‹ De Paris à Laval et à AlençonChapitre 6 sur 14 · DE LA LOUPE A NOGENT-LE-UOTROU · texte numérisé non relu

DE LA LOUPE A NOGENT-LE-UOTROU

La première partie de la troisième section, de la Loupe à Nogent-le-Rotrou, fut solennellement inaugurée le dimanche février 1854.

Du haut du remblai sur lequel la voie de fer s'élance, entre la route d*Alençon et celle de Nogent-le-Rotrou, on découvre k gauche le village et la modeste église de Vaupillon. Dans cette petite commune, on chercherait inutilement quelques vestiges du magnifique chàleau que la duchesse de Yerneuil s*7 était fait construire vers la fin du xvi* siècle, et sur la

ITlNÉUÂtaE DE l'ARIS AU MANS.

fronton duquel un pédant de ce temps avait paraphrasé en grec ce vieil adage chevaleresque :

DIEU 9 LE AGI, Mà DAME.

Mais, non loin des ruines de la terrasse sur laquelle s*élevait le somptueux palais de Tambitieuse favorite , un siècle après sa démolition, MM. HunebeUe frères, entrepreneurs des terrassements de cetl<; partie de la ligne, ont fait construire une élégante maison d*habitation , environnée d ateliers, de forges, de charronneries , de chaumières, de cabanes, de cantines, pour le campement et la nourriture de Tarmée d'ouvriers employée à leurs gigantesques travaux. Cette colonie improvisée» établie sur le sommet d'une côte aride et déserte, a reçu le nom de Nauveau-Mande.

Là, pendant plusieurs années , mille ou douze cents ouvriers ont péniblement travaillé à l'œuvre la plus colossale qui ait encore été exécutée sur la ligne de TOuest. Il s'agissait en effet de faire passer la voie par une immense hauteur que, pendant longtemps, on avait crue de formation granitique, et que M* Desuoyers, le savant bibliothécaire du muséum d'histoire naturelle de Paris, a reconnue, le premier, pour appartenir un terrain tertiaire et n'être formée que d'argile ferrugineuse très-tenace, entremêlée d'une énorme quantité de rognons de silex, primitivement engagés dans la craie remaniée et balayée par les révolutions du globe. Il s'agissait, disons-nous, de traverser cette hauteur : d'abord on eut l'idée d'y pratiquer un tunnel, et il y eut même un commencement d'exécution ; mais, dans la suite, diverses considération s obligèrent d'y renoncer. Le tracé fut alors modifié, et au sombre souterrain on substitua une large et profonde tranchée à ciel ouvert.

Cette tranchée a 4000 mètres de longueur et 45", 08 dans sa plus grande profondeur : elle a nécessité un mouvement de plus de iiOOOOO mètres cubes de terres. La

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nature argileuse du sol en a rendu l'ouYerture extrêmement difficile; d'énormes masses de glaise menaçaient k chaque instant de glisser sur elles-mêmes, de sorte quUl a fallu faire marcher les travaux de consolidation en même temps que les déblais. Dans les parties les plus exposées à glisser, on a retenu les terres par d* épaisses murailles de soutènement, hautes de é mètres, au sommet desquelles s'étend une ban* quette large de 4™ , 25 , destinée à recevoir réboulement des terrains supérieurs , s'il en survenait malgré les fortes pierrées pratiquées au*>dessu8. Par ce moyen, la voie ne peut être entravée par aucune espèce d'éboulement.

De la plus grande partie des terres provenant de la fouille, on a formé des dépôts ou cavaliers, hauts de 0 à 8 mètres, placés k droite et à gauche, à 15 mètres de la crête du talus, de sorte que la tranchée paraît plus large et plus profonde qu'elle n^est réellement; sa plus grande largeur en créie ne dépasse pas 60 mètres.

Le profil de cette tranchée offre d^abord un palier de 2000 mètres environ, auquel succède une pente de 5 millimètres par mètre sur un kilomètre de longueur; puis une autre pente de 8 millimètres par mètre, laquelle se prolonge à 4000 mètres de la tranchée.

