgré l'héroïque défense d'Ambroise de Loré, le plus rude champion de la cause royale dans la province du Maine. Pendant la Révolution, quoique démantelée depuis longtemps, elle ne tomba pas au
i88 ITINÉRAIRE DE PARIS A LAYAL.
pouvoir de rarmée royaliste, qui avait établi son quartier général et ses hôpitaux dans les Goêvrons.
Rien n'est plus varié et plus pittoresque que les environs de Sainte-Suzanne, soit que Fceil s'égare à l'ouest sur.de vastes étangs et des landes incultes , soit que par un soleil brillant il cherche au midi les flèches d'Angers saillissant sur un lointain horizon , soit qu'il s'arrête vers le nord-ouest sur les blanchisseries et les nombreux moulins que VErve met en mouvement. Rien aussi n'est plus intéressant qu*uiie promenade aux alentours de cette jolie petite ville. Ici, c'est le tertre Ganeau , monticule qui s'élève au sud-est» offrant des traces de retranchements anciens , sur lesquels les antiquaires se perdent en conjectures; au nord-est, ce sont deux enceintes bien distinctes, qu'on appelle le Camp des Anglais. Deux kilomètres plus loin , c'est la carrière des Erves avec ses beaux fours à chaux, qui de loin ressemblent à des donjons du moyen âge appuyés sur d'épais contre-forts. Le calcaire qu'on exploite dans ces carrières offre des couches dolomitiques fort remarquables, dont la dureté est aussi grande que celle du marbre ordinaire. Quelques grottes y ont été découvertes» et dans ces grottes des ossements fossiles dignes d'attention. A quelques centaines de pas de la ear^ rière, tout près de la rivière, sur le penchant de la colline, ce sont des monuments celtiques» des dolmens de dimensions gigantesques. Plus loin» ce sont les ruines imposantes du château de Thorigné et l'emplacemeiiit où fut Vagoriium, l'antique cité des Arviens» dont la rivière d'Erve a presque conservé le nom. Mais nous ne pouvons que vous indiquer ces curiosités» car notre itinéraire du chemin de fer de l'Ouest nous rappelle sur la ligne.
Porte BeoeheretM, i Laftl.
D'ÉYRON A LAVAL.
Un alignement de 4651 mèitres de longueur, le plus con •
sidérable qui se trouve entre la limite du département de la Mayenne et la ville de Laval » sépare la station d*£vron de celle de Néau.
' Néau , que les anciens titres appelaient Néel et Nyely ne nous offre que peu d'intérêt. Il possède une carrière de mar- 1 bre gris rosâtre et du minerai de fer; son église fort irrégu- ! lière , mélange confus de plein-cintre et d'ogive , n*a pour clocher qu'un simple pinacle en pierre, et son unique bas côté , portant la date de DUB, est la partie la .plus récente I . de l'édifice. Dans les fondations du pont jeté sur la Jouanne,
190 ITliNÉHAlRË DË PARIS A LAVAL.
on a trouvé, en i835, une lame d'épée remontant à une
époque reculée.
Un peu plus loin, nous laissons sur la droite la commune de Brée , ancienne seigneurie dont le châtelain, Hubert de Brëe,
se croisa en i 1 58 et suivit Geoffroy de Mayenne en Palestine. On voit à Brée les ruines de Tun des plus anciens châteaux forts de la contrée, aux épaisses murailles percées de longues et étroites meurtrières, avec de larges fossés. convertis en prairie. L'église, dans laquelle on reconnaît trois styles, d'architecture, a réparé les désa,stres que lui causa rineendie allumé par les Chouans aux plus mauvais jours de nos troubles révolutionnaires.
« Trois kilomètres encore, et nous nous arréteîons à la station de Mmtsurs, Monteurs (Manê-Seeurus) est un bourg
fort ancien, l'un des chefs-lieux de canton de Tarrondissement de Lavai. On y retrouve les traces de deux voies romaines, Tune appelée la Rue Ferrée et l'autre le Chemin^ Chausse ou des Epavés. G*étaitau moyen âge une chatellenie dépendant de la baronnie, puis du comté de Laval. £n 1404, Anne, unique héritière de Guy XII, baron de Laval et de Vitré, et de Jeanne de Châtillon, veuve en premières noces de Tillustre Bertrand du Guesclin , épousa Jean de Montfort, sire de Kergorlay, fils aîné de Raoul VIII, sire de Montfort en Bretagne , de Goêl , de Lohéac et de la Roche-Bernard , lui apportant en dot la terre de Montsurs. Après la mort de Guy XII, Jean de Montfort, héritier de son beau*père, prit possession de la baronnie et des armoiries de Laval, sous le nom de Guy XIII. Il fut père de cinq enfants, parmi lesquels fut André de Laval-Lohéac , qui naquit au château de Montsurs vers la fin de Tannée 1410. Ce jeune homme grandit vite au milieu des périls de la patrie, incessamment menacée et tombée presque entièrement sous le joug de l'Angleterre. Aussi, dès les premières années du règne de Chéries VII , Jeanne de Châtillon , son aïeule , lui ceignit
D'ÉVRON A LAVAL. 191
Véfée de du Gnesclin , au moment où il partait avec Guy ,
sou frère aîné, pour combattre les Anglais qui venaient d*eu- ' trer dans le Maine. A la première action , le ducd'Âumale le fit chevalier surie champ de bataille, et lui adressa ces paroles en lui attachant Tépée de l'illustre connétable : « Dieu te fasse aussi vaillant que celui qui la portait! » Dès lors André de Lohéac devint le digne émule des Dunois, des La-* hire , des Xaintrailles et des Loré , et l'un des plus hardis compagnons de la jeune héroïne que Dieu avait envoyée pour sauver la France. Les deux frères, après avoir suivi en 1429 et 4430 toutes les phases de la guerre, revinrent tous deux défendre leur propre territoire envahi par les Anglais. André fut chargé de la défense de Laval , que le roi venait * d'ériger en comté. Mais tandis qu'il veillait sur cette ville, libre enfin du joug étranger, le comte d'Arundel se vengeait de toutes ses défaites en mettant le feu au château de Montsurs , dont il ne resta bientôt plus qu'un monceau de ruines.
Ce château était situé sur le point culminant de la ville et entouré d'immenses fossés; mais il en reste à peine quelques traces qui disparaissent encore tous les jours. De misérables cabanes se sont adossées à ces antiques débris de murailles qui furent le noble berceau d* André de Lohéac.
Dans l'enceinte du château s* élève la chapelle des Trois- Maries, qu'André de Laval érigea en collégiale vers Fan i 398. Cet édifice, dans son ensemble, appartient au xiv* siècle, mais quelques-unes de ses parties remontent à une époque bien antériieure. Il communique, au moyen d'une arcade ogivale, avec une autre chapelle hociucoup plus petite, sur les murs de laquelle on retrouve des traces d'une litre seigneuriale aux armoiries de Laval. Des vestiges d'une litre semblable se retrouvent dans Féglise paroissiale de Montsurs, située en dehors de la ville , et qui, du reste, n'a rien de remarquable.
A Montsurs^ commence une rampe de 6 millimètres par
mètre qui se prolonge jusqu'à 23UÛ mètres de la^station. Nous laissons à gauche la vallée de la Jouanne èl le village de Saint-Géneré , à 6 kilomètres de Motitsurs. Nous perdons la riante perspective que le bourg d'Argentré offrait aux voyageurs par la route d'Ëvron à Laval. Àrgentré est re«» marquable par son site aéré et pittoresque , par son clocher & flèche aiguë, et surtout par ses importantes carrières de marbres de diverses couleurs ^ noirs, veinés de blanc et de bleu, jaspés petit-gris, qui ont retenu son nom et alimentent les ateliers des marbriers de Laval. Mais les nécessités du tracé ont voulu que la voie de fer évitât la hauteur sur laquelle il est bâti , et établit sa station à Ijmvemé , com* mune renommée aussi par ses bèlles carrières de marbre. Quelques minutes encore et nous arrivons à Laval.
La gare de Laval est dans une situation très-pittoresque , à 250 mètres de Toctroi de la ville. Le bâtiment principal du . débarcadère est établi sur la route impériale de Paris à Brest, dont le passage du chemin de fer a nécessité la déviation* Du point de bifurcation des deux voies part un énorme remblai de 26 mètres de hauteur dans sa plus grande élévation, qui traverse la vallée de la Mayenne et va se raccorder k la \ première pile du beau viaduc jeté sur cette rivière.
Le chef-lieu du département de la Mayenne est situé, comme tout son arrondissement, sur le territoire des Aulerces-Arviens » Tun des trois peuples gaulois qui habitaient Tancienne province du Maine. La date de Torigine de cette ville est fort incertaine; les uns prétendent que^ vers la fin | du viu'^ siècle, une forteresse y fut élevée sur la rive droite de .la Mayenne par Valla ^ l'un des lieutenants de Gharlemagne, pour arrêter les incursions des Bretons. Ce château, détruit par les Normands, aurait été relevé vers 840 l»ai Guy Valla, descendant du premier fondateur, etqueU ques habitations se seraient dès lorsf groupées alentour, employant dans leur construction les chênes séculaires de
D'ÉVROM A LAVAL* 403
rimmense forêt de Concise, qui couvrait les coteaux environnants. Les autres, avec plus de raison peut-être, regar-* dent Vorigine de cette ville comme bien postérieure à cette époque. En effet, le premier seigneur dont le nom se soit conservé par des titres authentiques fut Geoffroy-Guy, nommé IrèS'puissant seigneur de Laval (patentissimum daminum de Vatle) dans une charte d'Avesgaud, évoque du Mar s, datée de la cinquième année du règne du roi Kobert (1002). Il eut pour successeur son fils Guy II, que le cartulaire de l'abbaye de Marmoutier appelle fondateur et possesseur du château de Laval , Castri-Vallis conditor et possessor. Le même cartulaire semble aussi lui attribuer la construction du mur d'enceinte de la ville.
Quoi qu'il en soit, dès les premiers siècles de la féodalité, Laval devint la ville la plus importante du bas Marne et la siège d'une baronnie célèbre par la valeur, la puissance , le haut lignage et les belles alliances de ses possesseurs.
Ce même Guy II, que nous venons de nommer, fonda en il 40 le prieuré d'Avesnière , dont vous voyez encore la gracieuse église s'élever sur la rive droite de la Mayenne , et , vers la même époque , le prieuré de Saint-Martin de Laval. Il mourut en 10C5, et eut pour successeur son fils Hamon , lequel suivit Guillaume le Bâtard à la conquête de VAngleterre et reçut de lui, dans* ce nouveau royaume , des terres que sa famille conserva jusqu'au règne du roi Jean. Compagnon de son père , Guy III, qui lui succéda en 1080 , &*attîra si bien paf aa valeur et ses services Testime du conquérant , que celui-ci lui donna en mariage Denise sa nièce, fille de Kobert de Mortain, son frère utérin. Guy lY, son successeur en i095, partit pour la première croisade, et s^y distingua tellement qu'à son retour et à son passage à Rome, le pape Pascal II lui fit un accueil des plus distingués et voulut que désormais le nom de Guy restât attaché à la baronnie et aux barons de Laval (VaUiSf LamUlis^Guidanis) ,
privilège qui fut confirmé par lettres du roi de France Philippe 1". A cette époque, il n'y avait pas encore d'église dans reiiceftnl;6de8'niurs de Laval , dont les habitants allaient emtendre le service divin à Tégliee de Notre-Dame des.Bérils ^
qui fut depuis le prieuré de Saint-Prix, à 2 kilomètres en amont de la vilie, sur la rive droite de la rivière. Guy IV leur concéda nn terrain àlQn désert » nommé le Mont^upiter, .sur lequel s'éleva Téglise actuelle de la Trinité.
