‹ De Paris à Lyon et à AuxerreChapitre 76 sur 158 · DIJON. — L’ASILE DES ALIÉNÉS · texte numérisé non relu

DIJON. — L’ASILE DES ALIÉNÉS

de Besançon, sont chargées, sous l’autorité du directeur-médecin, de la surveillance de la division des femmes, et de celle des services généraux de cette même division.

Les bâtiments, entièrement neufs, à l’exception du corps de logis dans lequel est établie l’administration, ont été construits sur les plans et sous la direction de M. Petit ; ils ont coûté environ 600 000 fr. On les dit parfaitement appropriés à leur destination, et les malades y reçoivent, avec les soins les plus intelligents, tous tes secours qu’a pu inventer l’art médical, sinon pour les guérir, du moins pour les soulager, pour les calmer, pour les distraire. Mais ce n’est pas l’établissement en lui-même que nous engageons les étrangers à aller visiter ; ce sont les derniers débris de la Chartreuse de Dijon, fondée en 1379, comme nous venons de le dire, sur un vaste terrain appelé Champmol, et dont elle prit le nom, par Philippe le Hardi, le premier des ducs de Bourgogne de la seconde race royale, qui voulait y établir sa sépulture et celle de ses descendants, commencée le 12 juin 1383 et consacrée le 24 mai 1388 (la chapelle en 1391 seulement). Son fondateur avit réuni dans la capitale de ses États les artistes les plus célèbres de l’époque : les statuaires Claux Sluter et Jean de Marville, le verrier Henri Clumorack, le fondeur Joseph Golart, le charpentier Jean Duliége, le maître maçon Dronchetde Dammartin. L’église et le couvent, qui étaient fort riches, se faisaient remarquer par leur magnificence; il n’en . reste aujourd’hui, outre les tombeaux des ducs, les fragments d’un siège en bois et les retables que nous visiterons bientôt au musée, — que le portail d’entrée, le portail de l'ancienne église, une tour octogonale et le puits de Moïse, classés parmi les monuments historiques.

Le portail d'entrée date du xiv* siècle, il n’a rien de particulièrement curieux. Le portail de l'ancienne chapelle , rattaché avec bonheur à la chapelle nouvelle, par l’architecte, M. Petit, est décoré d’intéressantes sculptures. Une statue de la Vierge portant l’enfant Jésus surmonte le pilastre qui sépare les deux portes ; à droite et à gauche sont les statues de Philippe le Hardi et de Marguerite de Flandre, agenouillés et assistés d’un saint et d’une sainte qui semblent implorer pour eux la mère du Sau-

ITINÉRAIRE I1E PARIS A DIJON

veur. Une note relative à la Chartreuse de Dijon, et conservée aux archives départementales, contient le passage suivant :

Au compte de Amiot, pour l’an 1390, les images de la Vierge, de saint Jean et de sainte Catherine, pour mettre sur la porte de l’église,

La tour octogonale du xiv e siècle, que l’on remarque près de la nouvelle chapelle, servait aux ducs de Bourgogne pour se rendre à leur oratoire.

Le puits de Moïse , jadis placé au centre du grand cloître et construit de 1396 à 1399, est un puits de 7 m., 15 c. de diamètre, au milieu duquel s’élève un immense piédestal hexagone qu’entourent les statues de Moïse, David, Jérémie, Zacharie, Daniel et Isaïe. On l’appelait aussi le puits des Prophètes. Il était autrefois surmonté d’une croix de pierre haute de 7 m., kl c. et au pied de laquelle se trouvait un groupe de figures. La croix et ce groupe n’existent plus* ; le piédestal seul est resté debout avec ses belles sculptures de Claux Sluter, peintes et dorées par Jehan Maluel, et restaurées tout récemment par M. JoufFroy.

A quoi bon ajouter ici qu’on trouve encore à Dijon un grand nombre d’autres établissements de charité et de prévoyance : hospice de la Maternité, dispensaire , bureau de bienfaisance , dépôt de mendicité, petites sœurs des pauvres, société de charité maternelle, caisse d’épargnes, mont-de-piété, etc.? Aucun de ces utiles établissements ne mérite la visite d’un étranger.

