LYON. — PLACES. — STATUES. — MONUMENTS
nombreuses critiques malheureusement trop fondées. On a souvent proposé de l’enlever, mais jusqu’à ce jour (avril 1859) elle n’a pas subi cet affront.
La place Louis Napoléon, autrefois la place Louis XVIII, a été ouverte il y a une trentaine d’années. Dans le principe, le marché aux chevaux s’y tenait et le peuple lui avait donné le nom de Charabara ; en outre les exécutions capitales y avaient lieu ; mais elle s’est singulièrement modifiée et embellie. En 1851, onl’a plantée d’arbres; en 1852, on a érigé au milieu une statue de Napoléon; enfin l’ouverture de la gare de Perrache (1856) a triplé la valeur des terrains qui la bordent. Elle est presque entièrement bordée de maisons. Du côté occidental on remarque la poste aux chevaux et une caserne ; au sud, le cours Napoléon la sépare de la gare de Perrache ; au nord, la belle rue de Bourbon la relie à la place Bellecour.
La statue de Napoléon est une statue équestre élevée avec les produits d’une souscription et d’une loterie. Bien qu’elle soit l’œuvre de M. de Niewerkerke, elle ne satisfait nullement les connaisseurs. Le cheval a été aussi critiqué que Napoléon; il ressemble à un cheval de bois et manque non-seulement de grâce et de vivacité, mais d’ampleur ; il est évidemment trop court. Quant à Napoléon, il a une pose vulgaire qui n'exprime rien : on croirait voir un écuyer paradant dans un cirque. Il est censé prononcer ce mot historique : Lyonnais , je vous aime. En somme, ce monument est l’œuvre d’un homme de talent qui prendra sa revanche. Le piédestal, la grille et les bas-reliefs ont été critiqués avec autant de raison que la statue.
La place Impériale aété ouverte, en 1856. dans la rue de ce nom, à l’endroit où elle fait un coude ; elle n’a rien de particulièrement remarquable. Le passage de l’Argue et la galerie de l’Hôtel-Dieu viennent y aboutir.
La place Saint-Jean est la place qui se trouve devant la cathédrale (voir page 383); on y a établi le marché aux fruits. Au milieu, s’élève un charmant monument en marbre blanc servant de fontaine, et exécuté sur les dessins de M. Dardel, dans le style de la Renaissance. Les chapiteaux seuls méritent quelques critiques , mais l’ensemble est gracieux et satisfaisant. Sous la coupole,
supportée par quatre pilastres, est un groupe en bronze coulé, par le sculpteur Sayé, d’après le modèle de M. Bonnassieux de Lyon. Ce groupe représente Jésus baptisé par saint Jean.
Le 15 août 1858, la statue du maréchal Suchet, par M. Dumont, a été érigée au milieu de la place Tholozan, dans le voisinage de laquelle se trouve la maison où le futur duc d’Albuféra passa dans l’obscurité d’un comptoir les premières années de sa jeunesse. Cette statue coulée en bronze, dans les ateliers de MM. Eck et Durand, pèse 1376 kilog., et est entourée d’une grille en fonte à tons argentés.
Les autres places de Lyon, ne se distinguant ni par leur étendue, ni par leurs souvenirs, ni par des monuments, ne méritent pas même une mention. Mais nous devons dire quelques mots d’un monument élevé aux Brotteaux (près de la place SaintrPothin, à droite du pont Morand) en souvenir des victimes de la Terreur, sur l’emplacement où 210 Lyonnais furent fusillés ou plutôt mitraillés après le siège de Lyon, par Collotd’Herbois. Ce monument a la forme d’un tombeau. Une vaste barrière en fer lui sert d’enceinte. Des capucins, qui y sont à demeure, y célèbrent l’office divin.
Bues. — Passages.
Lyon n’avait jusqu’ici qu’une seule rue qui méritât vraiment d’être citée pour sa largeur, sa longueur et la beauté de ses maisons : c’est la rue Impériale, percée en 1855 et 1856. Cette rue réunit la place du Grand-Théâtre à la place Bellecour. Elle n’est pas tout à fait droite, elle fait un coude près de l'Hôtel-Dieu, et la place, appelée place Impériale, la sépare en deux parties. Sa largeur est de 22 mètres, sa longueur de 1200 mètres. On y a bâti la Banque et le palais du Commerce. De beaux et grands magasins à l’instar de Paris s’y sont déjà ouverts ; quant aux maisons qui y ont été bâties, elles sont construites sur un plan différent de celui des anciennes maisons de Lyon, c’estrà-dire gardées par des concierges ; mais on les a généralement trop élevées, surchargées d’ornements et percées d’un trop grand nombre de fenêtres. Elles n’offrent aucun intérêt au point de vue architectural, car elles n’ont aucun caractère propre.