I . Description topographie] ue du département de la Marne
Les enterrements y sont suivis d'une cérémonie singulière : le surlendemain d'un décès, tout le linge lessivé du défunt est porté, dès le matin, par ses parents, sur le bord de la rivière; là se rendent aussi les voisines, laissant pendre, en signe de deuil, les barbes de leur coiffe. Alors chacune s'avance à son tour, frotte quelques pièces de linge, les bat, les lave et se retire. Cet étrange blanchissage dure ordinairement jusqu'à midi.
Au nombre des personnages célèbres dont Châlons s'honore d'avoir été la patrie, il faut compter : les deux Martin Akakia père et fils : le premier, professeur de médecine dans l'université de Paris et médecin de François I er ; le second, professeur royal en chirurgie; Nicolas Perrot d'Ablancourt , membre de l'Académie française ; Claude du Molinet, savant antiquaire; François Blondel, célèbre architecte, dont il reste la porte Saint-Denis.
Alelier Jacquesson.
Place de Vilry-le-François.
A la sortie de Chàlons , on voyage entre une longue côte crayeuse et la Marne qui coule à gauche; de temps à autre , la côte s'abaisse pour laisser apercevoir un château avec son parc , ou une jolie maison de campagne entourée d'un riant jardin; de l'autre côté, au delà de la Marne, s'étendent de belles prairies, sillonnées de ruisseaux, bordées de peupliers et de saules ; des villages bâtis en bois et en terre, des plantations de pins, des champs de blé, des vignes acci-
dentent et complètent ce paysage , au milieu duquel disparaissent successivement les deux petits villages de Vitry-la- Ville et de Loisy, pour faire place à Vitry-le-Français.
Commençons par signaler le tort que Ton a d'écrire et de prononcer ainsi le nom de cette ville. Rien ne justifie cette qualification de Français accolée exclusivement au nom de Vitry, tandis que le surnom de François , lui venant de François I er qui la fit bâtir, est pour tout le monde chose facile à comprendre.
Fondée et fortifiée en 1545 par François I er , la ville de Vitry est bâtie à 1 kilomètre d'une ancienne ville qu'elle était destinée à remplacer. Cette ville était Vitry-en- Perthois; elle appartenait, en 1144, au comte Thibaut de Champagne; Louis VII s'en empara, la saccagea, et donna ordre de massacrer toute la population. L'église avait servi de refuge à 1300 personnes ; le roi y fit mettre le feu, et ne s'éloigna qu'après s'être convaincu que pas une victime n'avait échappé. Quatre siècles plus tard, cette malheureuse ville, rebâtie et repeuplée, devait disparaître dans un nouveau désastre: prise par Charles-Quint, elle fut entièrement consumée par les flammes. Ce fut alors que François I er construisit le nouveau Vitry.
L'église, un des premiers grands édifices construits en France depuis la restauration des arts , est ornée d'ordres corinthien et composite. Remarquable par la beauté de son portail, elle est située sur la place centrale , où Henri II fit construire un bâtiment considérable destiné à renfermer la plupart des offices publics. Cette place est plantée d'un double rang de tilleuls et ornée d'une jolie fontaine.
La ville de Vitry est carrée, entourée de fossés, et ceinte de murs garnis de bastions; elle est propre et bien percée ; ses rues, larges et droites, aboutissent à la place centrale, qui est vaste et régulière; ses maisons, en grande partie, sont en bois, couvertes avec des tuiles rouges et d'un aspect
peu agréable ; mais, depuis 4814, on commence à l'embellir de constructions un peu plus gracieuses. Elle possède une très-belle halle, une salle de spectacle et de jolies promet nades.
Après avoir laissé Vitry à droite, on entre dans une vaste plaine cultivée , où les villages commencent à devenir plus rares, ce qui du reste empêche de regretter la physionomie assez piteuse de leurs maisons en torchis, à toitures de tuiles rouges. On passe devant Blesme, qui est à droite et où s'embranche la ligne de Saint-Dizier à Gray ; devant Pargny , qui ^ est à gauche, sans éprouver le moindre désir de finir ses jours dans quelqu'une des habitations de ces monotones villages ; on avance toujours , en suivant le cours de la Saulx , dans la vallée qu'arrose cette rivière ; on souhaite , en jetant un coup d'oeil sur la petite ville de Sermaize, de n'avoir jamais besoin de recourir à ses eaux minérales ferrugineuses iodurées,bien que sa fontaine des Sarrasins soit placée dans un site fort agréable; enfin, au bout de quelques minutes, on sort du département de la Marne pour entrer dans celui de la Meuse.
Près de la rive droite de l'Ornain , et à gauche , s'étend un grand village, avec un beau pont en pierre, et une église surmontée d'une flèche élancée; c'est Revigny, ou Revigny~aux-Vaches , qui fut autrefois une ville importante, mais que les Suédois brûlèrent et saccagèrent en 4640. A partir de cette station, la plaine commence à se resserrer ; les villages se rapprochent , on voit reparaître les coteaux avec leurs vignes et leurs bois ; le canal de la Marne au Rhin est à droite, et bientôt, de ce même côté, se dresse en amphithéâtre, sur la pente d'une montagne, l'ancienne capitale du duché de Bar.
Il est impossible d'assigner à Bar-le-Duc une origine certaine; suivant l'opinion de quelques auteurs, l'existence de cette ville était antérieure à l'établissement des Francs dans les Gaules. Quoi qu'il en soit, Frédéric, beau-frère de
Hugues Capet, y fit construire, en 964, un château flanqué de quatre grosses tours, qui contribua beaucoup a son accroissement. L'opinion de domCalmet est que la ville basse existait seule a cette époque, et que la ville haute, dont les deux églises sont d'une construction postérieure, dut son origine à la fondation de ce château. On prétend que le nom de Bar vient de barbeau, poisson très-commun dans l'Ornain, et cette assertion est fondée sur les armoiries de la ville, où Ton voyait en effet deux bars ou barbeaux adossés l'un à l'autre. Après avoir été longtemps gouverné par des comtes et des ducs particuliers, le Barrois se trouva réuni au duché de Lorraine, en 1419, par le mariage de René d'Anjou, neveu du cardinal Louis de Bar, avec Isabelle de Lorraine,
' fille et héritière du duc Charles IL La ville de Bar-le-Duc a été plusieurs fois assiégée et prise. En 1589, elle tomba au
^pouvoir des huguenots. Louis XIII, en personne, s'en empara en 1632. En 1650, elle fut prise par le comte de Lignéville, qui commandait les troupes de Charles IV ; deux ans plus tard, le maréchal de La Ferté-Senneterre la reprit pour Louis XIV ;' cette même année la vit passer encore au pouvoir de Charles IV, et revenir de nouveau sous celui de Louis XIV, dont les troupes, commandées par Turenne et La Ferté , marchaient à l'assaut en présence de Mazarin. En 1670, Louis XIV fit démolir les tours et les murailles; l'enceinte fortifiée de la ville, alors respectée, a ellemême disparu depuis.
Bar-le-Duc se divise en deux parties : la ville haute et la ville basse. La première est bâtie sur le flanc de la montagne; ses rues sont escarpées, peu fréquentées; on y trouve de belles constructions, et tout au sommet une belle rue où l'herbe croît, dans certains endroits, entre les pavés. Dans le voisinage s'élève l'église Saint-Pierre, qui renferme une ceuvre magnifique du célèbre Léger Richier, élève de Michel- Ange : c'est un autel de marbre noir, sur lequel est debout
un squelette de marbre blanc tenant un sablier; les lambeaux de muscles desséchés et de peau, qui recouvrent çà et là les ossements, sont rendus avec une effrayante vérité. Ce monument est le mausolée de René de Ghâlons, prince d'Orange, tué au siège de Saint-Dizier, en 4544. On voit encore, dans la ville haute, une tour, nommée tour de l'Horloge, qui faisait partie des anciennes fortifications, et quel-
Bar-le-Duc.
ques vestiges de l'ancien château, avec une terrasse d'où la vue s'étend sur toute la vallée de l'Ornain. Au pied de la montagne, d'où l'on descend par des pentes extrêmement rapides, et même par des escaliers à pic, la ville basse se présente sous un aspect tout différent. Propre , bien bâtie , percée de rues larges , embellie de places et de promenades, elle plaît surtout par le mouvement qui l'anime. L'Ornain la traverse sous trois ponts de pierre, dont
DE CllALONS A NANCY
l'un, appelé pont Noire-Dame, est décoré d'une chapelle dédiée à la Vierge. On remarque surtout, dans cette partie do la ville, la rue de la Rochelle, bordée d'une double rangée de tilleuls, et la place de la Municipalité, au milieu de laquelle s'élève la statue du duc de Reggio.
. La ville de Bar n'est pas riche en édifices publics; cependant elle a un assez bel hôtel de la préfecture, un hôtel de ville, un collège et une jolie petite salle de spectacle.