La noblesse des barons de Laval s accrut encore par i'ér clat de /leurs alliances* Guy V épousa la fille de Geoffroy i Plantsf^ét yXomte d*Atijou, etdeyittt ainsi le bèau-^frèrt d'Henri 11 , roi d'Angleterre. Guy VI, issu de ce mariage, fut renommé par sa bravoure et Tun des plus valeureux. com|m? gnoni dé Riehard Cœur de Lion. Guionnel, son. fils et suc- . cesseur, étant mort irès-jcune, Emme, sa sœur, lui succéda. Elle avait sucîcessivement épousé Robert d'Alençon, Matthieu de Montmorency y oonnëtable de France, et Jean de G)ioisi, allié à la maison de Bourbon* De la seconde alliance naquit Guy VII, qui fut la tige de Tillustre branche de Montmorency- Laval. Ce seigneur se croisa contre Mainfroi , usurpateur du royaume de Sicile , et à la mort d'André de Vitré » dont il avait épousé la fille, il hérita de la baronnie de Vitré, de la vicomté de Rennes et de la terre de Marcilly^ héritage d*nne valeur inappréciable qui permit à ses desccndants de s'initier profondément dans les aiiaires de la Bretagne.
Guy XII, le dernier rejeton de la branche de Laval-^ Montmorency, ne laissa qu'une fille, Anne, mariée en I404> à Jean de Montfort, sire de Kergoriay, qui prit le nom de Guy XUI avec les armoiries et le cri de guerre de la maison de sa femme, SainUPy Laval! De ce mariage nfr* quirent plusieurs enfants, entre lesquels furent Guy XIV et André de Lohéac , dont les noms brillent à coté de cens des plus vaillants champions de la cause de Charles VU. Les
D ËYROfi A LAYALt t
ennemis étaient maîtres des principales villes du Maine : Laval seul leur avait échappé , grâce à l-éuergie de la mève de Guy XIV 4 Anne de Laval , qui , voyant cette ville mena* cée , avait convoqué tous les nobles obligés de pourvoir à sa ^arde. Les eflbrts de ces dérenseurs ne purent la garantir; Talbol la prit d'assaut le 9 mars Le 25 septembre de. Tannée suivante, 300 hommes, conduits par des capitaines déterminés, surprirent la ville, attaquèrent les Anglais, les massacrèrent ou les firent prisonniers. L'anniversaire de eette heureuse délivrance fut longtemps célébré par une*
procession solennelle dans les murs de la cité,
Guy XIV» Tun des plus habiles capitaines de son siècle, avait aeeompagné Jeanne d*Arc à Reims., où , le jour même de son sacre , pour le récompenser de ses nobles et loyaux services, Charles VII érigea la baroume de Laval ea comté et donna dans ses lettres au nouveau comte le titre de cousin. Celui-ci porta la noble maison de Laval k Tapo-* gée de son éclat et de sa puissance. Veuf d*lsabelle, fille du duc de Bretagne Jean le Bon, il épousa en 1450 Françoise de Dinan, et réunit par cette alliance les baronnies de Montafi-* lant, de Cliàleaubriant el de Beauinanoir, à la vicomtë de Rennes, au comté de Laval, aux seigneuries de Vitré , de la Guerehe, deMontfort, deGoél, etc. Le comte de Laval ne compta pas dans ses dépendances moins de cent quarante terres nobles, disséminées dans toutes les parties du royaume. Louis XI, auquel il s'était montré aussi dévoué qu*à Charles VU, établit en sa faveur le rare privilège d'une cour des comptes de Laval. Déjà, par les lettres patentes de Charles YH, il jouissait du même rang et des mêmes honneurs que les comtes de Soissons, d* Armagnac et de Foix.
Guy XV, fils aîné de son premier mariage, lui succéda'en 1480. Son union avec la fille du duc d*ALençon, tout en l'alliant au sang royal , lui attira les faveurs de Louis XÎ et de
196 ITlMÉaAIRË D£ PARIS A LAYAL. -
Charles VIII. Le premier détacha le comté de Laval de celui du Mainei pour le faire mouvoir directement de la couronne ; et le second, pendant la guerre de Bretagne ^ vint faire un assez long séjour au chàLeau de Laval. Ce comte mourut le 20 janvier 1501, laissant Laval et une partie de ses vastes domaines à Guy XVI, son neveu, sire de La Roche-Bernard^ petit-fils de Guy XIV et d'Isabelle de Bretagne. Gelai-ci rendit de grands services pendant les guerres dltalie et surtout pendant celles de Bretagne, province dont li fut nommé gouverneur général, et qu*il administra avec tant de sagesse que ses contemporains le surnommèrent le grand Guyon. Il mourut d'un coup de pied de cheval, le 30 mai lK3i, laissant, entre autres enfants de son premier mariage avec Anne de Montmorency , sœur du connétable , Guy XVII, son successeur immédiat; Catherine, mariée à Claude de Rieux; Anne, qui épousa François de La Trémoille, prince deTalmont ; et , d'un troisième lit, Charlotte, unie à Gaspard de CoUgny , amiral de France. Guy XVII étant mort sans enfants , le« comté de Laval échut à Guy XVIII, comte de Joigny , seigneur d'une figure repoussante et d'un esprit médiocre, qui avait épousé Renée de Rieux, fille de Claude de Rieux et de Catherine de Laval. Cette femme extraordinaire , dont la vie fut si aventureuse, abandonna bientôt un mari si disgracieux, prit le nom de Guyenne XVIII et se retira dans ses châteaux, où elle tint garnison pour sa propre défense. Enfermée et gardée dans le château de Joigny , elle s'en échappa en 1557, et fut excommuniée par le pape ; c6n-» vertie à la religion prolestante, elle en devint Tun des plus énergiques soutiens. Enfin , en 1567, le parlement la condamna à mort pour avoir , avec ses coreligionnaires , conspiré l'enlèvement de Charles IX pendant son voyage de Meaux à Paris. Mais Guyenne avait mis sa têie à Tabri de la hache du bourreau ; elle s'était réfugiée dans son château de Laval, où elle mourut le 13 décembre 1567* On s'était
D'ÉVRON A LAVAL
borné à attacher ses armoiries renversées à la queue d'un cheval, qui les traîna ainsi par les rues et les carrefours de
Paris.
Cependant le calvinisme avait fait de si rapides progrès dans la ville de Laval , toujours si dévouée à la foi catholi*» que, quejes prosélytes de la nouvelle religion demandèrent un ministre à leurs coieligionnaires du Mans, et établirent une égiise réformée qui prospjira bientôt sous la protection des nouveaux comtes. A la trop célèbre Guyenne avait succédé» sous le nom de Guy XIX, Paul de Coligny, son neveu, fils de François de Coligny, sire d'Andelot, et peùt-ûis de Catherine de Laval. £levé par son père et par Tillustre amiral, Paul de Coligny sut si bien défendre son comté contre les ennemis de la foi nouvelle, que Laval fut exempt de toutes les horreurs et de tous les excès causés par les guerres de religion.
Après la prise du Mans, en 1580, Hcniù IV vinl passer une semaine entière au château de Laval, où il reçut le prince de Bombes et la noblesse de Bretagne. Trois ans plus tard, la ville était tombée au pouvoir de Bois-Dauphin, Tun des chefs de l'armée de la Ligue. Les Anglais , alliés du roi, ravageaient la campagne; les Lavallois firent une sortie pour les repousser, et furent complètement battus. Enfin, en 1 594, la ville se soumit au duc d'Aumont, qui en prit possession au nom d'Henri IV,
Après la mort de Guy XIX (1586), le comté de Laval avait passé k Guy XX, son fils, né de son mariage avec Anne, fille du marquis d'Alègre. Malgré les préceptes de sa more, le jeune comte ne montra pas le même zèle que ses prédéces* seurs pour la foi protestante, qu'il abjura à Rome entre les mains du pape. Revenu en France , il en repartit bientôt, et alla se faire tuer sans gloire en Hongrie , à Tàge de vingt ans , dans un combat contre les Turcs. En lui finit la branche de Catherine de Laval. Il çut pot^r héritier son plus proche
parent, Henri de La Trémoiiie, duc de Thouarsetpriocede Talmont, descendant d*Anne de Laval, mttr de CatheriM.
Lecomlé de Laval resta jusqu'à la Révolution dans la famille de La Trëmoiile. Le dernier comte de cette race fut Antoine- Philippe à» La TrémoiHe j prince de Talmont, l*an des plus ardents soutiens du parti royaliste, qui, après avoir rejoint l'armée vendéenne à Saumur, se trouva , en moins de six mois, à soixante-huit combats comme général de la caralerie, et paya tant de dévouement d*une fin si tragique.
Nous touchons au plus triste épisode de l'histoire de Laval.
Après sa défaite à Gholet, le 17 octobre 1793, après avoir passé la Loire à Varande, après avoir pris Ghftteau-Gontier, l'armée royaliste, commandée par La Rochejaquelein , forte encore de 30000 fantassins et de 54 pièces de canon, marchait sur Laval, où l'attirait, pour en faire le foyer d'une seconde Vendée, le prince de Talmont, général de ses 1200 hommes de cavalerie. Le 23, dès huit heures du matin, elle était sous les murs de la vtite, dans laquelle cinq ou six mille républicains des districts de kt Mayenne s^étaient jetés h la hâte pour la défendre. Malgré sa résistance énergique , cette petite troupe de défenseurs ne put arrêter longtemps les colonnes des assaillants ; rinfanterie pénétra l)ientôl dans tous les quartiers de la ville , tandis (|ue le prince de Talmont et sa cavalerie poursuivaient les troupes républicaines. Le lendemain, Westermann, qui, sur un faux avis, s'avançait sur Laval k la tête de 4000 hommes de Tavant-garde de l'armée républicaine, arriva dans la lande delà Groix^de-Bataillé , à trois quarts de lieae de la ville, oU il fut attaqué h l'improviste par les Vendéens postés en embuscade, et forcé, après un combat acharné, de se replier à une lieue de là, sur les hauteurs situées au delà du bourg d'Entrames. L*impéritie du général Léchelle lui fit abandonner ce poste important, et ce fut la cause qui détermina la perte de la grande bataille qui eut lieu le lende-
D'ÉYaOM A LAVAL* 199
main. L'armée républicaina s avançait forte . de 25 000 hommes» La Rochejaquelem courut à m rencontre, l'attaqua avec furie t et, après une lutte effroyable, la mit en pleine déroute.
Les Vendéens vainqueurs restèrent dix jours à Laval , après lesquels leur armée, reposée et bien ravitaillée, se diri*
gea sur Mayenne. La ilochejaqueiein s*empara une seconde fois de Lavai au mois de décembre suivant, y resta jusqu'au ^7 , qu*il partit pour marcher sur la Flèche et sur Angers.
Il y revint encore lorsque les républicains eurent chassé les Vendéens du Mans; mais il en parût bientôt, suivi d'un petit nombre des siens échappés au carnage. Le drapeau tricolore flottait alors sur tous les monuments de Laval, comme dans toutes les autres villes du Maine.
Quant au prince de Talmont , profondément alBigé de ringratitude des siens, qui lui refusaient le commandement des débris de l'armée royaliste, après le désastre du Mans, il errait de village en village sous les habits d'un meunier , lorsqu'il fut arrêté par une patrouille de la garde nationale deBazouges. Conduit d'abord h Fougères, puis à Rennes, et de là à Vitré, il fut traduit devant une commission mililaiire et condamné à mort. 11 fut exécuté à Laval le tS janvier 4794 , a l'ûge de 28 ans, sur un échafaud dressé devant la porte même du château qui, pendant neui siècles, avait été la demeure de sa famille.
Après ce rapide aperçu de Thistoire des comtes de Laval, nous ne nous étendrons pas davantage sur les divers épisojdee de la guerre des Vendéens ; nous rappellerons seulement qu'après la levée de 300 000 hommes décrétée par la Con* vention, ce fut dans les environs de Laval que quatre anciens contrebandiers, les frères Jean, Pierre, François et René Chouan , organisèrent ces bandes de |eunes soldats réfractaires auxquelles ils donnèrent leur nom, et qui, perpétuant cet esprit d*oppo^ilion aux idées nouvelles si prufoudémont
MO ITlNËRAm& D£ PARIS A LAVAL
enraciné dans la contrée» se rendirent si redoutables et empêchèrent si longtemps la pacification des départements de
rOuest.
