‹ De Paris à Laval et à AlençonChapitre 5 sur 14 · Voici les dimensions |>rtncipa1e8 deTédifice · texte numérisé non relu

Voici les dimensions |>rtncipa1e8 deTédifice

' Longueur lulalo dans œuvre 430",86

de la nef, jusqu'à la fai llie du chœur 73 47

— du clm'ur jus([u'au fond du Iresor 38 34

— du Iransepl d un trumeau à Taulre 63 30

Largeur totale dans o uvre, prise auxporles latérales du chœur 45 95

— près des ciochers 32 37

— de la nef principale, de colonne à colonne. < 2 67 Hauteur de la nef centrale, au Iransept.. • 36 55

— des collatéraux <3 66

Superficie générale dans œuvre • 5200

En comptant 3 personneB p«r mètre carré » cette église poorrail contenir 16 600 personnes.

CHARTRES

L*Hôtel-Dieu , situé à l'angle du cloître Notre-Dame, au pied du vieux clocher, fut fondé au comniencement du XIII* siècle par Thibault VI» comie de Chartres. Sous les restaurations modernes^ on retrouve encore quelques ar* ceaux de cette époque. Non loin de Ik, k l'angle du cloître et de la rue des Changes , est une maison en pierre du xm*" siècle, la plus ancienne assurément qui soit à Chartres.

En face de Tune des entrées septentrionales du cloître, dans la rue du Vieux-Marché à la Filasse, est la manutention des vivres militaires , établie dans un grand cellier à trois nefs du xiii* siècle , dépendant autrefois des greniers de Locub. C'était à ce lieu de Loëns que le Chapitre avait ses greniers, ses celliers, son tribunal et la prison de sa juri« diction , où révêque Louis Guillard fit enfermer notre célèbre poète Clément Marot.

Du cloître Notre-Dame passons dans la rue des Changes; nous y remarquerons , sur notre droite, une maison à poutres élégamment sculptées. Plus loin nous rencontrerons la place du Marché-aux-Herhes , où s'élevait autrefois le palais des comtes. Deià, gagnons la place de la Poissonnerie, dont la physionomie est' si originale avec ses vieilles maisons h ressauts , ses'pignons et ses poutres sculptées. Ën reprenant la rue des Changes, nous passons devant l'ancien liotel de ville que sa porte ogivale et son campanile nous feront aisément reconnaître. Nous arriverons ainsi devant Téglise paroissiale de Saint-Aignan, monument du xvj" siècle, achevé seulement au xviii\

Nous ne quitterons pas la haute ville sans signaler une jolie maison de la Renaissance, située dans la rue du Grand-Cerf. Nous y verrons aussi la grande place des Halles, où il se lait un commerce si considérable des blés delà Beauce. Le théâtre est établi dans l'ancienne église demi-romane de Sainte-Foy, horriblement défigurée par cette profanation. La rue Colin d*Harleville, partant du théâtre , nous conduit à Thotel de la

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préfecture, et devant cet hémistiche estropié de TAndrienno de Térence gravé au-dessus de la porte d'une maison :

VALEAT CVr DISSIDIV YOLVNT.

Était-ce Thabitation d'un pacifique bourgeois ou celle d'un âpre procureur'?

Le tribunal civil et la cour d'assises, établis dans un ancien monastère de femmes, n'offrent rien de remarquable; mais

Église Sainl-Aignan.

au-dessus de la cour d'assises se trouve le dépôt considérable et très-curieux des archives départementales.

Dans la rue de la Mairie , aboutissant sur la place des Halles, est l'hôtel de ville, établi dans l'ancien hôtel Monlécot,

i . La Iraduclion lilléralc serait • « Que ceux qui veulent la discorde se portent bien, » manière polie de leur dire d'aller se promener.

GHAHTRëS. 89

édifice remarquable de la première moitié du xtiI* siècle.