L'habitant de la Meuse se distingue, sous une apparence de bonhomie , par une intelligence déliée et une grande rectitude de jugement : « Les Barisiens, dit l'auteur anonyme du Voyage aux ruines de Nasium, sont amis du travail et de la gaieté ; on leur reproche cependant une certaine froideur, que j'appellerai prudence. Il faut les connaître : ils sont confiants; ils aiment les saillies, les bons mots, les épigrammes. On ne leur contestera pas la vaillance : la patrie de cent braves éminemment distingués ne peut être taxée d'inditïérence en patriotisme et en courage. Le sexe y est généralement beau dans l'âge de l'adolescence; les femmes y reçoivent de l'éducation, de l'instruction; autant elles ont de connaissances en affaires, autant « Iles ont , dans les loisirs de la société, IVsprit pétillant et juste. »
Il est une industrie, exercée dans le département de la Meuse par des bandes nomades venant des cantons boisés de Bitche et de Forbach : c'est le colportage du produit des faïenceries et des verreries du département de la Moselle. Rien de plus curieux que les mœurs et la vie errante de ces bohémiens lorrains. «• Le mariage, dit Audenelle dans Y Essai sur la frontière nord-est de la France, est ignoré de ce peuple singulier; femmes et enfants, tout vit en commun. Le chef exerce un pouvoir suprême.... L'autorité a souvent rendu hommage à la moralité des bohémiens; atteints par la prévention qui règne contre eux, quelques-uns ont été
accusés des délits qui se commettaient dans les lieux voisins de leur séjour; mais rarement ces accusations ont été justifiées; et, si un bohémien était justement soupçonné, sa tribu le jugeait, l'exécutait, et n'attendait pas que la justice le recherchât.
« Lorsqu'une troupe de bohémiens trouve une position favorable, elle y place le piquet et allume le feu. L'âne est déchargé du bagage; les enfants folâtrent; les jeunes femmes préparent le frugal repas; les plus vieilles se reposent en fumant; les hommes les imitent ou jouent de quelque instrument; quelquefois la famille chante en chœur des airs tyroliens; les enfants y mêlent, comme par instinct, leur faible voix, sans blesser les accords, qui sont toujours justes et agréables à l'oreille. Ce peuple est naturellement musicien ; et ce talent, qu'il exploite dans les lieux habités de sa solitude, suffit à ses besoins peu étendus. Les femmes dansent d'une manière bizarre et se piquent de magie. Les crédules habitants se font lire leur avenir par ces sibylles de la Lorraine, qui n'ont d'ailleurs, comme celles de l'antiquité, que des antres et des cavernes pour temples. Le bohémien a les traits nobles et réguliers; sa physionomie est très-expressive. Il est agile, robuste, infatigable dans les exercices du corps. Son teint est basané, parce qu'il a l'habitude de s'oindre le corps et de s'exposer ainsi au soleil, pour endurcir ses membres et leur donner la souplesse que nécessite sa vie sauvage. Leurs femmes sont grandes, bien faites; leur démarche est aisée. Elles portent leurs enfants à dos, ce qui ne les gêne ni dans leurs courses continuelles ni dans leurs occupations domestiques. Elles ont l'œil vif, le regard malin, la parole pressée. Leur chevelure longue, épaisse et d'un noir d'ébène, se trouve relevée sans aucun art, et leur costume, absolument négligé, voile à peine leurs charmes hâlés et rembrunis. »
Bar-le-Duc a donné naissance : au capucin Norbert, célè
bre voyageur, grand ennemi des jésuites, dont la vie errante fut presque un roman ; au. savant prieur de Savigny, Remy Cellier; au peintre Dubois, qui se fit une grande réputation dans le xvi c siècle par la manière dont il peignait les grotesques; aux maréchaux de France Oudinot, duc de Reggio, et Excelmans.
Engagé dans la vallée de l'Ornain , puis dans le vallon de Malval, entre des coteaux toujours couverts de vignes, le train, après avoir passé devant Longeville , sur la rive droite de l'Ornain , laisse descendre quelques rares voyageurs à Nançois le Petit, à Loxéville , pays si peu importants que les géographes ont complètement oublié d'en parler, et que, sans l'établissement des chemins de fer, le voyageur n'en aurait probablement jamais soupçonné l'existence.
C'est ici, sur les cols de Loxéville et de Coutances, que l'on trouve les plus fortes pentes de la ligne; elles sont de 0 m ,008. La tranchée que l'on a faite pour abaisser le terrain a 22 mètres de profondeur; on en a tiré 4ri0 000 mètres cubes de déblais. Les talus sont consolidés par des piliers étagés, en moellon, surmontés d'arcades ogivales, et dont les interstices sont gazonnés. Ce revêtement forme une décoration aussi agréable qu'ingénieuse.
Mais voici. déjà la vallée de la Meuse, et à peine a-t-on pris le temps de jeter un regard sur Lérouville , qu'on voit se dessiner à droite le château de Commercy,
Ce château, ou, pour mieux dire, celui dont il tient la place, devint, au ix a siècle, le noyau d'un village si peu considérable qu'il faisait alors partie de la paroisse de Lérouville. On y vit, à cette époque, disent les chroniques, une fille âgée de douze ans rester trois ans sans prendre de nourriture , et recommencer ensuite à manger à l'ordinaire.
Le château et ses dépendances, nommés Commerciacum ou
5i ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
Commarcium , de cum en, et de marchia limite^ parce qu'ils se trouvaient sur les frontières de la Lorraine et du Barrois, étaient possédés par des seigneurs qui avaient le titre de damoiseaux. Plus tard, le village agrandi se fit ville et devint le siège d'une principauté. La cour souveraine, nommée les grands jours, y tint ses séances. En 1324, Simon de Sarbruche octroya aux sujets de sa seigneurie une charte d'affranchissement en vertu de laquelle Commercy fut érigée en commune. Cette ville, assiégée par les troupes de Charles-Quint en 1544, fut prise et en partie incendiée. Elle formait alors deux seigneuries, le château haut et le château bas. Ce dernier a été démoli vers le milieu du xvui e siècle, pour agrandir les jardins du nouveau palais. Un mariage fit entrer le château haut dans les propriétés de la maison de Gondy. François- Paul de Gondy, cardinal de Retz, le vendit au duc de Lorraine, Charles IV, pour son fils, Henri de Vaudémont; mais il s'en réserva l'usufruit : il aimait de prédilection le séjour de cette maison, qu'il avait fait réparer et dans laquelle il écrivit ses Mémoires. Enfin, en 1708, le prince de Vaudémont, après avoir fait démolir en grande partie les anciens bâtiments, fit construire, sur les plans et sous la direction du bénédictin dom Léopold Durand, un nouveau château que le roi de Pologne, Stanislas, embellit encore en 1744 pour en faire sa maison de plaisance. Comme ce palais se trouve aujourd'hui transformé en quartier de cavalerie, on ne sera peut-être pas fâché d'avoir une idée de ce qu'il était sous Stanislas; voici la description qu'en fait le père Bertier dans les Mémoires de Trévoux, janvier 1752 : « Le salon du château est très-beau ; il a, du côté de la rivière, une belle terrasse, qui communique d'un côté k l'appartement du roi, de l'autre à la galerie. Le spectateur, placé au milieu de ce salon, voit successivement une avenue de beaux tilleuls de près de trois quarts de lieue, qui aboutit k la forêt, du côté de Saint-Aubin, et par laquelle on arrive au château ; du côté
DE CHÀLONS A NANCY. 55
de Vignot, un très-beau canal qui traverse la prairie dans une île de la Meuse. Il est bordé de quatre allées d'arbres sur deux chaussées en terrasse, gazonnées et sablées, et terminé parle Château d'eau/placé au bord de la grande rivière. L'eau y prend cent formes différentes, et s'y trouve métamorphosée en colonnes qui semblent soutenir l'édifice, et en lustre dans le magnifique salon de ce beau bâtiment. Elle forme aussi les colonnes du beau pont qui traverse le
Commercy.
canal au pied du château, où est la grotte de Cerbère, et les stores du kiosque. Du salon du Château d'eau , qui est au plus haut du bâtiment, on passe de plain-pied, par des galeries, aux jardins qui forment la toiture des ailes collatérales. La vue est étendue et très-variée par le développement du château de Commercy, des jardins, des parterres et de la ville à une juste distance, par des coteaux chargés de vignes, des
itââ- V
villages, des hameaux, des moulins, et par une grande prairie dans laquelle la Meuse serpente. De grandes forets percées de routes et une belle garenne y donnent tous les plaisirs de la chasse. Sa Majesté polonaise a fait faire au bout de l'avenue de tilleuls un parc immense dans la forêt, et embellir encore la fontaine royale qui est au milieu de ces bois.... »
Un peu plus loin, sur la rive droite de la Meuse, se trouve le bourg de Sorcy, autrefois chef-lieu d'un comté érigé dans le x e siècle , et qui ajoutait à son nom celui de Saint-Martin, d'une abbaye considérable détruite long-temps avant la Révolution. On voit encore sur une montagne voisine les traces d'un ancien camp romain où l'on a découvert un grand nombre de médailles antiques et d'autres monuments.
