SENS. — LE TRÉSOR
collets. On sait que Thomas Becket séjourna pendant quelques mois à l’abbaye de Sainte -Colombe, voisine de Sens (voir page 87). C’est de cette abbaye que proviennent, dit-on, ses vêtements, qui paraissent authentiques, mais qui ont été un peu réparés.
9° Chapelle de Notre-Dame de Lorette, grande chapelle ovale construite en 1540, rebâtie en 1845, et dont le vitrail mutilé est attribué à Jean Cousin.
10° Chapelle de Saint-Savinien, construite vers 1206 (vitraux du xiii® siècle) et renfermant le martyre de saint Savinien , ouvrage médiocre du sculpteur Hermand.
11° Chapelle de Sainte - Colombe , reconstruite en 1846 aprèsdi vers accidents .
Depuis quelques années on a placé dans cette chapelle le tombeau du dauphin , les bas-reliefs du mausolée du cardinal Duprat, et deux belles statues en marbre agenouillées. Ces œuvres d’art étaient disséminées auparavant dans diverses parties de l’église. Les restaurations qu’ont nécessitées ces changements ont été exécutées par un jeune statuaire de Sens, M. Deligand.
Le tombeau du dauphin, fils de Louis XV, père de Louis XVI, et de sa femme, Marie- Josèphe de Saxe, ouvrage de Guillaume Coustou, et l’un des chefs-d’œuvre de cet éminent artiste, s’élevait jadis au milieu du chœur. Deux statues de la Religion et de l’Immortalité décorent une de ses faces. Un petit génie des sciences s’appuie sur une sphère ; derrière lui sont divers attributs et
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
plusieurs instruments scientifiques. Du côté opposé, deux autres statues représentent le Temps et l’Amour conjugal, auquel un génie montre une chaîne de fleurs brisée. Les faces latérales sont couvertes d’inscriptions. Les écussons du dauphin et de la dauphine ornent le soubassement, et le sommet soutient deux urnes en marbre blanc, qui, seules, rappellent un peu que ces magnifiques blocs de marbre sont destinés à figurer un tombeau. En 1792, ce mausolée fut sauvé de la destruction par la fermeté du maire, M. Menestrier. En 1793, on l’enleva de la cathédrale, et les corps du dauphin et de la dauphine furent inhumés dans le cimetière public. En 1814, eut lieu une cérémonie solennelle d’exhumation et de réintégration.
Le mausolée du cardinal Duprat, archevêque de Sens, et chancelier de France, aété malheureusement détruit à la Révolution. Les bas-reliefs qui le décoraient sont seuls parvenus jusqu’à nous. On les avait placés dans la chapelle Saint-Germain. Ils représentent : le cardinal Duprat siégeant à la chancellerie) 21 figures); son entrée à Paris (50 figures); l’assemblée du concile où il présida (24 figures); sa première entrée (c’est-à-dire après sa mort, 1535) dans la cathédrale de Sens (60 figures). On ignore le nom de l’artiste qui a sculpté ces quatre admirables basreliefs qui ont 42 centimètres de hauteur sur 76 centimètres et 1”,75 de largeur.
De chaque côté de ces bas-reliefs on a placé deux belles statues en marbre blanc agenouillées, qui étaient depuis longtemps reléguées dans les greniers. Elles représentent l’archevêque Jacques Duperron et Jean Duperron, son neveu.
Entre la chapelle de Sainte-Colombe et la suivante, on passe devant trois anciennes fenêtres du xm e siècle qui ont conservé leurs vitraux primitifs.
12° Chapelle de Saint-Thomas de Canlorbéry.
13° Chapelle de Saint-Jean, la partie la plus ancienne de l’édifice, car elle fut bâtie dans les premières années du xn e siècle. Les fenêtres de l’abside ont été réparées il y a peu d’années.
14° Chapelle de Saint-Sulpice, fondée en 1296.
15° Chapelle de Saint-Aubin, fondée vers 1307.
16° Chapelle de Saint-Germain , bâtie vers 1298, restaurée en
SENS. — LA CATHÉDRALE. 77
1778. On y remarque un bas-relief moderne, sculpté par Goix, et représentant un trait de la vie de saint Nicolas.
17° Chapelle de Saint-Fiacre.
18* Chapelle de Saint-Denis, placée au-dessus du passage conduisant au cloître.