Malgré l'éclat et la puissance de ses comtes, ce fut surtout il son commerce et à ses fabriques de toiles que Laval dut son accroissement et sa prospérité. En 1298, Guy IX avait épousé Béatrix de Gaure, comtesse de Faukenberg. Celte femme» douée d'un esprit supérieur et élevée au milieu des merveilles de Tindustrie flamande, prévoyant de quelle
utilité ils pourraient être à ses nouveaux vassaux , avait amené avec elle un certain nombre des plus habiles tisserands de Bruges. Ceux-*ci apprirent aux Lavallois à tirer parti du lin et du chanvre qui croissaient sur leurs terres, à les tisser et à les blanchir. Ce fut Torigine de cette industrie, qui se développa d* abord à Laval et se répandit bientôt dans presque tout le bas Maine. Après Tavénement d*Henri IV, quand la paix fut entièrement rétablie, l'industrie et le commerce des toiles prirent une extension jusqu* alors inconnue. Des sociétés de négociants se formèrent, qui chargèrent des navires de toiles et les expédièrent dans les Indes orientales, oii elles eurent des débouchés considérables* Pendant tout le cours du xviii* siècle, la prospérité du commerce et dé la fabrique des toiles se soutint et se développa même encore. Aujourd'hui la halle aux toiles reçoit tous les samedis les produits des nombreuses fabriques, soit de la ville, soit de la campagne. Le fil est aussi un objet considérable de commerce, et se vend h la même halle, où il se fait généralement des affaires très-importantes. Indépendamment de ses fa-* briques de toiles, de calicots, de flanelles et de mousselines, La\ al possède encore des ateliers oii l'on débile les marbres que fournissent ses environs, et qui, sous le nom de mar* bres de Laval, sont l'objet d*un grand commerce* Cette
dernière industrie date, dit-on, de la première moitié du XYi* siècle* Ou raconte que, eu 1547, François de Laval,
D-ÉVROK A LAVAL* tOl
évéque de Dol, se promenait avec un cordelier de Laval sur les bords du Vicoin , près de Sainl-Berthevin. Une pierre détachée d'un rocher ûxa leur attention. Le moine la reeueillit et en fit un bénitier, qui fut conservé jusqu'à la Révolution dans Téglise de Sainte-Catherine.
Laval était autrefois un gouvernement de place, le siège d'un présidial et d'une élection, avec un grenier à sel, une maîtrise particulière des eaux et forêts, et un collège fondé par Heiiii IL II comptait, dans ses murs et dans ses faubourgs, trois paroisses, deux collégiales (Saint-Thugal et Saint- Michel), et un grand nombre de monastères d'hommes et de femmes, appartenant à presque tous les ordres religieux. En l'érigeant en chef-lieu du département de la Mayenne, l'Assemblée constituante y avait établi un évéché détaché de l'ancien diocèse du Mans. Cet évéché, supprimé par le gouvernement du premier consul, a été rétabli, en 1855, par décret de l'empereur Napoléon 111.
£n sortant du débarcadère du chemin de fer, un large chemin, nouvellement ouvert, vous conduit sur la routfi de Paris, et vous abordez Lavai par le plus beau quartier du faubourg de Mayenne. Vous rencontrez d'abord la place et l'hôtel de la Préfecture, entouré d'un immense jardin. Plus bas, sous l'ombrage des avenues qui bordent la route, s'élève le théâtre ; puis une grande et belle rue, la rue Napoléon, bordée de trottoirs et d'élégantes maisons, vous conduit à un superbe pont entièrement construit en granit, jeté sur la Mayenne , vers les dernières années du premier empire , pour le passage de la route de Bretagne. Du milieu de ce pont, vous pouvez jeter un coup d'œil sur la ville, que la rivière partage en deux parties inégales. Sur Tescarpement du coteau qui borde la rive droite , la vieille cité féodale se développe en amphithéâtre avec le donjon et Fanllque château de ses comtes; avec ses maisons irréguiières, couvertes d'ar* doises, aux pignons aigus, les unes en saillie, les autres en
m ITINÉRAIRE Dfi PARIS A LAVAL.
retraite, entrecoupées de jardins, de terrasses et de bouquets d*arbres. Sur la rivé .gauche, uo beau quai de granil, ok 8*ëlèyeiit de nouvelles iniûsoTis , va se Telier au vieux pont
gothique, qui était autrefois la seule voie de coimiiunicalion entre la vieille ville et son vieux faubourg. Plus loin, d*auties maisons, bâties sur les deux rives, sont dominées par la flèche élégante de Téglise d'Avesnières. En amont de la rivière, que sillonnent pariois des bateaux marchands descendant jusqu'à Angers, la lointaine perspective se trouve aujourd'hui divisée par le viaduc du chemin de fer qui se relie au coteau boisé de la rive droite, et masquée par rénorme remblai jeté sur la verte prairie de la rive gauche de la Mayenne. Au delà du pont est la place de la Mairie, où sont i'hùtel de ville, la halle au blé et la statue en bronze d'Ambroise Paré, le père de la chirurgie française. Am-^ broise Paré naquit à Bourg- Hersent , près de Laval; ses compatriotes, secondés par le talent de M. David d*Angers, lui élevèrent ce beau monument. La route de Brest et quelques rues du faubourg de Bretagne, régulières et bien bâties, s'écha[)penl de la place de la Mairie et conduisent dans les divers quartiers de la ville haute.
Le vieux LavaL^ étagé sur le penchant du coteau, conserve encore quelques traces de son enceinte fortifiée, dont le plus intéressant spécimen est la porte Beucheresse, ouverte dans un arc ogival et flanquée de deux grosses tours démunies de leurs créneaux, et défigurées par les ouvertures et les appropriations modernes.
Devant cette porte s'étend une large place en partie semée de pelouses et de bosquets; au delà est le champ de foire avec ses nombreuses avenues, derrière lesquelles s'abritent de somptueux hôtels et d'élégantes maisons k demi cachées dans leurs frais jardins. G*est le quartier habité plus particulièrement par la haute bourgeoisie et parles riches com«merçanls. Mais là, comme dans beaucoup d autres lieux» le
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luxe est voisin de l'indigence , et l'opulence de la misère. Pour vous en convaincre , pour bien apprécier cet afûigeaal contraste , entrez par la porte Beacheresse ; vous ne trouvez plus qu'un cntaSbeiTienL de maisons mal bâties, séparées par des ruelles aussi noires qu'escarpées , aussi étroites que tortueuses. Laissez h gauche cette rue rapide qui va rejoindre la Grande-Rue, et montez un peu à droite : vous arriverez sur Tesplanade plantée d'arbres, quon appelle rËperon, soutenue k gauche par un grand mur noirci par le méphttisme autant que par les siècles. De là, vous découvrirez au loin le cours azuré de la rivière, et votre œil plongera sur les toits d*ardoises du faubourg de Mayenne. Si vous osez, par un sentier qui se développe en zigzags multipliés, descendre le talus escarpé qui termine cette esplanade, vous vous trouverez au haut d'un escalier plus pénUeux encore, formé de plus de 100 marches de pierres brutes mal assujetties dans un terrain abrupt. A chacun de ces nombreux paliers s'ouvriront les portes des cbélives demeures habitées par les plus misérables gens.
Plus bas , vous trouverez la rue de Rivière, et vous vous demanderez s'il est bien possible que vous soyez en France et dans un chef-lieu de département. Il n'y a au monde que le quartier Sainte-Catherine, que le chemin de fer traversera au delà de la place de la Marine, qui puisse nvaliser de misère avec le quartier de l'Éperon.
Avant d'arriver à la porte Beucheresse, nous avons passé devant le portail méridional de l'église de la Trinité , tout récemment érigée en cathédrale. C'est le plus important édifice religieux de là ville. Il offre, surtout dans sa nef ^ quelques détails d'architecture assez curieux; on y remarquera surlout le turabeau en marbre blanc de Guillaume Ouvroin, qui naquit à Laval vers la fin du xui' siècle, et mourut évéque de Rennes en i347. Le chœur, environné de ses collatéraux d*un style disparate, est d'un très-
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mauvais effet , et semble une crypte obscure enfoncée dans rédifice. Le portail méridional a été tout récemmenl restauré dans le style roman. Celui du nord passait, au siècle
dernier, pour un chef-d'œuvre, à cause de sa belle élévation et de son architecture élégante et hardie.
En descendant les degrés du porche septentrional de la Tri-» nité, laissant a f:au( ]i(3 une rotonde nouvellement bâtie et servant de marché aux légumes, vous apercevez au fond d'une grande place , dont il est séparé par une grille et une cour plantée d'arbres, le palais de justice, établi dms le petit château^ grande galerie que Guy XYII fit ajouter, sous le règne de François I*% à l'antique forteresse des comtes de Laval. Cet édifice, dans le style de la Renaissance, est surmonté d'un campanile , et présente une très-belle façade; à l'intérieur sont de vastes salles , affectées au service du tri«bunal et d'oii Ton jouit d*une vue magnifique.
Le vieux château est contigu au palais de justice ; depuis la Révolution, il a été converti en prison départementale , et mérite plus que tout autre édiûce d'attirer l'attention des voyageurs.
La grande cour qui sert de préau est bordée, sur deux côtés, de bâtiments dont les fenêtres sont décorées des plus charmants détails de la Renaissance. Les salles intérieures , jadis habitées p^r de si nobles personnages, sont transformées en cachots , en dortoirs et en ateliers. Derrière l'angle formé par les deux bfttiments du préau, se dresse le vieux donjun , remarquable par sa hauteur et sa largeur, par sa couronne de créneaux et de mâchicoulis que termine un toit conique. Cette tour est la plus ancienne partie du château ; on cite surtout sa magnifique charpente el une grande salle oii se réunissaient les vassaux quand leur devoir les appelait auprès de leur seigneur suzerain.
Mais ce qui mérite le plus de fixer votre attention , c'est Tancienue chapelle seigneuriale , tout récemment restaurée
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poor I*as8g6 des prisonniers. Cette chapelle , qv^m dit im-
proprement souterraine, parce qu'elle est située en contre-bas de Taiie gauche du château, est . élevée de 10 mètres au-» dessus du sol de la rue du Val-^le-Mayenne. Tetle qu'elle est actuellement, elle présente un carré oblong de IG mètres sur i^'^ySO; six piliers isolés, à chapiteaux de feuilles et d'entrelacs « supportant une série de petites voûtes à mi^ vures crois(^es qui retombent sur des pilastres engagés dans les murs latéraux, la divisent en trois nefs dont chacune est terminée par une abside à fenêtre cintrée^ décorée da vitraux modernes du plus charmimt effet. L'autel en pierre, sculpté par M. Deschamps , sur les dessins de M. Renous, architecte à Laval, est dans le style roman , et attesta , tant sous le rapport de la conception que sous celui de l'exécntioii, une élude approfondie des monuments religieux du moyen âge. Les murs de cette chapelle, ses trois absides, ses pilastres, ses portes en regard , semblent appartenir à L'architecture du XI' siècle; mais de graves modifications paraissent y avoir été faites dans le courant du xu% telles que la construction des voûtes, des six piliers isolés, et le pare* ment de pierres de taille appliqué atxz murailles latérales ^ Du côté de la rue du Yal-de-Mayenne, qui nous masque la rivière sous Tépais rideau de ses vieilles constructions , le ch&teau de Laval se présente sous l'aspect le plus sombre
et le plus lugubre , n'otYrant à la vue du spectateur que ses hautes et noires murailles de soutènement , au pied desquelles résonne incessamment le pas de la sentinelle jeilUtfit sur les derrières de la prison.
U vous reste encore à visiter Téglise Notre-Dame-des-Gor-? deliers,olivoustrouverezsept magnifiques autels en marbre, et une voûte en lambris, peinte représentent des scènes delà
\ • Pour plus ampIeB renseignemèots , voir la iVoWe» êmr U ^pette du M' teau de Lavait pu M. Tabbé Foucault, aomônier de la prison de Laral, 1853. GcUe broehore se Tend au profil dei prtaomilcn.
vie de saint Bruno et de saint Bonaventure* Ces lambris , qui {
laissent pénétrer trop de froid dans i'église, seront, dit-on, | incessamment détruits pour être remplacés par une voûte en pierre. Non loin du ehamp de foire est la halle aux toiles « immense consli uction élevée par les soins des comtes de la maison de La Trémoille.
