‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 136 sur 158 · LYON. — CROIX-ROUSSE.— PERRACHE. — LES BROTT · texte numérisé non relu

LYON. — CROIX-ROUSSE.— PERRACHE. — LES BROTT

bricants ou plutôt les négociants. Les plus beaux magasins du commerce de détail se trouvent groupés dans certaines rues entre la place des Terreaux et la place Bellecour. De la place Bellecour à la gare de Perracbe s’étend le quartier de la bourgeoisie et de l’aristocratie, qui depuis la Révolution ont abandonné au barreau et aux ouvriers la rive droite de la Saône. Au delà de la gare de Perrache (chemin de fer de Paris à Lyon et de Lyon à la Méditerranée) s’élèvent sur la presqu’île perrache un certain nombre d’établissements industriels et la gare du chemin de fer de Saint- Étienne. On doit y construire des docks ; on y a creusé un hippodrome et une gare pour les bateaux, bâti l’arsenal, l’abattoir, la prison ; mais les rues qui y sont tracées ne sont pas encore bordées de maisons, les terrains à moitié nivelés restent même en grande partie abandonnés.

Autrefois le Rhône se réunissait à la Saône près d’Ainay. En 1770, un sculpteur, nommé Perrache, conçut le projet de reculer leur jonction au point où elle a lieu aujourd’hui. Il exécuta ce projet avec un succès complet, et le quartier qu’il a conquis ains sur les deux rivières a, depuis lors, porté son nom.

lie» Brotteaax (rive gauche du Rhône) ne datent que du commencement de ce siècle. C’est aujourd’hui le plus beau quartier de Lyon. De magnifiques maisons s’y élèvent chaque année sur ses larges et longues avenues (le cours Bourbon, le quai d'Albret, le cours Morand, l’avenue de Saxe), et dans ses rues tirées au cordeau, bâties à angles droits. On y trouve réunis un grand nombre de lieux de réunion et de plaisir, restaurants, jardins publics, l'Alcazar, le Jardin d’hiver, et enfin, à l’extrémité de l’avenue de Saxe prolongée près de la Téte-d’Or , on travaille activement au parc qui sera le bois de Boulogne lyonnais.

Les Brotteaux touchent à la duillotière, ville populeuse, laide, malpropre, que traverse la route du Dauphiné, de la Savoie et de l’Italie, mais où les étrangers n’ont absolument rien à voir, si ce n’est la ligne que l’inondation de 1856 a marquée sur toutes les maisons, et les traces des ravages qu’y a faits le Rhône en s’y frayant un nouveau lit.

Près de Fourvières est la maison Caille, d’où le pape Pie YII a donné sa bénédiction à la ville de Lyon. M. l’abbé Caille (décédé

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en 1841), qui lui a donné son nom, y a fondé une providence pour les petits garçons. On découvre une belle vue de sa terrasse. En face est le pavillon Nicolas , qui jouit encore d’un plus beau point de vue. On peut y déjeuner.

Histoire.

La position de Lyon est si favorable et si belle, qu’elle dût être occupée dès les temps les plus reculés. 590 ans avant Jésus- Christ, des Grecs, chassés des bords de l’Hérault par les Massiliens, obtinrent des Ségusiens, assurent certains écrivains, la permission de s’y établir. Ils appelèrent Logoudunou la bourgade qu'ils y fondèrent. Quand César eut conquis la Gaule, il ne parla pas dans ses Commentaires de cette bourgade ou ville gallo-grecque bâtie sur la colline de Saint-Sébastien (la Croix- Rousse).

L’an de Rome 710, L. Munatius Plancus vint, suivant les ordres du sénat de Rome, construire des habitations permanentes à la colonie romaine que les Allobroges avaient chassée de Vienne pendant les guerres de César et de Pompée, et qui s’était réfugiée au confluent de la Saône et du Rhône , sur une colline qu'elle avait appelée Luctus-Dunum (par abréviation Luodunum, puis Lugdunum), ou la Colline de la Douleur. Telle fut l’origine de la ville romaine construite sur le plateau de Fourvières.

Cette ville bientôt rebâtie, ne devait pas tarder à prendre des développements considérables. Agrippa en fit le point de jonction des quatre grandes voies dont il ordonna la construction à travers la Gaule. Auguste y séjourna trois ans dans un palais qu’a remplacé depuis l’hospice de l’Antiquaille, et où devaient naître plus tard Claude et Caracalla. De magnifiques aqueducs y amenèrent toutes les eaux des campagnes environnantes; des temples et un théâtre s’y élevèrent; elle eut un Sénat et un collège des Soixante, qui rendait la justice; elle devint en un mot, la capitale de la Celtique, qui prit bientôt le nom de Lyonnaise. Aussi, pour témoigner à Auguste leur reconnaissance de tant de bienfaits, soixante nations des Gaules y construisirent en son

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honneur (par ordre probablement) un temple magnifique, inauguré l’an 744 de Rome, par Drusus.

Claude réunit en une seule ville la colonie romaine et le municipe gaulois qui étaient encore séparés. Il accorda à leurs habitants le droit de faire partie du sénat, et, à cette occasion, il prononça devant le sénat cette harangue qui, gravée sur une table d’airain, et retrouvée en 1528 sur la côte de Saint-Sébastien, est actuellement déposée au musée des Antiques du palais des Arts.

Sous Néron, la ville romaine fut entièrement détruite par un incendie (l’an 59 de notre ère). Néron la rebâtit plus belle qu’elle n’était avant ce désastre. En 102, Trajan y fit construire, sur l’emplacement actuel de Fourvières, un marché couvert qui ressemblait à un palais, et qui s’écroula sous son propre poids en 840. Adrien et Antonin le Pieux se plurent au§gi à l’embellir, à lui accorder de nouveaux privilèges. Ils y créèrent des foires annuelles qui, faisant affluer dans son enceinte les marchandises d’Europe et d’Asie, lui rendirent bientôt sa première prospérité. Leurs relations commerciales avec les peuples d’Orient introduisirent le christianisme dans ces contrées, et, avec le christianisme, commencèrent, vers 177, les persécutions et l’héroïsme des martyrs.

Saint Pothin, qui était venu du fond de la Grèce, — on l’a dit disciple de saint Jean, — prêcher l'Evangile dans la Gaule, s’était construit ou plutôt creusé un oratoire au milieu d’un marais dont l’église Saint-Nizier occupe actuellement la place. Marc Aurèle donna l’ordre d’exterminer les chrétiens. Saint Pothin, persécuté, subit un effroyable martyre avec un grand nombre de femmes et d’enfants, et une jeune esclave nommée Blandine. Puis la persécution se ralentit pour recommencer bientôt avec une nouvelle violence. Quand Septime Sévère eut vaincu, dans les environs de Lyon, son compétiteur Albin (197), il revint à Lyon qui s’était déclarée pour Albin; et, non content de la livrer aux flammes, il en fit égorger tous les habitants. Saint Iréuée et dix-huit mille chrétiens périrent dans ces massacres.

A dater de ce moment, Lyon, ravagée par les barbares, abandonnée par les empereurs, reste au rang d’un simple municipe jusqu’au jour où les Bourguignons en font la capitale de leur

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royaume (478) ; puis les Franks s’en emparent et s’y établissent ; les Sarrasins la ravagent après l’avoir occupée, et, si Charles Martel les en chasse, il ne peut pas y effacer les traces douloureuses de leur passage.

