‹ De Paris à Laval et à AlençonChapitre 8 sur 14 · DE LA FERTÉ-BERNARD AU MANS · texte numérisé non relu

DE LA FERTÉ-BERNARD AU MANS

Depuis qu'il l'a rencontrée dans les frais vallons du Perche, le chemin de fer suit presque constamment, jusqu'aux portes du Mans, la ligne tracée par le cours de THuisne. Au sortir de la Ferté-Bernard, l'étroite vallée, au fond de laquelle serpente la rivière, se dirige à peu près du nord-est au sud-ouest : elle est resserrée entre deux chaînes de collines parallèles, dont la culture incessamment variée forme un charmant contraste avec la verduie émaillée de la prairie. En quittant Saint- Antoine de Rochefort, la voie de fer se tient à flanc de coteau sur la rive droite de THuisne, dans une direction parallèle à celle que suit, sur la rive gauche, l'ancienne roule de Paris à Nantes.

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Quand nous avons parcouru G ou 8 kilomètres de ce ravissant paysage, nous laissons à notre droite la commune de Saint*Martin des Monts, dont le nom indique assez la position pittoresque; k notre f„^auclie, au delà delà rivière et du grand chemin, nous avons vu poindre le clocher gothique de Viiaines-la*GonaiSy où l'on exploite de nombreuses carrières.

Nous quittons le canton de la Ferlé-Bernard pour entrer dans celui de Tuffé. Nous laissons d'un côté le village de Boessé-le-Gep, dont la corruption a fait Boissé-le-Sec, malgré lus vignes qu'on y cultive encore. Plus loin, nous passons le ruisseau qui descend de Tuilé et la commune de Saint-Hilaire le Lierru. De l'autre côté, sur la grande route, ou près de son tracé, se succèdent les villages de Sceaux, de Vouvray, de Duneau et enfin le bourg de Connérë, à 17 kilomètres de Saint-Antoine de Rochefort. Des hauteurs sur lesquelles sont assis les villages de Sceaux, de Vouvray et de Duneau, la vue plonge dans la riante vallée où THuisne coule en se repliant sur elle-même, laissant apercevoir dans ses capricieux méandres son eau limpide qui scintille au soleil et disparaît tour à tour sous les iiautes herbes de la jjrairie.

A Vouvray on a trouvé bon nombre de médailles antiques ; les unes gauloises, au nom bien connu de pixtilos, les autres aux effigies des empereurs romains. Vouvray possède encore sur son territoire uu dolmen celtique, dans le champ dit de la Pierre couverte.

Sur le territoire de Duneau , à 2 kilomètres de Gonnéré et près du chemin qui conduit de ce bourg à la verrerie de la Pierre, on voit deux monuments celtiques, les plus remarquables de la province du Maine. Le premier est un énorme dolmen, consistant en six dalles de grès de })lus de soixante centimètres d'épaisseur. La plus grande, longue de huit mètres sur quatre ou cinq de large, est posée sur les cinq autres de manière à former une vaste table et une sombre caverne.

]3i ITINÉRAlhL DE PAHIS AU MANS.

L*en8einble de ce monument a quelque chose de Tâpreté sau-

vajîe qui caractérise Fenfance des premiers peuples. A la gauche et à deux ou trois cents mètres decedolmen* non loin de la ferme ai bien caractérisée par le nom de Fierre-Fiehe^ s'élève un Men-hir ou Peulven^ percé d'une ouverture circulaire à sa parùe supérieure.

Pour contempler à loisir ces rudes monuments de nos premiers pères, il nous faut descendre à la station dite de Gonnéré, quoiqu'elle soit située sur la commune de Beillé.

Mous avons quitté Tarrondissement de Mamers et nous sommes entrés dans celui du Mans.

Couiicië est à plus de - kilomètres de sa station, dans une vallée secondaire, sur la rive gauche et au delà de THuisne, sur la grande route du Mans*

Ce bourg appartient au canton de Montfort et compte environ 1700 habitants. On y a découvert en 1803 quarante, sarcophages en pierre, dont l'un renfermait un vase rempli de charbon. Deux ponts de pierre y sont jetés sur le Dué, et des restes de fortifications se voient encore derrière son église au clocher quadrangulaire.

La commune de Beillé, sur laquelle est la station de Goanéré, appartient au canton de Tuffé et est éloignée ik' i kilomètres seulement de ce gros bourg, dont la population s'élève à 1800 habitants et dans le voisinage duquel, au Pays-Haut, les curieux pourront aller visiter un. do/me» intéressant.

Nous continuons à suivre la rive droite de la rivière» qu'un brusque détour éloigne et rapproche de nous; mais, è 6 ki*

lomètres de Beillé, nous la traversons et nous nous arrêtons sur sa rive gauche à la station de Pont-de-Gennes,

Pont-de-Gennes , suivant sa dénomination latine, Pcm Eio(jeiiœ^ veut dire pont de l'Huisne. On y voit, en effet, un très-ancien pont jeté sur cette rivière. Selon M. de Pétigny, dans son Histoire du Vendômois^ ce serait là que la voie an-

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tique, allant du Mans à Chartres (Autricum) parConnéré et à Orléans {Genabum) par Saint-Calais , aurait traversé THuisne sur un pont interminable, dont le péage était perça au profit de la cité. Cette construction gauloise ou romaine n'existe plus» comme on peut bien s'en douter; mais le pont actuel, placé au plus large de la rivière , parait avoir été bâti sur le même emplacement et peut-être sur les mêmes fondations. La multiplicité de ses piles massives , le peu de largeur de ses arches , la courbure extraordinaire de son dos, le font lemonlei k mie cpoi^ue déjà fort éloignée. Le nouveau pont, à Taide duquel le chemin de fer passe sur la rive gauche de THuisne , est à peu de distance et en amont de raiicien, avec lequel sa structure légère, élégante et hardie forme un contraste frappant, bien propre à démontrer la supériorité incontestable de nos ingénieurs sur ceux d'au* trefoîs.

