‹ De Paris à Laval et à AlençonChapitre 7 sur 14 · NOGENT-LE-ROTROU · texte numérisé non relu

NOGENT-LE-ROTROU

la rue Saint-Martin et nous suivrons celle de la Charronnerie. Quand nous aurons dépassé la place du marché, à l'embranchement des routes de Paris à Nantes et d'Orléans à Saint-Malo , nous remarquerons un petit château d'eau alimenté par la rivière d'Arcisse. Près de cette fontaine est le joli portail gothique de l'église actuelle de Notre-Dame. C'était autrefois l'Oratoire de Saint-Jacques de l'Aumône ,

Église de Sainl-Hilaire à Nogcnl-Ie-Rolrou.

attenant à l'hôpital fondé en 1190 par le comte Rotrou IV. On érigea cet oratoire en paroisse pour remplacer les deux églises de Notre-Dame et de Saint-Jean, détruites à la Révolution. Ce petit porche de la fin du xii" siècle est la seule partie curieuse du monument.

A l'angle de l'église est la rue du Pont-Salé, dans laquelle vous avez à gauche l'ancien couvent de Nazareth, oii pend actuellement l'enseigne d'un marchand de vin ; à droite vous trouvez la porte de l'Hôtel-Dieu , et en face, le cimetière

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de la paroisse Notre-Dame. Sur le fronton de la porte de

l'hospice sont les armoiries du ^raiid Sully, supportées par deux Hercules , avec les attributs de ses dignités. Sully fut en effet, après le comte Rotrou, le principal bienfaiteur de cet établissement de charité, qui fut entièrement reconstruit dans le courant du dernier siècle. En entrant dans la cour, près de la chapelle , on voit le petit édifice que Rachel de Gochefilet, veuve de Sully, fit construire , en 1642 , pour y déposer le corps de son mari. Au centre de ce monument funéraire s élève un piédestal sur lequel sont agenouillées les deux statues en marbre blanc du duc et de la duchesse de Sully revêtus de leur grand costume. A leurs genoux sont deux coussins : sur le premier est un sautoir de bâtons de commandement^ et on y lit le nom du sculpteur, B. BOVDIN. F. 1642 ; sur le second est déposé un livre de prières. Sur le socle sont sculptés les noms des deux illustres morts , et en face on lit , comme à Villebon , les dix commandements de Dieu; derrière, sur une grande table de marbre , on voit Tépilaphe des deux époux , restituée en 1 764. Les deux corps étaient déposés dans un caveau au-dessous du monument; mais le vandalisme impie de 1793 en a jeté les cendres au vent : c*est par un bonheur inexplicable que ie mausolée a été conservé. L'une des ailes de THotel-Dieu se prolonge sur la rue Dorée , dont elle n*est séparée que par une grille à travers laquelle on voit, sur une pelouse, un cippe surmonté d*un buste en bronze de Sully.

Suivons la rue Dorée jusqu'à sa jonction avec la rue du Paly ; à Tangle de la rue Bourg-le-Comle nous remarquerons une vieille maison de bois, à l'encoignure de laquelle est sculptée l'image de saint Michel. En face de cette rue est une ruelle abrupte dans laquelle sont pratiquées 151 marches, divisées en 37 paliers. Une autre ruelle est ouverte à côté de la première. Gravissons Tune ou Tautre de ces rudes montées, et nous arriverons devant le château de Saint-Jean.

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NOGËNT-LE-ROTROU. 115

Il n*a pas fallu moins de hui^ siècles pour bâtir et pour ruiner le château de Nogent-le-Rotrou. Le comte Geoffroy II fit construire le donjon au commencement du xi* siècle;

les murs d*enceinte, les bastions, les remparts furent bâtis, réparés et modifiés à diverses époques des siècles suivants. Dans la seconde moitié du xv*, Marguerite, Catherine et Charlotte d'Armagnac, alors châtelaines et habitantes du lieuy élevèrent la porte d'entrée actuelle avec ses deux grosses tours rondes à créneaux et à toits coniques. Un pont de pierre jeté sur le large et profond fossé a remplacé l'ancien pontlevis; à l'intérieur do la cour, on retrouve les traces de la chapelle seigneuriale, des anciens logements, des courtines, des tours et des bastions. L'antiquaire y peut à loisir mesurer l'épaisseur, la hauteur et l'appareil des murailles , reconstruire par l'étude les ancienneo divisions et la distribution du donjon; sur les murailles délabrées, il reconnaîtra les constructions du xi* et du xii* siècle , les traces des poutres, des solives, des cheminées et les étroites fenêtres par lesquelles les redoutables châtelains recevaient la lumière et promenaient leurs regards sur les campagnes environnantes. L'historien y évoquera les ombres des hôtes illustres, et tous les visiteurs y jouiront d'un ravissant coup d'œil sur la vallée de THuisne et du Petit-Rhône.