Sous Charlemagne seulement, Lyon se relève de ses ruines. L’archevêque Leydrade, ami de l’empereur, rebâtit une partie de ses édifices détruits. Mais Charlemagne mort, elle devient la capitale du royaume de Provence. En 845, Lothaire y établit un gouverneur sous le nom de comte de Lyonnais, de Viennois et de Provence. En 873, Charles le Chauve investit de cette dignité le frère de sa femme, Boson, qui s'empare, six ans après, de la couronne, et réunit la Bourgogne proprement dite aux provinces de son gouvernement ; vingt-trois évêques réunis à Mantale le proclament roi de Provence. Aurélien, qui préside cette assemblée, prend le titre d’archevêque de Lyon, primat des Gaules.

Au milieu des troubles qui agitent la France, l’Allemagne et l’Italie, le gouverneur ou comte des pays situés entre le Jura et les Alpes se déclare (888) roi de cette contrée qu’on appela la Bourgogne supérieure ou transjurane. En 912, il laisse ce royaume à son fils Rodolphe II, qui étend son empire sur le royaume de Provence, et réunit sous son autorité toutes les provinces de l’ancien royaume de Bourgogne. Lyon tombe donc sous la domination de Rodolphe II, puis sous celle de son successeur, Conrad le Pacifique (937), qui épouse une princesse française (954), Mathilde, sœur du roi Lothaire et petite-fille de Charles le Simple. Lothaire, roi des Franks, renonce alors, en faveur de Conrad, à toutes les prétentions qu’il pouvait avoir sur le Lyonnais, et Lyon, donnée parle fils de Conrad, Rodolphe III, dit le Fainéant, à l’empereur Conrad le Salique (1024), devient un fief de l’empire d’Allemagne. Mais, dans la confusion qui suit la mort de Rodolphe le Fainéant (1032), un grand nombre de vassaux, les dauphins de Viennois, les comtes de Savoie, les sires de Beaujeu, les seigneurs de Villars, les comtes du Lyonnais et Forez, se rendent indépendants, et l’archevêque de Lyon, Burchard II, fils de Conrad le Pacifique et de Mathilde de France, frère cadet de Rodolphe le Fainéant, usurpant le pouvoir temporel, devient de fait le souverain de Lyon.

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Cependant, bien qu’elle eût été reconnue par l’empereur Conrad le Salique et confirmée, un siècle plus tard (1157), par Frédéric Barberousse , cette usurpation souleva , à diverses reprises, les protestations des comtes de Forez. Des luttes sanglantes s’engagèrent ; elles eurent pour résultat, en 1173, une transaction en vertu de laquelle le comte de Forez céda définitivement, moyennant certaines sommes d’argent, tous ses droits ou prétendus droits sur la ville et sur son territoire, à l’archevêque et à ses chanoines, qui prirent tous dès lors indistinctement le titre de comte. A partir de ce moment, l’archevêque et les chanoines, se croyant sûrs de l’impunité, abusèrent indignement de leur pouvoir. « L’administration de l’archevêque Renaud, dit un historien lyonnais, fut celle d'un prince séculier bien plus que d’un évêque. C’est alors que les chanoines, qui eux-mêmes étaient moins de pieux ecclésiastiques que de grands seigneurs, quittèrent la vie commune et montèrent pour chacun d’eux une maison séparée. Renaud se prêta à tout ce que le Chapitre voulut. On partagea non-seulement les biens de l'Église, mais encore l’exercice de l’autorité et de la justice, et l’on introduisit ainsi une confusion et des conflits qui amenèrent l’insurrection et l’émancipation des citoyens. »

C’est une longue et intéressante histoire que celle de la lutte de la bourgeoisie lyonnaise contre l’archevêché et le Chapitre. Cette lutte, commencée en 1228 et souvent interrompue par des trêves à la suite de combats sanglants, ne se termina définitivement qu’en 1393. Mais, dès le commencement du xiv e siècle, l’archevêché et le Chapitre avaient été vaincus par la bourgeoisie et par le roi de France. Déjà, en 1269, Louis IX avait profité des dissensions des bourgeois et des chanoines comtes pour rattacher cette ville importante à la couronne. En 1310, Philippe le Bel contraignit l’archevêque Pierre de Savoie, que Louis le Hutin avait forcé de se rendre à discrétion, à lui céder la justice séculière en échange de fiefs éloignés, et trois ans après il établissait à Lyon une sénéchaussée royale, à laquelle il annexa celle de Beaucaire et une partie dû bailliage de Mâcon. De leur côté, les bourgeois obtinrent du même archevêque la reconnaissance de la commune. Désormais la ville se gouverna elle-même par des 119 20

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consuls : on donne ce nom aux douze conseillers qu’ont élus librement tout les bourgeois (1320). A dater de cette époque, l’industrie et le commerce, favorisés par une liberté entière, prirent à Lyon des développements considérables. Les guerres civiles d’Italie y amenèrent un grand nombre de familles qui lui apportèrent tout à la fois des procédés de fabrication et d’immenses capitaux pour les exploiter. Des foires, instituées par Charles VII, organisées par Louis XI, augmentèrent encore sa prospérité croissante. Aussi, aux xiv e , xv e et xvi e siècles, elle devint l'une des villes les plus importantes de la France, par ses imprimeries, sa chapellerie, sa tannerie, ses fabriques de draps d’or, d’argent et de soie.

Les guerres d’Italie, si ruineuses pour la France, furent d’abord favorables à Lyon, qui resta pendant longtemps le séjour de la cour ; mais, quand François I er eut été vaincu à Pavie, les choses changèrent de face. Le commerce diminua, l’industrie se ralentit, les impôts augmentèrent ; il fallut fortifier la ville menacée d’un siège : cette nouvelle dépense acheva d’épuiser les ressources des habitants. La famine vint accroître la misère générale. Le 25 mai 1529, une violente émeute éclata. Le peuple soulevé se livra aux plus graves excès. On arrêta et on pendit les plus coupables. La bourgeoisie, qui exerçait dans la ville l’autorité suprême, comprit un peu trop tard qu’elle ne s’était pas assez occupée de l’éducation et du bien-être de la populace, et la populace apprit à ses dépens que la violence et le pillage ont pour unique résultat l’aggravation de ses maux.

