‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 30 sur 158 · SENS · texte numérisé non relu

SENS

l’église actuelle, qui, dédiée en 999, rebâtie ou continuée de 1144 à 1168, sous l’épiscopat de Hugues de Toucy, incendiée en 1184, fut reconstruite en partie par Philippe- Auguste. En 1267, la tour méridionale s’étant écroulée , on dut la rebâtir, mais elle

ne fut achevée qu’en 1535. Elle a 73 m ,17 de hauteur. On l’appelle la tour de Pierre. La tour septentrionale , qui date du règne de Philippe-Auguste, porte le nom de tour de Plomb , depuis que Pierre de Cbarny en fit recouvrir la toiture avec ce métal (1279) ;

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la charpente de cette toiture, menaçant ruine, a été démolie en 1844.

Lq façade de Saint-Étienne, divisée en trois parties par un grand portail central et deux petits portails latéraux , a 47 mètres de largeur.

Le portail du milieu que domine une belle fenêtre ogivale, dont la verrière fut brisée, en 1638, par l’explosion de pièces d’artillerie tirées sur la place , à l’occasion de la naissance de Louis XIV, a 13 mètres de largeur et 14 mètres de hauteur. On remarquera ses belles sculptures : animaux emblématiques , ornements de feuillage, signes du Zodiaque, travaux de la campagne , dais figurant des châteaux à tour crénelées. Les statues des apôtres , qui remplissaient les larges embrasures du porche, ont été détruites à la Révolution. A droite et à gauche de la porte , sont représentées les vierges folles et les vierges sages. Le grand pilier central, richement orné, a conservé la statue de saint Étienne, parce qu’on écrivit sur le livre ouvert, que tient le saint martyr, Livre de la loi. La légende de saint Étienne est représentée dans le tympan, divisée en sept parties. Soixantedix statuettes d’anges et de saints remplissent les voussures. Au centre, une main nymbée, crucifiée, rappelle la présence de Dieu.

Les trois statues colossales — leChrist bénissant et deux anges en adoration — placées au-dessus de la grande fenêtre ogivale , sont des statues modernes, reproduisant d’anciennes statues que le chapitre fit briser vers 1730 pour mettre à leur place un énorme cadran. Enfin, uneplate-forme, dont la balustradeest à 41 mètres au-dessus du niveau de la place et que surmonte une croix moderne dans le style du xiv' siècle , termine la partie principale de la façade.

Dans le portail de droite , vingt-deux statuettes remarquables, représentant les prophètes, dont les têtes ont été malheureusement brisées, décorent les niches trilobées. Les voussures sont occupées par des figures d’anges. Quatre bas-reliefs, la Mort, l'Ensevelissement, l’Assomption de la Vierge et son Entrée dans le paradis , remplissent le tympan central. A droite du portail se voient les restes d’une statue équestre de Philippe-Auguste, érigée par Guillaume de Brocia, archevêque de Sens.

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La tour de Pierre , à laquelle appartient ce portail , est décorée d’un si grand nombre de piliers , de colonnes et de clochetons, que la simple énumération de ces détails remplirait plusieurs pages de ce volume. Signalons seulement les armoiries, récemment restaurées, du roi , du légat- archevêque de Sens, du chapitre et de Mgr de Sallazard , les dix statues représentant les principaux bienfaiteurs de l’église métropolitaine, et hautes de 4 mètres, qui ont été replacées dans la galerie haute (elles sont de M. Maindron ), enfin le campanille à huit pans, qui s’élève à l’angle sud-ouest et qui, construit en 1534-35, par Godinet, a 13“,67 de hauteur.

Trois cent trente-six marches conduisent du niveau de la place sur la plate-forme de la tour de Pierre, dont le premier et le deuxième étage sont formés par deux vastes salles voûtées. De la terrasse (le suisse , qui demeure près du portail latéral nord, est obligé , par ordre de l'autorité municipale , d’y accompagner les étrangers; mais il a la permission de les laisser monter seuls jusqu’aux cloches), on découvre un vaste panorama.