Plusieurs voies de communication , interrompues par cette vaste excavation, sont rétablies à Taide de six élégants viaducs, construits en rognons de silex, encastrés dans de belles pierres de taille des carrières de la Madeleine, près de Nocé, dans le département de TOrne. Les robustes tabliers de ces ponts aériens sont supportés par des arcs surbaissés, formés de chêne goudronné ayant Taspect et la couleur de la fonte de fer.

Mais vous ne pouvez voir et nous ne vous avons décrit qu'une faible partie de ces immenses travaux. Le tunnel, pro*

jeté sur 1738 mètres de longueur dans le parcours de celte tranchée, avait nécessité le percement de trois puits descen-

dant k 10 ou 12 mètres au-dessous du sol actuel de laviJîe. Ces puits ont été utilisés et reçoivent les eaux pluviales et les eaux de source que leur amène un réseau d*aqueduc8 souterrains dont vous auriez peine à concevoir les ramifications et l'étendue. Conduites ainsi jusqu*aux sables inférieurs à Targile» les eaux s'écoulent et se perdent dans les terres.

Représentez-vous maiiUenaiit combien cette longue tranchée, que vous franchissez en moins de quatre minutes, pour ' un prix si modique et bien commodément assis dans votre voilure , combien ce travail cyclopéen a dû coûter d'argent , de temps, de fatigues et de sueurs! En parcourant cette longue excavation et ses talus de quarante*cinq degrés ap- puyés sur leurs soutènements de pierre, en contemplant ces hardis et légers viaducs et tout cet étonnant travail, payez un juste tribut d'admiration à ces hommes habiles et laborieux qui les ont conçus, conduits et exécutés. Pour nous, dans notre impuissance de leur prodiguer ici tous les éloges qu'ils méritent, bornons-nous à vous nommer M. Ducos , ingénieur en chef, qui a déjà dirigé avec tant de succès les gigantesques travaux du tunnel de Blaisy-Bas, sur le chemin de fer de Lyon; M. rm-énieurBoulongne, M. Mortagne, conducteur des'ponts et chausàées,et MM. Hunebelle frères, entrepreneurs des terrassements.

En sortant de la tranchée, nous entrons dans le départe* ment de VOrne. Nous marchons sur le flanc d'un coteau boisé à la droite duquel se développent les plus riants paysages. Nous traversons la plus jolie partie du Perche, et de monts en vaux nous arrivons rapidement à la station de Brc^ tancelleSiOt nous nous arrêtons presque en face de l'église.

le bourg de Bretoncelles est situé au fond d'une grande vallée, dans le canton de Regmalard et Tarrondissement de Mortagne (Orne). On y reconnaît les traces de quelques petites voies antiques venant s'embrancher sur la grande voie ro-

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maine qui longeait la foret de Senonches et se dirigeait sur Orléans. Cette grande voie et ses annexes traversaient le pays dans lequel on retrouve les dénominations de Rue ferrée et de la Voie, qui font présumer de sa haute an* tiquité.

Vers la fin du xu* siècle, la seigneurie de Bretoncelles, Briimum eetta^ appartenait aux sires de Dangeau, dans la famille desquels elle se maintint jusqu'en J iK), puîs elle passa dans les mains de Jean d'Angennes, seigneur de Rambouillet et de La Loupe. En 1664, elle échut aux Ghaumonl et fut, en dernier lieu, vers 1775, possédée par le marquis d'Aligre, premier président au parlement de Paris.

L'église de Bretoncelles, dont les parties les plus anciennes ne sont point antérieures au xvi* siècle, n'offre aucun autre intérêt que celui d'orner agréablement le paysage.

A Touest et assez près du bourg , dans la forêt de Saussaye, on trouve une motte couverte d'arbres séculaires et entourée de larges fossés : on la nomme la Butte du Château; mais aucune autre tradition locale ne s'y rattache. Dans les environs on rencontre une grande quantité de scories de forges de fer.

Sur une colline, au sud, on reconnaît aussi des vestiges d'une autre forteresse du. moyen âge détruite depuis un temps immémorial, et qu'on nomme le Pam Enfin, un troisième château , qui fut l'habitation des derniers seigîh urs, . s'élevait au nord de Bretoncelies, au milieu de la prairie et sur le bord d'un ruisseau appelé Sonnette et Corbionne. C'était le château de Launay, dont les fossés sont comblés et les murs d'enceinte détruits, et dont les bâtiments, fort peu remarquables, sont actuellement occupés par le fermier.