Aucune rue du vieux Laval n'offre pent-étre une physionomie plus originale et plus caractéristique du moyen âge que la Grande-Rue. £t pourtant cette rue a perdu le plus grand nombre de ses vieilles maisons k ressaut et en colombage; il en reste un groupe de trois, dans Tune desquelles un coutelier a établi sa forge, qui pourra vous donner une idée de celles qui n'existent plus. Cette rue , au pavé de marbre aussi noir que glissant ^ vous conduira au vieux pont et à la rue du l^oiil-de-xMa)enne, la priacipale arlere du faubourg de ce nom.
Le faubourg de Mayenne est moins escarpé, mais n*e$t pas beaucoup mieux bâti que la ville. L*une de ses rues se prolonge sous des maisons voûtées ; une autre, également voûtée, est percée en galerie , et Ion ne saurait rien imaginer de plus laid , de plus sale , de plus nauséabond et de plus méphitique que ces obscurs passages, qui rappellent les plus misérables réduits des vieux quartiers de la ville du Mans.
Mais pour vous faire oublier ces impurs cloaques, vous trouverez h mi-côte de la rue du Pout-de-Ma^enne la charmante égUse de Saint-Yénérand, qui n*ade trop qu^un portail disparate et de mfauvais goût imposé à une large nef ^ remarquable par la légèreté et Télégance de ses piliers et de ses arceaux. La première pierre de cet édiiice fui posée, le 15 mai i495, par Guy XV , comte de LavaL
Parmi les hommes distingués dans les lettres , dans les sciences et dans les arts, qui naquirent à Laval, nous o-. terons :
Guillaume Bigot , regardé par J. Scaliger comme le plus
grand philosophe de son t€inips ; il fui médecin de François II , de Charles IX et d'Henri lU ; Franfois Pyrard^ qui, en 1601 , partit comme chirurgien sur un des vaisseaux
envoyés aux Indes occidentales parles marchands de Laval, et fit imprimer une relation de son voyage ; David Bivault, sieur de Fleurange, précepteur de Louis XIII et traducteur des œuvres d'Archimède; Daniel et raid Hay, membres de TAcadémie française à son origine ; Barier , graveur de Louis XV. Enfin , notre grand peintre Eustachê Lesueur naquit dans les environs de cette ville, et c'est peut-être pour cette raison que quelques personnes lui attribuent une partie des peintures de l'égiise des Cordeliers.
Laval possède un lycée impérial , un hôpital , un hospice , une bibliothèque , un cabinet d'antiquités et d'bistoire naturelle dans lequel on remarquera une grande quantité de débris provenant des fouilles pratiquées à Jublains , une collection géologique , minéralogique et ornithologique du déparlement.
Aux promenades publiques déjà citées nous devons ajouter
l'avenue partant de la place de la Mairie et se prolongeant jusqu'au gigantesque viaduc du chemin de fer qui sert d'encadrement aux rives accidentées et pittoresques de la Mayenne* La rive droite de cette rivière est bordée de coteaux escarpés et schisteux, souvent couverts de bois. A 2 kiiomètres environ de la ville , en partant de la place de la Mairie, on rencontre la petite et vieille église de Saint^Prix , dont nous avons déjà parlé, et dans laquelle se trouve une statue tumuiaire d'un chevalier dont l'épitaphe trop mutilée ne nous a pas laissé lire le nom* En face de ce tombeau , un groupe de statues peintes représente l'une dos scènes de la Passion. Sur la rive gauche, au delà du chemin de halage, d*immenses prairies s'étendent à perte de vue , souvent couvertes, comme d'un tapis de neige» de toiles et de cotonnades sorties des fabriques voisines.
D'ÉVRON A LAVAL. 2H
Il nous reste à vous parler de la commune d'Avesnières, que vous avez pu prendre pour l'un des faubourgs de Laval,
L'église d'Avesuièrea.
avec lequel elle se confond sur la rive droite de la rivière. Les légendaires racontent qu'en 1140 Guy il de Laval tra-
212 ITlN£ïUaBE D£ PARIS A LAVAL.
versait à cheval le vieux pont de Mayenne, et qu'un faux pas du destrier les précipita tous deux dans la rivière. Le baron , emporté par le courant, fit vœu à Dieu et à Notre-Dame de leur bâtir une église au lieu oh il leur plairait de le faire aborder. Sa prière fut entendue; il prit terre en eflfet à mille pas environ du pont, dans un champ d'avoine où s'élevait un vieux chêne portant dans un creux la statue de la saillie Vierge. Fidèle à sa promesse, il fonda en cet endroit même un prieuré de bénédictines et une église sous le vocable de Notre-Dame d'Avesnières. Cette église, classée , depuis 1841 , parmi les monuments historiques, est Tune des plus intéressantes du département de la Mayenne. Comme elle fut exposée à tous les ravages des guerres qui désolaient le pays pendant le moyen âge , son plan primitif et son ar* chitecture eurent à subir de graves modifications. Le chœur appartient à la fin du xii* siècle, à Tépoque de transition du plein cintre à Togive ; la nef fut entièrement reconstruite pendant le xv* siècle , à la suite de l'invasion anglaise ; quant à la tour carrée et à la flèche élégante qui se dressent gracieusement au-dessus de Tédifice, elles furent construites en 4534. A l'intérieur , on remarquera la clôture du chœur , et les statues colossales, eu bois peint , de saint Christophe et de saint Sauveur, adossées aux deux premiers piliers de la nef.
L'église d'Avesnières est encore très-vénérée, el de nombreux pèlerins y affluent pour y honorer la petite statue de la Vierge , que Ton dit être celle trouvée par Guy II dans le creux du vieux chêne. Quant au bourg , il possède des manutaclures de coutils et de toiles de cotou qui sont 1 objei d'un immense commerce» et fournissent des vêlements d'été à la majeure partie des habitants de la France.
▼ne de Beaimionl-sar-StrUie.
DU MANS A ALËIfGON.
Destiné ii unir le Maine à la Normandie, à relier entre elles
les deux grandes lignes de Paris à Rennes et de Paris à Cherbourg, l'embrancbem^t du Mans à Alenton se détache du chemin de fer de TOuest, h 4 kilomètres du viaduc .
jeté sur la Sarlhe, non loin de Tembarcadère du Mans, au milieu d'une tranchée assez profonde , à peu près à la hau • teur du chemin qui conduit au village de la Chapelle- Saint-Aubin. De là, décrivant une grande courbe, il tra- ' .
rerse |a route impériale n* i36 , de Bordeaux à Roaeiiy ou
du Mans à Alençon, et se rapproche très-sensiLlement de la Sarthe, dont il 6uit le gracieux contour, dessiné sur votre droite par de longues files de peupliers ; il la traverse bientôt sur un pont et s'anêle d'abord à la station de ISeuville, La commune de Neuville appartient encore au premier canton du Mans ; elle est située k i kilomètre environ à gauche de la ligne, sur le bord de la rivière : on y a découvert des antiquités et des médailles romaines en 1841, à la Uoudannerie, et on y remarque le château de Monlhéard.
La campagne que nous venons de traverser et celles que nous allons parcourir se présentent toujours sous l'aspect le plus riant et le plus varié. Tantôt de vastes prairies, au milieu desquelles la rivière ondule de ses méandres capricieux; tantôt de riches contrées où les céréales jaunissant au soleil sont entrecoupées de prairies artiiicieiles émaïUées de mille nuances diverses , et alternent avec les longs sillons ou verdit le chanvre aux enivrantes émanations, dont le rouissage va bientôt corrompre ces eaux claires et pures , avant de livrer ses fibres k la principale industrie du pays. Le savant tracé de la ligne semble se complaire dans ces agrestes paysages qu il sillonne de ses courbes et de ses contre-courbes » comme s*il voulait lutter de flexibiUté avec les sinuosités de la rivière. Il les traverse par de longues lignes droites, sur des paliers ou des pentes peu sensibles, sans jamais s'enfoncer dans des tranchées bien profondes ou monter sur des remblais bien élevés.
Depuis que nous Tavons traversée à Neuville, la Sarthe s'est éloignée de nous par un brusque détour; 2 kilomètres plus loin nous la retrouvons à notre gauche, aù hameau de Monlreuil , après lequel elle nous quitte encore. Nous sortons du canton du Mans pour entrer dans celui de Ballon et pour nous arrêter à la station de la iiuierche.
Aucun souvenir intéressant ne se rattache au village de la
Gttierche-tor-Sârthe, derrière lequel nous laissons celui de
Souillé, qui en est séparé par la rivière que nous continiions à remonter sur sa rive gauche; nous la quLtions bientftt, presque à Tendroit où eUe reçoit l'affluent de. TOrne^ Sonnoise, que nous traversotta avant de nous arrêter à la station de Montbizotf où nous ne sommes qu â 0 kiiomèlre» de Ballon, pour lequel la station a été établie. *
Déjà nous avons aperçu, dans la lointaine perspective, cette petite ville , bâtie sur une éminence et sur la rive gauctie de rOrue-Sonuoise. Ballon fut, au moyen âge, une place de guerre importante , dont les Manceaux et les Nor* mands se disputèrent souvent la possession. Elle fut pnse par Philippe-Auguste, qui rasa son château ; on le rebâtit dans la suite, et il tomba, en 1 ki 7, au pouvoir des Anglais. 11 reste encore de ce château uife grosse tour et des* tourelles , du pied desquelles on découvre un magnifique panorama.
A partir de Montbizot , la Sarthe s'est éloignée de nous par des détours multipliés. Le chemin de fer, au contraire, s'élance sur une ligne parfaitement droite jusqu'au village de Teillé, où il se courbe légèrement pour nous conduire di« rectement, en traversant encore la rivière, à la {station de Viuoi/i et de Beaumont^ après avoir laissé sur notre gauche la grosse commune de Maresché, dont vous avez aperçu Tégiise et son clocher quadrangulaire* Teillé est la dernière commune de Tarrondissement du Mans ; on y a découvert des briques et des poteries romaines, et nous y signalerons le château de la Gruché. A Maresché commence Tarrondissèment de Mamers et le caiitdn de Beaumont. Vivoln et Beaumont méritent de vous arrêter, et vous aurez le temps de les visiter tous deux dans l'intervalle d'un train à Tautre.
Vivoin n'est qu'à dix minutes à la droite de la'slation. La route départementale vous y conduira par une délicieuse avenue ombragée de peupliers , à travers une verdoyante
k DU MAHS A ALEKCQll.
prairie. Vras traYenerez deux fois la Sarthe » d'abord sur un ponl de pierre, puis aar m élégant pont eospendu , où
vous payerez un modique péage de cinq centimes pour aller el Tenir. Bientôt après vous serez dans la rue dn village^ et sur mie assez grande place wm Terrez la grailde et belle église de Saint-Hippolyte, but de votre excursion. Vivoîn était un prieuré de bénédictins, donné au iT siècle par les Tieomtes de Beanmont à Tabbaye de Mannoulîer.
Les débris des bâtiments claustraux, occupés aujourd'hui par un corps de ferme, sont assez considérables et fort intéressants. On y pteètre par une grande porte ouTerte près du portail de Téglise, et on peut juger de leur ensemble en se plaçant sur une petite esplanade plantée d'arbres, qui sert de promenade publique* L'église est grande, élevée, et d'une belle construction du xnr siècle. Malheureusement son portail, précédé d'un porche ouvert sous un grand arc ogival , est devenu inaccessible et même tout à fait invisible. On entre dans l'édifice par une porte on ne peut plus mesquine, pratiquée sur le ilanc méridional. La nef, lon^uie et étroite, est simplement lambrissée, et la plupart de ses fenêtres sont aTouglées. Elle s'élève au-dessus du chœur, terminé par an chevet carré, éclairé par une large fenêtre où scintillent quelques débris de vitraux. La voûte d'arête retombe sur une belle corniche reposant sur une série de trèfles ; la plu* part des fenêtres sont aussi maladroitement bouchées en maçonnerie. Dans les transscpts sont deux chapelles; dans celle du nord , on voit une statue tumulaire très-mutilée. On signale aussi dans cette église une statuette fort ancienne en marbre de Parus, représentant la Vierge, et deux basreliefs en terre cuite.
Reprenons la même route , traversons le chemin de fer par le passage à niveau, et nous arriverons bientôt à Beaumont, qui n'en est qu'à S kilomètres.