• En 1560, les protestants s’emparèrent un instant de Lyon par surprise, mais ils ne purent pas s’y maintenir. En 1562, ils l’occupèrent de nouveau sous la conduite du célèbre baron des Adrets. De persécutés ils devinrent persécuteurs. Ils dévastèrent toutes les églises et tous les couvents ; ils détruisirent complètement l’église des Machabées et l’abbaye fortifiée de Saint-Just. Leurs représailles n’étaient malheureusement que trop justifiées par les violences et les crimes des catholiques. Elles allaient, d’ailleurs, être suivies d’autres représailles encore plus horribles. En 1563, ils s’étaient vus contraints de remettre la ville aux mains des officiers du roi, mais ils avaient obtenu l’autorisation de s’y

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bâtir trois temples. Les catholiques démolirent bientôt deux de ces temples, en proférant des menaces terribles contre ceux qui les avaient construits et qui osaient les fréquenter. * Tout était prêt pour une explosion (1572), a dit M. Grandperret, l’archiviste de la ville, lorsqu’on apprit la sanglante catastrophe de la Saint-Barthélemy. C’était le dimanche suivant. Aussitôt Mandelot, le lieutenant du gouverneur, qui était le duc de Nemours, fit fermer les portes de la ville et donna Tordre d’incarcérer les protestants, sous prétexte de les protéger contre les fureurs de la populace. Peut-être voulait-il réellement les sauver ; mais il lui fallait plus de vertu qu’il n’en avait pour décliner les ordres de la cour. Aussi laissa-t-il des bandes d’assassins se jeter sur les couvents où les hérétiques étaient entassés, et immoler pêlemêle tous ces infortunés. Ne voulant point paraître autoriser de telles horreurs par sa présence, il se porta avec sa garde au delà de la Guillotière, sous le prétexte d’un soulèvement en Dauphiné, et, dans cet intervalle, trois cents protestants, enfermés à l’archevêché, tombaient, comme le bétail à l’abattoir, sous les coups d'abominables sicaires recrutés dans le corps des arquebusiers, qui était composé de Lyonnais et d’Italiens. Les honnêtes citoyens, les officiers de la garnison, le bourreau lui-même avaient refusé d’intervenir dans cette boucherie. Il périt en ce jour néfaste près de mille victimes, s Après l’assassinat du duc de Guise, Lyon se déclara hautement pour la Ligue. Le duc de Nemours, qui s’était évadé des prisons du roi , vint prendre possession de son gouvernement. Quand Henri III fut tombé sous le couteau de Jacques Clément, il conçut le projet de se rendre maître de ce pays dont il n’était que le gouverneur, et de le détacher de la France afin de s’en former, avec une partie de la Bourgogne et du Dauphiné , un royaume à part, si les états généraux, convoqués à Paris par Mayenne , ne le nommaient pas roi de France. Mais les Lyonnais ne voulaient point se séparer de la France ; ils forcèrent le duc de Nemours de s'enfermer dans le château fort de Pierre-Scise. Menacée par les Ligueurs et les Royalistes, Lyon se déclara pour Henri IV (159à), qui en eut une grande joie et qui, en reconnaissance de la réception chaleureuse et splendide que les Lyon-

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nais lui avaient faite, les priva de leurs libertés municipales. En effet, il remplaça l’ancien Consulat, composé de douze membres, par un corps comprenant un prévôt des marchands et quatre échevins, et il se réserva la nomination du prévôt sous de certaines garanties. Dès lors l’élection de la commune ne fut presque plus qu'une formalité, une vaine cérémonie où l’on sanctionnait le choix de la cour. Enfin, en 1764, Louis XV restreignit à dixsept notables élus le nombre des citoyens qui devaient avoir le droit de choisir les échevins.

Une effroyable inondation (1711), des incendies, des émeutes occasionnées par la misère des ouvriers et par des questions de salaire, des découvertes industrielles, tels sont les principaux événements qu’ont à raconter les historiens lyonnais pendant le xvm* siècle, jusqu’au jour où éclata la Révolution française. .

Lyon avait d’abord embrassé avec ardeur la cause de la Révolution. Les cahiers donnés aux députés des trois ordres lors de la convocation des états généraux, surtout ceux du tiers état, contenaient en substance toutes les modifications, réformes, institutions, que l’Assemblée constituante ne tarda pas à convertir en lois. Un conseil, composé de membres des trois ordres, remplaça le Consulat dont les garanties n’étaient plus suffisantes ; mais bientôt des excès furent commis par le parti ultrarépublicain qui voulut s’emparer du pouvoir suprême. De nouvelles luttes civiles s’engagèrent, une réaction violente eut lieu, et, en 1793, Lyon se souleva en même temps que Marseille et Bordeaux prenaient les armes. J’emprunte le récit suivant à M. Mignet , qui a résumé mieux que je ne pourrais le faire, l’insurrection et le siège de Lyon, dans son Histoire de la Révolution française.

t Les royalistes s’emparèrent presque partout du mouvement que les Girondins avaient commencé. Ils cherchèrent surtout à diriger l’insurrection de Lyon, pour en faire le centre des mouvements du Midi. Cette ville était fort attachée à l’ancien ordre de choses. Ses manufactures de soie et de broderies en or et en argent, son commerce de luxe, la rendaient dépendante des hautes classes. Elle devait donc se déclarer de bonne heure contre un changement social qui dérangeait les anciens rapports et

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ruinait ses manufactures en abaissant la noblesse et le clergé. Aussi Lyon, dés 1790, sous la Constituante même, lorsque les princes émigrés étaient dans le voisinage, à la cour de Turin, avait fait des tentatives de soulèvement. Ces tentatives, dirigées par les prêtres et par les nobles , avaient été réprimées ; mais l’esprit était resté le même. Là, comme ailleurs, on avait voulu, après le 10 août, faire la révolution de la multitude, et établir son gouvernement. Chalier, fanatique admirateur de Marat, était à la tête des jacobins, des sans-culottes, et de la municipalité de Lyon. Son audace s’était accrue après les massacres de septembre et du 21 janvier. Cependant rien n’avait été décidé encore entre la classe inférieure républicaine et la classe moyenne royaliste, dont l’une avait le siège de son pouvoir à la municipalité, et l'autre dans les sections. Mais les débats étant devenus plus grands vers la fin de mai, on se battit, et les sections l’emportèrent. La municipalité fut assiégée et prise d’assaut. Chalier, après s’être évadé, fut pris, et, au bout de quelque temps, exécuté. Les sectionnâmes, n’osant pas encore secouer le joug de la Convention, s’excusèrent auprès d’elle de la nécessité où les jacobins et les municipaux les avaient mis de combattre. La Convention, qui ne pouvait se sauver qu’à force d’audace, et qui, en cédant, était perdue, ne voulut rien entendre. Sur ses entrefaites, les événements de juin survinrent. L’insurrection du Calvados fut connue, et les Lyonnais, encouragés, ne craignirent plus de lever l’étendard de la révolte. Ils mirent leur ville en état de défense ; ils élevèrent des fortifications, ils formèrent une armee de 20 000 hommes, ils reçurent les émigrés au milieu d'eux, donnèrent le commandement de leurs forces au royaliste Précy et au marquis de Yirieux, et concertèrent leurs opérations avec le roi de Sardaigne.

« Sur l’ordre de la Convention, Lyon fut assiégée par Kellermann, général de l’armée des Alpes; trois corps d’armée la pressèrent bientôt de tous les côtés. Les Lyonnais se défendirent avec tout le courage du désespoir. Ils comptaient d’abord sur l’assistance des insurgés du Midi; mais ceux-ci ayant été repoussés, par Carteaux, ils tournèrent leurs dernières espérances du côté de l’armée piémontaise, qui tenta une diversion en leur

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faveur, et qui fut battue par Kellermann. Pressés plus vivement, ils virent emporter leurs premières positions. La famine se fit sentir, et le courage les abandonna. Les chefs royalistes, convaincus de l’inutilité d’une plus longue résistance, quittèrent la ville, et l’armée républicaine entra dans ses murs, où elle attendit les ordres de la Convention.