La population du quartier Saint-Jean est généralement trèspauvre; aussi y peut-on observer la misère dans toutes ses cruelles variétés et trouver de nombreuses occasions d'exercer la charité.

En quittant les ruines du château, où l'observateur découvrira encore bien des curieux vestiges que nous ne pouvons lui indiquer» descendons par la rue de la Culbute dans celle des Bouchers, où nous trouverons, en face de chétives maisons tombant en ruine, les restes mutilés de l'ancien hôtel du sire deMontgaudry, l'un des vassaux du châtelain de Nogent, On trouve encore en.parcourant les rues de la ville, notamment

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celles du Paly, de la Rhône et de SaiiiL-Lazare, quelques maisons curieuses par leurs souvenirs , leur architecture et les crosses végétales qui se dressent sur les rampants de la toiture. A Textrëmité de la rue à laquelle elle a donné son nom , on reconnaîtra dans une grange Tancienne chapelle de la léproserie Saint-Lazare.

Mais rentrons en ville, reprenons la rue Bourg-le*Comte et la rue Saint-Laurent qui lui fait suite. C'est la que nous rencontrerons la plus curieuse et la plus jolie de toutes les maisons anciennes. Au-dessus de la porte cochère, surmontée d*un fronton et de deux tourelles, on lit dans un cartouche cette inscripLiUii à double sens :

DE PIERRE BLANCHB

DYRàND fsbvrier IB FVS FAIGTE. 1542.

Ce qui veut dire qu*en 1542, Pierre Durand et Blanche Février, sa femme, firent construire cette maison. Pierre Durand était le bailli du bourg de Saint-Denis,- dont la justice appartenait au monastère de ce nom.

En suivant Ht même rue, nous rencontrons à gauche la rue Saint-Denis, où s'élève Féglise Sainl-Laurent avec sa tour massive terminée par un dôme. Cet édiûce, entouré d*un cimetière, ne remonte pas au delà du xvi* siècle et ne présente rien de remarquable. En passant sous un grand arc ogive appuyé sur le chevet de cette église, nous entrons dans le bourg et nous arrivons au tribunal, à la prison et au collège communal établis dans les anciens b&timents du monastèrede Saint-Denis. On retrouve encore dans les parties basses de ces divers établissements des voûtes et des arceaux gothiques des anciens bâtiments claustraux. De TégUse monacale , remarquable par sa grandeur et son antiquité, il ne reste plus que les murailles du chœur et de Tabside. Sous les replâtrages, on reconnaît encore les arceaux inférieurs.

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îhOGëNT-LE-ROTROU, • 117

les galeries et les fenêtres à plein -cintre de l'ancien sanctuaire, converti aujourd'hui en écuries et en remises. On en a lait une caserne pour le logement des troupes de passage et un dépôt pour les étalons de l'arrondissement.

Revenons maintenant h la rue Saint -Laurent ; la longue rue des Prés vous conduira à peu près au point d'où vous êtes partis : vous aurez achevé le tour de la ville.

Depuis son érection en chef-lieu d'arrondissement, No«<gent-Ie-Rotrou est devenu la plus im]ioi t:in te des villes du Perche, parmi lesquelles il n'occupait que le troisième rang* Ses fabriques d'étamines, de burats, de serges» de breluches et autres étoffes de laine emploient un grand nombre d'ouvriers. La. race des chevaux percherons, déjà si célèbre, doit une amélioration notable m haras établi en cette ville depuis 1836.