La commune de Pont-de-Geanes compte plus de iOOO habitants; elle possède un hospice et des fabriques de toiles. C'est pour ainsi dire le faubourg de Montfort-le^Rotrou , bâti à un kilomètre de la sur la rampe escarpée de la colline. Montfort-le-fiotrou est un chef-lieu de canton de l'arrondissement 4u Mans; sa population est de 1:200 habitants. Il doit son surnom à l'^m de ses seigneurs qui , au xii* siècle, y construisit un château fort que Philippe Auguste assiégea et prit d'assaut en li90. Ce bourg se compose d'une rue trèsescarpée, terminée par une place irrégulière sur laquelle sont construites les halles. Au sommet du coteau s'élève la blanche façade du château de M. le marquis de Nicolaîi lequel a remplacé un château construit en briques et de forme carrée, remarquable par sa situation pittoresque, d'où l'on plane sur toute la vallée del'Huisne.

La voie de fer qui , depuis la station de Sceaux » avait décrit des courbes presque insensibles, s'élance, à partir de 'Pont-de-Gennes , sur une ligne parfaitement droite et longue

de plus de iâ kilomètres. Elle court d'abord sur la rive gauche de l'Huisne, dont elle 8*éloigne ensuite pour gagner des terrains moins fertiles. Nous nous rapprochons de plus en plus de la route du Mans et nous la suivons côte à côte. Ici la fraîche et riante verdure de la vallée a fait place à l*aride et sombre verdure des bois de pins. Autrefois cette vaste étendue de terres stériles était couverte de landes et de bruyères qu'on a successivement défrichées pour les ensemencer en pins maritimes dont le produit , au bout de la vingtième année, a atteint, sinon dépassé celui des meilleures terres où i*on cultive les céréales* Le nom même de la station où nous allons nous arrêter est emprunté à la nature du sol sur lequel elle est assise. C'est Snint-Mars la BnnjèrCy commune du canton de Montfort, qui ne compte pas moins de i622 habitants. Ën sur remplacement du prieuré, on découvrit d'anciens sarcophages en calcaire coquillier. A • rexception du château de Saint-Mars, cette localité ne présente aucun monument intéressant.

Un peu au delà de Saint-Mars la Bruyère , et sur votre droite , vous apercevez la commune de Chaiapagné , dont le vin blanc a une certaine réputation dans les environs. Parcourons encore 3 kilomètres au milieu des plantations de pins parmi lesquels on distingue quelques châtaigniers; la voie de fer, traversant la grande route, va décrire une courbe qui la rapproche de la rivière que nous franchirons pour la dernière fois, et nous nous arrêterons à la station A'Yvré-l'Evêqnc.

Yvré est un bourg de rarrondissement du Mans ; sa population s'élève à plus de 2000 âmes. Il doit son surnom au château de plaisance que les évêques du Mans y possédèrent depuis le xi* siècle jusqu'à la Révolution. Ce château était situé dans une position délicieuse, sur le penchant d*un coteau qui domine la riante vallée de THuisne. Il avait élé sac* cagé plusieurs fois pendant les guerres du mojen âge; mais

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au commeacement du xvi" siècle le cardinal Philippe de Luxembourg, évêque du Mans, l'avait fait reconstruire dans le plu5 beau style de la Renaissance. Lorsqu'il vint soumettre la^ville du Mans, Henri IV coucha dans cette riche demeure, quel793acomplétenieiitdétruile.Ilne reste plus aujourd'hui que quelques pans de murs du vaste pare dans lequel elle était située.

Dans la commune d'Yvré, à 4 kilomètres du Mans et sur la rive gauche de THuisne , nous devons vous signaler les ruines de la célèbre abbaye de FÉpau , fondée en l i^ù par la reine Bérengère de Navarre, veuve de Richard Cœurde-Lion , roi d'Angleterre , pour une congrégation de moines de Tordre de Oîteaux. L'évêque du Mans, Geoffroy de Laval, consacra, entre 1231 et 1234, TégUse abbatiale de ce monastère, dans laquelle il officia encore lors de l'inhumation de sa pieuse fondatrice. Le tombeau de cette bonne reine , comme on l'appelle encore dans le pays, y resta jusqu'en lK2i, époque à laquelle il fut transféré dans la cathédrale du Mans. Cette église avait été reconstruite dans les premières années du XV* siècle, et les pai lics qui subsislenl encore portent tous les caractères du style architectural de. ce temps.

Le monastère de TÉpau et les moulins qui en dépendent appartiennent actuellement à M. Ch. Thoré-Cohudet, qui y a établi une belle blanchisserie de toiles dont les produits rivalisent avec ceux de l'étranger* Le système d'irrigation des vastes prairies dépendant de cette riche propriété est très^ remarquable et en a singulièrement accru les revenus.