« Ce qui caractérise la cathédrale de Sens, dit M. Viollet-le- Duc ( Dictionnaire raisonné de l' architecture française , tome II, art. Cathédrales ), c’est l’ampleur et la simplicité des dispositions générales. La nef est large, les points d’appui résistants, élevés seulement sous les retombées réunies des grandes voûtes; le chœur est vaste et profond. L’architecte avait su allier la mâle grandeur des églises bourguignonnes du xii® siècle aux nouvelles formes adoptées par l’Ile-de-France. Mais il ne faut pas croire que ce monument nous soit conservé tel que l’avait laissé Hugues de Toucy.... Saint-Étienne de Sens est une cathédrale à part, comme plan et comme style d’architecture; contemporaine de la cathédrale de Noyon, elle n’en a pas la finesse et l’élégance. On y trouve, malgré l’adoption du nouveau système d’architecture, l’ampleur des constructions romanes, bourguignonnes et de Langres, comme un dernier reflet de l’antiquité romaine. Ce qui caractérise la cathédrale sénonaise, c’est surtout l’unique chapelle absidale, et les deux absidioles des transsepts. Quoique Sens et Langres dépendissent de la Champagne, ces deux églises appartiennent bien moins à cette province qu’à la Bourgogne, comme disposition et style d’architecture. »
Quand on a visité la cathédrale de Sens, les autres églises offrent peu d’intérêt. Nous ne leur accorderons qu’une simple mention. — L’église paroissiale de Saint - Hilaire était autrefois la plus considérable de la ville. — Près du couvent des Jacobins, où Jacques Clément, né au village voisin de Serbonnes, a été élevé, on peut voir encore quelques débris d’une église du xv e siècle transformée en grange. — Saint-Jean , qui dépend de l’hôpital, a une jolie abside du xvi° siècle. — Saint-Maurice (dans l’île d’Yonne) a été bâtie au xm® siècle, mais la grande nef est du xvi®. Son grand pignon ogival en bois, et son petit clocher aigu, lui donnent de loin un aspect pittoresque. A gauche, en entrant, on remarque dans une châsse du xviii® siècle les osse-
ments de trois saints très-vénérés à Sens : saint Fort, saint Guinefort et sainte Ameline. — Saint-Pierre le Rond , église paroissiale, située vers le centre de la ville, date du xm e ou du xiv° siècle ; le bas 'côté nord est du xv° (vitraux du xvi e siècle, malheureusement mutilés). A l’eitrémité de la petite nef, se voit un bas-relief assez curieux par les costumes des personnages qu’il représente : le Christ mis au tombeau.
Saint-Savinien, église située à l’extrémité du faubourg de ce nom, à l’est de la ville, est le monument chrétien le plus ancien de Sens. Malheureusement elle a été mutilée par de maladroites restaurations. Saint Savinien en jeta les fondements vers la fin du m e siècle; elle fut reconstruite au v° siècle, puis au xi e . On l’a restaurée et rendue au culte il y a peu d’années, mais ces restaurations ont été faites sans intelligence et sans goût. La crypte date de 1001. Elle est voûtée en plein cintre, à peu près carrée et éclairée par une fenêtre nouvellement restituée. Quatre inscriptions (du xi e siècle) sont incrustées dans les murailles latérales. La grande pierre qui couvre l’autel est, dit-on, celle sur laquelle saint Savinien offrait le sacrifice de la messe quand il fut frappé par derrière à coups de hache. Elle avait été brisée à la Révolution, mais ses fragments ont été recollés. Le clocher s’élève au centre de l’édifice ; sa partie inférieure est de la même époque que l’église ; toutefois, le dernier étage date des premières années du xni° siècle. Saint Savinien avait été enseveli après son martyre dans cette église, qu’il avait dédiée au Sauveur, et qui depuis a porté son nom. En 857, l’évêque Wénilon, obéissant aux ordres de Charles le Chauve, transféra sa dépouille mortelle dans l’église du monastère de Saint-Pierre le Vif. En 1001, l’évêque Léothéric la rendit à la primitive église. En 1031 on la transféra de nouveau à Saint-Pierre le Vif, où elle resta jusqu’en 1790. Depuis cette époque, ces précieuses reliques sont déposées dans l’église de Saint-Étienne.
li’Oriiclalité est le vaste édifice qui s’élève à droite de Saint- Étienne au pied delà grande tour de pierre. lia été bâti en 1231, détruit en partie lors de l’écroulement de la tour, en 1267, et réédifié depuis.
Ce monument, i unique dans son genre, t disait M.Viollet-le-
SENS. — L’OFFICIA EITÉ.