Nous côtoyons la rive gauche de la Corbionne, petit ruisseau serpentant au milieu d'une délicieuse vallée, dont la charmante perspective nous est souvent masquée par les tranchées multipliées sur notre passage. Nous arrivons ainsi

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à la station de Condésur-Hitisne , en face de laquelle, sur le haut de la eolUney s'élève le beau château de M. le comte ' de Baulny.

Gondé est un village fort ancien, oii Ton a reconnu des

vestiges d'établissements romains et des voies antiques que nous avons déjà signalées. Il est situé sur la rive gauche de laCorbionne, non loin du point ob ce ruisseau vient se jeter clans THuisne. Celte station n'a pour elle que la belle vallée et les riants coteaux qui Tentourent, mais elle ne nous offre ni monuments ni souvenirs historiques de quelque importance.

A peu de distance de son contluent avec la Gorbionne, nous traversons TUuisne , que nous allons bientôt rejoindre; THuisne sert de limite au département de TOrne, d'où nous allons sortir, et à celui d'Eure-et-Loir, dans lequel nous allons rentrer. Le pays se découvre et le paysage s'élargit; à travers les longues files de peupliers qui se développent sur notre gauche, nous découvrons à plus de 6 kilomètres de distance quelques anciens manoirs disséiinués dans la campagne, le clocher de l'église Notre*Dame de Margon et les principaux édifices de la ville de Nogent^e-EotrcUf dominés par les ruines pittoresques et le donjon colossal du château de Saint-Jean, l'ancienne demeure de SuUy et des comtes du Perche.

CliAteau de Mogeni-le-RoUrou

NOG£iNT-LË-ROTROU.

Nogenl-le-Rotrou est le chef-lieu de sous-préfecture du quatrième arrondissement du département d'Eure-et-Loir.

Cette ville, d*un aspect éminemment pittoresque et original, est posée dans un grand vallon arrosé par les bras multipliés deTHuisne et du Petit-Rhône, dominé au sud par le coteau escarpé sur lequel s'élèvent les ruines imposantes du redoutable château des anciens comtes du Perche. Elle se compose de quatre rues principales qui, semblables aux

iiO ITINÉRAIRE OË PARIS ÀU MAMS«

longues galeries d*ua cloître, forment une sorte de parallélogramme irrégulier au milieu duquel s*étend une verte prairie où paissent de nombreux troupeaux. Aux deux extrémités de ce vaste tapis de verdure sont quelques rues secondaires conduisant à Thôtel de ville, à la halle, au marché aux bestiaux. De longues avenues sablées, plantées d'arbres etborJôcb de fossés remplis d'eau, facilitent les communications d*un quartier à Tautre et mènent aux. promenades publiques ou bien à de jolies maisons cachées au fond de leurs frais jardins. Les rues qui forment le côté oriental de la ville se sont prolongées sur la route de Paris h Nantes ; d'autres petits quartiers se sont formés autour du vieux chàieau, auprès dé réglise Saint-Laurent et aux environs de l'antique monastère de Saint-Denis. Cette disposition donne à Nogent une physionomie smgulière et une irès-grande éteiHlue, peu en rapport avec sa population, qui n*est que de 7000 habitantSk

Les plus anciens documents qui fassent mention de cette ville ne sont point antérieurs à la fin du x' siècle : elle dépendait alors du comté de Chartres , dont elle ne faisait déjà plus partie au commencemenl du xir siècle, on ignore par suite de quelles causes. Quoi qu'il en soit , entre les années 1003 et 1030, Geoffroy II, comte du Perche, petit* fils et successeur de Rotrou I*', fit construire , ou , si Ton en croit les historiens locaux, réédifier le cliaîeau de Nogent sur une vieille forteresse romaine détruite par les Normands. £n 1031 , le même comte fonda le monastère de Saint-Denis, auquel il donna Téglise paroissiale de Saint- Hilaire, située sur la rive opposée de la rivière d'Huisne. Auprès du château était une église consacrée à saint Jean- Baptiste et à saint Jean FÊvangéliste. Sous la protection de ces deux édifices s*éleva une agglomération de maisons qui a pris et conservé jusqu'à nos jours le nom de quartier Saint-Jean. Un autre quartier, indiqué aujourd'hui par

l<OG£NT-LE-RUTaaU.