Une partie du second étage est occupée par le Musée communal, renfermant une collection d'histoire naturelle, de tableaux, de sculptures, des curiosités, des médailles antiques et modernes et divers objets d'antiquité. On y distingue entre autres une belle toile sur laquelle Bouchot a peint les funérailles de Marceau, le sabre de cet illustre général, un. très-beau verre de Venise avec légende arabe du xn* siècle, et une armure attribuée à Philippe le Bel; ce prince la donna, dit-on, à la cathédrale après la victoire de Mons-en-Puelle.

La place Marceau, intermédinire entre la haute et la basse ville, offre, au centre d'une enceinte de bornes enchaînées, une pyramide en briques élevée spontanément par les habi* tants à la mémoire de leur compatriote. A l'angle de cette place et de la rue du Cygne, est la maison héréditaire de la famille Lemoine, à laquelle les excellents pâtés de Chartres ont donné une célébrité justement acquise.

Descendons avec précaution une de ces rampes ardues, auxquelles les Charlrains donnent le nom de ierires^ et, si nous ne nous cassons pas le cou , nous tomberons dans la basse ville. Cette partie de la cité beauceronne est particulièrement habitée par des artisans, des manufacturiers, des tanneurs, etc. ; sa physionomie est loin d'être agréable, mais elle est originale. L*Eurc s*y divise en plusieurs bras, et, de meunière qu'elle est habituellement, elle y devient industrielle. Plusieurs maisons méritent la visite des curieux, notamment dans la rue de la Corroierie et dans celle des Ëcuyers, où un petit manoir du xvr siècle présente une cage d'escalier extérieure très-élé^annnent sculptée. Mais le monument le plus remarquable est sans contredit Tancienne église abbatiale de Saint-Père, érigée récemment en paroisse sous le nom rectifié de Saint-Pierre. L'abbaye de Saint-Père fut fondée par les premiers rois mérovingiens; son église

eut à souffrir de toutes les vicissitudes des guerres qui ravagèrent si souvent la ville et ce célèbre monastère. Telle qu*elle est aujourd'hui, Téglise oifre des parties considérables des xir, xm* et xiy* siMes. La nef est très-belle; mais on ad-

Manoir du xvi" siècle , rue des Écuyera, à Cliarlres.

mire surtout la hardiesse, la légèreté, la hauteur et la transparence du chœur, soutenu à Textérieur par des piliers

et des arcs-boutanls d'un effet remarquable. Dans la chapelle absidale sont douze panneaux des plus beaux émaux

GHARTA£S

connus de Léonard Limousin, représentant les apôtres; ces panneaux furent enlevés, lors de la Révolution, à la chapelle du château d'Anet.

Plus bas et sur le bord de la rivière est l'ancienne église collégiale de Saint-André, qui, dévastée par le vandalisme révolutionnaire, a été de nos jours convertie en magasin k fourrage ; il n*en reste plus que la nef du xvi* siècle , précédée d'un délicieux portail du xii*.

Vous n'avez plus maintenant à voir que la porte Guillaume avec ses deux grosses tours, ses créneaux et ses mâchicoulis; puis vous terminerez votre excursion en faisant le tour de ville par les boulevards.

Chartres possède, dans les bâtiments de Tévéché, une bibliothèque publique qui ne compte pas moins de trente mille volumes et neuf cenls manuscrits. Il v a une société d'agriculture , un collège^ un grand et un petit séminaire, un couvent de- sœurs carmélites , une école normale , et plusieurs hôpitaux. Sa population est de 18234 âmes.

La courtiile, à CUarlres*

Lnyitizeu by GoOglc

Le château de Villebon.

DE CHARTRES A LA LOUPE

La deuxième section du chemin de fer de TOuest, de Chartres à la Loupe, a été ouverte le 7 septembre 181)2; dès lors Chartres a cessé d'être la tête du chemin de fer de rOuest, honneur dont il avait joui depuis le 13 juillet 1849 : il n*est plus aujourd'hui que la gare la plus importante el l'une des stations principales intermédiaires entre Paris et le Mans.