€ Le nom de Lyon , dit Barrère , ne doit plus exister. Vous l’appellerez ville affranchie, et sur les ruines de cette infâme cité, il sera élevé un monument qui attestera le crime et la punition des ennemis de la liberté. Un seul mot dira tout : « Lyon fit la * guerre à la liberté, Lyon n’est plus. »

Pour réaliser cet effrayant anathème, le comité de salut public envoya dans cette malheureuse ville un fanatique imbécile, Couthon, un comédien qui avait à se venger des trop justes sifflets des Lyonnais, Collot d’Herbois et un oratorien défroqué , qui devait plus tard aider Napoléon dans son coup d’État du 18 brumaire, et que la Restauration ne rougit pas de prendre pour ministre, Fouché. Couthon, paralysé des deux jambes, se fit transporter en grande cérémonie à l’angle sud-est de la façade de la place Bellecour, la frappa d’un marteau, et donna de la sorte le signal de la démolition. Les proscriptions commencèrent en même temps. Les Lyonnais suspects d’avoir pris les armes furent guillotinés ou fusillés au nombre de 50 à 60 par jour. Puis, comme les moyens employés ne lui paraissaient pas assez rapides, Collot d’Herbois imagina d’employer la mine pour détruire les édifices, la mitraille pour immoler les proscrits, et il écrivit à la Convention que bientôt il allait se servir de procédés plus prompts et plus efficaces pour punir la ville rebelle.

Après la chute de Robespierre , la Convention rendit à Lyon son ancien nom, en faisant cesser l’état de rébellion; les démolitions furent interrompues; la circulation reprit; les terroristes, arrêtés, occupèrent les cachots de leurs victimes; une réaction violente se manifesta ; les membres des compagnies du Soleil et de Jésus se portèrent aux prisons, les envahirent, y égorgèrent à leur tour 70 ou 80 prisonniers réputés terroristes, et jetèrent leurs cadavres dans le Rhône. La garde nationale fit quelques efforts pour empêcher ce massacre, mais ne montra peut-être pas le zèle

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qu'elle eût déployé si elle eût eu moins de ressentirent contre les victimes de cette journée.

Sous le Consulat et sous l’Empire, Lyon se releva de ses ruines. Jacquart y inventa, en 1802, le métier qui porte son nom. Napoléon rebâtit les façades de la place Bellecour , rendit les églises au culte, fonda l’école de dessin, fit construire le pont de Tilsitt, enfin, dans toutes les circonstances, il témoigna une prédilection toute particulière pour cette grande cité à laquelle il réservait un rôle important dans son vaste empire. Mais son ambition et son despotisme précipitèrent une première fois sa chute, et bientôt les Autrichiens menacèrent Lyon, qu’Augereau ne sut ou ne put pas défendre. Ils y entrèrent le 21 mars 1814. Le 6 août et le 21 octobre de la même année, la duchesse d’Angoulême et le comte d’Artois y furent aussi chaleureusement accueillis que Napoléon devait l’être à son retour de l’île d’Elbe, quand, traversant la foule qui se pressait autour de lui , il dit avec toute l’émotion qu’il était capable d’éprouver : a Lyonnais, je vous aimel *

Le 17 juillet 1815, les Autrichiens occupèrent de nouveau la ville de Lyon. La réaction s’y montra cruelle. Le, général Mouton- Duvernet, qui s’était l’un des premiers rallié à l’empereur lors de son retour, mais qui s’était empressé, après la capitulation de Lyon, de faire sa soumission au gouvernement royal, fut traduit devant un conseil de guerre, condamné à mort et fusillé à l’entrée du chemin des Étroits (1816). Deux ans après, la cour prévôtale fut instituée, dit un historien lyonnais « pour juger et punir sévèrement des conspirateurs ridicules, d’insensés paysans qui, sans plan, sans but, sans organisation, sans armes, et sans chefs, s’étaient attroupés dans plusieurs communes au nom de Napoléon II et avaient été dispersés par la seule apparition de quelques gendarmes. On fit de nombreuses arrestations, et la cour prévôtale condamna vingt-huit personnes à la peine de mort et trente-quatre à la déportation. La guillotine fut portée dans les villages pour l’exécution des condamnés qui leur appartenaient; à Saint-Genis, elle fut établie sous les fenêtres d’une veuve qui vit tomber la tête de son fils, âgé de quinze ans. a

L’ovation faite à Lyon au général La Fayette, en 1829, parle

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peuple et la bourgeoisie, eût dû éclairer la Restauration sur l’état de l’opinion publique dans la seconde ville du royaume. Mais de funestes conseils l’entraînaient à sa perte. La nouvelle de la révolution de Juillet fut accueillie avec satisfaction par la majorité de la population lyonnaise ; le changement de gouvernement ne coûta pas une goutte de sang. Malheureusement, une crise commerciale ne tarda pas à éclater, et quelques fabricants refusèrent de se soumettre à un tarif nouveau qui, rédigé avec l’approbation des autorités locales, avait été accepté par un grand nombre de leurs confrères. Les ouvriers s’insurgèrent au mois de novembre 1831 (le 21), arborant un drapeau noir qui portait cette inscription : « Vivre en travaillant ou mourir en combattant ! » et en poussant ces cris : t Du travail ou la mort! » La lutte fut sanglante; les ouvriers triomphèrent; ils maintinrent l’ordre; ils firent respecter les propriétés, mais, divisés bientôt entre eux, ils ne surent rien organiser. Le 3 décembre, le duc d’Orléans et le maréchal Soult reprirent, à la tête d’une nombreuse armée, possession de la ville, que la garnison avait dû évacuer. Le tarif ne fut pas exécuté, la garde nationale fut dissoute, une forte garnison remplaça celle qui avait dû se retirer ; des forts s’élevèrent de tous côtés. (Voy. Fortifications.)

En 1834, une nouvelle insurrection eut lieu. Cette fois elle n’était plus seulement industrielle, elle était devenue politique. La Société des Droits de l’Homme prit fait et cause pour la Société des Afutuellistes, dont neuf membres étaient accusés de coalition. La lutte dura plus longtemps; elle fut acharnée; le désastre fut immense; le nombre des morts et des blessés, tant du côté delà troupe que de celui des insurgés, s’éleva à plus de mille. Plusieurs quartiers furent entièrement détruits par le canon.

Lyon avait à peine effacé les traces de cette guerre civile, qu’une inondation, plus terrible que toutes celles dont on avait gardé le souvenir, vint y causer d’affreux ravages. Le faubourg de Vaise presque tout entier fut emporté par les eaux; on alla en bateau dans la plupart des rues de la ville. Le Rhône et la Saône se rejoignirent sur les places Bellecour et de la Préfecture. Mais l’inondation de 1856 fut encore plus désastreuse. Le 18 mai , la Saône déborda et envahit toute la partie de la ville comprise

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entre les places des Terreaux et Bellecour. Le 21, elle atteignit son maximum d’élévation, puis elle baissa pour grossir de nouveau le 30. Malheureusement, la crue du Rhône prit des proportions formidables; le 31 mai, ses eaux, renversant la levée de la Tète-d’Or , firent irruption sur le territoire des Charpennes et envahirent les Brotteaux et la Guillotière. De nombreuses maisons s’écroulèrent, engloutissant sous leurs ruines une partie de leurs habitants. Vingt mille individus durent camper sur les points que l'inondation n’avait pu atteindre. Les pertes furent immenses; mais des souscriptions s’ouvrirent de tous côtés, et l’empereur Napoléon III vint apporter aux inondés des consolations et des secours.

