LYON. — INDUSTRIE ET COMMERCE
de facilité que s’il fabriquait le plus simple tissu, en outre, de confectionner avec le même appareil, en changeant seulement les cartons employés, les étoffes les plus diverses ; et pourtant Jacquart, dont le nom sera immortel, et dont tous les ouvriers bénissent aujourd'hui l’heureuse découverte, se vit longtemps méconnu, insulté, haï de ses concitoyens, et il n’obtint du jury de l’exposition des produits de l’industrie en 1801 qu’une médaille de bronze, comme inventeur, dit le rapport, d’un mécanisme qui supprime un ouvrier dans la fabrication des tissus brochés.
Les chiffres suivants sont extraits du rapport fait par M. Arlès-Dufour, négociant et membre de la chambre de commerce de Lyon, à la commission française du jury international de l’exposition universelle de Londres.
L'industrie des soieries occupait à Lyon, depuis 1650 jusqu’à 1680, de 9000 à 12 000 métiers; après la révocation de l'édit de Nantes jusque vers l’an 1760, ce nombre était réduit à 3000 ou 4000 environ; de 1780 à 1788, il se relevait à 18 000, pour retomber à 3000 ou 4000 en 1794; de 1804 à 1812, il remontait à 12000, et, en 1816, à 20 000; en 1827, il atteignait 27 000; en 1837 il était de 40 000, et à l’époque de la révolution de Février, 50 000 métiers fonctionnaient à Lyon; aujourd’hui le nombre des métiers dépassent 60 000; ils sont dispersés dans l’agglomération lyonnaise, le département du Rhône et les départements voisins.
La production des articles dans lesquels la soie domine est évaluée, par M. Arlès-Dufour, à 375 millions par an, dont 125 millions en main-d’œuvre et 250 millions en matières premières.
Le nombre des maisons de fabrique à Lyon est d’environ 300 ; comme quelques-unes ont plusieurs associés, on compte 450 à 500 noms de fabricants. Pour saisir le rapport de la fabrique de Lyon avec les autres fabriques de soieries françaises, il convient de savoir que les étoffes de soie pure et celles où la soie domine occupent en France environ 130 000 métiers, qui produisent une valeur d'à peu près 360 millions, dont 150 à 130 millions pour Lyon, comme nous venons de le constater; l’exportation embrasse la moitié de la fabrication totale, tandis
ITINÉRAIRE DE DIJON A LYON
qu’elle absorbe plus des trois-cinquièmes de la production lyonnaise, qui trouve ainsi à l’extérieur son marché le plus important.
t Cette masse si compacte des ouvriers en soie qui forme le fond de la population lyonnaise, à quel régime est-elle assujettie? se demande M. Audiganne, dans son intéressant ouvrage intitulé : Des populations ouvrières et des industries de la France. Le travail de la fabrique est composé d’une multitude d’opérations diverses. 11 nécessite des travaux accessoires très-divers, qui sont généralement confiés à des femmes. Ainsi on distingue, parmi les ouvrières , les appareilleuses, les plieuses, les dévideuses, les bobineuses, les lisseuses, qui préparent les fils appelés lisses, les liseuses, qui lisent les dessins après la mise en carte, etc. L’opération principale consiste dans le tissage de la soie, qui met en présence trois intérêts principaux, dont les relations importent essentiellement à la paix publique, et exercent une influence considérable sur le mouvement des esprits; ce sont: les intérêts des fabricants, ceux des chefs d’atelier, ceux des compagnons.
« Les fabricants reçoivent les commandes, soit des commissionnaires établis à Lyon ou à Paris, soit directement du commerce ; sauf quelques étoffes unies d’un placement régulier et sûr, ils ne font presque jamais confectionner de tissus à l’avance, en sorte qu’aussitôt que les demandes cessent d’arriver, les métiers cessent de battre. Le fabricant n’a pas de matériel de fabrication et pas d’ouvriers enrégimentés pour son compte ; lorsque les commandes affluent, il envoie ses commis lever des métiers, comme au moyen-âge, avant l’organisation des armées régulières, on envoyait lever des soldats, qui se débandaient après la campagne. La conception du travail lui appartient ainsi que le choix des dessins, auxquels certaines maisons consacrent chaque année des sommes énormes. Les soies à mettre en œuvre sont fournies par le fabricant aux chefs d’atelier qui travaillent chez eux, sur leurs propres métiers, et enrôlent les compagnons dont l'aide leur est nécessaire. Les ateliers renferment rarement plus de quatre ou cinq métiers, et ne sont organisés que pour un nombre très-limité de travailleurs.