Un souterrain de 570 mètres conduit ensuite à Payny-sur-Meuse y où l'on commence à prendre possession d'un nouveau territoire, celui du département de la Meurthe.
La première station, dans ce département, est Fottg, où l'on arrive par la vallée de l'Ingressin , après avoir parcouru un long souterrain de 1120 mètres. Ce souterrain, creusé en grande partie dans un très-mauvais sol, composé de rognons et de blocs reliés entre eux par une glaise que les eaux détrempaient continuellement , présen-
timmt»
Kijlisr de Curnincrcy.
tait les plus grandes difficultés à vaincre : elles ont cédé devant l'énergie , la persévérance et l'habileté de M. Debains.
Foug n'est plus aujourd'hui qu'un village ; ce fut autrefois une petite ville entourée de murailles flanquées de tours et de fossés. Sur la montagne qui la domine, Henri II, comte de Bar, fit bâtir, en 1218, un château que ne purent prendre, en 1232, les troupes du duc de Lorraine. Tours et fossés ont disparu , et il ne reste du château , démoli par ordre de Louis XIII, que quelques ruines attestant encore son importance.
"Le territoire de Foug est composé de coteaux assez élevés , à pentes plus ou moins rapides, qui forment entre eux des détroits et des vallées rétrécies ; la vigne, le colza, le trèfle paraissent venir admirablement à la partie inférieure de ces coteaux, dont le sommet présente quelques plateaux couverts d'assez belles forêts.
C'est entre deux coteaux plantés de vignes , sur la rive droite de la Moselle, et dans un vallon fertile, que se dessinent les tours de la cathédrale de Toul,
Surnommée la Sainte, à cause du grand nombre de ses évêques canonisés, la ville de Toul est une des plus anciennes de France. Elle était la capitale des Leuci y et avait déjà une grande importance avant la domination romaine dans les Gaules. Sous César, elle était appelée Tullum. Le christianisme y fut introduit au iv e siècle par saint Mansuy ; à cette époque, elle était déjà fortifiée. Dans son voisinage, on voit le Champ des Allemands, où, en 612, Théodoric II, roi de Bourgogne, mit en fuite, après une bataille sanglante, son frère , Théodebert II, roi d'Austrasie. Vers cette même époque prit naissance, dans Toul la puissance temporelle des évêques, et commença en même temps pour cette ville une longue suite de désastres. L'histoire nous la montre brûlée, saccagée, décimée par la famine et par les épidémies, pendant les guerres que se firent, vers 680, Dagobert II, roi
d'Austrasie , et Théodebert III , roi de Neustrie ; brûlée deux fois dans le vin* siècle; brûlée et pillée par les Normands en 889; envahie et pillée par les Hongrois en 954, et réduite à un tel état de solitude que, de tout le clergé, il ne restait plus que l'évêque et trois chanoines ; envahie de nouveau trente ans plus tard et pillée par les soldats de
Vue de Toul.
Lolhaire , puis encore désolée par la famine et par la peste.
En 984, Tévêché de Toul devint souveraineté indépendante, et ne releva plus que deFempereur. Eudes, comte de Champagne, voulut s'emparer de la ville, au commencement du xr siècle ; l'énergique résistance des habitants le contraignit k lever le siège. Le pape Eugène III, revenant du concile de Trêves, en H48, fit la dédicace de la cathédrale. Vers 1250, de nouvelles fortifications remplacèrent les murailles romaines. Dans le même temps surgit, entre les
bourgeois et l'évêque, une lutte qui se perpétua d'évêque en évêque, de génération en génération. Trois siècles ne suffirent point à éteindre une discorde alimentée d'un côté par les continuels empiétements du pouvoir, et de l'autre par l'amour de l'indépendance. De 1522 k 1529, la ville de Toul fut trois fois dépeuplée par la peste. Ce fut en 1545 qu'après avoir fait une réception magnifique et juré fidélité, six mois auparavant, à l'empereur Charles-Quint, les Toulois passèrent avec le cardinal de Lorraine un traité dans lequel ils déclaraient se mettre pour toujours sous la protection du roi de France. Toutefois, la réunion de l'évêché de Toul au royaume ne fut définitivement reconnue que par le traité de Munster, en 1648. Les anciens remparts furent démolis en 1700, et l'on entoura la ville de nouvelles fortifications, sur les plans de Yauban. La constitution civile du clergé supprima l'évêché de Toul, en 1700.
Saint Gérard jeta, en 970, les fondements de cette belle église qui fut .la cathédrale de Toul ; on célèbre encore tous les ans la procession d'une parcelle du saint clou, relique dont elle s'enrichit vers cette époque, et qu'Henri de Ville plaça dans un reliquaire ciselé d'or et d'argent. L'achèvement de la nef n'eut lieu qu'en 1340. Le portail, exécuté sous la direction du célèbre architecte Jacquemin, ne fut terminé que quarante-neuf ans plus tard. L'édifice avait quatre tours : il s'en écroula une en 1561 , et le chapitre fit démolir celle qui y correspondait. Lechœur actuel, commencé en 1625, a été achevé en 1725. La nef a 88 mètres de profondeur sur 48 de largeur k la croisée, 13 entre les piliers et 27 en y comprenant les collatéraux; sa hauteur sous voûte est de 36 mètres. Le portail en a 37 de largeur, et les tours 75 de hauteur.
L'intérieur de ce beau monument a subi , en 1793, de regrettables mutilations. On a démoli des chapelles, gratté des peintures à fresque, enlevé presque tous les tableaux, détruit un monument élevé à la gloire de Jeanne d'Arc. Le jubé
avait déjà été supprimé en 1791. Le portail, véritable chefd'œuvre, a perdu, à la même époque, toutes ses statues et un très-beau Christ en croix. Mais on peut toujours admirer la jolie tourelle de l'horloge, une magnifique rosace, les trois
La cathédrale de Tool.
portes creusées en ogives, les deux tours si élégamment découpées, enfin toutes ces riches broderies du style gothique, que Ton n'y a point épargnées.
L'autel qui est au fond du chœur est décoré de petites colonnes en marbre noir du plus grand prix. Le maître autel est en marbre bleu et blanc. Des deux grands autels collaté-
raux, l'un, celui du Sacré-Cœur, a été élevé parla reine Marie Leckzinska ; Vautre, celui de Marie, par la reine Marie- Antoinette. Au fond de l'église est un grand vitrail représentant le baptême de Notre-Seigneur ; il porte la date de 15C7.
Entre autres objets curieux, on montre un fauteuil en pierre , sur lequel on prétend que saint Gérard rendait la justice au peuple; un savant a cru y reconnaître le goût ro-
main, et il fait remonter au règne de Constantin le Grand l'origine de ce siège , qui , selon lui , a dû servir a l'officier préposé aux alfaires civiles et judiciaires dans la cité.
Toul renferme une autre église, dédiée h saint Gengoult, construite dans Je style ogival, dont le portail offre un mélange de roman et de gothique Le cloître est d'un travail admirable.
On rencontre aussi dans cette ville quelques restes assez curieux d'anciens hospices ou d'anciens couvents ; les édifices modernes, à l'exception des casernes et des fortifications, y offrent , en général , peu d'intérêt.
Un grand nombre d'hommes remarquables ont vu le jour à Toul; parmi eux on distingue : saint Loup, évêque de Troyes; Dusaulchoy, littérateur du xvm e siècle, auteur d'un grand nombre d'ouvrages en prose et en vers , et qui fut
Clotirc Stint-Geogoull, a Toul.
président de la société de chansonniers connue sous le nom de Soupers de Momus; le maréchal Gouvion de Saint-Cyr; le baron Louis, ministre des finances; Famiral de Rigny, célèbre par la victoire de Navarin.
De la vallée de l'Ingressin, le convoi passe dans celle de la Moselle; il y traverse cette rivière, devant le petit village de Fontenoy , sur un pont de sept arches, de 16 mètres d'ouverture chacune , et se trouve en face de Liverdun , où il franchit encore deux fois la Moselle , sur des ponts de cinq arches en plein cintre, de 21 mètres de diamètre; ces ponts dépassent le niveau du pont-canal de toute la hauteur nécessaire pour le passage de la navigation.
Liverdun est situé sur une cote escarpée, entourée presque entièrement de forets, et dont les pieds sont baignés par la Moselle. La découverte d'un petit buste de Minerve et de monnaies romaines ne laisse aucun doute sur l'existence de ce bourg du temps dfcs Romains. C'était, sous les rois d'Austrasie, une forteresse importante, comprise dans le domaine de l'évêché de Tout, « forteresse, dit le roi Arnould dans le titre d'un privilège accordé à l'évoque, qui était le boulevard de cette cité et un lieu de paix , qui avail résisté au siège et à la fureur des Vandales, et où était honoré le saint martyr Eucaire. »
Ce lieu de paix, ruiné en partie et presque abandonné, était devenu, au xn" siècle, un refuge de bandits et de proscrits. Pierre de Brixey, évêque de Toul, y fit construire un nouveau château, fonda une collégiale dans la ville, et donna aux habitants, en 1178, une charte d'affranchissement. La collégiale fut supprimée, en 1703, par le parlement de Metz. Le château avait été rasé, en 1467, par le maréchal de Fénestrange , qui s'en était emparé après un siège de six semaines.