Les environs de Nogent otirciit aux touristes de jolies promenades , des sites pittoresques et quelques monuments curieux. Nous citerons au premier rang la délicieuse vallée, les cascades , la rivière et les ruines de l'ancien monastère d'Arcisse. Nous nommerons encore l'abbaye des Clérets. Nous rappellerons l'église paroissiale de Notre-Dame de Margon et sa position si pittoresque, d'où l'on peut contempler, sous leur plus ravissant aspect, les belles ruines du château de Nogent-le-Kotrou. Enûn nous signalerons aux antiquaires, dans cette gracieuse vallée, un monument celtique qu'ils ne visiteront pas sans intérêt*

Hôlel de ville et Porte de la Ferlé-Bernard.

DE NOGENT A LA FERTÉ-BERNARD

La seconde partie de la troisième section du chemin de fer de TOuest, de Nogent-le-Rotrou au Mans, a été inaugurée avec la plus grande solennité le 28 mai 1854, et livrée à l'exploitation le i" juin suivant.

Nous quittons la gare de Nogent : une tranchée nous masque d'abord la vue de cette ville; mais bientôt après la voie de fer, s'élançant sur un remblai, puis au niveau du sol, nous laisse découvrir un splendide panorama, au milieu duquel surgit majestueusement le vieux château de Saint- Jean sur son roc escarpé. Nous côtoyons de près ou de loin

DË NOGËNT A lA F£RT]UB£RNARD. 119

la limpide rivière d'Huisne ; Thorizon s'élargit et, dans le lointain, les coteaux succèdent aux coteaux : le Perche avec ses bocages et ses vertes prairies nous a] parait alors dans sa plus charmante expression. Nous sommes h peine à 6 kilomètres de Nogent et déjà nous avons dit adieu au département d'Eure-et-Loir, nous sommes rentrés dans celui de rOme, dans TarrondissemenideMortagne et dans le diocèse de Séez. Encore 5 kilomètres à travers un délicieux paysage, et nous nous arrêterons à la station du TIteiL

' Le Theil {Titfum) est un bourg dont la population ne dépasse guère 900 habitants. En 1801, il fut cri^é en chef-lieu de canton de l'arrondissement de Mortagne , comme étant dans une position plus centrale que Geton et que Saint- Germain de la Coudre. Sa situation dans un vallon délicieux, au milieu de fertiles prairies sillonnées par la jolie rivière d'Uuisne, fait de ce bourg un lieu charmant.

Au moyen ftge , le Theil possédait une forteresse redoutable , dans l'enceinte de laquelle s'élevait une église à deux étages, chef-d'œuvre de l'architecture gothique , consacrée à sainte Anne et à saint Jean-Baptiste. La seigneurie en appartint , comme celle de Nogent-le-Rotrou , d*abord aux comtes du Perche , puis successivement :iux maisons de * Champagne, de Château-Gontier , de Bretagne , de Yendômoi de Joyeuse, de Montmorin, et enfin à la famille de La Briffe, qui la posséda jusqu*en 1790.

Après la funeste bataille de Ve rneuil , après le long siège de la Ferté Bernard , vers la hn de 1424 , le duc de Bedfurt conduisit son armée victorieuse sous les murs du Theil et somma les habitants de se rendre. Ceux-ci , comptant sur le prompt secours du comte de Vendôme, leur seigneur, refusèrent d'ouvrir leurs portes et opposèrent une vigoureuse résistance. Les Anglais creusèrent à Touest du château d'immenses fossés , dont on voit encore des vestiges. Les assiégés montent sur les galeries extérieures de l'église et ,

120 ITlNÉRAiUË DE PARIS AU iIAr«S.

de Ik, font pleuvoir une grêle de projectiles sur les travailleurs Enfin épuisés par une longue et héroïque défense , manquant de vivres et de munitions, ne voulant pas capitu* 1er, ils tentent une sortie ; mais ils sont en trop petit nombre, et le sol est bientôt jonché de leurs cadavres mutilés. Les vainqueurs lurieux entrent dans le bourg ; le château et Téglise sont ruinés de fond en comble, et les flammes dévorent ce que le fer a épargné. Ce fut seulement en 1449 que le comte de Vendôme rentra en possession de son domaine. Il fit construire Téglise actuelle « sous l'invocation de Notre- Dame, releva les moulins incendiés et répara les maisons dévastées.