Duc, dans son rapport au ministre de l’intérieur, en date du 1 er avril 1851, fut construit d’un seul jet, sous le règne de saint Louis et l’épiscopat de Gauthier Cornu, c’est-à-dire à la fin de la première partie du xm e siècle ; il offre donc une parfaite unité de style. Malgré son importance archéologique, il était complètement abandonné depuis longtemps, et il tombait presque en ruines, lorsque, en 1841, le conseil général de l’Yonne le vendit à la ville de Sens, en spécifiant dans l’acte qu’il ne serait pas démoli. La ville exécuta cette clause ; mais, si elle ne démolit rien, elle ne restaura rien. Sur le rapport de M. Viollet-le-Duc, le ministre de l’intérieur a décidé que ce curieux édifice, classé parmi les monuments historiques, serait restauré aux frais de l’État. Une somme de 450 000 fr. a été mise en conséquence à la disposition de M. Viollet-le-Duc. Les détails suivants sont empruntés en majeure partie au rapport du savant et consciencieux architecte, chargé de cette restauration 1 .
Cinq belles statues de pierre, dont les têtes avaient été brisées, décoraient le sommet des grands contre-forts de la façade : saint Étienne au milieu, entre saint Savinien (à droite) et saint Potentien (à gauche), du côté de la cathédrale, Gauthier Cornu, qui rebâtit l’Officialité, et du côté opposé Louis IX; la seule statue authentique de Louis IX que l’on connaisse aujourd’hui. Chacune de ces statues était placée dans une niche peu profonde, bordée de belles colonnettes dont les chapitaux feuillages portaient le couronnement, représentant des châteaux fortifiés, des églises et des prisons. Quatre contre-forts plus considérables, placés aux angles, soutenaient une terrasse ronde construite en encorbellement et pouvant servir de guérite.
L’Officialité se compose à l’intérieur d’un étage souterrain, d’un rez-de-chaussée, dans lequel se trouvaient la salle du tribunal et les cachots, et d’un premier étage contenant la grande salle synodale.
Tous les cachots de l’Officialité sont restés intacts, cloisonnés assez grossièrement dans la salle du rez-de-chaussée.
1. La restauration extérieure des maçonneries est terminée, les statues sont réparées. On va faire les voûtes intérieures et la charpente supérieure ainsi que les tuiles vernissées de la couverture. En 1881, les travaux seront achevés (mai 1859).
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« On peut arriver, sans avoir besoin de lumière, dans le premier de ces cachots, dit M. Victor Petit, qui les a visités et décrits avant que les travaux de restauration fussent commencés ; un couloir étroit, fermé à ses deux eitrémités par des portes chargées d’énormes ferrures et fermetures, y aboutit. C’est une petite salle à peu près carrée, voûtée en pierre et à peine éclairée par un soupirail garni de barres de fer.
« Les parois inférieures de ces tristes murailles sont couvertes d’une quantité innombrable de ciselures grossières représentant des armes, des écussons, des fleurs de lis et des croix. On peut reconnaître encore des figures d’évêques invoquées par des prisonniers, des christs en croix auxquels s’adressent également de pauvres détenus ; enfin une innombrable quantité d’inscriptions de toutes grandeurs et datant des xm c , xiv e et xv« siècles.
t Un couloir complètement obscur conduit à un second cachot qui a, de même que le premier, porté de nombreuses marques du séjour d’un grand nombre de malheureux. Mais un cachot plus affreux encore, parce qu’il est tout à fait privé d’air et de lumière, reste à visiter. La petite trappe, qui forme la seule ouverture de ce cachot, s’ouvre à l’entrée du second couloir : on ne peut y descendre qu’à l’aide d’une échelle ; mais, suivant la tradition, c’était avec des cordes qu’on y descendait les condamnés. Ainsi qu’on peut s’en convaincre, les prisons ecclésiastiques, au moyen âge, ne le cédaient en rien aux plus horribles prisons militaires. Disons encore, avant de sortir de ces épouvantables cachots, que des ouvertures étroites, pratiquées dans le haut des murs, permettaient d’espionner les prisonniers et aussi de leur descendre des aliments, s
Dans la salle du tribunal, on remarquait les traces de deux cheminées, dont l’une, très-profonde et placée près d’une fenêtre, servait peut-être à donner la question aux prévenus. Cette salle, divisée en trois pièces — on y avait même ouvert des portes — sera rétablie dans son état primitif.
La partie la plus importante de l’Officialité est la grande salle synodale, qui, voûtée en pierre, éclairée, du côté de l’ouest et du sud, par de grandes et belles fenêtres largement ouvertes dans tout l’espace compris entre les contre-forts, du côté de l’est,