Au pied de la cathédrale , se groupe la ville , semblable à un îlot de pierre entouré d’un fleuve de verdure; dans la direction du midi au nord, s’étend la vallée de l’Yonne; et, à l’ouest, au delà de l’Yonne et du chemin de fer , s’élève à l’horizon une chaîne de collines crayeuses. A droite, au sommet d’un rocher, se dresse l’église moderne de Saint-Martin, près de laquelle on remarque les deux tombelles ci-dessus décrites (voy. p. 64); à gauche, sur une haute colline, on découvre la chapelle de Saint- Bond, les grandes carrières et les premières maisons du village de Paron. Au nord s’étend , à perte de vue , la vallée de l’Yonne, où l’on aperçoit la petite ville de Pont-sur-Yonne, au milieu d’une ceinture de villages, dont les clochers percent çà et là les bouquets de bois ou les longs rideaux de peupliers. Vers le sud, la grande route suit les contours mollement arrondis des collines boisées qui dominent la rive opposée de l’Yonne. A l’est s’ouvre la fertile vallée de la Vanne.

De la terrasse on redescend cent trente-trois marches pour aller visiter les cloches, qui ont joui d’une immense réputation au moÿen âge , mais dont diverses fontes et refontes ont bien

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diminué le nombre; il n’en reste plus que deux , fondues en 1560, Savinienne, qui pèse 31 171 livres, et Potentienne , qui pèse 27 730 livres. Il fallait autrefois seize hommes pour les sonner: quatre suffisent aujourd’hui.

Le portail de la tour de Plomb, à gauche du grand portail, est orné de deux bas-reliefs : la Libéralité et l'Avarice. La légende de saint Jean-Baptiste décore le tympan de la porte. Soixante figures , malheureusement mutilées, forment l’ensemble de cette composition dont un Christ nimbé et bénissant occupe le centre. Tout près de ce portail , le long du collatéral nord , on remarque le petit portail de saint Denis , œuvre fine et élégante du xiv e siècle.

Le grand portail latéral du transsept méridional fut commencé en 1490 et terminé en 1497. La grande verrière, faite à Troyes et posée en 1502 au-dessus de la vie et du martyre de saint Étienne, représente la Résurrection des morts et le Jugement dernier. Ce beau portail , que maître Martin Chambiges exécuta avec l'aide de huit ouvriers, a 19 mètres de largeur sur 41 mètres de hauteur.

Le portail latéral du nord , plus remarquable encore que celui du sud, est du même artiste et il a à peu près les mêmes dimensions. Commencé en 1501, il fut achevé en 1516. C’est un des plus admirables chefs-d'œuvre de la sculpture française pendant cette période de l’art gothique. Chacune des innombrables statuettes qui remplissent ses niches si délicatement ciselées porte une banderolle sur laquelle on lit le nom d’un personnage illustre de l’Ancien et du Nouveau Testament.

Pénétrons maintenant dans l’inférieur de cette belle basilique dont nous venons faire le tour.

La nef et les bas-côtés datent du xm c siècle ; car, en 1234, le roi Louis IX se maria dans la cathédrale, et, en 1239, il y déposa la couronne d’épines. Un jubé en stuc, d’un goût déplorable , construit en 1762 à la place d’un jubé du xni' siècle et de deux autels historiques , dont l’un avait vu bénir le mariage de saint Louis et de Marguerite de Provence, sépare la nef du chœur.

Les quatre statues qui le couronnent représentent , dit-on , les quatre Vertus théologales. La porte par laquelle on entre

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dans le chœur est un remarquable ouvrage de serrurerie du xvin e siècle. Les stalles , surmontées de panneaux de boiseries de chêne, sont de 1730. Le grand autel fut élevé, en 1742, sur les dessins de Servandoni.

Un chef-d’œuvre de ciselure, un retable, sculpté en pierre tendre, est adossé au cinquième pilier de la grande nef (à gauche en entrant par le grand portail). Malheureusement les statuettes ont été brisées ; celles qui décorent les niches n’appartiennent pas au monument. C’est près de cet autel que s’élevait le beau mausolée de la famille Sallazard, détruit à la Révolution.

Saint-Étienne est pauvre en tableaux ; celui qui représente le roi Louis IX et son frère Robert , comte d’Artois , portant la sainte couronne d'épines, est de M. Gaillot, il a été donné à l’église en 1826. Nous ne le mentionnons que parce qu’il rappelle un fait historique qui s’est passé dans cette cathédrale.