En quittant la galerie vitrée de l'embarcadère des voyageurs, nous laissons derrière nous les longues files de mai- ' sons qui forment le Grand-Faubourg; puis, du haut du remblai jeté sur le profond ravin des Vauroux, nous apercevons à gauche, et sur le bord de la grande route, la flèche aiguë

DE CHARTRES A LA LOUPE

de la petite église de Lucé, et à droite, les chaumières confusément groupées autour de l'antique et modeste église de la commune de Mainvilliers.

La voie de fer continue à se rapprocher de plus en plus de la route impériale de Paris à Nantes, qu'elle suit côte à côte et presque sans la perdre de vue. Nous parcourons ainsi les dix-neuf kilomètres qui séparent Chartres de Courville, sans que rien vienne distraire nos yeux fatigués de la longue monotonie du chemin , sans qu'aucun souvenir intéressant vienne s'offrir à notre esprit appesanti. C'est une plaine immense et fertile, mais dont toute la variété ne consiste que dans la perpétuelle alternative des hiés, des seigles, des avoines, des colzas, des guérets et des jachères, à peine ombragés de loin en loin par quelques arbres fruitiers. Cependant nous avons dépassé les villages d'Amiiiy, de Gintray et de Saint-Aubin des Bois, qui sont les trois dernières communes du canton- nord de Chartres. A notre gauche s'étend le canton de Courville, et dans le lointain c'est le village de Saint-6eorges-sur-£ure , situé sur la rive fi^auche de la rivière. Mous nous rapprochons de plus en plus de l'Eure, qu'un brusque détour avait éloignée de nous, et nous commençons à découvrir les rideaux de peupliers dont est bordée sa verte et fraîche vallée. Sous ces massifs de verdure, qui nous dérobent la vue du château de Blainville, se cache le village de Saiut-Luperce, l'antique cité ilt^ Nant, si nous en croyons le vieux pouillé du diocèse de Chartres. A notre droite, et bien loin de nous, nous laissons le beau château et la commune de Fontaine-la-Guyon , oîi, les 8 et 9 septembre de chaque année, les reliques de saint Gorgon attirent un nombreux concours de pèlerins.

Dans toutes ces plaines, qui s'étendent à notre droite, on retrouve encore ces mystérieux souterrains qui, selon les antiquaires delà contrée, servaient de communications secrètes à Fancienne cité des Garnutes et se prolongeaient

9i ITINÉRAIRE DE PARIS AU MANS.

au loin dans la direction de Courville. On peut y suivre aussi les traces bien apparentes des travaux de ce gigantesque aqueduc par lequel Louis XIV avait voulu faire couler la

rivière d'Eure jusque dans ses jarJins de Versailles.

Mais voici à notre gauche Téglise et le clocher de Courville; quelques secondes encore, et nous nous arrêterons à la station de ce nom.

Courville appartient à rarroiidissement de Chartres; c'est un chef-lieu de canton composé de seize communes , situées en partie dans la Beauce, en partie dans le Perche. Ce bourg tsi bail sur le versant d'un coteau au pied duquel coule la jolie nvière d'Eure; il est traversé par la route impériale de Paris à Nantes et par la route départementale de Paris au Mans; sa population est de 4653 habitants. G*est la patrie de Panard, Tun des plus joyeux chansonniers du bon vieux temps. Agricole, industriel et commerçant, ce pays trouve un débouché facile à ses nombreux produits dans trois foires annuelles et un niarché hebdomadaire.

Courbeville(6'or6er27/a, CurvaviUa)^ ou Courville, comme Ton dit aujourd'hui, est Tune de ces anciennes baronnies de la Beauce, dont Toriginc et la première histoire se perdent dans Tobscurité des premiers siècles de la féodalité. En parcourant les rues de ce bourg , on pourra retrouver encore quelques traits de sa physionomie du moyen ftge dans quelques vieilles maisons h iob:^auls, à jiuutrcb ajiparenles, sculptées de figures tour à tour mystiques, grotesques et grimaçantes. Mais ces vieilles demeures de nos pères commencent à disparaître devant Tinflexible alignement de la voirie et & se masquer sous le crépi et le badigeon modernes.