BeiaumontrSttr-Sartbe, ou le Vicomte, doit son nom et son
Burnom à sa situation pittoresque sur le bord de la rivière, et à son ancienne po^^ssion par les. vicomtes du Mans. Cette petite ville était, au moyen âge, une place de guerre fort importante; située entre le Maine et la Normandie, elle eut naturellement à souffrir beaucoup des luttes sanglantes, incessamment engagées entre les comtes et les ducs de ces deux provinces.
L'éslUe de Vivoin.
Le premier seigneur de Beaumont dont le nom nouç soit parvenu fut Raoul, vicomte du Mans, mort en 1061. Sea successeurs eurent souvent à lutter contre Guillaume le Bâtard, qui, pendant l'espace de quatorze ans, de i070 à 1084, prit la ville jusqu'à cinq fQis. Enfin, le vicomte Hubert, dont notre vieux chroniqueur Orderie Vital fait un si pompeux ëloge, fut assez heureux pour forcer le redoutable conquérant de l'Angleterre à entrer en accommodement. £n I 1135, Geoffroy d'Anjou poursuivit son gendre, le vicomte
Rosselin, jusque dans les murs de Beaumont , prit et brûla
entiurement cette malheureuse ville, que Philippe Auguste devait encore assiéger et preudre en llâd. Le comte Arthur de Richemont, marchant au secours des Armagnacs , remporta d'assaut en 1412; les Anglais la prirent en 1 41 7 ; Ambroise de Loré la leur enleva la même année^ mais ils s'en rendirent maîtres de nouveau quelques années plus tard. Enfin, en après avoir évacué le Mans, les calvinistes y entrèrent et s'y livrèrent à toutes sortes d'excès, rompani le pont à coups de canon , brûlant les églises et les maisons des catholiques, dont ils emportèrent tous les biens. La ville se soumit à Henri IV, en i :jî>U, après la prise du Mans.
Dès le XI* siècle, Beaumont était le siège d*un doyenné et comptait trois églises dans l'enceinte de ses murailles crénelées : Notre-Dame, Saint-André et Saint-Aubin des Vignes, dont Hildebert, évéque du Mans, conllrma la possession à la célèbre abbaye de Marmoutier.
La vicomté de Beaumont entra dans la maison de Brienne avant le mois de février 1253, par le mariage d'Agnès , vicomtesse de Beaumont, dame de la Flèche, de Fresnay, de Sainte-Suzanne et du Lude, sœur de Richard III, dernier descendant des premiers vicomtes, avec Louis, troisième fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, empereur de Constantinople, et de Bérangère de Gastille,sa seconde femme. Elle fut successivement possédée par Jean et par Robert, descendants de ce noble seigneur; mais Marie, iilledu vicomte Jean II et dlsabeau d*Harcourt, ayant épousé Guillaume Ghamaillart , seigneur d'Anthenaise , en eut une fille également nommée Marie, laquelle épousa, en 1371, Pierre II» comte d*Alençon, auqueLelle apporta en mariage la vicomté de Beaumont, dont elle avait hérité de son oncle, Louis de Brienne. tué k la bataille de Gocherel, le 2:$ mai 1364. Dans la suite, Françoise, sœur et héritière de Charles , duc d*Alençon , et veuve de Charles de Bourbon , duc de Vendôme,
DU MANS A ALENCOlf. 7
obtint^^en 1543, quB la vicomté de Beaumont , les terres et barônnies de Sonnois, de la.Fièche et de ÇhAteau^Gontier, fussent érigées en duclié-praiiie sous le nom de Beaumont, pour elle et ses successeurs mâles et femelles. Enfla , Antoine de Bourbon, son fils, roi de Navarre, transmit ce duché à Henri IV, qui, parvenu au trône, voulut se le réserver; mais le Parlement refusa d'enregistrer les lettres patentes par lesquelles il le déclarait* Force lui fut donc d'abandon^ ner cette prétention, puisque « tout domaine particulier d'un prince qui parvient à la royauté est de plein droit réuni à la couronne. » Leâ5 mai noi , René de Froulé , comte de Tessé, reçut, en échange des terres qu'il possédait dans les parcs de Versailles et de Marly, les deux villes et domaines de Beaumont et de Fresnay-sur*Sarthe , que sa famille conserva jusqu'à la Révolution.
La villo, ancienne titulaire de ce noble duché , n'est plus qu'un humble chef-lieu de canton. Sa justice seigneuriale et son bailliage ducal sont remplacés par une simple justice de paix, et tont son appareil militaire a fait place à une brigade de gendarmerie. Ses rues étroites et tortueuses divergent dans tous les sens, bordées de maisons confusément entassées. La place ob se tient le marché est assez grande; au milieu , elle est ornée , en guise de fontame , d'une pompe monumentale. Sur l'un de ses côtés se dressent des halles couvertes, et plus loin Tunique église paroissiale. C'est un édifice dont l'origine peut remonter au xi* siècle; mais il a perdu presque tous les caractères de cette époque, tant il a été défiguré par les remaniements et les replâtrages modernes. Sur son flanc méridional, on remarquera la porte ouverte sous un arc à plein cintre décoré d'un quadruple rang de têtes grimaçantes, de feuillages, de zigzags et de fleurs. A Tintérieur, la nef est séparée du collatéral par une série d'arcades surbaissées, retombant sur de massives colonnes à chapiteaux romans*
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8 DU MANS A ALëMCQN^
De sa grandeur et de sa puissance passées, Beauraont n*a conservé que ie& ruines, bien abaissées, de sou ch&t^u fort, qui fut la cause et le témoin de tous les maux que la
guerre lui a fViit souffrir.
Son origine remonte vraisemblablement à la fin dux*siè* de; ses débris noua font voir. qu'il était de forme carrée» flanqué de tours et de bastions. Les angles de ses murailles et leurs épais contre-forts étaient solidement construits de bdles assises de grès, roussard* Quelques portions de ce vieux château s'élèvent encore, sombres et imposantes, à près de 30 mètres au-dessus du niveau de la rivière, et leur intérieur a été converti en prison.
Pour bien apprécier la position éminemment pittoresquede Beaumont, il faut se placer sur le magnifique pont suspendu que Ton a jeté sur la Sarthe et qui sert de passage à la route impériale. De' là on voit la ville groupée sur la colline, avec ses vieilles ruines 'et la modeste flèche de son église. La rivière, fort large en cet endroit, est parsemée de petites iles couvertes de verdure* Ses eaux, battues par les roues des machines hydrauliques, bouillonnent, grondent, franchissent en écumant l'écluse qui les relient captives, et vont se bnser de nouveau contre les piiiers de Tancien pont de pierre. C'est assurément Tun des plus gra< cieux paysages que l'on puisse rencontrer.
Vers le sud-ouest et tout près de la ville est la promenade publique , établie sur la MatteàMadamê^ petite éminence factice, en forme deeftne tronqué, dont la plate-forme supérieure et Tesplanade de la base sont plantées en quinconces de tilleuls, et dont les flancs gazonués sont sillonnés d^*allées en spirales bordées de vertes charmilles, d*oii Ton découvre au loin la délicieuse vallée de la Sarthe.
En quittant Yivoin, le chemin de fer parcourt encore un ravissant paysage ; il se rapproche si près de la Sarthe, que le convoi peut ôê mirer dans ses eaux limpides. Tout à coup
BU MANS A ALEN(|M>N. . 9
la rivière s'élargit comme un lac, et ses bras moUiflUëe baigneat une foule de petits îlots; sur la rive droite se groQ-
pentles maisons du hameau de Saint-Pierre , et le moulin , qui fait écumer et blanchir Tonde au reûet aa^uré. Ici la flvière nous abandonne et va baigner la commune de Juillé, où Ton retrouve quelques débris d'antiquités gallo-romaines. Pour nous, nous traversons la route de Rouen à Bordeaux, qui sert de corde au grand demi-cercle que la ligne de fer décrit au-dessus d^elle avant de Taller couper encore. Parvenus au sommet de cet arc immense, nous traversons la Sarthe et nous atteignons la station de Fresnay^ char^ mante petite ville » située h 5 kilomètres de la station h laquelle elle a donné son nom. Malgré cet éloignement, nous vous engageons k vouloir bien nous y suivre.
Fresnay-sttr-Sarthe> ou le Vicomte, est un lieu privilégié de la nature, et qui doit, à tous égards, recevoir la visite de l'artiste, du géologue et de l'antiquaire.
En racontant l'histoire de Beaumont , nous avons dit une partie de celle de Fresnay. Cette seconde ville , possédée comme la première parles vicomtes du Mans, placée comme elle sur la frontière du Maine et de la Normandie, eut en effet à souffrir les mêmes maux et à suivre les mêmes vi* cissiludes. C'était aussi une place forte très-importante, que Guillaume le Conquérant prit et reprit plusieurs fois. Les Anglais s*en emparèrent en 1856 et ne la* rendirent qu'en vertu du traite^ de Rretigny ; ils la reprirent en i-ilT, ia perdirent la même année, et la recouvrèrent peu de temps après. Charles VU l'assiégea et la prit par capitulation en et, après la mort d'Henri III, Reîcé de Saint-Denis a*en empara par surprise pour la conserver à Henri IV.
Pour bien jouir de la beauté du paysage au milieu duquel . Fresnay est situé, il faut se placer sur le pont qui relie cette ville k son faubourg. En cet endroit, la Sarthe, large et limpide, mine incessamment la base de la colline qui
10, .DU MANS A ALËMÇON.
s'élève sur sa rive gauche, hérissée d'énormes rochers calcaires que des fiions schisteux traversent dans .tous les sens. Au delà de ces btocs confusément entassés, se dcesse, à plus de 30 mètres au-dessus du niveau de la rivière ^ une ceinle de vieilles murailles tapissées de lierre, derrière lesquelles se cachent les ruines du vieux château. De l'autre côté , sur la rive droite , la colline» toute couverte de riches moissons, de vignes et de toiles blanchissant sur la verdure émaillée des prairies, présente uu ravissant contraste avec ces ruines pittoresques et grandioses, dont la plume la plus habile ne saurait décrire le charme indéfinissable.
Voici pour le paysage : écoutez maintenant ce que M. Léon de La Sicotière , notre spirituel et savant devancier dans la contrée que nous parcourons , va vous dire de Fintérét géologique que les divers terrains de Fresnaj peuvent vous offrir.
« Quand , en 1837, la Société géologique de France visita Fresnay, elle remarqua avec intérêt la coupe que présente la carrière de la Bassesse à l'entrée de cette ville. Les strates verticaux du calcaire de transition se trouvent recouverts par les strates horizontaux du calcaire jurassique, et leur surface est percée d'une énorme quantité de cavités circulaires creusées par des coquilles térébratules que Ton y rencontre encore en granâ nombre. La Société fut surtout frappée de rhorizontalité suivant laquelle les strates verticaux du calcaire de transition semblent avoir été rasés sur une surface très-étendue, avant d'avoir été recouverts par le calcaire jurassique qui , dans cette localité, appartient à la partie inférieure de la grande oolilhe^ »
Gravissons maintenant la pente abrupte de la colline et entrons dans Fresnay. Cette petite ville a depuis longtemps rompu son enceinte féodale, devenue trop étroite pour le
^. Léon de La Sicolière, Excursion cinis le Maine. Le Mans, 1838 et 4 840, — Procès-verbal de la réunion exlraordinaire de la Société géologique de France, lenue à Alençoa.