A mesure que nous approchons du Mans, le paysage s'a<» nime et s'égaye; les monument» de l'antique capitale du Maine pointent à l'horizon, et la masse imposante de la cathédrale de Saint-Julien les domine de toute sa hauteur. Tout autour de nous annonce le voisinage d*une importante cité. Nous revoyons pour la dernière fois cette délicieuse rivière d'Huisne, qui achève son cours capricieux à travers une

prairie émaillée de fleurs et va bientôt mêler ses eaux à celle de la Sartlie. Le chemin décrit encore une courbe; déjà notre course se ralentit, car nous approchons du terme du voyage, quand nous traversons celte longue avenue de Pontlieue, entremêlée (le platanes et de peupliers d'Italie au feuillage incessamment agité.

Le Vieux Puni, à Ponllieue.

Pontlieue est h 2 kilomètres du Mans, dont il n'est séparé que par la magnifique avenue que vous venez de traverser. Pontlieue est un endroit charmant, qui rappelle des souvenirs de genre bien différent. Il est au Mans ce que les boulevards et ce que la Courtille sont à Paris. Tous les ans, au carnaval, une foule nombreuse démasques, de cavaliers et de voitures s'y pressent joyeusement pour se rendre à la promenade des Sapins. Un jour de mardi gras , Scarron s'était déguisé en

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sauvage ; le peuple et les enlantb rayaient harcelé par \cs rues de la ville el le poursuivaient encore sur la promenade. Le pauvrç chanoine du. Mans , craignant d^être reconnu sous ce bizarre accoutremenl,car son corps nu et enduit de cire était tout couvert de plumes, se réfugia dans les joncs et s*alla cacher sous Tune des arches du pont. Il avait si chaud et il faisait si froid , son costume était si léger que , dans cet humide courant d'air, il gagna les douleurs de goutte et de rhumatisme qui le défigurèrent et le torturèrent pour le reste de sa vie.

On peut encore voir, dans les jardins de M. Marcellin Vétillart, Tarche sous laquelle se réfugia F auteur de DomJaphei ' et du Ramm comique. Mais ce vieux pont ne sert plus; deux de ses ai clies ont été rompues le i3 décembre 1793, à l'époque OÙ les Vendéens, voulant surprendre le Mans, vinrent attaquer Pontlieue et furent défaits par les troupes républicaines après un combat sanglant.

Le bourg de Pontlieue est encore intéressant au point de vue des diverses industries qui y ont été établies « telles que des blanchisseries de fils et de toiles , des filatures et des fabriques de toiles, et surtout l'atelier si remarquable de M. Sabin , ou Ton confectionne des mécaniques pour les mou- Uns à blanc et pour le nettoyage des grains*

Mais voici que nous arrivons au Mans, après avoir laissé à droite le grand quartier de cavalerie, et à gauche Tasile des aliénés*

Entrée du Mans.

LE MANS

Avant d'aller plus loin, nous devons appeler votre attention sur les dispositions et les développements de la gare qui termine la troisième section du chemin de fer de TOuest. C'est encore M. Victor Lenoir, Thabile architecte de la compagnie, qui a conçu et fait exécuter ce vaste hémicycle destiné aux ateliers, ces hangars, ces magasins, cette longue galerie vitrée, si hardie et si légère, et ce beau bâtiment des voyageurs , appareillé en calcaire de Bernay (Sarthe), avec soubassements de granit d'Alençon. A la vue d'un tel embarcadère, vous avez déjà pressenti que vous étiez arrivé dans un centre commercial important, et que vous alliez entrer dans une de ces villes principales que la ligne de l'Ouest a pour but de relier à Paris et à l'antique Bretagne.

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Capitale de la vieille province du Maine, chef-lieu du département de la Sarihe » siège d'un grand évéehé dont le diocèse embrasse aussi tout le département de la Mayenne, le Mans est, en e^et, non-seulement une ville très-commerçante , mais encore un lieu riche en souvenirs et en monuments historiques, qui doit , à fous égards, attirer, retenir et intéresser le voyageur. Cette ville occupe à peu près le point centrai du département ; elle est bâtie sur le plateau et sur le penchant d*une colline au pied de laquelle coule la Sarthe. La campagne qui l'environne oiïrc , sur tous les pointâ , les plus riants paysages et les sites les plus variés. Du sommet des hauteurs qui la dominent à Test et à l'ouest, on peut voir tous les genres de culture du département : dans les vallées que i'Huisne et la Sarthe fertilisent, de larges prairies ombragées de peupliers ; sur les terrains plus élevés, des moissons de toute espèce; sur les coteaux, des plants de vignes ; et enfin , vers le midi , des forets de pins , dont la sombre et mélancolique verdure découpe inégalement l'horizon.