Ën 1594 , après la défaite presque totale de la Ligue dans le Percbe, les habitants du Theil, ne croyant pas à la sincé* ' rite de l'abjuration d'Henri IV, ne vouluieiU pas reconnaître rautorité de ce prince. Se rappelant alors leur ancienne résistance aux Anglais, ils se barricadèrent dans leurs rues et dans leur église ; mais Sully , envoyé contre eux , en eut bientôt obtenu raison en brûlant leur bourgade, dont, quoi" que excellent calviniste , il respecta Téglise. Depuis ces rudes leçons, le Theil est devenu le village le plus pacifique du monde : on y vend le dimanche une grande quantité de beurre , d'œuis et de volailles pour Tapprovisionnement de Paris.

 peu de distance du Theil nous franchissons la limite du

département de l'Orne; nous entrons dans celui de la Sarthe, où nous quittons le Perche et trouvons le Pays-Fertois, Le Pays-Fertois, situé entre le Perche et le Maine, n'a

qu'une fort petite étendue , occupée par les quatorze communes du canton de la Ferté-Bernard. Un large vallon, formé par le cours dè l'Huisne, s*étend du N, £. au S. 0. de ce canton, qu'il partage en deux plateaux peu élevés. Couvert de riches prairies dans toute son étendue, le pays est dominé par des coteauj^ boisés ou soumis à des cultures

I>£ I<OG£NT A LA F£iiiË-B£A?iARÛ. 12i

variées. Une ioule de petits ruisseaux et la rivière de la Même, qui se Jette dans l'Huisae au-dessus de la Ferté-Bernard ^ arrosent encore ce beau cantoi/ét en font la partie la plus pittoresque et la plus fertile du département de la Sarthe. On y cultive en abondance et avec succès toutes sortes de céréales, et depuis quelques années le commerce de bes-^ tiaux , favorisé par d'excellents pâturages , y a pris une grande extension. Son cidre, ses fromages surtout, ont une réputation qui s'étend bien loin au delà de ses limites.

Hais voici que nous arrivons à la station de la Ferté'Ber" nard , puisqu'il a plu à l'administration de la nommer ainsi : nous ne sommes en effet qu'au village de Saint- Antoine-de-» Rochefort.

Saint-Ântoine^de-Rochefort n*est qu'h i kilomètre de la

Ferlé-Bernard; sa population dépasse 900 habitants, et son industrie est représentée par une fabrique de toiles, une tuilerie, une tannerie et un moulin à. foulon. A l'extrémité du village , vous traversez une belle prairie et plusieurs ponts jetés sur la Même et sur les divers bras de l'Huisne, Bientôt après vous vous arrêtez devant l'hôtel de ville de la Ferté-Bemard , établi depuis 1703 dans une des anciennes portes de la ville.

Cette porte , dont la construction ne paraît pas anlérieure au XV* siècle , s'ouvre sous un grand arc en ogive , dans un pavillon carré flanqué de deux grosses tours avec galerie crénelée et armée de mâchicoulis. C'est la seule partie bien conservée qui soit restée des anciens remparts de la ville, sur lesquels, au commencement du xvu® siècle, la duchesse de Yillars aimait à se promener au galop de son cheval. On rraiarque dans la salle de la municipalité un portrait équestre de cette femme aux allures cavalières , qui , dans le corps d'une grande dame , montrait toutes les inclinations d'un soldat* Si Ton en croit la tradition^ elle était d'humeur altière et cruelle , et faisait enfermer dans les ou^

4M ITINÉRAIRE DE PAHiS AU MANS.

bliettea de son château quiconque osait résister à ses volontés ou à ses caprices.

Dès le XI" siècle , la Ferté était déjà une place importante* Elle appartenait à Ayesgaud, évêque du Mans , fil» d'Yves I** de Belléme, comte d'Alençon. Elle fut possédée à divers litres par la couronne, par la maison de Lorraine , pair le duc de Viilars et par la famille de Richelieu.

Cette ville , défendue par un château bien fortifié et par de bonnes nmrailles rendues encore plus fortes par la rivière et les marais qui les protégeaient , était Tune des clefs principales de la province du Maine et des marches de Norman* • die. Au xm* siècle elle avait obtenu de ses seigneurs des lettres d'aiiranchissement et l'établissement d'une commune. Elle joua un rôle très-important dans les longues luttes que la France eut à soutenir contre TAngleterre. En H 8u , elle fut prise d'assaut par Philippe-Auguste , pendant que le roi d'Angleterre , Henri II , y était en conférences avec le l^at du pape* En 1424, elle soutint un siège de quatre mois contre Tarmée du comte de Salisbury; elle ne capitula qu'à la dernière extrémité , et , dès l'année suivante, Ambroise de Loré en chassa les Anglais.