Lyon a vu naître un grand nombre de personnages illustres ou distingués. Nous citerons : dans l’antiquité, Germanicus et les empereurs Claude et Caracalla ; au iv* et au v e siècle, saint Irénée, Sidoine Apollinaire et saint Ambroise de Milan; dans les temps modernes, parmi les littérateurs : Louise Labé, la Sapho lyonnaise (1525-1566), surnommée la belle Gordière, le P. Ménestrier, les frères Terrasson, oratoriens; l’abbé Morellet (le critique de Çhateaubriand), Lemontey, Ballanche, le baron de Gérando, Delandine, Audin, MM. Bignan, Jal, Carmouche, Aimé Martin; le physicien Ampère ; le mécanicien Truchet ; les médecins et les chirurgiens Ch. Spon, Petetin, Richerand, Falconnet, Bichat, Vitet, Ant. Petit, Ch. Dumas, Gilibert, Pontheau, Récamier; les naturalistes Laurent, Bernard et Joseph de Jussieu, Bourgelat, fondateur des écoles vétérinaires; le mathématicien Barême; l'économiste J. B. Say; les imprimeurs Gryphe et Barbou; les architectes Philibert Delorme et Auxerre ; les sculpteurs Coysevox, Nicolas Coustou, Lemot, Chinard, Legendre-Hérald; les peintres Stella, Blanchet, Pillement, Revoil, Dubost, Artaud, Orsel, MM. Paul et Hippolyte Flandrin; les graveurs Claude Germain. Gérard Audran, les sœurs Stella, Thomassin, J. J. Boissieu, Galle ; le comédien Perlet; les généraux Duphot, Martin et Suchet; enfin, Roland, le ministre girondin; l’oroteur Camille Jordan; l’avocat Sauzet; le philhellène Eynard; Anthelme Selve, connu aujourd'hui sous le nom de Soliman-Bey ; Jacquart, l’inventeur du métier qui porte son nom; Morel, le dessinateur de jardins; Parmentier,

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l'importateur de la pomme de terre; Mme Sophie Gay; Mme Récamier, etc.

Quais et ponts.

Les Quain de Lyon sont une de ses principales curiosités. Ils méritent tous d'être vus, non pour eux-mêmes, car la plupart sont étroits, mal pavés, mal tenus, encombrés de voitures ou de piétons, mais pour les points de vues pittoresques, variés, qu’ils offrent de tous côtés. Une série de tableaux animés s’y succède sans interruption aux regards étonnés et ravis du promeneur qui les descend ou qui les remonte. Nous ne saurions trop vivement engager tous les étrangers à aller à pied ou dans une voiture découverte des quais de Yaise et da cours d’Herbouville à la Mulatière. Ils ne regretteront pas le temps qu’ils emploieront à cette promenade. Nous allons donc descendre la Saône et le Rhône en donnant quelques indications sur les quais des deux rives, les principaux monuments qui les bordent, les ponts qui les réunissent , mais sans essayer de décrire les paysages que l’on y découvre, car ils se modifient et changent, pour ainsi dire, à chaque pas. •

Qnats et ponts de la Saône.

Une belle rue, à peine achevée, conduit de la gare de Vaise sur le quai de Taise, qui sera bientôt le plus beau quai de Lyon. En face, sur la rive gauche, s’étend le quai de Serin, le Bercy de Lyon.

Le pont de la Gare est un pont suspendu, long de 170 mètres sur 5, et divisé en deux travées par une pile en pierre. Le pont du port Mouton, le deuxième pont que nous trouvons sur la Saône en la descendant, est aussi un pont suspendu.

Les quais de Yaise et de Serin viennent se terminer au pont de Serin, pont en pierre, large de 8 m ,50 et long de 113 mètres, construit en 1815, en face de la caserne de Serin (rive gauche), et de l’École vétérinaire (rive droite).

Au-dessous du pont de Serin commencent (rive droite) le quai de l'Observance, sur lequel s’élève l’École vétérinaire, domi-

Quai de la Saône.

archevêques, puis il servit de prison. Parmi les personnages célèbres qui y furent enfermés, on cite le duc de Milan, Louis Sforce. surnommé le Maure, le baron des Adrets, le duc de Nemours, qui s'en évada sous les habits de son valet de chambre, de Thou et Cinq-Mars, qui n'en sortirent que pour être conduits à l’échafaud, dressé sur la place des Terreaux. En 1792, le peuple, s’en étant emparé, en commença la démolition. 11 n’en reste aujourd'hui aucun débris ; le rocher lui-même finira par disparaître. On en

née par le fort de Loyasse, et (rive gauche) le quai d’Halincourt, au-dessus duquel se montre le fort Saint-Jean.

La Saône décrit une forte courbe. Au quai de l’observance succède le quai de Pierre Scise , dominé par la batterie et les rochers de ce nom. Pierre ScUe, en latin Petra Scissa, est un rocher qu’A grippa fit couper, dit-on, lorsqu'il construisit ces voies militaires, auxquelles il donna son nom. Un château fort s’éleva plus tard à son sommet. Il fut longtemps la résidence des

ITINÉRAIRE DE DIJON A LYON

enlève chaque année d’énormes blocs qui le diminuent et dont l’extraction en modifie sans cesse les aspects.

Sur la rive gauche, en face de Pierre Scise, on remarque la manutention des vivres (quai des Chaînes ) ; puis le quai Sainte- Marie , dominé par la nouvelle promenade de Rouville, le cours des Chartreux et l’église des Chartreux, fait face au quai Bourgneuf. A l’extrémité de ce dernier s’élève, dans un enfoncement du rocher creusé en forme de grotte, la statue de «Jean Clébersrer, surnommé l’Homme de la roche. Si vous en croyez la tradition, le bon Allemand, qui vivait à Lyon sous le règne de François 1", et qu’on appela successivement Jean Kléberg, puis Fléberg, Cléber, enfin Cléberger, nom qui lui est resté, dépensait une notable partie de sa fortune à doter les jeunes filles pauvres de son quartier. Ce fait est douteux ; mais ce qui est certain, c’est que Cléberg, négociant de Nuremberg, devint, en 1548, conseiller de la ville de Lyon, et qu’il distribua à l'Aumône générale des sommes considérables pour cette époque, dans les temps de disette. La reconnaissance populaire lui avait jadis élevé une grossière statue de bois. Celle que l’on voit aujourd’hui a été érigée en 1849 avec le produit d’une souscription. Elle est de M. Bonnaire, sculpteur lyonnais.

L ’ Embarcadère des bateaux à vapeur de la Saône est établi sur le quai de Paris (rive droite), qui fait face au quai Saint-Benoît , au-dessus duquel on a construit récemment la promenade de Rouville. Viennent ensuite (rive droite), le quai de la Peyrollerie, puis le quai de Bondi , (rive gauche) le quai Saint-Vincent, qui a absorbé le quai des Augustins, et le quai d’ Orléans. Ce dernier, nommé d’abord quai du duc de Bordeaux, parce qu’il fut ouvert à la fin de la Restauration, a remplacé la rue de la Pêcherie, l'une des rues les plus malpropres, les plus étroites, les plus puantes du vieux Lyon. La rivière baignait alors les murs des maisons, qui envahissaient même le pont de pierre.