Le Mans est une ville en grande voie de progrès et d'accroissement : avant la Révolution, sa population était à peine de 16 000 habitants; aujourd'hui elle dépasse 27000 âmes. Le Mans est d'une Irès-anlique origine ; sous le nom Je Suindinum ou de Subdinum^ il fut d'abord la cité principale des Aulerces-Génomans , peuple de la Gaule celtique voisin de TArmorique. Suivant quelques historiens, cette ville n'aurait été fondée que par les Romains, vers le ii* ou m* siècle de notre ère. Mais il est bien plus probable que le peuple conquérant ne fit qu'entourer \oppidum gaulois de nouvelles murailles. « En effet, dit M. Hucher, derrière l'enceinte du travail gallo-romain, on a retrouvé depuis peu les blocs de grès qui ont dû servir à élever les murailles mixtes de bois et de pierre de la forteresse gauloise. »» Cette enceinte gallo-romaine, dont il subsiste encore des vestiges apparents.

disséminés sur les places, dans les rues, ou cachés dans les \ caves, éiait de forme à peu près parallélogrammiaque, flan- I quée de tours et de bastions ; on y pénétrait par deux portes i principales et deux poternes. Elle fut la seule clôture qui, ! jusqu'en ité^^ servit à contenir la ville féodale implantée ' sur remplacement de la cité gallo-romaine. Ces murailles et ces tours sont revêtues d'un parement de pierres échantillon- . nées, distribuées par séries de quatre, cinq, six el sept assises. Des assises de briques séparent ces diverses séries, dont les unes offrent le dessin de feuilles de fougères , de ' losan«^es , etc. Les parties foncées de cette espèce de mosaïque sont formées de grès ferrifere, dit roussard^ et les parties blanches, de pierres calcaires réunies par un mortier de sable de rivière et de chaux. L'épaisseur générale des murs est de trois à quatre mètres. Ainsi close de son antique enceinte de pierres et de briques , la cité du moyen âge a con* servé longtemps le surnom de ville rouge, comme le témoigne le distique suivant, rapporté par les vieux auteurs :

Bourîres, Autun, le Mans, avec Limouges Fureut jadis les quatre villes rouges.

Sous la période gallo-romaine, le Mans tut compris dans la troisième province lyonnaise, dont Tours était la métropole. Dès le ur siècle, saml Julien y vint prêcher la fui chrétienne et y constitua le diocèse dont il fut le premier évéque.

Après la chute de Tempire romain , le Mans se soumit aux premiers Francs, qui, s*il faut en croire les chroniqueurs, y établirent un roi nommé Rigomer, de la famille de Mérovée ; mais Clovis, ayant pris la ville en 510, y fit égorger ce malheureux roi. En 598, la capitale du Maine tomba au pouvoir de Thierry, roi de Bourgogne, lequel en fut chassé la même année par Ciotaire II. Charlemagne vint dans cette ville en 778, et Louis le Débonnaire y fit son entrée pendant Jes fêtes de Noël de Tan 832, et y passa une semaine entière.

L£ MANS. m

Sous les règnes suivants , le Mans subit encore plusieurs dominations, et fut plus d'une fois dévasté par les Normands. Enfin Hugues Gapet monta sur le trône en 987, et

rendit les comtes du Maine héréditaires; mais au xi* siècle la province et la ville tombèrent au pouvoir du duc de Nor* mandie, Guillaume le Bâtard , le futur conquérant de l'Angleterre. En 1072, Guillaume, lassé des révoltes incessantes des Manceaux, fit démanteler leur ville et construire un château fort destiné à les maintenir dans Tobéissanca. Ce château fut démoU buus le règne Je Louis XIII ; rnais il a laissé son nom à la place du château » située devant le portail occidental de la cathédrale. Les Manceaux ne furent guère inti«« midés par cet appareil de répression ; de sanglantes luttes s'engagèrent encore entre le Conquérant et le comte d'An jou, pendant lesquelles la ville fut prise et reprise plusieurs fois.

Robert Courte-Heuze succéda à Guillaume le Conquérant, son père , dans le comté du Maine , qu'Hélie de ia Flèche , arrière-petit-fils d'Herbert Éveille-chien, persistait à reconquérir malgré les efforts de Guillaume le Roux, roi d'Angleterre, et de Foulque le Réchin , comte d'Anjou. Le comte Hélie, après avoir pi is quatre fois la ville du Mans, demeura enfin paisible possesseur de l'héritage de ses aïeux. Il mourut en il 20 et fut enterré dans Féglise abbatiale de la Couture. Par le mariage d'Éremburge, sa fille, avec Foulque le Jeune, comte d'Anjou , celui-ci devint aussi comte du Maine. De ce mariage naquit Geoffroy le Bel» dit Plantagenet, lequel, en H29, épousa au Mans l'impératrice Mathilde, veuve de Fempereur Henri V et iiile d'Henri l"' , roi d'Angleterre. Le roi Henri II naquit.de cette union au ch&teau du Gué de Maulny, et fut baptisé dans la cathédrale du Mans, en ii33« Ce fut ainsi que le Maine passa une seconde fois dans la possession des rois d'Angleterre, non à titre de conquête, n^is par droit d'héritage*

Henri H séjourna quelquefois avec la reine sa femme dans

la ville du Mans; il y convoqua les états de son royaume pour ' organiser une croisade : mais son projet échoua par suite de la mésinteliigence survenue entre le roi de France et \au En 1189, la ville du Mans, ayant embrassé le parti du roi Richard Cœur de Lion, fat abâié(^ée et prise par Philippe Auguste. Jean sans Terre la reprit en 1199 , mais fut bientôt contraint de la restituer au roi de France, qui confisqua sur lui tout le comté du Maine pour le donner en douaire à la reine Béren- ' gère, veuve de Richard Cœur de Lion. i

A la bonne reine Bérengère, dont le souvenir est encore vivant dans le pays, et dont Walter Scotl nou^ a iracé un séduisant portrait , succéda la reine Marguerite, femme de saint Louis. Cette princesse posséda le Maine jusqu'en i 246, époque à laquelle saint Louis le donna avec FAnjou à son frère Charles, comte de Provence, qui fut depuis roi de Sicile.