Pendant les guerres de la Ligue, la Ferté-Bernard soutint, en 1590, un siège mémorable contre l'armée d'Henri IV. Les assiégeants étaient commandés par le prince de Gonti, et la place défendue par Dragues de Gomnène» de la famille des empereurs d'Orient. Deux assauts consécutifs, donnés le 6 et le 14 mai, furent repoussés parles habitants, qui combattaient sur. la brèche avec la garnison. Gomnène fit déguiser deux cents soldats en paysannes et leur ordonna de s'approcher, sous ce travestissement, d'un poste commandé par ' René de Bouillé, l'un des capitaines de l'armée royale. Hais celui-ci , qui se tenait sur la défensive et connaissait parfaitement le iimeo Danaos , reconduisit rudement dans la place ces prétendues paysannes. « Le Manceau a été plus fin

DE NOGENT A LA FERTÉ-BERNARD

que le Grec, dit Henri IV en apprenant cette aventure, je Fai toujours connu pour aussi avisé que valeureux. »

De ce fait vient aussi cette locution proverbiale : « Des agnelles de la Ferté , il n*en faut que deux pour étraricfler un loup. ^ Comnène fut cependant obligé d'abandonner la place après une honorable capitulation.

Pendant les troubles de la minorité de Louis XFV , les habitants de la Ferlé tenaient pour le roi contre l'armée des princes , commandée par le duc de Beaufort ^ qui ravagea tout te pays sans oser assiéger la ville, défendue par le comte d'Auveri^no. A lu Révolution, la Ferté-Bernard habilla, arma et équipa deux bataillons de gardes nationaux qu'elle envoya contre les Vendéens. Tour à tour armés pour . la patrie contre les Anglais , pour l'unité religieuse pendant la Ligue, pour Tunité royale contre la turbulence des grands, pour les principes révolutionnaires contre les partisans des vieilles idées monarchiques, lesFertois «^armèrent encore pour soutenir rciupirc qui s'écroulait en 1814. Pendant la première période de la Keslauration , leur cité reçut dans te département le surnom de Vile d'Elbe.

Franchissons maintenant la vieille porte, et pénétrons dans cette ville, dont nous navonb fait qu'effleurer la glorieuse histoire. ^

La rue d'Huisne, avec ses vieilles maisons qu^on a en vain ' tenté de rajeunir, vous conduira sur la place de l'église Notre-Dame des Marais. Cet édiâce est le plus fin joyau de toute la province du Maine : c'est un précieux échantillon du gothique ilamboyanl, sur lequel l'artmagique de la Benaissance est venu enter ce qu'il pouvait créer de plus élégant et de plus gracieux. Quelle plume assez habile , quel crayon assez fin pourraient vous décrire et vous retracer tous les détaite de cette riche et splendide ornementation ; ces feuillages variés à l'iniini, ces ciselures , ces culs-de-lampe , ces ligures de i520 à i529; les plafonds furent exécutés de 4535 à 1544.

124 ITlNtRAlRE DE PARIS AU MANS.

d'hommes, de femmes et d'animaux, si capricieusement disposées ; cette balustrade à jour toute décorée de statuettes que séparent de fiveltes colonnes; ces statues allégoriques des quatre tempéraments reconnus par la médecine crautrefois? Dans cette fantastique décoration, on distingue encore le roi de France au milieu de ses douze pairs. Au-dessus de cette galerie vivante , voyez comme toutes les lettres du Sahé Regéna se sont merveilleusement découpées dans la balustrade qui fait le tour de l'église : plus haut encore, une autre balustrade porte jusqu^au ciel les lettres à jour .de la strophe Regina cœli.

Près de terre, examinez entre les fenêtres ces grands mér dallions qui vous présentent les bustes des empereurs romains et des héros de l'antiquité, avec des devises et des légendes explicatives.

Au-dessus du buste de Gléopatre est écrit : Espoir en Dieu ; mais nous lisons aussi plus loin : Say taire ou bim dirSy et nous nous hâtons de laisser parler M. L. Charles, savant antiquaire , artiste et littérateur distingué , qui nous a adressé les notes suivantes sur Fadmirable église de sa ville natale'.