Entre l’embarcadère des bateaux à vapeur et le pont de Nemours, on trouve deux ponts : la passerelle Saint-Vincent, reconstruite en 1841 (la première ayant été emportée par l’inondation de 1840), longue de 90 mètres, large de 3 mètres, et le pont suspendu de la Feuillée ou de la Boucherie des Terreaux, construit

en 1837. fortement endommagé par l’inondation de 1840, à laquelle il résista cependant, composé de deux piles, long de 101™, 86, large de 7 mètres.

Le pont au Change ou pont de pierre, bien connu de toutes les personnes qui ont visité Lyon, il y a une vingtaine d’années, était fort ancien. La première arche avait été construite en 1060, sous Humbert ; son achèvement datait de l'année 1167. 11 se composait de huit arches irrégulières. 11 avait été dans le principe bordé, à ses deux extrémités de maisons qui 3’avançaient jusque sur les premières arches, ce qui en rendait les abords difficiles et dangereux. Deux tours en défendaient l'entrée de chaque côté, et une autre tour s’élevait au milieu, sur son côte septentrional. Dans l’une des tours, bâtie sur l 'Arche des merveilles, était le beffroi ou cloche d’alarme, dont la possession appartint aux citoyens pendant le jour, et aux chanoines pendant la nuit, jusqu’à l’époque où les premiers le fii'ent transporter, pour en être exclusivement les maîtres, dans le clocher de Saintr Nizier. En 1744, la débâcle des glaces entraîna la chute de deux maisons, situées sur les arches de la rive droite ; trente-huit personnes périrent sous leurs décombres et trois passants furent tués sur le pont. En 1800 seulement la rive droite fut débarrassée des maisons qui étaient restées debout, mais celles de la rive gauche n’ont été démolies qu’avec le pont lui-même , qu’on fut obligé de jeter bas en 1843, car il n’avait que 6 m ,20 de largeur; aussi étaib-il tôujours encombré de voitures et de piétons.

M. l’ingénieur Jordan a construit le pont actuel, qui a 6 arches et une largeur de 13 mètres. On l’appelle le pont de Nemours, parce que le duc de Nemours en posa la première pierre pendant son séjour à Lyon.

Au-dessous du pont de Nemours s’étendent sur la rive gauche les quais Villeroy et Saint- Antoine, les plus beaux quais de la Saône , dégagés depuis quelques années des maisons qui s’ele- " vaient à l’entrée du pont de pierre , élargis, plantés d’arbres et bordés d’élégants magasins. Le quai Saint-Antoine se termine au port du Temple, où commence le quai des Céleslins, qui se continue jusqu’au pont de l’Archevêché.

Sur la rive droite, entre le pont de Nemours et le pont de 119 21

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l’Archevêché, le quai change trois fois de nom ; il s’appelle quai Humbert , quai de la Baleine , et quai de l'Archevêché. Le palais de justice, qui sépare les quais de la Baleine et celui de l’Archevêché, donne son nom au pont qui le met en communication avec le port du Temple. Ce pont, lourd et disgracieux, est un pont suspendu, composé de 5 piles et de 5 travées; il a remplacé le pont Séguin, composé de 2 piles, qui fut emporté par l’inondation de 1840 et qui avait remplacé un pont de bois, appelé Pont volant. Il a 163 m ,88 de longueur et 6 mètres de largeur.

Le pont de l'Archevêché, ou pont Tilsitt, est un pont de pierre de 5 arches , ayant chacune 20 m ,79 d’ouverture , long de 150 m ,30, large de 13 m ,64, commencé dans les dernières années du xviii® siècle et achevé en 1808 par l’architecte Caron. Il passe avec raison pour le plus beau pont de Lyon. M. Fleury la Serve en a écrit l’intéressante histoire dans le tome I er de Lyon ancien et moderne.

Autrefois on ne pouvait, au delà du pont de l’Archevêché, côtoyer la rive droite de la Saône. Le quai Fulchiron, qui s’achève, et que suit le quai de la Quarantaine, et la belle route qui a remplacé le chemin des Étroits, ont établi une communication directe le long de la rivière, entre le quartier SaintrJean et la Mulatière.

Le chemin des Étroits , ainsi nommé autrefois à cause de son peu de largeur, s’étendait de la Quarantaine à la Mulatière, dominé par le beau coteau de Sainte-Foy, que décorent un si grand nombre de maisons de campagne. Jean-Jacques Rousseau l'a immortalisé dans ses Confessions (partie I™, livre Y, 1732). Il y passa une nuit , n’ayant pour toute fortune que deux pièces de six-blancs dans ses poches. « La soirée était charmante, dit-il; la rosée humectait l’herbe fleurie; point de vent; une nuit tranquille; l’air était frais sans être froid; le soleil, après son coucher, avait laissé dans le ciel des vapeurs rouges dont la réflexion rendait l’eau couleur de rose ; les arbres des terrasses étaient chargés de rossignols qui se répondaient de l’un à l’autre. Je me promenais dans une sorte d’extase, livrant mes sens et mon cœur à la jouissance de tout cela, et soupirant seulement

un peu du regret d’en jouir seul. Absorbé dans ma douce rêverie, je prolongeai fort avant dans la nuit ma promenade, sans m’apercevoir que j’étais las. Je m’en aperçus enfin. Je me couchai voluptueusement sur la tablette d’une espèce de niche ou

Grotte des Étroits.

de fausse porte, enfoncée dans un mur de terrasse; le ciel de mon lit était formé par les têtes des arbres; un rossignol était précisément au-dessus de moi ; je m’endormis à son chant; mon sommeil fut doux; mon réveil le fut davantage. Il était grand

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jour; mes yeux, en s’ouvrant, virent l’eau, la verdure, un paysage admirable. Je me levai, me secouai, la faim me prit; je m’acheminai gaiement vers la ville.... J’étais de si bonne humeur que j’allais chantant tout le long du chemin, b

Près de l’endroit où Rousseau passa une nuit si délicieuse, s’ouvre une grotte que représente notre dessin , mais qui a été endommagée par la construction de la route.

C’est à l’entrée du chemin des Étroits que le général Mouton- Duvernet fut fusillé en 1816, en exécution d’un jugement rendu par un conseil de guerre, qui le condamnait à la peine de mort.

En descendant la Saône, le long de la rive gauche, du pont de l’Archevêché au pont de la Mulatière, on longe successivement le quai de Tilsitt , sur lequel la douane occupe l’emplacement de l’ancien arsenal. A son extrémité inférieure, une passerelle relie la rue Sala au quartier Saint-Georges. Le quai des Chaînes , qui suit le quai de Tilsitt , aboutit à la place Sainte-Claire, sur laquelle s’ouvre le pont d'Âinay , composé de 5 piles et d’arches en bois, long de 114 m ,50, large de 9 mètres, construit en 1818 et restauré en 1835. Le quai d’Occident , qui fait face au quai de la Quarantaine, dominé par le fort de Saint- Just, se continue jusqu’à la place Napoléon, que le pont Napoléon, pont suspendu avec deux piles, relie au quartier de la Quarantaine. Enfin, au delà du Pont en tôle du chemin de fer de Paris (voir page 328), commence le cours Rambaud, magnifique quai, planté d’arbres, qui se prolonge en regard de l’ancien chemin des Étroits et du coteau de Sainte-Foy jusqu’au pont de la Mulatière, et le long duquel on remarque l'Arsenal, le gazomètre et de nombreuses usines.