Nous n*épuiserons pas la liste des héritiers et des successeurs de Charles d'Anjou dans le comté du Maine, qui revint déiinitivement à la couronne en i481 , et dont Henri UI fut le dernier comte apanaglste. Nous n'entrerons pas davantage dans le détail des événements peu importants doiit le Mans fut le théâtre pendant la fin du xiu' siècle et le courant du XIV*. Nous n'énumérerons pas les révoltes, les incendies, les fléaux, les pestes et les famines qui mutilèrent ses monuments et décimèrent sa population. Nous ai rivons à cette guerre funeste qui dura tout un siècle , et pendant laquelle la France eut tant à souffrir des invasions de l'Angleterre.

En 1370, le brave du Guesclin fut nommé connétable de France et gouverneur du Mans. Charles VI vint dans cette

ville, vers la lin de juillet 1392, avec une puissante année, qu'il dirigeait contre le duc de Bretagne. Ce fut dans les premiers jours du mois suivant qu*en traversant la forôt du Mans il eut les premières atteintes de cette démence qui fut

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si funeste à la France. L'armëe du comte de Salisbury, avec une batterie de canons, vint mettre le siège devant la Mans, en i4âK5, le prit et le démantela* Ambroise de Loré le reprit en 1426, mais dès le lendemain il en fut chassé par Talbot. Dunois l'assiégea aussi, en 1443, et força la garnison anglaise de capituler; mais c'est à Charles, comte d'Anjou et du Maine , frère de René , roi de Sicile , qu'appartient la gloire d'en avoir chassé défini ùvement les Anglais, en 1447.

La ville du Mans eut encore beaucoup à souffrir pendant les guerres de religion. Les calvinistes s'en emparèrent, le 3 avnl pillèrent les églises, violèrent les tombeaux et

incendièrent le couvent des cordeiiers.

La Ligue eut beaucoup de partisans dans le Maine. Le maréchal de Bois-Dauphin , à la tête de cent gentilshoaiuies et de vingt compagnies, s'était jeté dans le Mans pour le défendre. U prit dans les coffres des habitants vingt-cinq mille éctts pour élever des fortifications; il brûla pour cent mille écus de maisons, pilla et détruibit environ pour six cent mille livres. Henri lY vint mettre le siège devant la ville livrée à un tel défenseur, et, le 2 décembre 158tl , le maréchal la lui rendit par composition.

Pendant les troubles de la Fronde, le Mans résista au duc de Beaufort qui, à la téte de cinq ou six mille hommes, vou* lait l'enlever pour le prince de Condé. Les guerres civiles qui suivirent la Révolution vinrent aussi y jeter la désolation. Les Vendéens s'étaient avancés dans le Haine; Westermann, qui commandait les troupes de la république, venait d'être battu à La Flèche par Henri de La Rochejacquelein. L'armée royaliste marcha sur le Mans» y arriva et s'en empara » le 10 décembre 1793, malgré la vigoureuse résistance de la «itirnisoii. Là les Vendéens prirent quelque repos et se préparèrent à de nouvelles luttes, dont l'occasion ne tarda pas à se présenter. Le jeune et intrépide Marceau venait d'être nommé gênerai eu ciiei d'aue armée pleine de courage, à la

ITII^ÉRÂlfiE DE PARIS AU MANS.

lele de laquelle il s'avançait rapidement. Ce fut alors que sous les murs môme de la ville, le i 3 décembre, se livra un combat acharné, dans lequel le printe de Talmont et le marquis de La Rochejaquelein firent des prodiges de valeur. Ce fut seulement à neuf heures du soir que Marceau et Westermann emportèrent la ville» sur la grande place de laquelle les vaineus se battaient encore avec acharnement , mais sans aucun espoir de salut. La déroute des Vendéens fut complète : femmes, enfants, vieillards, tous furent massacrés.

Enfin, le ^3 octobre <799, le Mans fut pendant la nuit assailli par les ciiouans, qui l'occupèrent pendant trois jours : ce fut le dernier assaut que cette ville eut à subir. La pacification des départements de TOuest, commencée par le général Hoche et achevée par Brune et d'Héduuville, permit à celui de la Sarthe de réparer les désastres qu'il avait éprouvés pendant nos discordes civiles.

Après ce rapide résumé historique, nous allons entrer dans la ville et la montrer à no§ lecteurs dans ses détails les plus intéressants.

La ville du Mans est de forme à peu près circulaire et de

plus de mille mètres de rayon. Elle est divisée en deux parties inégales par la Sarthe, que Ton traverse sur trois ponts de pierre : le pont Yssoir, élevé en 169! et reconstruit en 1813; le pont Perrin, bâti en 1560; le pont Napoléon, commencé en 1809 et achevé en 1813. En aval de ce dernier pont, des rampes et des quais, jetés sur les deux bords de la rivière , se prolongent jusqu'au port, dans lequel le canal de la Planche, long de 077 mètres, et la Sarthe, rendue navigable depuis quelques années, amènent les bateaux mar* chands qui s'arrêtaient autrefois à Auvray , à 8 kilomètres au-dessus du Mans.