DU MANS A ALEUCON. il
développement de son commerce et de son industrie ; elle a entremêlé de maisons neuves ses constructions gothiques, et
â iaii rayonner les rues étroites et tortueuses tout autour de son église romane et de son château démantelé*
De la grande pl^ce où se tiennent les foires et le marché hebdomadaire, vous apercevez Tabside et le clocher de l'église paroissiale. Cet édifice, malheureusement entouré de rues étroites et masqué de vieilles maisons» mérite de fixer Fattention. C'est un curieux spécimen de Tarchitecture romane du xn** siècle et de Tépoque de transition du plein cintre à Togive* Son unique portail s'ouvre à Touest dans un arc k plein cintre, décoré de dents de scie, de tores arrondis et d'étoiles. La porte' en bois qui ie ferme est un échantillon curieux de la menuiserie de la première partie du xvr siècle. D*un cAté on y voit les ap6tres, le Calvaire et deux martyrs avec un abrégé du Credo écrit en lettres gothiques; de Tautre, c'est Tarbre de Jessé qui s*épanouit du* sein du premier homme, et dont les rameaux se contournent de manière que chacun des personnages, sortant de lacorolle d'une fleur, occupe un panneau particulier. Ces sculptures sont bien consei*vées , mais recouvertes d*uue couche épaisse de peinture qui les rend méconnaissables. Au-dessus de la porte, sont trois fenêtres accolées, également à plein cintre et surmontées d'une autre plus petite. Tout près du toit, à l'extrémité du gable ^ on voit, sur une pierre, une figure de guerrier sculptée en ronde bosse. Les fenêtres, cintrées comme le portail y sont ornées comme lui d'étoiles et de dents de scie, autour desquelles se groupent des figures de monstres, d'animaux et de saints personnages. Au milieu de l'église, s'élève une tour d'une construction fort remarquable, percée de fenêtres accolées deux à deux et flanquées de quatre clochetons. Cette tour n'a pas été achevée du premier jet; les deux fenêtres qui se trouvent à l'est sont à plein cintre , les quatre autres sont légèrement ogivales, el les ouvertures des
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DU MAM& A ALEXCON
doehetons sont purement gothiques. Lue ûècbe octogone et ciuverte d'ardoises termine, sans aucune grâce» cette curieuse partie dn dédier. La nef et l'abside appartiennènt
tout entières à Tarchitecture romane ; mais Tabside semble Mrs leùw interrompre brusquement ia nef, qui, dans le plan primitif, devait se probnger davantage , comme Findiquent
les traces d'une arcade inachevée , visibles au-dessous de la tour.
Cette église n*a point de transsepts. A l'intérieur, elle se
compose de trois arcades légèrement ogivales, dont les arceaux, d'une grande simphcité, retombent d* abord sur des colonnettes et des pilastres , puis sur des colonnes aux chapiteaux diversement décorés. Le chœur e^t terminé par une abside en hémicycle dont la partie inférieure est éclairée par trois fenêtres cintrées ; le retable du maître autd, d'un goût déplorable , aveugle entièrement celle du milieu. Cinq fenêtres également à plein cintre, dont trois ont maladroitement été bouchées, en éciaireui ia partie supérieure*
Du château fort, il ne reste plus guère, sur la place d'Armes, que Venivée principale, composée de deux tours rondes entre lesquelles s'ouvre une porte étroite; sur les c6lés de cette porte, ^n reconnaît les rainures qui laissaient autrefois retomber la herse. L'intérieur des tours renferme un escalier et des cachots qui servent de prison. En franchissant la porte, on entre dans une petite cour carrée, réservée pour le service de quelques administrations , et sur ses murailles on retrouve des rangs de maçonnerie alternée
Tout du long de la rue des Fossés , on voit de nombreux
vestiges de l'enceinte murale dont la ville était close. Les murs n'avaient pas moins de 2 à 3 mètres d'épaisseur, et s'élevaient de 8 mètres aunlessns du chemin de ronde, qui était protégé par de larges et profonds fossés aujourd'hui convertis en jardins.
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DU UAm A ALENÇON.
Nous ne quitterons pas celte intéressante petite ville sans signaler aux curieux un souterrain remarquai;)!^, qui sert de eave à la maison d'un cafetier du pays. Cette crypte intéressante est entièrement voûtée et peut avoir 6X)u 7 mètres sur chaque c6të. Au milieu, s'élève un pilier octogone avec chapiteau de feuillage grossièrement scujlpté, duquel s*élancent quatre arcades qui vont retomber sur le plein des murs latéraux et sur de simples consoles. D'autres arceaux, s'appuyantsur les anglea, viennent croiser eeux<<i de manière à former quatre carrés parfaitement réguliers. On ne sait quelle fut la destination primitive de ce caveau, en partie comblé par Téboulement des terres ; on suppose qu'il pou« vait communiquer avec les souterrains du château, qui n'en est pas très-éloigné. Pour nous, nous laisserons au visiteur le soin d'apprécier les suppositions que les gens du pays ne manqueront pas de lui faire.
La station de la Hutte, que nous rencontrons après celle de Fresnay, ne nous retiendra pas longtemps. La Hutte n est, en efiTet, qu'un simple relais de poste et un cabaret, établis au point d'intersection de la route de Bordeaux à Rouen et de celle de Fresnay à Mamers, sur laquelle est assise cette station. La commune de Saint-Germain de la Coudre, dont elle est un écart, ne nous offrirait pour toutes curiosités qu'une manufacture de toiles et une carrière d'argile. Mamers, le chef-lieu de l'arrondissement que nous parcourons, est à Si kilomètres de cette station.
De la Hutte, nous gagnons Bourg^h-Roi, dont les ruines ont déjà attiré vos regards dans le lointain horizon.
Bourg-ie-Roi s'appelait primitivement jB6aiiiK>îr et Bourgs Lé^éque^ et était situé sur les confins du Maine et' de la Normandie. Frappé des avantages de sa position , Guillaume le Roux l'acheta des chanoines du Mans et y construisit, vers 1100, un château considérable, destiné à protéger ses nouvelles coucjuêtes. Cette forteresse fut réparée et aug-
DU MANS A ALËKÇON.
mentée à diterses époques, notamment par Henri II d'Angleterre, qui y ajoula dub furliricalioTi3 très -importantes : depuis ce temps elle a pris k nom de Bourg-le-Roi. Il en reste des ruines imposantes que Ton aperçoit de trè&*loin» Une ceinture de murailles fort élevées, dans lesquelles s'ouvrent deux belles purleb ogivales , entoure lâ petite ville. Une éminence factice, de 30 à 40 mètres de hauteur, s'élève à cAté, sur laquelle fut construit un fort qui parait avoir été entouré d'un^ double et même d'une triple enceinte de . fossés.
Bourg*-le-Roi passa plus tard , avec le Sonnois , aux ducs
(Je Normandie, puis aux comtes et aux ducs d'Alençon. Pendant Thiver dé 1846, on y découvrit une certaine quan* tité d*outils de toutes sortes,, ayant servi .pendant le xvT siècle à la fabrication de fausses monnaies dont on trouva aussi de nombreux échantillons. M. Léon de La Sicotière , d'Alençon, a Tendu, dans; la Bévue numimaUqué de i84T, un compte détaillé et très-intéressant de cette découverte, qui prouve que les faussaires ont été de tous les temps.
Après Bourg-ie-Roi, nous rencontrons, à gauche, le hameau de Groutel , qui donne son nom à un petit ruisseau que nous iraversoiis et côtoyons, pour le traverser encore préside sa source dans la commune de Champûeur. Le Groutel se jette dans le Rosay, à Bourg-le-Roi. Plus loin, nous passons tout près de Saint-Pater, qui, malgré sa faible population, est cependant un chef-lieu de canton de dix<^sept communes de Tarrondissement de Mamers. Saint* Pater n'est plus qu'à i kilomètre d'Alençon , et vous pourrez y aller voir un château devenu célèbre par le séjour qu'y lit Henri IV à plusieurs reprises; cet édifice est du reste inté* ressaut par lui-même.
Depuis que nous avuiis perdu la Sacihc de vue, à la station de Fresnay , le chemin de fer, courant à travers les terres et s'enfouçant dans des tranchées plus profondes ,
m VANS Â ALËNÇON.
s'est considérablement attristé dans celle contrée purement agricole. Il a suivi de loin, mais en décrivant une courbe légère, la longue ligne droite de la route impériale du Maus à Alençon, dont il est devenu le plus redoutable rival. En quittant Saint-Pater, il franchit la ligne de démarcaùun entre le département de la Sarthe et celui de TOrne ; nous sortons du Maine et nous entrons. en Normandie. Déjà nous apercevons le lourd clocher de Notre-Dame et la ville d'Alençon; nous traversons une dernière fois la Sarihe, qui s*est annoncée de loin par les longues files de peupliers, .seâ compagnes ordinaireà, et nous dcbceadons à Teuibarcadère.
La ville d'Alençon {Aleneium^ AleneiOf Alenciùnmm} ne paraît pas être d'une origine antique; du moins rien ne fait
présumer de son existence à l'époque celtique ou galloromaine. Sous le règne de Gharlemagne, elle était le chef-lieu d'une eenténie , canton composé de cent lieux ou paroisses , que ce prince lit comprendre dans les possèssions de l'évéque du Mans. Elle était située sur les confins méridionaux de cette belle province de Normandie, que le faible Charles le Sim])le abandonna si facilemciU au farouclie RolloUy par le traité de Saint-€lair-sur-£pte. Depuis ce temps elle paraît avoir été exclusivement possédée par les ducs de Normandie, jusqu'à ce que, vers le commencement du XI* siècle, Richard U donna son château et ses dépendances à Guillaume I*% seigneur de Bellesme et comte du Perche» pbur Tencourager dans la guerre qu'il poursuivait avec acharnement contre Herbert Eveille-Chien, comte du Maine, pour lequel ce duc avait une haine invétérée. Guillaume était fils d'Yves de Bellesme, auquel il succéda, en 997, dans la seigneurie de ce nom et dans le pays de Sonnois , silué dans la partie septentrionale du Maine. Il était neveu de Sigenfroi et frère d'Âvesgend , qui se succédèrent immédiatement. dans révéclié du Mans. Guillaume avait déjà rendu
lt> DO IIAIIS A AL£NÇON.
d'émiBents senricflB à Hogoes Capel contre Charles de Lor«
raine, son compétiteur à la couronne de France, et n*avait pas été moins utile au roi Robert. On croit qu*il tenait aussi de la libéralité de Richard 11 le pays de Domfroiii , donl il fit bâtir le ehftteau vers Tan i02S. En 1027, il accompagna le duQ Uichard III au siège de Falaise, dont son frère Robert venait de s*emparer. Celui-ci étant parv^a. Tannée suivante, au duché def^onnandie, fit sommer le vieux Gntllaume de venir lui rendre hoaiaia^^e pour le château d*Alençon. Sur son refus» le duc vint mettre le siège devant cetle place. Le vieillard , près de s'y v^ir forcé , sortit pi^s ntts>, la corde au cou et une belle de cheval sur le dos demander merci k son suzerain : .
Sun dos offrit a chevauchie'r; Ne se puet plus humilier,
dit le roman du Rou. Le duc se laissa fléchir, mais le fier vassal ne put oublier cette cruelle humiliation et chercha à s*en venger; il se "souleva de nouveau, et» sous la conduite
de deux de ses fils , Foulque et Robert, envoya des troupes ravager Le Maine et la Normandie. Une rencontre sanglante eut lieu près de Blavon» dans laquelle Foulque périt, et Robert , grièvement blessé , fut fait prisonnier. En apprenant ce désastre, (juillaume mourut de chagrin, en 102^. Ce même Robert» son lils ainé» lui succéda dans les seigneuries de Bellesine et d*Alençon, qu'il laissa, en 1033, à Guillaume II, son frère, auquel sa cruelle férocité, ou plutôt la forme du bouclier qu'il portail habituellement» fit donner le surnom de Talvas. On raconte de lui que, passant par Falaise et ayant rencontré le jeune Guillaume, iils naturel du duc Robert » il dit en l'envisageant : « Hélas I je prévois que toi et tes descendants perlerez de rudes atteintes à mes fiefs et à -ma puissance. » Celte prédiction ne se réalisa que trop. Cependant» son px;emier soin fut de chercher à venger
DU MANS A ALBKÇÛN. 17
la mort de son frère Robert, qu'Herbert Éveille -Chien, afMrè» ravoir vaincu , avait fait enfermer dans le ebftteau de Balloii» ofa il eut la tête fendue d'un coup de hache. A
l'aide de Guillaume Giroye, seigneur d'Écliauifour, l'un dea plus vaillants chevaliers .de aon temps, il eut bientôt reconquis le Perche et le Sonnois, que le comte du Mans lui avait enlevés. Voici comment il récompensa ces loyaux services. Déjà il avait fait étrangler sa femme Uiideburge, fille d'un noble chevalier, parce qu'elle lui reprochait ouvertement ses cruautés. Peu de temps après, à ses secou^ies noces avec Hadeburge, hile de Raoul, vicomte de fieaumont, il invita fort courtoisement ce même Giroye» qui, malgré les vives représentations de ses amis, s'y rendit sans défiance. Pendant le repas, il le fit saisir, lui fit crever les yeux, lui fit subir la plus horrible mutilation, et le fit jeter en cet état dans Tune des tours du château d'Alen^on, qui fut démolie en 1781 , et porta jusqu'à cette époque le nom de Tour de Giroye. Les amis du chevalier ne voulurent pas laisser impunie une si cruelle barbarie; ils se jetèrent sur les domaines de Talvas, qu'ils ravagèrent. Ses sujets mêmes, indignés d'autres atrocités plus nouvelles , se révoltèrent contre lui , ayant à leur tête son propre fils, Arnoul, qu*il avait eu de son pre-» mier mariage , et le chassèrent de toutes ses possessions en 1048. Talvas se réfugia chez Roger de Monigommery, auquel il avait marié sa fille Mabille , et y passa le reste de ses jours. Arnoul ne survécut pas longtemps à Texpulsion de son père, car la même anuée on le trouva étranglé dans son lit.