Les premiers seigneurs de cette baronnie y possédaient un château fort qui, dans le cours du xv* siècle, fut ruiné par les Anglais; au pied du nionlicule sur lequel il était assis, les barons du wi^ siècle avaient bâti un château de plaisance que la Révolution a fait disparaître. Dernier débris de

DE CHARTRES LA LOUPB

la puissance féodale, respectée par le temps et par les guerres, une vieille tour, la Brigantîne, était demeurée debout,

encore solide et inébranlable en apparence ; mais la bande noire, à laquelle rien ne résiste. Ta démolie en 1818 : il ne reste plus que des ruines insignifiantes de ces deux vieux manoirs. La RévoUitiun lit aussi disparaître, non loin du château, Féglise paroissiale de Saint-Nicolas, fondée au XI* siècle, de sorte que Gourville ne possède plus, sur sa place principale, qu'une chétîve chapelle, et, en dehors de ses murs, l'église paroissiale actuelle, dédiée à saint Pierre et à saint Paul.

Cet édifice semble dater des premières années du xvi* siècle; son arcbitcctui t' ^ulliique et son clochLi produisent un assez bon effet h Texiérieur, mais rinlérieur a été inalheu-* reusement défiguré par des replâtrages et des réparations maladroites. Nous signalerons pourtant aux amateurs un magnifique maître autel à baldaquin soutenu sur des colonnes torses, chef-d'œuvre de sculpture sur bois, digne de rivaliser avec les plus beaux autels qui décorent les églises de la Flandre et de la Belgique.

La tei l e de Gourville fut érigée en marquisat en faveur d*un des fils de Sully.

Puisque nous avons nommé Sully, le moment est venu de prû|jijber à nos lecteurs de les conduire au château de Villebon , l'un des riches domaines que ce grand homme possédait dans la contrée, celui qu'il avait pris en affection pendant les dernières années de sa longue carrière, et où il mourut le 22 novembre 1641. Villcbon, qui appartient au-j jourd*hui à M. le marquis de Pontoi, est assurément le chM> teau le plus curieux du département d'Eure-et-Loir; il e^tf digne d'attirer les voyageurs à Gourville, dont il n'est éloigné que de sept à huit kilomètres.

Villebon ( Villaimn) est une petite commune de 150 habitants environ, appartenant au canton de la Loupe et à Tar-

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M ITlNËRÀlRfi D£ PARIS AU MANS.

rondissement de Mogent-ie-Rotrou, située sur les extrêmes limites de la Beauce et du Perche.

Sur le bord d*un pare magnifique ombragé de hautes futaies, percé de longues avenues et rafraichi par de vastes étangs, au milieu d'un parterre émaillé des fleurs les plus brillantes, s'élève le vieux château de Vîllebon , entièrement construit en briques et entouré de larges fossés h fond de cuve, constamment remplis d'eau. Dans son ensemble, ce noble édifice parait remonter à la fin du xiv* siècle , et , peut-être au commencement du xv*; mais il est facile de s'apercevoir qu'il a subi de graves modifications dans les siècles suivants : car Sully le fit approprier à sa convenance , et ses héritiers l'accommodèrent à la leur. C'est . un spécimen curieux qui fait voir comment on a pu réduire aux exigences et aux besoins de grands seigneurs du XVII* siècle un vieux manoir fortifié , soit en pratiquant de nouvelles ouvertures à Textérieur, soit en établissant de nouvelles distributions a l'intérieur.

Tel qu il est aujourd'hui, ce château présente un carré régulier au milieu duquel est une cour. Sa façade principale est défendue par quatre crosses tours, surmontées d'une plate-forme de plomb et couronnées de créneaux et de mâchicoulis; une tour à chaque angle et deux au milieu, entre lesquelles s*ouvre la porte d'entrée, précédée d'un pont-levis. Ces quatre tours sont dites d'Estouteville, de Condé, de Kosny et de Sully, du nom de leurs anciens propriétaires. La façade opposée n'offre que trois tours seulement. Entre ces sept tours et sur les deux façades latérales règne une galerie couverte percée de nombreuses meurtrières, à l'aide de laquelle on peut faire une promenade aérienne autour de l'édifice, et pénétrer sur les plates-formes des tours. Ces quatre corps de logis sont surmontés de toits rapides couYeris en ardoises.