La partie de la ville située sur les bords de la rivière est, suivant l'expression de tous les Itinéraires, fort mal bâtie. Cependant, si vous osez affronter les cailloux mal assortis

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qui servent de pavés à ces longues rues étroites , inégales et tortueuses, à ces ruelles escarpées que d*afFreux escaliers

rendent encore plus âpres à gravir; parmi ces vieilles maisons de bois, rebelles aux règles de T aplomb comme a celles

YleiUes miUoni dn Mant.

de Talignement, vous trouverez quelques constructions des XV*, XVI* et xvn* siècles, dignes de fixer votre attention. Vous serez dans la cité du moyen âge, h peu près telle qu'elle était encore au temps de Scarron, lorsqu il y mettait en scène les burlesques personnages de son Roman eotnifue. G*est prin-

cipaleinent dans la Grande-Rue, dans la rue des Chanoines, dans celles de Tucé et de Saint-Pavin-de-la-^ité, sur le parvia de Saint- Julien , sur les places du Château et du Gué-de-

Manlny, dans les rues du Dovennë, de TÉcrevisse, du Pelit- Saint«-Pierre, du Pont-Yssoir, de Gourdaine et de la Tanne* rie, que vous verrez le plus grand nombre de ces curieux manoirs, devant chacun desquels il nous est impossible de vous conduire. Dans les rues de Gourdaine et de la Tannerie, dans celle du Rempart et sur la place des Bas-Fossës, vous pourrez voir aussi quelques vestiges des tours et des murs gallo-romains que nous vous avons décrits plus haut; mais ces ruines s*eifacent tous les jours sous le pic des démo* lisseurs et auront bientôt complètement disparu.

La ville haute, sans être d'une régularité parfaite, est belle, spacieuse et bien bâtie : presque toutes ses maisons sont construites en pierres de taille et couvertes en ardoises. Le quartier neuf, surtout, est fort agréable : il est formé de belles rues, bordées d'habitations élégantes entourées de jardins, et dont Talignement permet à la vue de se perdre au loin dans les vertes campagnes du Maine.

En quittant le débarcadère du chemin de fer, voire itinérairevous mènera probablement sur la place des Halles, qui occupe le point central de la ville. Avant d*y arriver, vous passerez dans la rue et devant l'hôtel de la IN'éfecture, établi dans les bâtiments de l'ancienne abbaye de la Couture. Les religieux de ce monastère reconstruisirent, en 1760, les édifices claustraux dans lesquels sont aujourd'hui le siège de Tadministration départementale, le musée et la bibliothèque de la ville.

La bibliothèque est formée , en grande partie , des livres des maisons religieuses suppriinées en 1790; on y compte environ 45 000 volumes imprimés et 500 manuscrits, dont plusieurs offrent un véritable intérêt, sous le double rapport

de rhisloire el de l'art.

LE MANS. i47

Le musëe est placé à Vextrëmité du corridor qui .conduit

aux bureaux de la préfecture et à la bibliothèque. Il occupe trois grandes galeries et un salon dans lesquels sont classées

Êgliie de la.Coulare.

des collectioBs d'histoire naturelle , d'antiquités, de rases » de statuettes et des tableaux de diverses écoles.

La pièce capitale de ce musée est» sans contredit» une grande plaque d*émail cloisonné du xw siècle représentant le portrait de GeoSroy-Plantagenet , comte d'Anjou et du

148 ITINÉRAIRE BE PARIS At MANS.

Maine y tenant son épée nue de la main droite , et de la gauche son écn d*azar à quatre léopards d*or lampassës de

gueules, et vêtu d'une dalmatique par-dessus laquelle est jeté son manteau de menu-vair. Ce précieux portrait d'un prince français qui fut la tige des Plantagenets, rois d'Angle* terre , était autrefois fixé au premier pilier k droite de la nef de la cathédrale du Mans, dont il fut détaché à la Révolution. G*est par un bonheur inouï qu'il fut retrouvé, caché dans un cabinet d*amateur, et acheté par la ville.

L'église de la Coulure , actuelltinem paroissiale, est Tancienne abbatiale du monastère dont elle a conservé le nom. D'un côté elle touche aux bâtiments de la préfecture, et de Tautre elle est entièrement englobée dans un pâté de maisons au milieu duquel il serait très-dilliciie de la découvrir, si elle ne le dominait de toute la hauteur de ses tours et de seis combles. Une simple porte cocbère, ouverte sur la l ue de la préfecture, donne accès dans le portail principal , précédé d*un porche en pierre de taille et situé au fond d'une ruelle étroite. Ce portail est assurément , par la pureté de ses formes et la beauté de sa statuaire, Tune des œuvres les plus remarquables qu'ait produites la seconde moitié du xni* siècle. A l'intérieurde l'édifice , nous signalerons principalement la crypte, ou chapelle souterraine, placée au-dessous du chœur. Sa voûte massive est supportée par deux rangées de colonnes courtes et grêles , dont les chapiteaux dénotent nne certaine antiquité* Cette crypte a remplacé celle oîi avait été déposé le corps de saint Bertrand, évêque du Mans vers la fin du vi' siècle , et fondateur de ce monastère que les Normands ravagèrent au ix' siècle. Les chapiteaux romans des colonnes engagées du chœur ofi'rent des détails infiniment curieux. Cette église ^ dont la fondation est tort ancienne , a été en grande partie reconstruite au xiii* siècle ; maïs, dans plusieurs de ses parties, elle oiiVe des détails d'architecture bien antérieurs k cettCvépoque.