« Le monument le plus curieux de la Ferté, dit M. Charles, c'est son église. La nef, le transept et la tour ont été construits de 1450 à 1500 : le chœur et les chapelles absi* dales ont été élevés de 1500 à 1 596 ; les voûtes du chœur portent cette dernière date.

« Les trois ahapelles absidales , l'élément vraiment intéres-^ sant et original de Téglise par leurs plafonds en pierre, datent

I . M. Gbaries est le premier qui ail écrit noe Térldiqne hiitoire dé cet édi* flee; il en a fliii une monographie très-remarquable; sur les registres de la fabrique U a retrouvé les dates de la eonstruction, le nom des architeeles, jusqu'à celui des maçons et au coût des travaui \ il a eibumé de l'oubli les noms des artistes qui ont peint ses éclalanles verrières, et lui-même, prenant le pinceau, a atiasi réparé les Injures faites par nos modernes vandales à | ces pages IranspareDles de Tait du moyeu â^e.

DE NOOENT A LA FERTÊ-BERNARD. 125

A l'extérieur, les galeries basses et toute cette belle façade du midi , donnant sur la place dite de l'Église ou du Carrefour, ont été terminées, en 1540, jusqu'à la hauteur des grandes fenêtres du sanctuaire; celui-ci n'a été achevé qu'entre

Chapelle de la Vierge , dans l'église de la Ferlé -Bernard.

4 570 et io80 environ. J'ai dit que les voûtes portaient intérieurement le millésime de 1 596 ; on y lit aussi le nom des constructeurs Robert, Jérôme et Gabriel les Yiel, maistres

maçons,

<c La sacristie, malheureusement accolée au flanc méridio-

IS6 . ITlNÊRAlJaË D£ PARIS AU MANS.

naldela nef, est de 4621 : elle a intérieurement un beau plafond de boiâ de chêne sculpté. Le cui-de-lampe qui supporte l'orgue est aussi une merveilleuse sculpture de l'année 1501 : il a été exécuté par Évrard Baudut , et a coûté soixante livres. La partie instrumentale de l'orgue ne remonte qu'à lo35; elle est l'œuvre d*un facteur du Mans « nommé Pierre Bart.

« L'architecte de l'église de la Ferté au xvi* siècle , celui qui parait avoir imprimé le cachet de la Renaissance à cet édifice primitivement gothique, se nommait Mathurin de La Borde : il prit la direction des travaux en 1535, et dressa ses plans la même année. C*esl k lui que Ton doit les magnifiques voûtes plates, à caissons et k pendentifs, des chapelles absidales. Les ouvriers ont eu le soin de graver un grand nouibic de dates sur les parties les plu^à importaales de l'édifice.

« Pendant que Halhurin de La Borde mettait ses plans h exécution , les peintres verriers , François Delalande et Jean

Courtois, vitraient les chapelles absidales et le bas chœur méridional, à mesure qu'on les achevait. Le bas chœur septentrional, terminé trente ans auparavant, avait été vitré très-probablement par Robert Courtois ou par ses élèves; car c'est à lui qu'on doit les vitraux de la nef, presque tous « détruits , et l'arbre de Jessé qui ornait autrefois la grande fenêtre du portail occidenlaP. Les belles verrières du chœur furent peintes entre les années 1590 et 1G06, mais on ignore le nom de leurs auteurs : il est probable qu'elles appartiennent aussi k l'atelier de verriers établi k la Ferté k la Sn

du xv*" et pendant tuuL le xvi* siècle. *»

Le portail occidental est d'une aridité désespérante et in^^ digne de la richesse de l'édifice; aussi, pour n*étre pas découvert , se cache-t-il dans une ruelle étroite et derrière un grand bâtiment,

I . Voyez Ateliers de perriers h ht Periè-Bernard , h la Jtn tfu quinzièm» sUelë et au seizième f par H. L. Charles , Le ^tlaos, Gallieiiuc, tbôi , in-S**.