En passant sous le porche, avant de pénétrer dans la cour.

D£ CHARTRES A LA LOUPË. 97

on remarquera une énorme quantité de massacres de cerfs, de daims, de chevreuils et d'autres animaux, trophées de chasse des anciens châtelains.

Cette cour est d'une architecture simple et sévère, à laquelle la teinte séculaire des briques donne encore plus de gravité ; à la difiërence des coiileurs , à la disparité des ornements , des corniches et des lucarnes, il est facile de reconnaître les différentes reprises , les réparations et les modifications que rédifice a subies depuis son origine.

A droite , c'est Tescalier construit au xvi^ siècle i)ar Jean d'Estuutevilie; à gauche, c'est l'escalier de Sully. Au-dessus de la porte de ce second escalier on voit le buste de ce grand homme à côté de celui de sa femme , Rachel de Cochefilet.

Les appartements ont conservé à l'intérieur à peu près Taspect et jusqu'aux ameublements qu'ils avaient du temps des SulLy, sans que les deux siècles suivants y aient apporté, de graves modifications. Ce sont encore ces grandes salles, ces longues galeries, ces tentures, ces hautes et larges cheminées de marbre ou de menuiserie, avec leurs plaques armoriées et leurs vieilles garnitures en cuivre doré. Ce sont encore ces tapisseries historiées , ces grands fauteuils , ces meubles en marqueterie, ces poutres peintes et dorées, ces peintures murales, ces blasons, tels qu*ils'étaient, sinon du temps de Sully lui-même , au moins du temps de ses successeurs les plus rapprochés.

Nous laisserons maintenant au cicérone habituel le soin de vous guider dans ces appartements, de vous montrer le lit où couchait Henri IV et celui où mourut Sully. L'espace nous manque pour vous énumérer toutes les curiosités de Villebon; mais nous signalerons particulièrement à votre attention une grande galerie du rez-de-chaussée dans laquelle sont peints sur la muraille les divers châteaux que possédait la famille de Bélhune ; vous y remarquerez avec intérêt, sans doute, le vieux château fort de Nogent-le-Rotrou,

ceux de Gourville, de Rosny et de Sully en Gfttinais. A

Tune des extrémités de cette galerie est un petit enfoncement dans lequel reposa le corps du grand ministre, en attendant que la piété de sa veuve eût achevé le mausolée qu'elle lui élevait, bL'lun ses désirs, k Tliuspice de No^uut-lc-llotrou. Dans une des galeries supérieures , vous jrouverez encore bien des souvenirs qui se rattachent au vieux château et à ses illustres hôtes, surtout un petit oratoire décoré de peintures représentant des scènes de T Ancien et du Nouveau Testament.

En quittant le ehftteau, n'oubliez pas d'aller visiter la

jolie chapelle qui y est presque attenante. C'est un édifice gothique du style flamboyant, dont les fenêtres sont garnies de vitraux peints* La nef est séparée du sanctuaire par une grille de bois finement sculptée. On y retrouve la tribune en veluur» brodé, les prie-Dieu et les chaises à l'usage des anciens châtelains. Le cœur et les entrailles de Sully avaient été déposés dans cette chapelle » où Jean d*£stouteville avait, en fondé un chapitre de quatre chanoines, mais qui

dans la suite servit d'église paroissiale aux habitants de Villebon.

Nous quittons Gourville, nous traversons et laissons à

droile la roule du Mans; et, un j)eu plus loin, nous dépassons à gauche le petit village de Chuisne, bâti sur les bords delà rivière d'Eure, que nous allons passer pour la dernière fois , et au delà de laquelle nous apercevrons le village de Landelles.