Les ruines de ce château, ses tours en lambeaux et ses murailles noires de vétusté, la montagne à pic sur laquelle
il est assis, l'antique physionomie des constructions de la ville, le paysage qui l'environne, la Moselle et le canal de la Marne au Rhin, passant l'un sur l'autre, tout cela fait de Liverdun le site le plus curieux et le plus pittoresque.
Vue de Liverdun.
Quelques instants consacrés à la visite de deux ou trois monuments n'y seront pas perdus pour le voyageur. Le premier est le tombeau de saint Eucaire : on le trouve dans l'église, derrière l'escalier qui conduit aux orgues; le saint y est représenté coiffé de la mitre, revêtu des habits épis- copaux, et couché sur une pierre au-dessus de laquelle on lit cette inscription en lettres gothiques
L'ami de Dieu et vrai martyr Eucaire , Jadis de Gran évêque débonnaire,
Noble du sang de Baccil réal ,
L'an de salut trois cent soixante-deux égal ,
Par Julien, jadis empereur des Romains,
Dit l'apostat pour ses faits inhumains,
Fit mettre à mort par Vandres et par Payens ,
Vingt-deux cents chevaliers chrétiens ,
Près de Pompein , au lieu qu'on dit Aux -Tombes ;
Des dessusdits le benoît saint Eucaire
Était guidon , miroir et exemplaire.
Par grâce de Dieu son chief il apporta
A Liverdun , comme sa vie le témoigne.
Duquel le corps las quelq.... aultre....
Jésus nous doint en Paradis la place.
Avant de quitter l'église, il faut donner un coup d'œil aux stalles du chœur, et admirer, dans la sacristie , un beau
Place cl église de Liverdun.
morceau de sculpture, qui remonte, à ce qu'on suppose, à l'époque de la renaissance.
Près de la porte d'en haut, à gauche de laquelle est une tour en ruines, se trouve la maison du Gouverneur : c'est la plus remarquable de toutes les constructions du xv r siècle
que renferme Liverdun. La maison ô> cure , et son portail bas, massif, que décorent, au milieu d'une foule d'enjolivures, quelques médaillons en plâtre du règne de Louis XV, ne sont pas non plus dépourvus d'intérêts.
On lit dans une Notice sur Toul, de M. Bataille, « qu'une personne, faisant déblayer des ruines k Liverdun pour la construction de sa maison de campagne, trouva un passage enfoui sous des débris, dont le luxe et le style attestaient la richesse et la puissance des anciens propriétaires de cette demeure féodale, et découvrit dans un caveau, dont la grille était oxydée par le temps, trois squelettes assis, la tête supportée par un collier en fer et les reins serrés par des chaînes attachées k la muraille. Sur un des blocs de pierre servant d'escabeau k ces malheureux, on voyait gravés ces mots : Intravi in cast. liber, dun. quat. cal.janu. 1174*. >»
Pendant les guerres que fit le duc Matthieu k la ville de Toul, un des fils de ce prince disparut avec ses écuyers; on a inféré de lk que les trois squelettes pouvaient bien être ceux de ces per sonn âges .
Au-dessus de Liverdun, on rencontre la croix de Saint- Eucaire; elle est en pierre; sur un bas-relief informe, on voit d'un côté Jésus-Christ entre les deux larrons, de l'autre, un homme k cheval qui semble porter sa tête sur sa poitrine : la légende rapporte qu'après avoir été martyrisé près de Pompey, le saint porta lui-même son chef k Liverdun, où il fut inhumé.
Si les antiquités ont droit k nos contemplations, que ce ne soit pas pour elles, toutefois, un privilège exclusif; il est des travaux modernes dont l'importance et la beauté ne permettent pas de rester indifférent : de ce nombre sont le souterrain et le pont-canal de Liverdun. ;
4 . « Je suis entré dans le cliAleau de Liverdun le quatrième jour avant les calendes de janvier «74.»
Le souterrain a 500 mètres de longueur ; la voûte est un plein cintre dont l'ouverture est de 8 mètres ; la maçonnerie
a une épaisseur moyenne de 90 centimètres. Les deux têtes sont en pierre de taille; deux escaliers en pierre donnent un aspect monumental a la tête d'aval. Ce souterrain a été percé au travers de bancs calcaires d'une excessive dureté et fissurés en tous sens, ce qui a rendu l'excavation aussi difficile que dangereuse. En sortant du souterrain , le canal entre dans une tranchée courbe, très-profonde, garnie de revêtements d'une forte épaisseur; et, ramené sur la Moselle, après un cours de iOO mètres, il la traverse au moyen d'un pont en
Souterrain et canal de Liverdun.
pierre de 1 36 mètres d'ouverture, qui le soutient à 10 mètres au-dessus des plus basses eaux de la Moselle. Le pont, y compris les culées, est long de 175 mètres, large de 10 mètres 60 centimètres; il a douze arches en plein cintre, de 13 mètres de diamètre, à l'exception des deux arche3 laté-
raies, qui n'ont que 3 mètres, et sous lesquelles se fait la circulation des deux côtés de la Moselle.
Jusqu'à Frouard, la ligne côtoie cette rivière au fond d'une vallée étroite, entre des collines plantées de vignes à mi-côte et boisées au sommet. Elle laisse k gauche et de l'autre côté de la Moselle un joli village qu'on nomme Pompey, et qui possède une église du moyen âge, avec quelques ruines d'une forteresse autrefois célèbre.
Frouard est situé au pied d'une côte , sur la rive droite de la Moselle. Le duc Ferry III y fit bâtir, en 1271 , un château qui fut assiégé en 1308 par l'évêque de Metz ligué avec les comtes de Bar et de Salm. A cette occasion eut lieu une singulière bataille : les troupes lorraines, accourues à la défense du château, reconnurent que l'ennemi avait la supériorité du nombre et qu'il ne serait pas prudent d'engager avec lui un combat régulier; elles s'emparèrent alors d'une montagne couverte de pierres , et ce fut k coups de cailloux qu'elles attaquèrent et mirent en fuite les soldats de l'évêquo de Metz.
Louis XIII fit démolir, en 1633, le château de Frouard. On montre encore aujourd'hui, k 1 kilomètre du village, l'emplacement d'un ancien ermitage fondé sous l'invocation de saint Jean , et qui fut supprimé en 1787 ; les ermites qui l'occupaient avaient la réputation, méritée dit-on, d'être détrousseurs de passants.
Sur la place du village, on voit une croix de 8 mètres de hauteur, portant un Christ d'un côté, et de l'autre un chevalier à casque plat et à visière fermée, ayant sa targe en pointe et blasonnée d'une crosse.
Le pont de Frouard est un des plus beaux du département.
C'est k cette station que se bifurque la ligne pour aller atteindre d'un côté Strasbourg, en passant par Nancy, de l'autre, Metz et la frontière prussienne. Le voyageur qui se dirige vers Nancy court au milieu d'une charmante vallée où
laMeurthe vient se jeter dans la Moselle ; il passe en vue de Bouxières, où furent taillés en pièces les restes de l'armée de Charles le Téméraire; de Champigneulles, où le duc de Lorraine, Charles II, battit les ducs de Bourgogne et de Bar et les comtes de Saarwerden, de Salm et Bouquenom ; il traverse le canal de la Marne sur un pont en biais aussi hardi qu'élégant; puis autour de lui se groupent de tous cotés des maisons de plaisance, des parcs, des jardins; partout règne cet air de fête et de richesse qui annonce les approches d'une grande cité : voici en effet la gare de Nancy, entre le faubourg Saint-Jean et le faubourg Stanislas, sur le lieu même qu'occupaient autrefois les étangs où, selon les traditions, fut tué Charles le Téméraire.
Porte à Liverdun.
La place Carrière, à Nancy.
NANCY
Capitale autrefois du duché de Lorraine, aujourd'hui réunie k la France et chef- lieu du département de la Meurthe, Nancy n'est point une ville d'origine ancienne; on n'y trouve aucune trace des vieux temps historiques : ses souvenirs les plus importants datent au plus de quelques siècles. Son nom lui vient, dit-on, du mot celtique Nant, qui signifie mare ou marais; elle était en effet environnée de terrains marécageux qui ne furent desséchés que vers le milieu du xv* siècle.