Il eut pour successeur Yves, son oncle, évéque de Séez et
fils de Guillaume I". Vers Tan 1054, Geolïroy Martel, comte d'Anjou, s'étaut rendu maître d'Alençon, le duc de * Normandie, Guillaume le Bâtard, vint lui-même pour re* prendre la ville. Il y avait eu déjà quelques engagements, quand les Angevins qui défendaient la place, voyant le duc
lâO p
tout près des murailles , se mirent à lui crier sur le ton le plus ironique : A lapai, à la pal! faisant allusion au métier de pelletier qu'exerçait son grand*père , dont le duc 'Robert avait séduit la fille. Le Bâtard, irriié de cet outrage, jura par la respUndeur de Dieu ^ son serment habituel , qu*il s*eii vengerait; et il tint parole. Il fit coaper les pieds et les poings à une trentaine de prisonniers qa*il venait de faire et les fit jeter par-dessus les remparts, menaçant de faire subir un pareil sort à toute la gamîson, si elle ne se rendait incontinent. Les Angevins effrayés ouvrirent aussitôt les portes d'Aiençon , que Guillaume rendît au prélat. Yves mourut en 1070 ses terres de Bellesmeel d*Alençon revinrent de droit à sa nièce Habille , femme de
Roger de Monlgomrnery, dont nous venons de parler.
Mabille était une iemme méchante, artilieieuse , cruelle, et la digne fille de son père. Elle se défit par le poison de plusieurs nobles chevaliers qu'elle baissait. Hugues de La Roche d Igré, dont elle avait enlevé ie château, la tua dans son lit, au château de Bures,dans les premiers joursde décembre 1082. Roger de Montgommery, son mari, ne se distingua, au contraire, que par de belles actions. Cousin par sa mère de Guillaume le Conquérant , ce prince lui confia la gardé de la duchesse Mathilde , pendant qu^il était à la conquête dcTAngleterre. Pour le récompenser de sa fidélité, le nouveau roi lui donna le comté de Shrewsbury, où Roger fit bâtir le château de Montgommery, qui devint le chef-lieu du comté de ce nom. Mais revenons à Alençon. Après la mort de Mabille, il échut à son fds, Robert II, dit de Bellesme, qui fut aussi comte de Ponthieu. Sous ce seigneur turbulent, tantôt l'ami, tantôt l'ennemi des rois d'Angleterre et des ducs de Normandie, tantôt ligué contre eux avec le roi de France, la ville d'Aiençon tomba plusieurs fois entre les mains de' Guillaume le Conquérant ou de ses successeurs. L*an 1118, le roi d'Angleterre en avait de nouveau disposé en faveur
de Thibault, comte de Blois. Celui-ci, avec Tagrément du souverain , avait transporté ce don à son frère , Étienne , eonle de Mortain. La conduite tyrminique de ce jeune prince souleva les AlençonnoiS, qui, de concert avec Arnoul, frère de Robert, appelèrent secrètement à leur secours Foulque le Jeune, comte d*Ânjou, en lui promettant de le mettre en possession de leur ville. Le comte accourut, entra dans Alençon, dont il trouva les portes ouvertes , et dès ie lendemain commença le siège du château. A cette nouvèlle, le roi d'Angleterre se prépara à secourir la place et y envoya le comte de Blois avec son frère Ëtienne. Foulque se défen* dit vigoureusement et fit plusieurs sorties par lesquelles il repoussa les deux comtes. Ayant repris le siège de la citaT délie, Foulque l'obligea à se rendre en coupant Taqueduc qui lui donnait de Teau. Celte conquête fut suivie d*un traité de paix, par lequel Foulque s*engagea à remettre le comté d*Alençon au roi d'Angleterre, en faveur de Guillaume, fils de Robert , qui était alors prisonnier, ce qui fut pleine* ment exécuté.
Ce même Guillaume , troisième du nom , surnommé Talvas, comme l'un de ses ancêtres, eut pour successeur, en 1171, son fils, Jean I«% qui, selon quelques historiens » fut le premier seigneur qui prit le titre de comte d*Alençon. Il mourut en 1191, laissant son comté à son fils Jean II, qui ne lui Survécut que deux mpis et demi ; son frère , Hobort m, fut son héritier. Il fut du nombre des seigneurs qui, en 1203, excitèrent et aidèrent Philippe Auguste à venger la mort d'Arthus, duc de Bretagne, égorgé par le roi Jean, son oncle. Ge dernier étant venu Tassiéger dans Alençon , Robert demanda du secours au roi de France, dont les forces étaient alors tellement dispersées qu'il ne put lui en donner immédiatement; mais il imagina d'aller à Moret, en Câlinais, où toute la noblesse de France était rassemblée pour un grand tournoi, demanda du secours à ces braves cham-
DU MAJtô A AUKÇaK*
pions, et leur assigna les plaines d*A1ençon comme le lieu du rendez-vous , et le champ le plus favorable où ils pussent déployer leur bnifoanu GeC appel fut entendu. Tous les chevaliers, animés par Thonneur, se dévouèrent à punir le lâche meurtrier. Instruit de leur approclio , Jean prit la iuite si précipitamment qu'il abandonna à Tennemi ses tentes , ses machines et tous ses bagages. Robert III mourut le 8 septeiiibre 121 7, laissant enceinte sa seconde femme, Emme, héniière de la maison de Laval » qu'elle porta dans celle de Montmorency par son mariage avec le connétable Mathieu, cootiae nous l'avons déjà dit dans Thistoire de Laval.
Né après la mort de son père, le jeune Robert IV ne vécut que deux ans à peine, et mourut vers la fin de Tannée 1219.
En lui finit la série, si tristement célèbre, des premiers seigneurs ci comtes d'Alençon de la maison de Bellesme et de Montgommery. Philippe Auguste, ayant oonquis la Normandie, réunit au domaine le comté d*Alençon, par cession d'Aimery, vicomte de GhàteUerault, et de sa femme Alix, iiUe issue du premier mariage de Robert IU, sœur consanguine et héritière du jeune Robert IV. Dès loirs, ce comté ne cessa plus d'appartenir a la couronne ou de faire pailie de l'apanage des princes du sang royal de France.
Sous ces princes nouveaux , l'histoire d' Alençon devient moins sinistre el moins sombre. La ville eut sans doute à sou&rir encore des malheurs des guerres et des troubles civils; mais au moins elle put, pendant de longs intervalles, accroître son importance et vivre dans une douce sécurité qui jusqu alors lui avait été mconnue.
Au mois de mars 1269, saint Louis donna les comtés d'Alençon et du Perdie en apanage et en pairie , avec droit d'échiquier ou de cour souveraine, à Pierre, son cinquième ^Is. L'année suivante, le nouveau contte suivit son père au voyage d^outre^mer, et deux ans plus tard, par son mariage avec Jeanne de Ciiùlillou, il devint aussi comte de Blois, de
DU kANS A AtfiNCON. tl
Chartres , de Dunois , seigneur de Guise et d'Amnès. Il mourut en 4284 à Saleme , sans laisser d'enfants vivants,
et ses deux comtés firent retour à la couronne. Philippe le Bel les donna au même titre, en 1293, à Charles de Valois, son frère, lequel, après sa mort, arrivée à Nogent-le«-Roi , les transmit héréditairement à Charles II, son second fils, frère du roi Philippe de Valois, qui, malgré cette transmission héréditaire, lui en fit une nouvelle donation* Ce prince
fut tué le iC août 1346, à la bataille de Crëcy, qu'il avait témérairement engagée et où il commandait Tavant-garde de Farmée française. Il eut pour successeur Charles III , l'un des fils nés de son second mariage avec Marie d*Espagne. Celui-ci s'étant fait dominicain en 1361, et étant devenu archevêque de Lyon , sa succession fut partagée entre Pierre et Robert, ses frères. Le comté d'Alençon échut à Pierre II, auquel ses exploits firent mériter le surnom de le Noble. £n 1367, la seigneurie de Domfront fut réunie, en sa faveur, au comté d'Alençon* Dans la suite il hérita du comté du Perche, après la mort de son frère Robert, et mourut en 1404, au château d'Argentan, dont il avait acheté la seigneurie dès 1362. Il avait épousé, comme nous Tavons déjà dit, Marie de Chamaillard , fille du vicomte de Beau-* mont , dont il eut une nombreuse lignée. Jean dit le Sage, son fils atné, lui succéda en 1404. Nous ne voyons guère dans la vie turbulente de ce prince, sans cesse en lutte contre le parti du roi de Ftance et dévoué au roi d'Angleterre, ce qui put lui mériter un surnom si flatteur. Quoi qu*il en soit, le roi Charles VI, qui fut surnommé Vlnsensé^ avec lequel il s'était enfin réconcilié, érigea, en 1414, le comté d'Alençon en duché-pairie, pour terminer le diôérend que Jean avait avec le duc de Bourbon, qui prétendait, en sa qualité de duc , avoir la préséance sur lui, quoique plus éloigné de la branche royale. Ce furent ces deux princes qui, Tan 1415, firent perdre la funeste bataille d'Azincourt,
22 DU lANS A ALENÇON.
en rengageant contre l'avis des autres chefs, tandis que le roi d'Angleterre cherchait à réviter et offrait m6me des con-
dilions iui t avantageuses. Le duc Jcaa y pciit, après avoir tué de sa main le duc d'York et abattu d'uu coup d*épée la couronne que le roi d'Angleterre portait sur son casque.
Jean II, surnommé le Beau , fils du précédent, né en 4409 au château d* Argentan , fut élevé sous la tutelle de Marie de Bretagne, sa mère, et fit ses premières armes à la bataille de Vemeuil (1 424) , oti il fut fait prisonnier par les Anglais. Pendant sa caplivité , qui dura trois ans, il refusa avec dédain de prêter serment de fidélité au roi d* Angle terre, et le duc de Bedfort, en prenant le titre du duc d'Alençon, loucha Lous les revenus de ce duché. Jean acheta sa liberté la somme énorme de 300 000 écus d'or , pour le payement de laquelle il lut obligé de mettre en vente ses plus beaux domaines. Ce prince brillant et chevaleresque assista au premier entretien que Jeanne d'Arc eut avec Charles VII. La Pucelle, qui l'appelait le bon duc, le suivit avec Tarmëe française, qu'il commandait après la disgrftce du connétable de Richement , fit avec lui les sièges de Jargeau et de Baugency, et ils battirent ensemble les Anglais, le 18 juin 1429, h la bataille de Patay, où Talbot fut fait prisonnier pai Xaintrailles. Ce lut 6eult:inenl en 4449 que le duc recouvra la ville d'Aleuçon par la bonne volonté des principaux habitants, qui lui ouvrirent Tune des portes pendant la nuit. En J450, il se rendit au siège de Caen, où il se signala par sa valeur; il n'y eut, d'ailleurs, presque aucune expédition en Normandie et dans lespays voisins, pour en chasser les Anglais, à laquelle il ne prit une part active. Tour à tour dans la faveur ou dans la disgrâce de Charles VU, le duc d'Alençon, après tant de services rendus à TËtat, crui devoir demander quelques dédommagements à son ingrat souverain, dont il n*oblint que des promesses qui ne furent jamais exécutées. C*est alors qu'il eut avec les Anglais des
mi MAi^S Â ALEKÇON. 23
intelligences qui furent découvertes par le roi. La cour des pairs le condamna à mort pour crime de haute trahison. Cette peine fut commuée en prison perpétuelle , dont il fui délivré ])ar Louis XI , à son avènement , en reconnaissance des services qu'il en avait reçus, lorsqu'il n^était que dauphin. Son amitié avait , en effet > grandement contribué à éveiller les soupçons de Charles VÎI contre le duc. Jean reconnut mal celle grâce; il se joignit aux princes mécon* tents, et fut l'un des chefs de la Ligue du Bien publie. Il reprit ses intelligences avec les Anglais, fit un traité avec le duc de Bourgogne, fabriqua de la fausbe monnaie, commit des meurtres et toutes sortes de mauvaises actions, indignesde son rang et de ses nobles antécédents. Louis XL le fit arrêter le 8 mai 1472; le duc fut jugé et condamné une seconde fois à mort. Le roi lui fit de nouveau grâce de la vie , le fit enfermer au château de Loches , oii il avait été la première fois, et le fit enfin transférer à la tour du Louvre, d'où il bortit en 1476.