Le pont de la Mulatière ou d’Orléans, jeté sur la Saône à l’endroit même où elle confond ses eaux avec celles du Rhône, appartient à la compagnie du chemin de fer de Saint-Étienne, qui l’a fait construire. Il a 175 mètres de longueur sur 10 m ,70 de largeur. Il se compose de quatre arches en fonte. Des barrières de fer le séparent en deux parties destinées, l’une au chemin de fer, l’autre aux piétons et aux voitures. L’ancien pont de la Mulatière, construit de 1789 à 1792, était en bois. Il menaçait .ruine depuis longtemps, lorsque l’inondation de 1840 en enleva

deux arches. Force fut de le remplacer d’abord par un pont provisoire, puis par le pont actuel, qui offre toutes les garanties de solidité.

Qnais et ponts du Rhône. ,

Au-dessous de la colline qui supporte la Croix- Rousse , le long de la rive droite du Rhône, s’étend le cours d'Harbouville, dont la longue avenue domine le fleuve. C’est à l’extrémité du faubourg Saint-Clair, au delà de l'île Jean-Jacques Rousseau, de l’île Blanche et du fort Montessuy, que se trouve actuellement l 'embarcadère du chemin de fer de Lyon à Genève. La compagnie de Lyon à Genève a jeté sur le Rhône, en 1857, un beau pont, pour venir, à travers les Brotteaux et la Guillotière, se relier, près de la Yitriolerie, aux chemins de Paris à Lyon, de Lyon à Saint-Étienne, de Lyon à Grenoble et de Lyon à la Méditerranée. Ce pont, construit en pierres de Villebois, de grand appareil, se compose de 7 arches, chacune de 34 mètres d’ouverture. Dix-huit mois auront suffi à le construire.

Le cours d’Harbouville, en face duquel se trouve, sur la rive gauche, le cours d’Albret , vient se terminer à la place Saint-Clair, où commence le quai Saint-Clair, le plus beau quai de Lyon et du monde entier. A l’entrée de la place Saint-Clair on a jeté sur le Rhône un pont suspendu avec deux piles. Ce pont, appelé dans l’origine pont Louis-Philippe, et aujourd’hui pont Saint-Clair, aboutit au Jardin d’hiver, sur le quai d’Albret.

Le port Saint-Clair , qui touche presque au grand théâtre et à l’hôtel de ville, termine le quai de ce nom. A son extrémité inférieure s’ouvre le pont Morand, qui met en communication la plus grande partie de la ville de Lyon avec les Brotteaux. Ce pont a dû son nom à l’architecte qui le fit construire en 1774, quand les Brotteaux n’étaient encore qu’une vaste prairie. Il se compose de 16 travées, qui ont depuis 9 mètres jusqu’à 13 m ,85 de passage. Sa longuéur est de 209 mètres, sa largeur de 13 mètres. Il est entièrement en bois. Chaque pile, formée d’une seule travée de poteaux, n’oppose aux eaux du Rhône qu’une très-faible épaisseur. En 1825, des radeaux emportèrent trois arches, contre lesquelles ils étaient

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venus se briser pendant une forte crue. Mais le pont a résisté à l’inondation de 1840.

Quand Morand construisit son pont, il existait sur le Rhône, audessus du pont de la Guillotière, le seul qui reliât alors les deux rives des fleuves, un certain nombre de bacs et de trailles ; il en demanda et il en obtint la suppression, en en payant la valeur, de sorte que la même ordonnance du 4 janvier 1771, qui lui accordait l’autorisation de construire un pont avec un péage de 99 ans, annulait et rapportait toutes les autorisations précédentes, qui avaient eu pour résultat de mettre en communication les habitants de la rive gauche et de là rive droite.

Entre le pont Morand et le pont La Fayette, ou du Concert, s’étendent, sur la rive droite, le quai de Retz ; sur la rive gauche, le cours Bourbon. Le quai de Retz a été terminé par l’ingénieur de Ville en 1745. Vers le milieu s’élève le bâtiment lourd et enfumé qui contient le lycée et la bibliothèque, et en face duquel on a construit une passerelle suspendue avec deux piles, la passerelle du Lycée , aboutissant, par la rue de Condé, à l’église Saint-Pothin. Le cours Bourbon est planté d’arbres.

En 1824, une compagnie s’étant présentée pour construire un pont sur le Rhône, entre le pont Morand et le pont de la Guillotière, sa demande fut repoussée par le gouvernement, qui basa son refus sur le privilège accordé en 1771 à la compagnie du pont Morand. Mais les deux compagnies se réunirent pour n’en former qu’une seule, et le 6 avril 1826, on posa solennellement la première pierre du pont qui a porté tour à tour les noms de Charles X, du Concert, et de La Fayette. Ce pont, achevé en 1828, se compose de huit piles en pierre et d’arches en bois. Sa longueur est de 209 mètres, sa largeur de 11. On y découvre une belle vue. Ses pavillons furent incendiés en 1831 par les insurgés, et détruits en partie pendant la guerre civile de 1834. Ils ont été rebâtis depuis sur de plus petites dimensions. On doit ouvrir en face, sur la place du Concert, une belle rue qui le mettra en communication, par la place des Cordeliers, avec la rue Impériale.

Le quai des Cordeliers et le quai Bon-Rencontre, qui succèdent sur la rive droite du Rhône au quai de Retz, en face du quai

Joinville (rive gauche), n’ont rien de particulièrement intéressant; ils sont encore plus mal tenus que le quai de Retz. A l’extrémité inférieure du quai Bon-Rencontre , la passerelle de l’ Hôtel-Dieu, passerelle suspendue, avec deux piles, longue de 208 mètres et large de 7 mètres, a été construite en 1839.

Le quai Joinville se continue le long de la rive gauche. Sur la rive droite, l’Hôtel-Dieu donne son nom au quai qui va de la passerelle dont nous venons de parler au pont de la Guillotière.

Dans l’origine, Lyon ne communiquait que par bateaux avec la rive gauche du Rhône. C’était à Vienne que la grande voie gallo-romaine, qui réunissait Rome à Lyon, franchissait le fleuve sur un pont. Cependant un pareil état de choses ne pouvait pas durer longtemps. Un pont de bois fut jeté sur le Rhône, à peu près à l’endroit où se trouve aujourd’hui le pont de la Guillotière. A quelle époque? on l’ignore. Tout ce qu’on sait, c’est qu’il s’écroula en 1190, après le passage de l’armée des croisés que conduisaient, enterre sainte, Philippe Auguste et Richard Cœur de Lion. On en entreprit aussitôt la reconstruction, moitié en pierre, moitié en bois; mais il dut son achèvement aux libéralités et surtout aux bulles des papes Innocent IV, Urbain IV, Clément VII, Alexandre V, Eugène IV et Léon X, accordant des indulgences à tous ceux qui contribueraient à sa construction. Toutefois, en 1559, il avait encore trois arches en bois. Quand il fut terminé et modifié (on supprima trois piles), il se composait de 17 arches de 8 à 33 mètres d’ouverture. Il était fermé du côté de la ville par une porte flanquée de deux tours. Un bâtiment carré, dont les portes et le pont-levis dataient de 1550, en occupait le milieu. Tous ces ouvrages ont été détruits après le siège de 1793. 11 n’a plus aujourd’hui que onze arches irrégulières en pierre, avec fermes en fonte reposant à leurs extrémités dans des corps de maçonnerie élevés sur les avant et arrière-becs des piles. 11 a été ainsi élargi et diminué en 1839, par M. l’ingénieur Alexandre Jordan. Il a maintenant 10 m ,80 de largeur, et 351", 29 de longueur.