Déjà nous avons laissé derrière nous les dernières plaines de la Beauce, et nous sommes entrés dans le Perche. Nous nous arrêtons h la station, mais non pas précisément à Po»^gouin, que nous découvrons à droite, si gentiment assis sur les bords de TËure, au milieu d*une fraîche et riante vallée.

Après Gourville, Pontgouin est le bourg le plus uaportarit du canton; sa population s'élève à plus de 1300 habitants. .

D£ CHARTRES A LA LOUP

C'était, au moyen âge une baronniedu Petit-Perche , dont les seigneorB y possédaient un château fort, qu'ils vendirent à rëvéque de Chartres vers la fin du xii* siècle.

De ses deux anciennes paroisses, Ponigoiiin n*a conservé qu'une seule église, celle de Saint*Lubin, édifice du xiir siècle, réparé et augmenté au xvi* par l'évèque Louis Guillard.

Le château épiscopal fut vendu à la Révolution et presque entièrement démoli ; il n'en reste plus que deux grosses tours. Mais ce qui rend encore Pontgouin fort intéressant, c'est qu'il devait être le point de départ de ce grand canal par lequel l'Eure, détournée de son cours naturel, serai L venue à Versailles alimenter les jets d'eau et les cascades du grand roi. Au gué du moulin de la ville, on voit encore les fondations de murailles au moyen desquelles Veau devait entrer dans ce canal. Au-dessus du château de la Rivière, on retrouve aussi récluse de Roizard , immense barrage que Vauban fit faire en i6d8 pour refouler Peau de PEure jusqu'à Belhomert. Au moyen d'écluses pratiquées dans ce barrage, Teau se serait précipitée dans la prairie intermédiaire, et à l'aide d'un autre barrage , construit au gué du moulin, elle se serait introduite dans le canal dont nous venons de parler. C'est là que s'arrêtèrent ou plutôt que commencèrent ces immenses et inutiles travaux entrepris pour satisfaire au luxe et à la magnificence de Louis XIV.

Nous devons encore signaler, dans la commune de Pontgouin, un monument celtique appelé la Pierre plaie; Tancienne voie romaine , désignée sous le nom de Chemin de César j et enfin les châteaux et domaines de la Rivière et des Vaux, tombés dans le délabrement le plus complet depuis qu'ils ont été possédés par M. le marquis d'Aligre, à la riche succession duquel ils appartiennent.

A peu de dislance de Poi)t<4ouin, nous allons traverser une fois encore la route du Mans; nous la suivrons sans nous en éloigner sensiblement et presque sans la perdre de vue.

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Jetons un dernier regard sur la rivière d*Eure, qui vient pour la dernière fois baigner le chemin de fer de l'Ouest» dont elle B*éloigne bientAt par un brusque détour pour re-

monter jusqu'à sa source, dans le dépaiteaient de TOme, aux étangs de la Lande et de Neuilly-au-Perche.

Nous sommes entrés dans le canton de la Loupe. Pendant le trajet que nous parcourons, nous traversons tantôt des bois touûus, tantôt des campagnes ombragées de longues âles d'arbres fruitiers, de vertes prairies, immenses tapis de gazon du milieu desquels surgissent des haies de chênes au noir feuillage, d'où se détachent les rameaux fleuris de Téglantine.

Nous arrivons ainsi à la station de la Loupe* Le bourg se développe en amphithéâtre, avec les toits de ses maisons et la flèche octogone de son église, au milieu d'une verte prairie ombragée d'ormes touiïus et de peupliers élancés. La sei«gneurie de la Loupe (£«i|mi), quoique enclavée dans le Perche, suivait la coutume *de Chartres et relevait fitodalement de révéqiie diocésain. Thibault le Grand, comte de Champagne, mort en 11 52, la laissa à son fils Etienne, comte de Sancerre, tué en 1191 au siège de Saint-Jean d'Acre. Celuici eut pour successeur Èlienne de Sancerre, son troisième fils, qui la laissa à l'une de ses filles, mariée à Adam III, vicdmte de Melun. Après avoir été possédée successivement par Simon de Melun, maréchal de France, par Giles, sou fils, par Jean et enfin par un autre Sunun de Melun, la Loupe fut vendue par ce dernier, en 1383, à Renault d'Angennes, seigneur de Rambouillet. De la famille d' Angennes elle passa, en ir; )5, dans celle de La Ferté-Senneterre , par le mariage d'Henriette d'Angennes avec le maréchal Henri de Senneterre, duc de La Ferté. La Révolution l'enleva aux héritiers de cette illustre famille.

