SENS. — LE DIPTYQUE DE IA FÊTE DES FOUS
l’Yonne (1853), ne fut supprimée qu’en 1547. Au siècle précédent, ce n’était déjà plus qu’une farce extravagante. Les vicaires de la cathédrale érigeaient un théâtre sur la place Saint-Étienne et y jouaient des mystères. La représentation terminée , ou dans les entr’actes , ils faisaient la barbe à leur préchantre et à tous ceux qui se présentaient. Le préchantre devait , en outre , recevoir trois seaux d’eau sur le dos à l’heure des vêpres , et cela le 1 er janvier.
La belle bibliothèque de M. Tarbé, que Millin et M. Victor Petit avaient signalée aux amateurs, a été vendue et disséminée après la mort de son propriétaire. Mais un notaire de Sens, M. Chaulay, possède un trésor qui mérite d’être recommandé aux artistes : c’est un tableau de Jean Cousin , que son heureux propriétaire montre avec complaisance à tous les étrangers.
Jean Cousin naquit à Soucy , petite commune du canton de Sens; à quelle époque? on l’ignore. Probablement vers 1500. Nous n’avons pas ici à raconter sa vie, analysée d’ailleurs, d’après la notice de M. Deligand 1 , dans le catalogue des tableaux du Louvre, par M. Frédéric Villol. Nous rappellerons seulement qu’il fut tour à tour peintre sur verre, peintre de tableaux, architecte, sculpteur en pierre et en ivoire, graveur sur bois, écrivain. Parmi ses tableaux, il n’en reste que deux qui soient vraiment authentiques : le Jugement dernier du musée du Louvre, n- 137, sur toile, et celui que possède M. Chaulay, et qui est peint sur bois. Ce dernier avait, dans le principe, décoré l’une des pièces du domaine de Monthard, voisin de Sens, et qui appartenait, au xiv* siècle, au père de la troisième femme de Jean Cousin, un Anglais, nommé Bowyer. Plus tard, on en fit la porte d’un charbonnier, où Félibien le découvrit en 1685. Après diverses vicissitudes, il tomba avec le domaine en la possession du beau-père de M. Chaulay. Son authenticité ne saurait donc être contestée. Malheureusement il a été retouché avec une rare maladresse par un artiste sénonais. Il a l m ,46 de longueur sur 96 centimètres de hauteur. Il porte cette inscription : Eva prima Pandora. Félibien l’a décrit, Millin en a publié un dessin inexact.
1. M. Deligand, avoué à Sens, a publié, sur Jean Cousin, une intéressante notice, qui rectifie plusieurs erreurs et contient des faits nouveaux.
ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON
Il représente une femme nue, à demi couchée dans une grotte ; un des bras de cette femme s’appuie sur une tête de mort et tient une branche de pommier, l’autre est étendue sur un vase qui figure, non point, comme on l’a souvent écrit, la boîte fatale indiquée par un autre vase d’où s’échappent des génies malfaisants, mais bien, selon l’opinion plus judicieuse de son possesseur , le vase d'Esculape , source de vie , par opposition à l’emblème de la mort. La grotte s’ouvre sur une mer agitée; non loin de là se montre une ville de riche architecture. Malgré des incorrections de dessin et une certaine sécheresse de pinceau , cette figure est vraiment remarquable au double point de vue de la composition et de la couleur. L’influence de l’école italienne s’y fait trop vivement sentir pour pouvoir être mise en doute; mais c’est l’un des premiers essais de la peinture française, et cet essai est presque un chef-d'œuvre. Aussi YEva prima Pandora doit- elle avoir dès à présent sa place marquée au Louvre, à côté du Jugement dernier. Espérons, sans souhaiter pour cela la mort de M. Chaulay, que cette place ne restera pas longtemps vide 1 .
Les amateurs de vieilles maisons n’en trouveront qu’un trèspetit nombre à Sens. La plus curieuse est celle qui forme l’angle des rues Dauphine et Jean-Cousin. Ses curieuses sculptures en bois représentent tous les ancêtres de la Vierge depuis Abraham (xv° ou xvi° siècle).
Le xviii* siècle a comblé les fossés, creusés vers l’an 1370 par ordre de Charles V , abattu les ponts-levis et planté tout autour de la ville ces allées d’ormes et de marronniers qui , en partie replantées depuis, forment aujourd’hui le Mail, la promenade de Saint-Remy , les cours Bourrienne et Tarbé. Des quais et des ponts de l’Yonne on découvre de charmants points de vue. On peut faire en outre dans les environs de Sens plusieurs excursions intéressantes. A 1200 mètres, ou à 15 minutes delà ville, sont les ruines de la llotte-dn-Ciar. Pour y aller, on sort par la porte d’Yonne, on remonte la rive droite de la rivière , puis on traverse les deux bras de la Vanne, et au delà du second
1. M. Chaulay a recueilli aussi des fragments de vitraux de Jean Cousin, peints pour l’église Saint-Romain, aujourd'hui détruite.