la rue Bourg -le-Com te, se forma au pied de la montagne; d'autres maisons se groupèrent autour de Téglise paroifl> siale de'Saint*Laarent; un bourg s'établit auprès du monastère de Saint-Deniû, et ces divers éléments, Unissant par se réunir, constituèrent une ville assez importante. Cette ville passa en différentes mains et vint enfin dans celles du prince dé Gondé, à qui Sully Tacheta en i624. Les héritiers du grand ministre la possédèrent jusqu'en 1770. A la Révolution, le domaine de Nogent fut confisqué sur le comte d'Orsay; le château de Saint-Jean fut plusieurs fois vendu « d'abord à un ébéniste de Paris qui tenta vainement de le restaurer, puis à un spéculateur qui essaya inutilement de l'abattre pour trafiquer des décombres, enfin à Mme la comtesse de Reiset, qui Tacheta pour le soustraire au vandalisme de la bande noire. Le vieux manoir des comtes du Perche, mutilé par les guerres et par le temps, est une de nos plus belles et de nos plus intéressantes ruines féodales; il appartient aujourd'hui à M. Desmurs, qui s'y est fait une demeure charmante, au détriment peut-être des souvenirs historiques et du caractère de ce vieil édifice.

Après avoir été la demeure des anciens comtes du Perche, le château de Nogent-le-Rotrou fut aussi Tune des résidences favorites de la famille deCondé, dont la présence fut plus d*une fois une sauvegarde pour la ville. Le prince de Condé vint s*y établir en 15G6 avec Françoise d'Orléans, sa seconde femme, laquelle y donna le jour à Charles, comte de Soissons. En 1576 , le roi de Navarre, qui fut depuis Hfjnri IV, était venu camper avec son armée sous les murs de la Ville ; mais il se retira à la simple prière de la princesse de Condé.

Catherine de Médicis doit être comptée parmi les hôtes illustres qu'abrita iu vieux manoir; elle y vint loger, en 1573, pendant le voyage qu'elle fit en Anjou pour aller rejoindre son plus jeune fils*

Les bienfaits de Sully consolèrent les Nogentais de la perte qu'ils avaient faite de la famille de Gondé ; la vieille cîtë percheronne conserve de bons souvenirs et des preuves de la pieuse libéralité du vieux ministre d'Henri IV. Ce grand homme s*était pris d'affection pour son nouveau domaine ; il avait voulu faire réparer et restaurer le château , mais il en fut empêché par les criailleries des moines de Saint-Denis. Ce furent peut-être les tracasseries incebsantes de ces mêmes religieux qui lui firent abandonner Nogent pour aller établir sa demeure k Villebon. Néanmoins il voulut après sa mort venir reposer au milieu de la ville qu'il n'avait quittée qu'à regret, et sa veuve lui iit élever un tom-' beau dans l'hApital qu'il avait enrichi.

Faisons maintenant une courte visite aux monuments que le temps et les révolutions ont laissé subsister.

Le premier édifice que nous rencontrons en sortant de Tembarcadère est la grande église de Saint-Hilaire , située en dehors et l'angle nord-est de la ville, sur la rive droite de THuisne. Cette église existait déjà au xi" siècle, mais elle n'a conservé aucune trace de cette ancienne origine. Sa grande nef inachevée avec son plafond surbaissé et ses deux collatéraux ne sont pas antérieurs à la fin du xs" siècle. La tour du clocher» terminée par une galerie entourant un dôme surmonté d*une lanterne à jour , fut achevée en 1560. C*est assurément la parlie la plus remarquable de l'édifice; ses fenêtres , ses gargouilles et ses corniches sont sculptées avec une grande délicatesse. Cette tour, accompagnée d'une abside élégante , s'élevant sur le bord de Teau entre les longues files de peupliers qui ombragent le cimetière , produit un effet des plus pittoresques. Â l'intérieur, on remarque les douze apôtres peints de grandeur naturelle, la décoration du chœur et celle du maître autel.

Passons les ponts jetés sur les deux bras de TUuisne, à Textrémité de la rue Sainl-Hilaire ; nous laisserons à gauche

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