Le vieux donjon féodal dont on retrouve à peine remplacement fut, selon la tradition , détruit par les Anglais dans les premières années du règne de Charles YII. Ce qu'on

DE CHARTRES A LA LOUPE. 101

api>elle si pompeusemenl le château de la Loupe n'est en

réalité qu^uii simple manoir ou hrbergemeiiL seigneurial. C'est un grand corps de logis à deux étages, d*une architecture lourde et massive du règne d'Henri IV» entouré de larges fossés sans eau qu*on traverse sur un pont fort étroit. Dans le pays on fait à notre illustre Vauban l'injure de lui attribuer la construction de cet édifice» qu'il aurait élevé pour le maréchal de La Ferté, son ami.

L'église i^aroissiale , située sur la route do Nogent-le- Rotrou» semble appartenir aux premières années du xvr siè* de : elle est précédée d'un porche; au linteau de la porte d'entrée , on distingue des vestiges de peinture représentant des armoiries. Avant la Révolution, la Loupe Jtait un chef-lieu de réunion pour les conférences ecclésiasti-ques , et la cure en valait seize mille livres. Aujourd'hui c'est un chef-lieu de canton de l'arrondissement de Noj^entle-Rotrou; sa population s'élève à 1161 habitants : §on commerce est considérable en céréales et surtout en bestiaux; ses quatre foires annuelles, ses marchés du jeudi y attirent un concours considérable.

Le docte Vincent de La Loupe naquit dans ce bourg au commencement du xvi* siècle ; il publia un certain nombre de livres de jurisiiniJence et de littérature , dont quelquesuns furent imprimés par Robert Etienne. Mais dans le passé de la Loupe se présentent deux figures plus riantes et plus gracieuses que celle de ce Vincent; ce sont celles de la comtesse d'Olonne et de la duchesse de La Ferté , filles du dernier des d'Ângennes de La Loupe et de Marie du Raynier. Toutes deux furent Tornement de la cour si brillante de Louis XIV, et c'est pour elles que l'on fit ces vers, bien empreints du cachet de l'époque ^ et que nous trouvons dans Dreux du Radier :

De tous temps on a laiL di s vœux, Et pour les bruns et pour les blonds cheveux ;

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102 ITINÉRAIRE DE PARIS AU MAlfS.

Mais j'ai yu mille fois toute la coor en peine Pour savoir qui dea deux remporteroit le prix ,

On des cheveux blonds de Chloris, Ou des cheveux bruns de Climeue.

Tout près de la I.oupe, en passant sous le viaduc qui traverse la route ciéparteiuentaie de Regmalard, à l'angle d'un vaste remblai jeté sur un étang converti en prairie, on ne verra pas sans ëtonnement un vieux chêne têtard, dont il serait diflicile de compter les siècles. Le tronc de ce vénérable végétal, qu'on prendrait pour Tun de ces chênes consacrés par les religions de l'antiquité, n'a pas moins de 6 mètres de tour , et ses monstrueubes racines mesurent 1 3% 63 de circonférence. Ses branches colossales ombragent à la fois la route et la prairie, abritant dans une de leurs excavations une petite madone exposée par la piété de nos pères à la vénération des passants.

La Loupe a cessé d'être la tête de ligne de la seconde section du chemin de fer de l'Ouest, honneur dont elle a joui pend a lit près de deux ans. Elle a vu disparaître tout d'un coup cette affluence de voyageurs et de voitures qui se pressaient dans ses rues et sur sa place publique; avec un grand regret, sans doute, elle a dû rentrer dans sa tranquil* lité habituelle.

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La Loupe, travaux de la Tranchée.

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