SENS. — LE MUSÉE LAPIDAIRE
commencement de ce siècle. La porte Dauphine , la seule porte que Sens ait conservée, date de 1777.
Au premier étage de l'hôtel de la mairie , on peut visiter la bibliothèque de la ville , qui possède 10 200 volumes environ , 150 manuscrits et 4000 pièces d’archives. En y montant, on remarque dans l’escalier quelques morceaux antiques et huit médaillons de plâtre demi-allégoriques, relatifs au dauphin et à la dauphine, et qui devaient orner dans le principe la porte Dauphine. La première salle, la plus grande, contient une collection d'objets d’art antiques et du moyen âge, d’oiseaux, de coquillages et de minéraux recueillis par Alfred Lorne , jeune savant
L'ancien hôpital (la halle au blé) de Sens.
sénonais mort à la fleur de l’âge. Parmi les manuscrits on remarquera surtout le libellas Evangeliorum , grand in-4 manuscrit du xni* siècle, sur parchemin ; mais la principale curiosité de la bibliothèque de Sens est le diptyque , qui sert de couverture au fameux missel connu sous le nom d 'Office de la fête des fous et de l'âne. Millin en a fait le sujet d’une dissertation étendue dans son recueil de monuments' inédits. Il y a quelques années , le gouvernement en a offert 10 000 fr. en livres à la ville, qui a refusé ce marché. En effet, ce diptyque est doublement curieux. Le texte en a été, dit-on, composé par Pierre de
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
Corbeil, qui fut archevêque de Sens, de 1199 à 1221. Mais ce qui lui donne surtout une grande valeur archéologique, c’est l’admirable couverture eu ivoire qui l’enveloppe. Les deux feuilles, hautes de 35 cent., larges de 16, ornées de sujets mythologiques, sont appliquées sur des planches de chêne et dans un cadre couvert de lames d’argent. Le travail annonce la décadence des arts, les personnages sont grossiers, mais l’ensemble offre un aspect varié et poétique. Les savants ne sont pas d'accord sur les sujets que représentent ces deux plaques d’ivoire , qui, selon l’opinion générale, auraient été sculptées au n* ou ni* siècle.
Ducbalais, enlevé trop tôt à la science, a publié dans le Bulletin de la Société archéologique de Sens (1854) une explication de ce célèbre diptyque auquel M. Quantin, l’archiviste d’Auxerre, a récemment consacré un intéressant article dans le Magasin pittoresque (1857), ce beau recueil, si remarquablement dirigé depuis sa création par son fondateur, un Sénonais, M. Édouard Charton.
La fête des fous , cette réminiscence des anciennes Saturnales, était célébrée à Sens de toute antiquité, selon la déclaration même d’une ordonnance de 1245 qui la proscrivit. Mais le monument le plus ancien qui en constate l’existence est le missel relié dans le diptyque. Ce manuscrit, contenant l’office de la Circoncision, est bien différent de ce qu’on pourrait le supposer. Il vient, en effet, d’être publié par la Société archéologique de Sens. Il offre une suite de morceaux religieux fort graves et dont la mélodie est remarquable. Quelques-uns de ces chants , seulement, sont appropriés à la fête de l’âne, et la prose rimée qui se chantait lorsqu’on amenait la modeste monture du Sauveur à la porte de l’église , le jour de la Circoncision, est un éloge pompeux des qualités du paisible anim.,1. En voici le début :
Orientis partibus Adventavit asinus Pulcher et fortissimus,
Sarcinis’ aptissimus ; liez, sire asne, hez !
Malgré l’ordonnance de 1245 , la fête des fous, dont M. Chérest a écrit l’histoire dans le Bulletin de la Société des sciences de