LE MANS

De rëglise de la Couture rendons^nous ii la place des Halles, autour de laquelle sont tous les calés, les auberges et les hôtels destinés aux voyageurs. Au centre de cette vaste place s'élève un bâtiment circulaire, d'architecture lourde et massive , construit en 1822 pour faire une halle aux blés et remplacer les anciennes balles , qui dataient du règne de Charles IX. A l'angle occidental de cette même place , sont le palais de justice, la gendarmerie et les prisons, établis dans les bâtiments de l'ancien couvent de la Visitation, dont la grande chapelle , édifice assez remarquable du milieu du dernier siècle , passe pour avoir été bfttie sur les dessins du célèbre Soufflet. En descendant la rue qui part de cette chapelle, nous arriverons à THotel-^Dieu età rbôpital. Du côté du midi s'élève un grand bâtiment, tout nouvellement construit pour la halle aux toiles. Du côté du nord, enveloppée dans un dédale de rues et de ruelles étroites, est Téglise Saint-Benoit , fondée au commencement du xii* siècle par le comte Hélie de La Flèche, mais qui ne conserve aucune trace de cette ancienne origine et n'ofifre rien de remarquable.

Avant la Révolution, le Mans comptait seize églises paroissiales; mais aujourd'hui il n'en a plus que quatre : la Coulure et Saiut-BenoU que nous venons de visiter; la cathédrale et Notre-Dame du Pré, vers lesquelles nous allons nous diriger.

Rendons-nous d'abord à la grande et belle place des Jacobins, à droite de laquelle nous apercevrons le théâtre construit en 1842 sur les dessins de M. Delarue. Dans les salles basses de ce théâtre , on a établi un musée des monuments historiques qui, sous Thabile et savante direction de M. Charles Drouet, se remplit tous les jours des objets les plus précieux et les plus intéressants, relatifs à la ville, à la province et à rhistoire de l'art.

Derrière le théâtre est la plus belle promenade de la ville, le Mail, qu'on appelle aussi promenade des Jacobins , parce

ISO ITINÉRAIRE Dt PIRIS. AU MANS.

qu'en i 791 elle fat établie sur Teiiclos des idigieux de ce no». Elle e&t formée de longue aTenuee de tîHeula dont la

disposition plaît à l'œil; mais, malheureusement, elle est eneaiseée dans de haute» terrasses qui la privent d*air et de perspective. Dans ses deux allées supérieures, on a déoou-^

vert des vestiges assez considérables d'un amphithéâtre galloromain : ainsi, par un jeu du hasard, le théâtre moderne s'est trouvé bâti à peu près sur le même emplacement que le théfttre antique.

A l'extrémité de la place des Jacobins, auprès de l'ouverture d'un tunnel qui descend dans la ville basse, on voit encore une partie du mur de l'enceinte gallo-romaine. Ce mur se dirige vers la cathédrale, qu'il traverse en passant à peu près sous le maître autel, et débouche entre la troisième et la quatrième chapelle ; on suit ses fondations dans la cour de l'ancien évêché, et il reparaît, flanqué d'une tour, dans le jardin du propriétaire actuel de cet édihce. A droite du mur antique, sont les restes d'une ancienne clôture eon^ struite sous le roi Jean, et dans laquelle étaient enveloppés l'ancien évéché et toute la partie orientale de la cathédrale. A l'angle de cette clôture, vous voyez la base de la tour du Forgeur, dite aussi tour de Souttj^ du nom d'un pailvre confrère de Saint-Michel qui s'y était autretois établi.

Dans ce vieux rempart du moyen âge, M. Lassus, le sa^ vaut et habile architecte de la cathédrale du Mans, vient d'établir un large escalier, au pied duquel il a placé une élégante fontaine dans le style gothique, dont les eaux ont jaiih pour la première fois le 28 mai 1854, jour de l'inauguration du chemin de fer du Mans

L'église cathédrale de Saint-Julien doit maintenant attirertoute notre attention. Déjà, du milieu de la place des Jaco* bins, vous avez pu contempler ce majestueux édifice sous son aspect le plus imposant. Nous avons devant nous, appuyés sur les bras gigantesques du transept, l'abside et le chœur,

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autour desquels rayonnent treize grandes chapelles. Trois grandes galeries à balustrade régnent .autour de ces parties de rédifice , qui appartiennent au gothique le plus pur du xni* siècle. La première galerie est immédiatement au-dessus des chapelles; la seconde est établie sur les voûtes de* collatéraux du chœur, et la troisièmè à la base du grand comble; elles sont, dans tout leiir pourtour, décorées de statues, dont quelques-unes ont élé mutilées par les huguenots en i562. Vous remarquerez aussi cette forêt de piliers surmontés de pyramides et de pinacles fleuronnés, qui se dressent le long des différents étages et reçoivent ces nombreux arcs-boutants si légèrement disposés pour maintenir les voûtes de Tabside et du chœur.

Si vous faites quelques pas et si vous considérez Tédifice snr Tun ou l'autre de ses flancs, vous serez peut-être, dès Tabord, frappé de la disparate énorme que la nef, dans la rude et mâle simplicité de son architecture, offre avec la grâce et la légèreté que vous venez d'admirer h rextoriourdu chœur et de rabside.Maisen isolant ces deux parties du monument dont le contraste vous choque, vous vuus prendrez pour Tune d'un intérêt aussi vif que l'admiration que vous avez donnée à l'autre.