Nancy, en 4070, n'était encore qu'une forteresse, assez considérable toutefois pour arrêter les efforts réunis des trois armées de l'archevêque de Trêves, de Tévêque de Metz et du comte de Bar. En 1329, les maisons bâties autour du château commençaient à former une sorte de ville, que le duc Raoul augmenta, embellit et fit paver. Cinquante ans plus tard, Jean I er , qui avait à se défendre contre Tévêque de Metz , y fit élever les tours de la Graffe, où Charles II renferma ses prisonniers après avoir vaincu à Champigneulles les troupes coalisées du duc d'Orléans, du comte de Bar, de Tévêque de Verdun, des comtes de Nassau, de Salm et de Saarwerden , du damoiseau de Commercy et de plusieurs autres seigneurs. Ce fut des mains de ce même Charles II que, suivant la chronique de Lorraine, Jeanne d'Arc, amenée à Nancy par le capitaine Baudricourt, reçut un harnais, des armes et un cheval. A ce prince succédèrent les ducs René I er , Jean et Nicolas, qui firent peu pour la gloire et pour l'agrandissement de leur capitale ; elle méritait à peine encore le nom de ville, lorsque, sous le règne de René II, en 4476, elle fut assiégée et prise par Charles le Téméraire, duc de Bourgogne. Ce prince belliqueux ne jouit pas longtemps de sa con^t. quête; le 5 janvier de Tannée suivante, il tombait sous les ar-*£ mes victorieuses de René II , devant ces mêmes murs dont iL5j* avait franchi les portes en triomphateur. Des privilèges et des embellissements furent la récompense du courage héroïque déployé dans cette journée par les habitants de Nancy.
Mais ce fut surtout sous le règne de Charles III que cette cité, seulement ébauchée jusqu'alors, entra réellement dans une ère de splendeur et de prospérité. Orphée de Galéan reconstruisit ses fortifications renversées par le duc de Bourgogne ; les marais se transformèrent en longues et larges rues; une ville neuve sortit de terre, comme par enchantement, tout près de la vieille ville, en moins de quarante
ées. a La religion et les mœurs, dit M. Guerrier de Du-
NANCY
mast, y brillaient du plus pur éclat; les arts y étaient cultivés avec ardeur, l'industrie s'y développait dans une foule de manufactures. Au dedans, on admirait les rues tirées au cordeau, chose encore si peu commune k cette époque; au dehors, quatorze bastions gigantesques, décorés d'ornements
Tours de la Crafle.
et de sculptures et liés par de longues courtines, formaient la ligne de son enceinte, que protégeaient des ouvrages avancés.»
Tout ce que Nancy avait acquis de grandeur et de richesse sous Charles III et sous son successeur Henri II, elle le perdit pendant le règne agité du capricieux et turbulea
Charles IV. Tombée au pouvoir de la France, démantelée, h 1'excepiion de la citadelle qu'on voit encore aujourd'hui, réduite k la plus affreuse misère, désolée par la famine et par la peste , rendue enfin à son souverain dans un état si {( pitoyable qu'il se vit obligé, pour lui procurer quelques ha- ;< bitants, d'octroyer force privilèges, elle demeura languis- \ santé jusqu'en 1697, où le génie bienfaisant de Léopold fit surgir de ses ruines des hôtels, des fabriques , des manufactures , des académies , et toute une nouvelle population. Stanislas, achevant l'œuvre si bien commencée par Léopold, marqua définitivement à Nancy le rang distingué qu'elle n'a cessé d'occuper parmi les cités les plus belles et les plus importantes d'Europe. Ici s'ouvre une nouvelle phase de l'histoire de la Lorraine, et par conséquent de Nancy. François, fils de Léopold, avait épousé, en 4736, la fille de l'empereur Charles VI, Marie-Thérèse. Dans le même temps , Stanislas, après avoir disputé le royaume de Pologne à son compétiteur l'électeur de Saxe, se trouvait dans la situation la plus critique, fugitif et dépouillé de sa couronne. Mais Stanislas était beau-père de Louis XV, qui avait épousé sa fille Marie Leckzinska. Lorsque, en 4736, la paix fut conclue entre l'empire et la France, le premier article des préliminaires porta Que le roi Stanislas abdiquerait; mais qu'il serait reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie, et qu'il en conserverait les titres et les honneurs...; que l'électeur de Saxe serait reconnu roi de Pologne et grand-duc de Lithuanie par toutes les puissances qui accéderaient au traité de paix; qu'à l'égard du roi Stanislas, il serait mis en paisible possession du duché de Lorraine et de Bar; mais qu'immédiatement après la mort de ce prince, ces duchés seraient réunis en pleine souveraineté pour toujours à la courônne de France. »
Après la mort de Stanislas, le 23 février 1766, la Lorraine devint donc une province française, et Nancy, tout en con-
servant sa beauté, se trouva déchue de son rang de capitale. Habituée à être enrichie par ses princes, elle se vit pressurée par des gouverneurs ; son histoire particulière s'effaça devant l'histoire générale de la France. Elle n'a guère à •transmettre de souvenir plus saillant que l'affaire du 31 août 1790, dans laquelle un jeune officier, nommé Désilles, voulant éviter l'effusion du sang, se jeta courageusement audevant de la bouche des canons, et fut tué en arrachant les mèches des mains des canonniers. On prétend aussi que l'idée première de la Sainte-Alliance fut conçue à Nancy par les trois souverains coalisés qui l'occupèrent deux fois, en 1814 et en 1815.
Pour peu qu'on ait, une fois dans sa vie, causé avec quel-
Place Slanislas , à Nancy.
que Nancéien , on a entendu parler de la place Stanislas , et de manière à piquer vivement la curiosité : c'est en effet le monument, ou, pour mieux dire, l'ensemble de monuments qW Nancy offre en première ligne à l'admiration du touriste. Cette vaste place, avant Léopold, n'était qu'une es-
planade où figurait le pilori, à l'endroit même où vous voyez la statue du roi Stanislas. Nommé Jalande par le peuple, ce pilori se composait d'une cage ronde, haute de six pieds, large de trois, garnie de gros barreaux de bois et tournant sur un pivot. On y voyait exposées à la fois jusqu'à trois et quatre filles que les écoliers, en sortant du collège, s'amusaient à faire tourner comme des écureuils.
Cinq beaux pavillons, de superbes grilles en fer, deux magnifiques fontaines, un arc de triomphe, tel est aujourd'hui l'encadrement de cette place, où s'élevèrent les statues de Louis XV, du Génie de la France et de Stanislas , et dont tous les travaux furent confiés exclusivement à des artistes et à des ouvriers lorrains, sous la direction d'Emmanuel Héré, premier architecte du roi.
L'arc de triomphe, construit, par les ordres de Stanislas, sur l'emplacement de la porte Neuve, où Léopold avait établi son Académie des beaux-arts , est d'ordre corinthien , élevé sur un piédestal, couronné d'un attique et terminé par le médaillon de Louis XV en marbre blanc ; ce médaillon est soutenu par un génie et par une femme assise représentant la Lorraine. Au-dessus du génie plane une Renommée tenant d'une main une trompette, et de l'autre une couronne de laurier; sous le médaillon, on lit ces mots, gravés en lettres d'or sur un marbre noir :
Hostium terror, Fœderum cultor, Gentisque decus et amor.
« Terrible à ses ennemis, fidèle à ses alliés, l'honneur et l'amour de sa nation. »
Des trophées d'armes sont à côté de la Lorraine et du génie. Sous l'inscription règne , dans toute la largeur du grand portique, un bas-relief en marbre blanc , représentant Mercure et Minerve assis sous le feuillage d'un dattier qui
NANCY
les sépare. Le petit portique du côté droit est orné d'un basrelief qui représente Apollon jouant de la lyre en présence des Muses et d'un groupe en extase, avec cette inscription :
Principi pacifico.
« Au prince pacifique. »
Les statues colossales de Cérès et de Minerve surmonteni les acrotères de ce portique. Sur le bas-relief du petit portique du côté gauche, on voit Apollon lançant une flèche contre un dragon ailé qui enlace un homme dans ses replis. Au-dessous du bas-relief est cette inscription :
Principi victori.
« Au prince victorieux. » *
Sur la corniche s'élèvent les deux statues colossales d'Hercule et de Mars.