Musées. — Collections d’objets d'art on de sciences.

Le Musée de Dijon,, une des plus riches collections de ce genre que possèdent les départements, a été inauguré le 20 août 1799. Il doit sa création à François Devosge, le fondateur de l'École des beaux-arts. Il s’est constamment enrichi depuis, soit

I. En faisant des fouilles autour du puits de Moïse, on a retrouvé le buste complet du Christ, la tête, les mains, la draperie, les jambes et les pieds. Avec ces débris, M. de Saint-Mesmin avait rétabli en petit le calvaire, qui était de plus orné d’une statue de la Vierge et de sainte Marie -Madeleine. La mort l'a empêché de terminer ce travail. Le tome II des Mémoires de la Commision des Antiquités de la Côte-d'Or contient un rapport de M. de Saint-Mesmin sur les restes de l'ancienne Chartreuse de Dijon.

DIJON. — LE MUSÉE

par des acquisitions de la ville, soit par des dons du gouvernement, soit par des donations particulières. 11 occupe neuf salles de l’hôtel de ville. L’entrée est à droite au fond de la cour principale, sur la place d’Armes. Il est ouvert le dimanche au public, de midi à deux heures, ét tous les jours aux étrangers (s’adresser au concierge). Le catalogue, maintenant incomplet, date de 1842; il va, dil-on, être refait entièrement par le directeur actuel, M. Pérignon, le successeur de Ziegler, qui est mort récemment, et qui avait remplacé M. de Saint-Mesmin, mort en 1852. Espérons qu’on en fera disparaître les injures, fort inutiles dans un semblable travail,. que son auteur primitif avait prodiguées à la révolution de 1789.

Les collections du musée peuvent se diviser en quatre grandes catégories: 1" tableaux ; 2° statues, bustes, bas-reliefs ; 3° gravures ; 4° antiquités ou curiosités. Nous allons indiquer, en suivant cet ordre, les divers objets qui doivent le plus attirer, sinon satisfaire complètement, l’attention des étrangers '.

Escalier.

On a placé dans l’escalier du musée divers fragments de sculpture gallo-romaine et du moyen âge, et une tapisserie du xvi' siècle, représentant le siège de Dijon parles Suisses, en 1513. Cette tapisserie, qui dans l’origine décorait l’église Notre-Dame, était tombée pendaut la Révolution entre les mains d’un brocanteur. Le maire de Dijon la racheta au commencement de ce siècle. Elle est divisée en trois tableaux, que séparent des colonnes ornées de guirlandes. Le premier représente le camp des armées suisse et impériale; le second, la procession de la vierge de Notre-Dame sur les remparts (c’est à l’intercession de cette vierge miraculeuse que certains chroniqueurs attribuent la levée du siège de Dijon par les Suisses); le troisième, La Trémouille, agenouillé devant la Vierge,. dans l’église Notre-Dame. En dehors des murs sont les chefs ennemis recevant les otages, et dans le fond on voit les troupes suisses et allemandes opérant leur retraite.

L’escalier divise le musée en deux parties. La première, celle dont la porte s’ouvre à droite, se compose de cinq salles : c’est

I. Le musée de Dijon a été complètement bouleversé depuis l’exposition de 1859. Cette transformation n’étant pas terminée au moment où s’imprime notre seconde édition , nous laissons subsister en entier la description donnée dans la i r * édition.

ITINÉRAIRE DE PARIS A DIJON

celle qui contient la salle des gardes, les tombeaux des ducs de Bourgogne, les retables, etc. Dans la seconde est la salle des sculptures. Nous allons signaler d’abord les principaux tableaux en suivant l’ordre adopté par le catalogue. Leur nombre total s’élève à plus de mille, mais ils ne sont pas tous exposés dans les salles du musée. Quelques-uns décprent divers établissements publics; d’autres ont été relégués au grenier, où ils sont justement condamnés à expier leur ancienne faveur.

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