Dans sôti en.«i;uible, la nef appartieiit à l'architecture romane du XI* et du xit* siècles. A l'occident, trots portes à * plein-cintre, d'une ornemenlalion simple et sévère, précédées d'un perron de quelques degrés, donnent entrée dans le monument. A la partie supérieure, dans un ]ngnon de maçonnerie maillée, soutenue par des pierres de taille de très-petit appareil , s'ouvre une grande fenêtre à pleincintre dont les pieds droits , grêles colonnettes en forme de fuseaux, soutiennent une archivolte décorée de billettes, de dents de scie, d'étoiles, de tètes de clous et d'un double rang de roses. Dans la maçonnerie échiquetéequi surmonte la porte du milieu, on remarqne trois bas-*reliefs infiniment

curieux. Enfin, deux énormes contre-forts soutiennent ce pignon, qui est assurément la plus ancienne partie de l'édifice.

Porlail occidental de la cathédrale du Mans.

Sur le flanc méridional de la nef, en face de la Grande- Rue, sous un porche avancé, dont Tarchivolte est ornée de larges dents de scie, s'ouvre un portail d'une riche et cu-

rieuse oirnemefitation , datant de la première moitié du XII* siècle. Dans Fébrasement de lar porte, hoit statues de

grande dimension représentent des saints, des rois et des reines ; sur les pieds-droits sont figurés saint Pierre et saint Paul; sur le linteau on reconnaît tes douze apAtres assis sur une seule ligne ; sur le tympan, le Christ apparaît au milieu des aUnbuts des quatre ëvangélistes; enfin les cordons des voussures sont tapissés d* anges et de personnages de VAn* eien et du Nôuveau-^Testament.

Plus loin, à Tangle du transept méridional et en face de la place Saint-Michel, s*élève une haute tour carrée dont les massifs contre-forts sont garnis de statues de reines, d*évéques, de, religieux et de divers personnages. Cette tour, intéressante dans tous ses détails, parait avoir été construite vers la fin du xii* siècle.

Si, en pénétrant dans Tintérieur de la nef, vous l'isolez des autres parties de l'édifice, vous ressentirez sans doute la profonde impression que nous avons éprouvée nous-méme en contemplant pour la première fois ses voûtes majes^ tueuses et la belle ordonnance des colonnes sur lesquelles reposent ses gigantesques arceaux. Vous examinerez d*un œil curieux ces chapiteaux des xi* et xii" siècles, parfois si rudement exécutés, et souvent si fantastiques et si l)izarres. ' Ces trois nefs si majestueuses grandiront encore à vos yeux, si vous voulez bien vous rappeler qu'elles résonnèrent plus d'une fois sous les pas de Geoffroy Plantagenet, d'Henri II, de Richard Coeur de Lion, de Jean sans Terre, de Philippe Auguste et de la pieuse reine Bérengère, dont vous allez voir la statue tumulaire couchée dans Taile septentrionale du transept, du côté de la chapelle du Crucifix. Ce tombeau fut apporté de Téglise de Tabbaye de TÉpau, où il était resté jusqu'en i82t«

Le chœur, son double collatéral et les treize chapelles qui l'entourent sont assurément Tune des plus belles œuvres

qtt*aii produites le iiir eiècle , si fécond en merveilles de ce

genre. Presque toutes les fenêtres sont garnies de magnifiques verrières peintes, dont la magique transparence laisse pénétrer un jour mystérieux , inondé de teintes chatoyantes d'opale, de saphir et de pourpre. On peut trouver, à Chartres et à Bourges , une plus nombreuse collection de vitraux peipts ; mais nulle part il n*en existe une plus belle que celle ' de la cathédrale du Mans. Malheureusement le bel effet que devrait produire ce chœur est gâté par les deux massifs dont on en a bouché rentrée, par les hautes cloisons de boiseries sculptées fixées le long de ses arcades latérales , €t par le haut retable du maître autel qui masque la charmante chapelle absidale de Notre-Dame du Chevet.

Dans cette chapelle du Chevety on a récemment retrouvé, sous une couche épaisse de badigeon, les peintuios murales et les décorations dont i'évéque Gautier de Baigneaux Tavait ornée vers la fin du xit* siècle. Nous signalerons encore la porte de la sacristie, faite avec les débris du Jubé, détruit en 176D, époque à laquelle le chapitre sembla vouloir dérober le chœur à la vue des fidèles, en l'enveloppant des massifs et des boiseries dont nous venons de déplorer Texistence. Les douze autres chapelles qui rayonnent autour du chœur sont également remarquables k divers titres ; mais nous signalerons particulièrement, dans celle des fonts baptismaux, • deux tombeaux remarquables par leur exécution et la célébrité des morts qu'ils ont renfermés. Le premier, protégé par une grille de fer, est celui de Charles 111, comte d'Anjou et du Maine, mort en 1472. Le second est celui de Guillaume du Beîlay-Langey, qui fut vice- roi de Piémont sous François l"f diplomate habile, bon capitaine et auteur de - mémoires très-estimés. Ce mausolée était autrefois dans la chapelle du Chevet; le célèbre Germain Pilon l'exécuta, et. Martin du Bellay le consacra à la mémoire de son frère. Indépendamment de Tépitaphe latine sculptée sur le socle

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