Les pavillons sont d'ordre corinthien k pilastres ; les croisées , ornées d'agrafes et de balcons , sont à plein cintre au premier étage, bombées au second. L'entablement de toutes les faces est surmonté d'une balustrade que décorent des groupes d'enfants, des urnes et des vases. Celui de ces édifices qui, par sa grandeur et par sa beauté, attire tout d'abord votre attention, est l'hôtel de ville, faisant face à l'arc de triomphe; sa façade est ornée d'un vaste balcon, et il présente , à l' avant-corps du centre , la ville de Nancy sous la figure, d'une femme, soutenant l'écu de ses armes surmontées de celles du roi de Pologne. Derrière l'horloge, au-dessous de laquelle sont deux figures assises sur les acrotères du tympan central, s'élevait jadis un beffroi dont le poids menaçait d'écraser le comble, et qu'il a fallu abattre. On entre dans le bâtiment par un vestibule que soutiennent deux rangs de colonnes : à droite se trouve la salle des Redoutes, destinée aux bals, aux concerts; à gauche sont les
bureaux de la police et de la mairie. On arrive au premier étage par un escalier divisé en deux rampes, garni d'une belle grille en fer, et dont Girardet, le meilleur élève de Claude Charles, a peint la cage et le plafond. Là se présente d'abord le grand salon, autrefois appelé salon de l'Académie, où, après avoir admiré deux belles cheminées en marbre, on s'arrête quelques instants devant les grandes fresques de Girardet; puis on entre au musée, dont les trois salles renferment des tableaux remarquables des diverses écoles 1 . -
On ne doit pas sortir du musée sans avoir donné un regard au buste de Grégoire, de notre célèbre sculpteur David. Les quatre autres pavillons de la place Stanislas sont : Le pavillon de la Comédie, occupé d'abord par le collège
I. Parmi ceux de l'école italienne , on dislingue : une des plus belles pages du Guide, Jesus-Christ apparaissant a une sainte femme; — le Sauveur du monde , de Léonard de Vinci ; — la Vierge h genoux, l'Enfant Jésus, saint Jean et deux anges en adoration , par le Pérugin ; — le jeune Tobie , d'André del Sarto; le ptrpe Sixte-Quint porte sous un dais le jour de la Fête-Dieu , par André Saccbi ; — divers tableaux du Bassan , du Féli p — V Adoration des anges, du Parmesan ; — une Annonciation , du Guercbin; un Christ au pied de la croix , de Michel-Ange de Caravagc ; une esquisse du Christ au tombeau y d'Annibal Carrache, etc.
La Transfiguration, toile gigantesque de Rubens ; — un Intérieur de ferme, de Téniers; — deux têtes de Vierge, de Jordaens; — une Fête de village , de Breugbel ; — un Paysage, de Paul Bril ; — la Peste de Milan , de Gaspard de Crayer; — et plusieurs autres tableaux de différents maîtres, composent la galerie de l'école flamande.
On remarque, dans la galerie de l'école française, une Flore, de Jean Jouvenet — une t'ierge, de Pierre Mignarl; — une Njrmphe foulant aux pieds les armes de V Amour , par Simon Vouet; Silène assis sur un tonneau, par Carie Vanloo ; — l'Aurore et Cephale , de François Boucher ; — la Charité et un Ecce homo , de Philippe de Champagne; — l'Adoration des anges, de Charles Coypel, etc.
Au nombre des œuvres contemporaines, figurent: la Bataille de Nancy, par M. Eugène Delacroix; — la Mort de Gilbert, par M. Mon voisin; — Saint Georges terrassant le dragon, par M. Ziégler.
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de médecine, puis par le musée, et aujourd'hui par le théâtre, le café de la Comédie et le cercle du Commerce;
Le pavillon de l'Évêché, destiné par Stanislas à l'hôtel des Fermes, et affecté, par un décret de 1805, à la demeure des évêques diocésains ;
Le pavillon de l'École de musique , qui servit successivement de logement à l'intendant de la province , à l'administration départementale et au préfet, jusqu'au moment où la préfecture fut transférée à l'hôtel du Gouvernement;
Le pavillon Jacquet, occupé par des bourgeois et par des marchands.
Aux quatre angles de la place, sont les magnifiques grillages en fer du mécanicien Lamour, œuvre d'un riche travail et d'une exécution délicate. Ceux qui sont à droite et à gauche de l'hôtel de ville forment des espèces de portes flamandes ; les deux autres sont ornés de fontaines , surmontées, l'une d'une Amphitrite, l'autre d'un Neptune, dont le char, tiré par des chevaux marins, est accompagné d'un Fleuve, d'un dragon et d'une Naïade.
Enfin, au milieu de la place, se dresse la statue de Stanislas, sur un piédestal en marbre blanc. Trois départements formés de l'ancienne Lorraine concoururent , par leurs souscriptions, à l'érection de ce monument, sculpté par M. Jacquot, Lorrain, coulé à Paris, et inauguré le 6 novembre 1 831 . Deux inscriptions énumèrent les titres du bon roi à la reconnaissance du pays.
Du point oîi s'élève la statue , on aperçoit , aux extrémités de deux longues rues tirées au cordeau, deux des sept portes de la ville, bâties en arcs de triomphe, et qu'on nomme porte Stanislas et porte Sainte-Catherine.
Parmi les corvées imposées aux paysans par le régime féodal, il en était une assez bizarre : des vassaux étaient tenus, pendant la première nuit des noces de leurs sei-
gneurs, de venir battre à coups de gaules une mare peuplée de grenouilles, afin de faire cesser le concert désagréable qui résultait du coassement de ces animaux. Ces vassaux étaient les habitants de Laxou; ces seigneurs étaient les ducs de Lorraine ; cette mare, depuis longtemps desséchée, est aujourd'hui la place Carrière.
Séparée de la place Stanislas par l'arc de triomphe, la place Carrière, sur laquelle se tient la foire annuelle de Nancy, est décorée d'une colonnade qui aboutit à l'ancien hôtel du Gouvernement, aujourd'hui la préfecture. Au milieu est une promenade plantée d'arbres, et entourée d'un parapet surmonté d'urnes et de statues, aux quatre angles de laquelle s'élèvent de jolies fontaines. De riches bâtiments forment les côtés de cette place : la Bourse et le Palais de justice. C'est dans une des salles de ce dernier édifice qu'est exposée la fameuse tapisserie trouvée, après la bataille de Nancy, dans la tente de Charles le Téméraire.
Cette tapisserie, ou plutôt ce qui en reste, présente une longueur d'un peu plus de 25 mètres, sur environ 4 mètres de hauteur. Elle se divise en deux sujets. L'un est l'histoire d'Assuérus révoquant son édit contre les Juifs. On y voit Esther assise sous un pavillon, au milieu de ses dames d'honneur, ayant à ses pieds Aman et sa suite, tête nue, et Assuérus assis sur son trône, entouré de ses conseillers, de Mardochée et de plusieurs Juifs dont la tête est couverte, pendant qu'au pied du trône, un greffier, lunettes sur le nez, taille sa plume et se prépare à écrire. L'autre sujet a pour but de représenter les inconvénients de la bonne chère.
A droite de la place Carrière , et par un des grillages de la place Stanislas, on entre dans une vaste promenade dont la construction fut décidée par un arrêt du conseil des finances de Stanislas, du 26 avril 1765; plantée de grands . arbres, elle se compose d'une terrasse et d'un jardin. On lui donne le nom de la Pépinière.
NANCY
À gauche de la place Carrière , et traversant toute la ville . vieille, se trouve la Grande-Rue , où sont réunis les plus
curieux monuments historiques de Nancy : le palais \Iucal, l'église des Cordeliers et la chapelle Ronde.
Commencé par le duc Raoul, qui régnait en 1329, le palais ducal fut achevé par René II, qui, le soir de la bataille de Nancy, y fit son entrée sous un arc de triomphe construit avec les ossements des animaux dont les habitants s'étaient nourris pendant le siège. Antoine et Charles III accrurent et embellirent cette résidence, qui reçut, en 1673, Louis XIV avec la reine et sa suite. Stanislas la lit démolir, à l'exception de la face qui donne sur la Grande-Rue , et d'une salle qui servait à la tenue des états. Dans cette salle , nommée salle des Cerfs, parce qu'on y déposait les bois des cerfs tués à lâchasse par les ducs, on voit encore un bel escalier, d'une pente si douce qu'il pouvait être franchi par les chevaux et par les voitures. On descendait par cet escalier à la cour du palais, où l'on célébrait anciennement une cérémonie dite cérémonie des brandons, et dont nous trouvons une description dans les Mémoires pour servir à l'histoire de Lorraine.
« Les mariés de l'année, de quelque qualité et condition qu'ils fussent, étaient obligés, sous peine d'amende, d'aller, hors de la porte Notre-Dame, au bois de Boudonville, prendre un fagot de bois mort ou de fascine : les sergents de ville , pour épargner aux mariés la peine de monter jusqu'au bois, leur offraient, hors de la porte, des fagots tout faits, moyennant une rétribution volontaire qui ne pouvait être moindre de trois sols. Il s'établissait, hors de cette porte Notre-Dame, une espèce de foire où les sergents de ville avaient le privilège de vendre ces fagots; d'autres vendaient de petites serpes en bois blanc, des rubans et des joyaux représentant des quenouilles, des rouets, des berceaux et autres attributs des devoirs des femmes dans leur ménage. Les mariés se rendaient, en se donnant le bras, à la salle
des Cerfs, le mari tenant son fagot orné de rubans et ayant une serpette pendue à sa boutonnière , sa femme , un bouquet et un attribut de femme au corset.