Jean II mourut peu de temps après , laissant de son mariage avec Marie , fille de Jean d*Ârmagnac , un fils nommé René, auquel la clémence de Louis XI resiiiua la succession de son père. René portait déjà les litres de comte du Perche et de vicomte de Beaumont. Ce prince menait une vie dissolue , tur laquelle sos serviteurs enchénssaieiU encore. Ce fut peut-être là cause qui suscita contre lui tant d'ennemis, qui y jaloux' des grâces et des faveurs dont le roi Tavait comblé, cherchèrent à lui nuire dans Tesprit de cet ombrageux souverain. Ils ne réussirent que trop : soupçonné, à tort ou à raison , d'intrigues contre le roi , il fut arrêté en 4481 , traîné de prison en prison jusqu'à Chinon , où on renferma dans une cage de 1er d'un pas et demi de longueur. C'était là qu'on lui donnait à manger au bout d'une fourche à travers les barreaux , sans Ten tirer que tous les huit jouro pour donner de Tair à la cage et la nettoyer.
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Après douze semaines de cette abrutissante eapiiTité, il fut
transféré à Vincennes, pour y élre jugé par une commission que le roi avait nommée à cet effet. Ce fut néanmoins le parlement qui prononça la sentence, le mars 4482, et le condamna , par politique , à implorer la clémence du roi et à recevoir garnison royale dans ses châteaux. Charles YllI, parvenu au trftne , reconnut , à certains égards , Tinnoeenee du duc, et Tadmit parmi les princes du sang k son sacre, où il représenta le duc de Normandie. En 1487, pour lui donner des marques plus éclatantes de sa faveur, il le ré-» tablit dans tous ses droits. Depuis ce temps, René mmia une vie paisible. Il mourut en 1492, et son fils Charles IV, seulement âgé de trois ans, lui succéda dans le duché d*Alençon.
Charles hérita encore, en 4497, des comtés d'Armagnac et de Rouergue. Sous le règne de Louis XII, il fit paVtie de plusieurs expéditions en Italie. Après avoir été fiancé, dès sa tendre jeunesse, à la fille du duc de Bourbon , la plus riche héritière de l'Europe , qui devint la femme du trop célèbre connélable de Bourbon , il épousa Marguerite de Valois , sœur de François V*. Ce prince, à son avènement, conféra à son beau-frère le titre de premier prince du sang, lui délivra tous les biens de la maison d*Armagnac, et plus tard lui donna le duché de Berry. Charles , qui en plusieurs occasions avait fait preuve d'une grande valeur, qui s'était distingué à la bataille de Marignan , qui avait commandé Tavant-garde de Tarmée royale dans les Pays-Bas, au pré* judice du connétable de Kûurbon, se démentit honteusement à la funeste journée de Pavie, où il commandait Taile gauche de Fermée française. Voyant la défaite de l'aile droite, le désordre du corps de bataille et le roi prisonnier, la tête lui tourna , il ne songea plus qu'à sa sûreté personnelle, et, sans écouter son lieutenant, qui cherchait à le retenir, il courut à bride abattue jusqu'en France. U mourut
de regret à Lyon, le 41 avril 4525, sans laisser de postérité. La duchesse Marguerite courut en Espagne* pour négocier de la délivrance de son frère avec l'empereur Charles-Quint. A son retour, en 1526, veuve d'un prince pour lequel elle n'avait jamais eu que du mépris, elle se remaria, dès le mois de janvier, avec le roi de Navarre Henri II , aïeul de notre Henri IV, el, malgré ces nouveaux liens, elle resta usufruitière du duché d*Alençon. On sait combien cette Bêine de jNavarre s*e8t rendue illustre dans l'histoire de la littérature du xvi* siècle. On sait les vers touchants qu'elle fit pour François 1", ce frère qu'elle aimait si tendrement et qui ne l'appelait jamais que sa Mignonne et la Marguerite des Margueriies.
Depuis l'époque de son premier mariage (i509) jusqu'à sa mort, Marguerite résida presque constamment dans sa ville d'Alençon. Elle avait réuni à sa cour beaucoup d'hommes de lettres , et leur nombre augmenta lors des persécutions dirigées contre les partisans de Luther. Alençon devint Tasile des savants persécutés : à leur tête , il faut placer riUustre Charles de Sainte-Marthe, échappé aux flammes de l'Inquisition à Grenoble. Guillaume le Rouillé, Thomas Cormier, Nicolas de Danguye, évéque de Séez , Clément . Maroty Bonaventure Desperriers, Sylvius de la Haye, Antoine le Maçon, traducteur de Boccace^ faisaient avec lui les délices et l'ornement de cette cour, de cette Académie, présidée par une belle, spirituelle et savante princesse, que ses contemporains ont appelée la dixième Muse,
La reine de Navarre étant morte, le 2 décembre 11^49, au château d'Odos en Bigorre, le duché d'Aiençon, malgré les contestations des héritiers collatéraux du duc Charles IV, fit retour à la couronne. Après la mort de François II , Charles IX céda ce duché, avec le comté du Perche, à la reine Catherine de Médicis, sa mère, soit par assignat de dot et de douaire, soit par pur bienfait. Celle-ci en jouit jusqu'en
i6 nu MANS A ALENÇON.
1566, et les remit au roi, qui donna Alençon à François, son plus jeune frère, alors âgé de douze ans. On sait couiment ce prince ambitieux, mal fait de corps et d'eapril, mina ses propres affaires ou troubla celles du royaume par sou inconstance, ses indiscrétions et ses perfidies.
Dès le commencement du règne de Charles IX , les pro* testants se portèrent aux plus violents excès dans la ville dWlençon ; ils pillèrent les églises de Nutru-Uame, de Saint- Biaise et du couvent de YAve-Maria. Les catholiques furent obligés de 8*armer contre ces forcenés pour protéger leur vie, incessamment menacée. On vil Tun d'eux, chef de la corporation des bouchers, réunir ses compagnons , les faire armer de leurs assommoirs, de leurs coutelas, et, suivis de leurs chiens, ils escortèrent ainsi la procession le jour de la Fête-Dieu. Depuis ce temps , et en commémoration de cet événement, les bouchers d' Alençon , ainsi armés et escortés , firent tous les ans une procession solennelle qui ne cessa qu*en i789. Cependant les protestants du Mans vinrent au secours de leurs coreligionnaires, s emparèrent de la ville et pillèrent de nouveau les églises. L'ordre se rétablit enfin dans la cité, où il parait que les catholiques et les piuleslants se partagèrent, par égales portions, les fonctions municipales.
Catherine de Médicis n*avait jamais pu pardonner à Hontgommery, l'un des seigneurs du pays, le meurtre involontaire d Henri II, son mari ; aussi elle le poursuivait avec une haine aveugle. Celui-ci, fervent protestant et soldat intrépide, propageant la foi nouvelle dans toute la contrée , » était devenu la terreur des calhuliques. Il s'empara d'Alençon, qu'il fut bientôt obligé de quitter, pour aller rejoindre Tarmée du prince de Condé à la Rochelle. A Tépoque de la Sainl-Barihélemy, les catholiques se préparaieuL à prendre une revanche éclatante; mais ils fureât maintenus dans la modération par Matignon , gouverneur de la basse Normandie. Il sauva ainsi les protestants, très-nombireuz dans
le pays ; ceux-ci, deux ans après, s'emparèrent une seconde fois d*Alençon.
En 1519, quand le due François parvînt h s'échapper de la cour, où son frère Henri III le retenait presque prisonnier , il se réfugia dans sa ville ducale d* Alençon , où le roi de Navarre , depuis Henri IV, ne tarda pas à venir le rejoindre, pour mettre à exécution les plans qu'jl avait combinés avec lui. Ce fut à Alençon qu'Henri fit sa rentrée dans TÉglise protestante , et renia publiquement le catholicisme, qu'on lui avait fait embrasser, le poignard sous ia gorge» le jour de ia Saint-Bartbéiemy.
François étant mort à Château-Thierry» le 10 juillet i 584, sans laisser de postérité, le duché d* Alençon fut de nouveau réuni à la couronne. Pendant la Ligue, il devint le théâtre de la guerre; la ville était restée fidèle à Henri III» mais elle fut prise et rançonnée par le duc de Mayenne. Sous te règne d'Henri IV, le maréchal de Biron l'assiégea k la tête de l'armée royale; son artillerie y fit un d^gàt considérable» et les ligueurs furent contraints à capituler. Gomme le roi avait le plus pressant besoin ti'ar^enl, il se lil })ayer par la ville il 000 écus qu'elle devait au duc de Mayenne» sur le prix de sa capitulation. Plus tard Henri IV engagea au duc de Wurtemberg la ville et le duché, qui ne furent rachetés que sous ia régence de Marie de Médicis.
Compris par la suite dans l'apanage de Gaston» duc d'Or« léans» frère de Louis XIII , le duché d' Alençon passa, en 1660, à Isabelle, sa seconde fille, mariée plus lard k Joseph de Lorraine» duc de Guise. C'était la sœur de la duchesse de Montpensier» la grande Mademoiselle. Mme de Guise a été bien diversement appréciée. Suivant les uns, à Tépoque de la révocation de i'édit de Nantes» elle commença ia persécution contre les protestants de son duché, alla jusqu'à faire exhumer leurs restes et les fit jeter à la voirie, pour réunir leur cimetière à ses jardins d' Alençon. Suivant d'au-
très, la ville n^oubliera jamais les exemples de vertus que cette noble princesse lui donna, ni les abondantes aumftnes qoe son intarissable charité lui fit verser dans le sein des indigents. Elle mourut en mai 1696. Le duché fut alors donné à Charles de France , fils du dauphin, qui mourut en 1714; et il fit en dernier lieu partie de l'apanage de Mon*
Sieur, trère de Louis XVI, depuis Louis XVIIL
Pendant la Révolution, Alençon subit plutôt qu*il ne provoqua l'agitation générale qui suivit l'explosion de i789.
Selon l'expression d'un écrivain du pays, celte révolution, SI fatale au dernier duc, n'a point occasionné dans la ville autant de malheurs que dans beaucoup d'autres endroits. Pendant qu*on immolait à Caen H. de Belzunce, on a conservé à Alençon M. île Caraman. « Un seul capucin a été victime'.'*» Après le 31 mai, cette ville sembla d'abord se prononcer pour le parti girondin , auquel elle avait donné Vélazë, l'un de ses plus énergiques représentants. Mais elle se soumit bientôt à l'autorité de la Convention. La même année, après la défaite des Vendéens au Mans, un grand nombre de ces malheureux soldats furent pris et conduits k Alençon, oii on les fusilla. Plus tard, les environs furent ravagés et ensanglantés par les chouans, qui, sous la conduite de Georges Gadoudal et de M. de Frotté/ leur dernier chef, faisaient d'énergiques mais vains efforts pour soutenir une cause désespérée. L'arrestation et la fm malheureuse de M. de Frotté mirent uii terme à ces 'désordres, et, depuis ce temps , Alençon n*a pas cessé de jouir de la plus grande tranquillité et du calme le plus profond.
L'embarcadère , beau bâtiment de pierres de taille avec sonbassement de granit, est situé vers le nord et tout près de la ville, presque au point de jonction des deux routes de Rouen et de Paris , à l'angle desquelles s'étend un vaste