DE NOGENT A LA FERTÉ-BERNARD. 127

Sur le flanc septentrional de l'église s'étend une grande * et belle place d'où partent des promenades plantées d'arbres, établies sur les anciens boulevards, et d'où l'on découvre çà et là les fossés et quelques tours des anciennes fortifications. Du côté du midi, sur la place du Carrefour, est une petite fontaine jaillissante, où l'eau arrive de la source de laCohière par un aqueduc du xv* siècle, bien défiguré

Église de la Ferlé-Bernard (nord).

par les réparations plus nuisibles qu'utiles qu'on lui a maladroitement infligées.

Les halles, remarquables par leur belle charpente, furent bâties, en 1535, par Antoinette de Bourbon , veuve de Claude de Lorraine, seigneur de la Ferté. Dans les deux rues qui longent cet édifice, on remarque quelques anciennes maisons à devantures sculptées, enjolivées de saints, de sirènes et de figures grotesques.

ITiNËRAIKË D£ PARIS ÀU MÂNS«

L'ancien château seigneurial , qui avait résisté à tant de sièges f n*a pu échapper au marteau des démolisseurs. II était Âtué nou loin de la place des Halles, au delà d'un petit bras de rivière ; il n'en reste plus aucune trace.

La rue du Bourg-Neuf ou rue Brûlée, qui conduit à la grande place Saint-Barthélémy , fut entièrement détruite par un incendie» le 6 septembre 1624. Le duc de Villars, nouveau seigneur de la Ferté , (iuiina des fonds pour aider à sa reconstruction; Louis XllI vint aussi très- libéralement au secours des habitants de cette rue, dans laquelle on retrouve bon nombre de maisons de son époque.

Il existe à la Ferté une manufacture de toiles . celle industrie est fort ancienne dans le pays. Saint Michel était le patron de la corporation des tisserands ferlois, dont M. Charles a reconnu les armoiries sur un ancien vitrail, d'azur à trois navettes* d*or.

Au premier rang des hommes illustres que produisit cette ville, nous citeruii6 Jean Glapion , archevêque de Tulède , mort à Yâlladolid en 1524 , et Robert Garnier, Tua de nos plus anciens poètes tragiques ^

La circonscription de la commune de la Ïerté-Bernard ne s'étend pas au delà des limites de la ci lé du moyen âge. L'agglomération de maisons qui semble en faire une ville plus considérable appartient à trois autres communes : Saint-Antoine deRochefort, à Touest; Cherreau, au nord, et Gherré, au sud. La population de la Ferté proprement dite ne dépasse pas 26uO habitants, tandis qué celle des quatre communes réunies s'élève à près de 6000. Il serait à désirer, pour le bien général et pour le bénéfice de radaiinistration , que les quatre communes n'en formassent qu'une seule.

AGherreau, une élégante maison de campagne occupe

1. Voyei les I96te* biographiqueg sur le cantan de ta Ferté-Bemard ^ par H. Clmrles. Le Mans , IS5I,

DE NOGEiNT A LA FERTÉ-BERNARD.

remplacement de Tancienne abb.iye de la Pelice, fondée au x\V siècle par Bernard IV, seigneur de la Ferté.

La commune de Gherré commence au-dessu» de la place Saint-Barlhélemy , à la Croix-Boessée. Son église actuelle est chélive: il ne reste plus que la tour du clocher d'une église plus ancienne , à un kilomètre de la ville et à gauche de la route du Mans. Le sol de cette commune est de nature à înléresser les naturalistes. En voici un très-court relevé géologique et paléontologique que nous devons à Tobligeance de M. Ch. Brouet, le savant fondateur du Musée d^archéologie nationale de lu ville du Mans:

« Ce terrain olïre un fossile bivalve assez rare et curieux par sa forme. La ville de la Yerié^ proprement dite, est assise sur un sol vaseux et d'alluvion . sa partie iiouvelle et Cberré, qui u en est que la continuation , sont situés sur un coteau calcaire, du terrain secondaire, qui offre plusieurs formations, savoir : 1" Toolithe de montagne, dans lequel on rencuuLre , à la butte do la Ilaute-Folie, divers fossiles , parmi lesquels nous signalerons surtout le Z^/c^ra/^ (Diceras arietina t), des nérinées , des débris de polypien , etc., etc. ; 2^ la marne argileuse de Honfleur, renfermaiit un calcaire bleuâtre parsemé de bivalves ; enfin la glauconie crayeuse, à la butte de Buron, abondante en bivalves , huîtres , trigonies , peignes, etc. »

Dolmen de Connéré.

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