Les roses des transsepts excitent l’admiration de tous les connaisseurs, ainsi que les hautes fenêtres qui les avoisinent. Leurs sujets sont exclusivement religieux.

Dix-huit chapelles, construites postérieurement à la nef et au chœur, et datant des xiv* et xv' siècles, bordent les côtés des nefs, le chœur et le sanctuaire. Nous les visiteronsen commençant par celle de droite.

1° Chapelle Sainte-Croix. Ses arcatures indiquent la fin du xni e siècle. A côté du grand escalier de la tour,

2° Chapelle Sainte- Anne.

3° Chapelle de Saint- Eutr ope, fondée en 1317; elle a été restaurée en 1530 par deux chanoines qui y firent placer des vitraux attribués à Jean Cousin et représentant la légende de saint Eutrope en neuf parties. Au-dessus de l’autel , on remarquera un charmant bas-relief en pierre, daté de 1531, représentant la Passion, divisé en dix sujets et composé de vingt-huit figures.

4° Chapelle Sainte-Marguerite , fondée en 1257 , refaite au xv® siècle.

5° Chapelle Saint-Jacques , fondée en 1295, mais restaurée à diverses époques.

6" Chapelle de la Vierge, bâtie sur l’emplacement de l’église 119 à

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primitive; reconstruite au xv° siècle; restaurée en 1574. L’autel, qui a été si ridiculement peint et doré il y a quelques années, date de la Restauration. Le tableau de T Assomption est de Restout. La statue de la Vierge, sculptée en pierre et donnée en 1334 par un chanoine, était peinte de couleurs éclatantes et ornée de plaques de verre historié. On a badigeonné le tout en gris.

7° Chapelle de Saint-Martial, fondée en 1320 et reconstruite au xvi e siècle.

8° Chapelle de Saint- Mammès (xvi e siècle). Entre cette chapelle et la suivante s’ouvre l’escalier du Trésor, dont les dix-sept marches conduisent à une vieille porte ornée de ferrures du xiv e siècle. Cette porte franchie, il faut encore monter seize marches pour atteindre la salle du Trésor, vaste salle voûtée en berceau, où l’on conserve entre autres curiosités :

Un coffret en ivoire à douze faces , du xn* siècle ; un grand peigne en ivoire de saint Loup (iv' siècle), avec une monture en cuivre du xiv' siècle portant cette inscription : Pecten sancti Lupi; plusieurs coffrets et reliquaires en ivoire, bois et ivoire, et cuivre doré; deux anneaux de saint Loup et de Grégoire XI; une petite statuette de saint Michel terrassant le dragon; une tapisserie soie et or, représentant l’Adoration des mages (3“ ,25 de longueur sur 1", 35 de hauteur), avec les armes de la famille Bourbon-Vendôme, et sa devise : nespoir, ne pevr (xv' siècle); une seconde tapisserie, d’un travail encore plus splendide que la première, divisée en trois parties, représentant : 1° à gauche, Salomon couronnant Bethzabé; 2° à droite, Esther aux pieds d’Assuérus-, 3° au centre, le Couronnement de la Vierge (ouvrage du xv' siècle); une troisième tapisserie représentant également des sujets religieux, et une quatrième représentant un Concert d' Anges (ces deux derniers morceaux appartiennent encore au xv' siècle); le manteau du sacre de Charles X; de nombreuses reliques; un grand fragment de la vraie croix , donné à la ville de Sens par Charlemagne , vers 800 , et enchâssé dans un reliquaire en or, orné de deux rubis, six saphirs et huit perles; le tout contenu dans une boîte en cristal et en argent; un admirable Christ en ivoire, de GO centimètres de hauteur, par Girardon; un fauteuil qu’on persiste à qualifier de fauteuil de saint Loup , malgré son origine évidemment moderne, etc.

Dans une armoire spéciale sont étalés les vêtements sacerdotaux de Thomas Becket, archevêque de Cantorbéry. Ils consistent en une chasuble, une aube, une étole, un manipyle, un cordon, une mitre et deux

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