SENS. — LA MOTTE-DU-CI AR
bras, on suit la rive gauche jusqu’à ce qu’on atteigne les ruines. La Motte-du-Ciar n’est plus qu’une masse informe, dont les ruines et les décombres annoncent qu'un édifice assez important a existé sur cet emplacement, c Les uns, dit Millin, veulent que ç’ait été une forteresse bâtie par César ; mais rien n’indique une construction romaine ; d’autres prétendent que Raynaud, comte de Sens, l’a fait élever pour y renfermer ses trésors. Tout ce qu’on peut penser, c’est que c’est une ancienne forteresse bâtie dans le moyen âge, mais non par les Romains, i J’ajouterai seulement qu’on y a trouvé des fragments de colonnes, des marbres précieux et un grand nombre de médailles antiques. Aujourd’hui encore le sol est jonché de petits morceaux de marbre semblables à ceux qui servaient à faire des pavages en mosaïque. M. Chaulay, le possesseur du tableau de Jean Cousin, a réuni une curieuse collection de ces marbres, dont plusieurs sont devenus fort rares, et ne pourraient même se trouver dans aucun pays, il en a fait faire pour son salon une table magnifique.
La chapelle de Saint-Bond (voir ci-dessous, p. 89), située à 30 minutes, de l’Yonne, au delà de l’embarcadère du chemin de fer, offre un beau panorama. A 2 kilomètres de la ville, sur la route de Paris, près de la rive droite de l’Yonne, s’élevait autrefois V abbaye de Sainte- Colombe, incendiée en 1608. Il n’en reste qu’un grand bâtiment nu et froid, antérieur de quelques années seulement à cette catastrophe. Ce bâtiment ne mérite pas une visite ; mais tous les étrangers qui s’arrêteront à Sens devront aller admirer le beau château de Pleurigny. J’emprunte les renseignements suivants à M. Victor Petit, qui a si bien étudié et décrit le département de l’Yonne, qu’on ne peut que le copier quand on veut être clair, exact et complet.
Flenrigny, village de 557 habitants, se trouve situé dans une petite vallée, à 12 kilomètres de Sens. Pour y aller, on sort de Sens par la porte Saint-Antoine, et, après avoir suivi dans toute sa longueur la rue principale du faubourg, on prend la route de Bray- sur-Seine qui la continue. Au delà de Saint-Clément (755 habitants), on laisse à gauche la ferme dePopelain, on traverse une plaine fertile, et bientôt, quand on a dépassé la belle maison de campagne de Jouancy, on atteint Soucy (750 habi-
tants), la patrie de Jean Cousin. De ce village, situé à 7 kilomètres de Sens, près du petit ruisseau de Voisines, une longue montée conduit au sommet boisé de la montagne du Bouquet, d’où l’on découvre un beau point de vue (près des bois, dans la vallée, on aperçoit cette maison de Montbard, qui fut habitée par Jean Cousin, quand sa fille unique, née de son second mariage, eut épousé l’héritier des Bowyer, Étienne II); on descend alors dans la vallée de l’Oreuse, au fond de laquelle Fleurigny est bâti sur la route de Villeneuve-l’Archevêque à Pont-sur- Yonne.
L’ancien château de Fleurigny avait été démoli par l’ordre de Charles VII pour qu’il ne tombât pas une seconde fois entre les mains des Anglais. Le château actuel fut construit en 1520, et il s’est conservé tel qu’il était à cet époque, moins toutefois le pont-levis devenu inutile; mais les fossés, jadis droits, ont été arrondis, l’aile du couchant a été refaite en entier, presque dans le style primitif: un pavillon octogone complète, de ce côté, l’ensemble des constructions nouvelles, et des parterres de fleurs ou d’arbustes rares remplacent les bâtiments qui fermaient la cour au midi. Malgré ces embellissements, le château de Fleurigny est un curieux spécimen de l’architecture civile au xvi' siècle.
M. Victor Petit, qui Ta décrit minutieusement, signale surtout aux ‘touristes, outre l’aspect général, les fenêtres de la façade principale; le portail de la chapelle; les pendentifs de la voûte de cette chapelle, composés de plantes, de feuilles, de fleurs, de fruits et d’animaux, merveilleusement sculptés; un vitrail admirable de Jean Cousin (la sibylle Tiburtine montrant à l’empereur Auguste la Vierge qui tient l’enfant Jésus) ; dans la chapelle supérieure, de belles sculptures en bois ; près du grand escalier de pierre, au fond d’une vaste salle, une dès plus belles cheminées sculptées que l’art de la Renaissance nous ait laissées ; la salle à manger, ancienne galerie voûtée en ogives à nervures ; enfin la chambre des tableaux, placée au premier étage. Les peintures de cette salle, — plusieurs sont attribuées aux élèves de Jean Cousin, — représentent les épisodes de la Toison d’or, des chasses, des oiseaux, des fruits, des fleurs, des paysages et des
SENS. — FLEURIGNY. 89
marines. Ce beau château appartient aujourd’hui à M. le marquis de Raigecourt.
A peu de distance de Fleurigny, près du ruisseau de l’Oreuse, au milieu de prairies marécageuses, on remarque les derniers débris de la forteresse de Launay, une des premières commanderies de l’ordre de Malte.