« La procession sortait de la salle des Cerfs, faisait le tour de la Carrière, puis venait sur la place de l'Hôtel -de-Ville , maintenant place du Marché, où Ton déposait les fagots et les bouquets en tas pour faire une bure. Les nouveaux mariés se faisaient inscrire à. l'hôtel de ville, et recevaient le privilège de certaines exemptions pendant toute Tannée. On dansait dans la cour du palais ducal, où les jeunes gens avaient coutume de jeter des pois desséchés. Ces pois assez durs occasionnaient souvent des chutes aux danseurs, et provoquaient par lk l'hilarité des spectateurs. A sept heures, il y avait grand souper à l'hôtel de ville ; après ce repas, on mettait le feu à la bure , et , en outre , il y avait souvent encore feu d'artifice. C'était pendant ces feux que les nouveaux mariés avaient le droit de proclamer du balcon de l'hôtel de ville les Valentins et les Valentines ; proclamation qui se faisait ainsi : « Qui donne-t-on à M. A...? — Mlle B.... » Ces proclamations étaient répétées par la foule, qui toujours manifestait une approbation ou une improbation. Le Valentin ou Valetin devait, dans la semaine, envoyer un bouquet ou un cadeau à sa Valentine ; si le cadeau était agréé, la Valentine s'en parait le dimanche suivant, et se présentait, ainsi parée , à la toilette de la duchesse ; si le cadeau n'avait point été fait , les voisins du Valentin allumaient, le dimanche, un feu de paille devant la porte de sa maison, en signe de mépris. Les Valentines devaient donner un bal à leurs Valentins ; si elles l'oubliaient , ou si elles ne faisaient point une honnêteté pour tenir lieu de bal, on brûlait de la paille devant leur demeure. Ces feux s'appelaient brûler le Valentin ou la Valentine, et étaient une protestation contre le choix fait par les nouveaux mariés. >»
Le palais ducal , quoique mutilé , conserve encore une
NANCY. Hi
belle corniche, de riches balcons, sa grande porterie, de
style ogival tertiaire, et sa petite porterie, moins ancienne, appelée autrefois par le peuple Porte Masco , du nom de Tours de Léopold, dont la niche y était placée. On sait
qu'en reconnaissance des secours que le canton de Berne fournit à René II contre Charles le Téméraire, les ducs de Lorraine avaient adopté l'usage d'élever dans leur palais un de ces animaux dont les armes bernoises présentent l'effigie.
Un musée d'antiquités a été, depuis quelques années, établi dans le palais ducal; au-dessus de la porte d'entrée, on voit la statue équestre de Léopold II; cette statue est du sculpteur Viard.
Dans l'église des Cordeliers, bien qu'elle soit considérablement déchue de son ancienne splendeur, on trouve • encore quelques monuments dignes d'intérêt, entre autres, le mausolée que la veuve de René II fit élever en mémoire de ce prince , vers l'an loi 5. Un Père éternel planant au-dessus de la voûte, les statues coloriées de la Vierge, de l'archange Gabriel, de saint Georges, de saint Nicolas, de saint Jérôme et de saint François, placées au fond de petites niches délicatement travaillées; des anges soutenant les écussons des blasons des ducs de Lorraine, des pilastres et des corniches peints en azur et en vermillon, avec des arabesques d'or en demi-relief, telles sont les principales beautés de cette curieuse sculpture de la renaissance des arts au xv* siècle. On remarque aussi le tombeau du cardinal de Vaudémont, que l'habile ciseau de Nicolas Drouin a représenté si majestueux et si recueilli, celui de Jacques Gallot, dont les restes ont été retrouvés en 1825, et un fragment du mausolée de Philippe de Gueldres , veuve de René II.
Si le sacristain ne laisse pas au visiteur tout le loisir désirable pour contempler ces intéressants morceaux, il lui fera , en revanche , minutieusement examiner une tête de mort, dont la nature a voulu que, par un jeu bizarreries veines du marbre de l'autel offrissent le dessin parfaitement régulier.
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A gauche du chœur de l'église des Gordeliers, est un portique en marbre blanc et noir, dont la frise porte cette inscription :
SISTE MIRANS, VIATOR , QOOT LOTHARJNGIjE DUCES HIC SEPULTI , TOT HEROES , QUOT DCCISSiE , TOT MULIERES FORTES , QUOT EORtM LIBERI , TOT PR1N C1PES 1MPER10 NATI , COELO D1GNIORES.
« Passant , arrête pour admirer ensevelis ici autant de héros que de ducs de Lorraine, autant de femmes fortes que de duchesses, et dans leurs enfants, autant de princes nés pour régner, plus dignes encore du ciel. »
C'est l'entrée de la chapelle ducale, ou chapelle ronde, sépulture des princes de Lorraine. Ce monument, construit sur les dessins de Baptiste Stabily, fut commencé sous Charles III, terminé sous le duc Henri, restauré par l'empereur François I er , dégradé pendant la Révolution, et enfin restauré une seconde fois, en 1822, aux frais de la France et de l'Autriche. Il forme un octogone régulier, percé de cinq fenêtres dont les vitraux sont violets. Dans les vides que laissent entre elles seize colonnes d'ordre composite, dont les fûts en marbre noir sont surmontés de chapiteaux blancs, on voit rangés, au nombre de sept, les mausolées en marbre noir érigés à la mémoire des ducs de Lorraine et de leur famille. Au-dessus de la corniche sont les seize médaillons des ducs de Lorraine, séparés par des trophées militaires. Des rosaces en vitraux de couleur décorent la coupole , que domine une lanterne percée à jour. Au milieu de la chapelle s'élève un autel en marbre blanc , dont le dessus porte une Vierge entre deux anges adorateurs, et dont le devant représente le Christ sur son linceul. Sous la chapelle règne un caveau sépulcral , avec un gros pilier creux au milieu. Ce fut en 1744 qu'on y déposa les restes des princes morts depuis 1390.
A l'extrémité de la Grande-Rue, se trouve la citadelle qu'
fit construire Louis XIII, non pour défendre la ville, mais pour la tenir en respect et y garantir la sécurité de ses troupes. Cette citadelle est séparée de la ville par les tours de la Graffe, aujourd'hui nommées porte Notre-Dame, et ornées d'une sculpture représentant /' Annonciation , dont la composition originale et les ornements délicats dénotent l'œuvre d'un artiste distingué. Une ouverture circulaire éclaire la voûte construite en briques, sous laquelle on passe entre les deux tours. De l'autre côté de la citadelle, et donnant sur la campagne, est une autre porte, aussi appelée Notre-Dame, dont la face intérieure est ornée de trophées d'armes et de quatre bas-reliefs sculptés par Florent Drouin. Sur la face extérieure, qui est d'ordre dorique, on admire une riche disposition de trophées, de cottes d'armes et de statues, ainsi que la belle façon dont les quatre pilastres sont rustiqués. Ce fut par cette porte que Charles le Témérai re -entra victorieux dans Nancy, et c'était aussi par elle que les ducs de Lorraine faisaient leur entrée, avant la construction de la porte Saint-Nicolas dans la ville neuve.
De la Grande-Rue on peut aller, dans la rue Callot, visiter une maison bizarrement bâtie, a tourelle proéminente, où mourut le célèbre dessinateur et graveur Jacques Callot. Cet homme n'était pas seulement un grand artiste ; il était encore bon patriote. Louis X!U , après s'être emparé de Nancy, le pria de graver le siège de cette ville : « Je me couperais le pouce, dit-il, plutôt que de rien faire contre l'honneur de mon pays. »
Par la rue du Maure qui trompe, laquelle donne également dans la Grande-Rue, et qu'on nommait ainsi à cause d'une enseigne d'hôtellerie, représentant un Maure sonnant de la trompette , on arrive à la plus ancienne des places de Nancy, la place Saint-Epvre, ou est située l'église du même jûom. Dans la tour de cette église étaient placées six cloches, dont les sons paraissaient si harmonieux à Louis XIV qu'il
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les préférait à la musique de la cour, et qu'il les fit sonner pendant son dîner, tout le temps que dura son séjour dans le palais ducal. Des niches sculptées avec soin, quelques restes d'anciens vitraux coloriés, une Cène, en marbre blanc, sculptée par Drouin , une vaste peinture à fresque , attribuée àXéonard de Vinci, tels sont les principaux objets que présente l'église de Saint-Epvre à la curiosité du voyageur.
La cathédrale « 1 « * Nancy.