En 1711, le pont de la Guillotière fut le théâtre d’un effroyable accident. C’était le 11 octobre; plus de trente mille personnes étaient allées à la fête de Saint-Denis-de-Bron, fête bizarre qui

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ITINÉRAIRE DE DIJON A LYON

s’est perpétuée jusqu’à la fin de l’Empire'. Quand la cloche annonça la fermeture des portes, la foule se précipita vers la ville. Deux voitures s’accrochèrent sur le pont; il y eut un encombrement tel, que, lorsque la circulation put être rétablie, on releva deux cent trente-huit cadavres, sans compter parmi les morts tous ceux qui, montés sur les parapets, avaient été précipités dans le Rhône. Quelques jours après, on pendit le sergent Thomas Michel, surnommé Bel-Air, qui commandait la garde ce soir-là. L’indignation publique voulait une victime. On accusa le sergent Bel-Air d’avoir fait sonner la retraite avant l'heure, pour fermer les portes et percevoir une rétribution sur tous ceux qui voudraient rentrer en ville; mais cette accusation ne put pas être prouvée.

Au-dessous du pont de la Guillotière, que la rue de la Barre relie d’un côté à la place Bellecour et que le cours de Brosses met de l’autre en communication avec la grande rue de la Guillotière (la route de la Savoie, du Dauphiné, du Midi et de l’Italie), s’ouvre le quai Monsieur, le long duquel viennent s’amarrer les bateaux à vapeur du Rhône, et qui se termine à la place de la Charité.

Le quai de la Charité, qui s’étend de la place de la Charité jusqu’au cours Napoléon, commence à l’hôpital qui lui donne son nom, et se termine à la manufacture des tabacs. Au delà de l’hôpital de la Charité on remarque l’hôpital militaire. Ce quai est planté d’arbres comme presque tous les quais du Rhône, et il fait face à la Yitriolerie. A son extrémité inférieure on a construit, il y a peu d’années, le p ont Napoléon, pont suspendu avec deux piles.

A peu de distance du pont Napoléon se trouve le pont du Chemin de fer de Lyon à la Méditerranée. Ce beau pont, composé de 5 arches dont les piles sont en pierre et les travées en fer, porte cette inscription : Georges Martin, Émile Martin, Fourchambault, 1855. Il est précédé de deux viaducs de 3 arches en pierre, pour le passage des piétons et des voitures le long des deux rives du fleuve.

i. Le» maître» y servaient les domestiques, et tous les passants, de quelque rang qu’ils fussent, avaient le droit de se dire les plus grossières injures.

Au delà du viaduc du chemin de fer s’ouvre la chaussée de Perruche, en partie plantée d’arbres et qui se continue jusqu’à la jonction du Rhône et de la Saône, sur une longueur de 2 kilom. En descendant cette belle avenue, on laisse successivement à droite : la prison, en face du fort de la Vitriolerie, l’abattoir, l’embarcadère du chemin de fer de Saint-Étienne et une caserne. On y découvre de jolis points de vue sur le coteau de Sainte-Foy et sur le cours du Rhône.

Ponts projetés.

Il a été plusieurs fois question de faire communiquer, par un pont jeté dans les airs, la Croix-Rousse et Fourvières. Deux architectes, M. Chipiez et M. Yergniais, ont présenté des projets qui se réaliseront peut-être un jour.

Plaoes. — Statues. — Monuments. — Fontaines.

Dans les premières années du xvii® siècle, la place Bellecour ou Louis-le-Grand, était encore une prairie appartenant à l’abbaye d’Ainay et souvent inondée. Les historiens lyonnais prétendent que son nom lui vient d’un beau palais ( bella curia) construit dans le voisinage du temple d’Auguste, et où l’on rendait la justice au temps des Romains. En 1713, la ville, qui avait acquis cette prairie en 1618, fit tracer la place telle qu’elle existe aujourd’hui. Des façades monumentales, construites sur les dessins de Mansart, s’élevèrent aux deux extrémités orientale et occidentale , et on érigea au milieu une statue équestre de Louis XIV, sculptée par Desjardins et coulée en bronze par les frères Keller, à Paris. En 1792, la populace brisa la statue du roi, mais elle épargna deux groupes en bronze des frères Coustou, qui en ornaient le piédestal et que l’on peut voir aujourd’hui dans le vestibule de l’hôtel de ville. Après le siège de 1793,. les façades de Mansart furent démolies. On les rebâtit seulement sous le Consulat dans un style un peu différent, et, en 1826, on inaugura la statue équestre de Louis XI V, qui décore actuellement le milieu de la place. Cette statue, qui mérite sa réputation , est du sculpteur Lemot. Elle fut élevée avec le pro-

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duit d'une souscription ouverte dans tout le département du Rhône.

En 1852, on a remplacé, par de jeunes marronniers, les tilleuls plantés en 1713. du côté sud de la place Bellecour, et qui étaient devenus trop vieux. En 1856, on a construit en regard l’un de l'autre, le long de cette promenade naissante, un corps de garde et un restaurant (la Maison Dorée).

La place Bellecour, récemment replantée aussi de jeunes marronniers, est la promenade à la mode de Lyon. On y fait souvent de la musique militaire (les heures varient selon les saisons). Le marché aux fleurs y a été établi ; enfin, c’est là que se passent les grandes revues militaires. Il a été souvent question d’y faire d’importants travaux d’embellissement.

La place de» Terreaux, dont Thôtel de ville forme le côté oriental et le palais des Arts le côté méridional, a été bâtie sur un ancien fossé rempli de terreaux. On y a inauguré, en 1856, une jolie fontaine. Le côté septentrional est presque entièrement occupé par des cafés et des restaurants. Les diligences y avaient autrefois leurs bureaux. Le côté occidental a été démoli dans les premiers mois de l’année 1857. On va le reconstruire sur un autre plan en élargissant les rues latérales et en pratiquant au milieu un passage couvert.

La place des Cordeliers, entamée par la rue Impériale, est ornée d’une colonne cannelée, de 20 mètres de hauteur, qui a été érigée en 1363, et que surmonte une statue d’Uranie indiquant le méridien.

La place des Célestins (devant le théâtre de ce nom) est entourée de cafés chantants ou non chantants. Un horrible passage, heureusement fort court, la met en communication avec la rue Saint- Dominique.

La place de la Préfecture, autrefois la place Confort ou la place des Jacobins, ne se distingue que par son irrégularité. On vient aussi d’y élever une fontaine en fonte moins digne d’éloges que celle de la place des Terreaux.

La place Salhonay servait autrefois d’entrée au Jardin des plantes. On a placé au milieu, au-dessus d’une fontaine, une statue en bronze de Jacquart, par M. Foyatier. Cette statue a été l’objet de

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