La cathédrale, située dans la ville neuve, tout près de la porte Saint-Georges, et construite sur le plan de l'église
Saint-André du Val , de Rome, est. un monument qui ne date que du xvm e siècle. Commencée en 1703, sous le règne de Léopold , elle ne fut achevée qu'en 1742. Sa façade, large de 50 mètres, est d'ordre corinthien dans le soubassement, et, au-dessus, d'ordre composite, ainsi que les tours, décorées de pilastres et de balustrades que surmontent des dômes terminés par une lanterne en pierre de taille , ouverte de toutes parts et entourée d'un balcon en fer. Parmi les décorations intérieures de l'église, vous remarquerez la boiserie du sanctuaire; la slalle de l'évêque , surmontée d'une Vierge sculptée par Bagard; deux tableaux de Claude Charles : le Couronnement de Sigismond, et un Banquet de pauvres servis à table par le roi; les grillages des chapelles de Saint-Jean-Baptiste et de Saint-Charles, exécutés par Lamour; les statues des quatre docteurs de l'Église, sculptées par Drouin; un petit Christ, en face de la chaire ; des tableaux de Girardet ; une grosse lampe d'argent, qu'on dit avoir été donnée par un prince espagnol prisonnier à Nancy, en 1809 ; et un magnifique jeu d'orgues qui date de 1758. Le maître autel est d'un très-bel effet, lorsqu'un rayon de lumière vient à passer derrière la statue de la Vierge, placée à l'extrémité du chœur. Saccagée et transformée en temple de la Raison, il s'en fallut peu que, pendant la Révolution, la cathédrale de Nancy ne fût adjugée, pour la somme d'un million, à un acquéreur de biens nationaux.
En sortant de la cathédrale, on n'a que quelques pas à faire pour donner un coup d'œil à la place d'Alliance. Construite pendant le règne de Stanislas, elle se distingue par ses bâtiments réguliers, par ses allées d'arbres, et par une belle fontaine érigée en souvenir du traité passé le 1 er mai 1756 entre Louis XV et Marie-Thérèse.
' Dans la rue des Dominicains vit encore un souvenir de Gilbert • « Lorsqu'il vint à Nancy, dit M. Lepage y il
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occupait une petite chambre au second étage d'une maison voisine de la pharmacie Willemet , et partageait son temps entre l'étude, quelques leçons en ville, et les soirées du comte de Lupcourt. Ce fut dans une de ces soirées que Gilbert fit cette anagramme : Tu mourras fou. Le poëte, ayant refusé une place que lui avait offerte le comte de Lupcourt, ouvrit dans une des salles de l'hôtel de ville un cours de littérature auquel n'assistèrent longtemps que quelques personnes. Enfin un soir Gilbert , arrivant pour faire son cours accoutumé, trouva la 6alle remplie d'auditeurs. Déjà il montait en chaire, rayonnant de joie, lorsqu'une personne lui demanda si le spectacle commencerait bientôt. Le public s'était trompé ; il accourait voir des figures de cire placées dans un autre salon. Gilbert, découragé et humilié, quitta Nancy quelque temps après. »
Au centre de la ville neuve est une place, nommée place du Marché, sur laquelle .s'élève une halle magnifique.
Ce n'est pas seulement pour le nombre et la richesse de ses édifices publics que Nancy figure parmi les plus belles villes de l'Europe, mais encore pour la beauté de ses maisons, bâties en pierres de taille, et de ses rues, larges, aérées, tirées au cordeau, qui, dans la ville neuve, se coupent presque toutes à angle droit. Sept portes monumentales y donnent accès. Outre celles que nous avons déjà signalées, on remarque encore :
La porte Neuve, d'ordre ionique, située à l'extrémité du cours d'Orléans, près de la citadelle, et construite, en 1785, pour célébrer la naissance du dauphin et l'alliance de la France avec les États-Unis ;
La porte Stanislas, d'ordre dorique, élevée par Stanislas, en 1752, et reconstruite dix ans plus tard, après s'être écroulée faute de fondations suffisamment solides;
La porte Saint-Jean, dont la face extérieure, d'ordre dorique, présente quatre pilastres sculptés par Israël Silvestre,
au-dessus desquels étaient des chambres pour les soldats mariés. Non loin de celle "porte est la place Saint-Jean, où se trouvent à la fois le temple protestant, un quartier de cavalerie, l'hôpital militaire, le mont-de-piété et la caisse d'épargne ;
La porte Saint-Georges, ainsi nommée de la statue que Charles III y fit placer, et dont l'exécution avait été confiée à Florent Drouin.
Sept faubourgs environnent Nancy :
Le faubourg des Trois-Maisons , terminé par un pont, au delà duquel vous irez visiter la côte de Flabémont, où était assis un camp romain, et, plus loin, les ruines d'un prieuré qui date du x e siècle;
Boudonville, formé de jolies maisons de campagne entourées de riants jardins. On y visite la côte Sain te -Catherine , où l'on exploitait autrefois une carrière de marbre jaspé ; la Croix - Gagnée, où le peuple de Nancy se rendait processionnellement en pèlerinage, et la côte des Chat noines , où se récoltent les meilleurs vins des environs de Nancy ;
Le faubourg Saint-Pierre qui est, de tous, le plus grand et le plus beau. Il renferme le séminaire diocésain, autrefois maison des missions royales, et deux églises : celle de Saint-Pierre et celle de Bon-Secours. C'est dans cette dernière que sont renfermés les mausolées du roi Stanislas et de son épouse Catherine Opalinska. Élevée par Stanislas, l'église de Bon-Secours a remplacé l'ancienne chapelle de Notre-Dame de la Victoire et des Rois, que le duc René II avait fait bâtir ën réjouissance de sa victoire sur Charles le Téméraire. Près de là, 4000 Bourguignons avaient été inhumés dans un cimetière où l'on voyait une croix avec cette inscription :
Mil quatre cent soixante et seize advint, Que Charles duc de Bourgogne icy vint,
NANCY
Guidant Nancy surprendre à force d'armes.
Veille des Rois qu'on départ le gàleau ;
Il fut occis en passant un ruisseau ,
Et la plupart de ses hommes de guerre
Furent occis, et sçurent sur la terre
Du pieux René qui , vertueusement,
Obtint sur eux glorieuse victoire,
Dont les corps sont cy gisans ; en mémoire
De ce conflit , Renée de Bourbon ,
Noble princesse, ayant vouloir très-bon ,
Femme du très-illustre duc Antoine ,
Fils de René, noble duc de Lorraine,
À fait bâtir le cimetière et la croix,
L'an mil cinq cent avecque vingt et trois :
Priez à Dieu que, par sa sainte grâce,
Aux trespassez pardon et mercy fas=e. Amen.
Les autres faubourgs sont :
Celui de Saint-Jean, ainsi appelé de l'ancienne commanderie de Saint- Jean de Virilolh , dont on aperçoit les ruines, à son extrémité. Presque en face de ces ruines, une croix de pierre, placée dans l'étang Saint-Jean, indique l'endroit où Ton croit que fut retrouvé le corps du duc de Bourgogne. Ce faubourg, dans le voisinage duquel est l'embarcadère du chemin de fer, renferme le dépôt de mendicité, et conduit, par un de ses embranchements, à l'hospice des aliénés de Maréville;
Le faubourg Stanislas , où l'on trouve l'institut des sourds-muets, et la maison de la Chatte, dite Cœur-en- % Côte, parce qu'elle est située sur la côte de Tôul, et que, le 22 septembre 1768, le clergé de Paris vint y faire au clergé lorrain la remise du cœur de la reine Marie Leczinska, morte peu de temps auparavant;
Le faubourg Saint-Georges, au delà duquel est Dommartemont ( mons Bartis ), où il y eut un camp romain;
Et le faubourg Sainte-Catherine , qui offre , à son ex-
DO
trémité, les Grands-Moulins, dont l'existence remonte au xm e siècle, et qui renferme de magnifiques abattoirs.
Nancy est riche en célébrités artistiques et littéraires. L'auteur des Lettres d'une Péruvienne , Mme de Grafigny; Louis Maimbourg , le prédicateur aux saillies burlesques ; Palissot, que rendit célèbre un moment sa comédie des Philosophes , dirigée surtout contre J. J. Rousseau ; le poète Saint-Lambert; le spirituel critique Hoffmann; Gilbert de Pixérécourt, un des créateurs du mélodrame; Mme Élisa Voïart, auteur de romans intéressants; Claude Gelée, dit le Lorrain, le premier paysagiste de l'Europe; Jacques- Charles François, inventeur de la gravure en dessin; Jacques Callot;^le graveur Israël Silvestre ; les sculpteurs Lambert Adam et Nicolas Adam; le peintre Isabey; Gardel, l'émule de Vestris, et la célèbre tragédienne, Mlle Raucourt , étaient aussi des enfants de Nancy.
Église à Nancj.
Vue de Saint-Nicolas.
Le voyageur, en sortant de Nancy, laisse à gauche une colline assez élevée, pour entrer au milieu des champs , des bois et des villages, dans une belle plaine où il va traverser la Meurthe, en môme temps que le canal de la Marne, sur un pont de 19 mètres de largeur; puis il court, au bas d'un coteau chargé de vignes, ayant à sa gauche le canal , jusqu'à la station de Varangéville-Saint-lSicolas.
La Meurthe seule sépare la petite ville de Saint-Nicolas du village de Varangéville, dont elle était autrefois l'annexe, et
qui pourrait aujourd'hui passer pour son faubourg. Varangéville, d'une origine ancienne, appartenait dès 770 à l'abbaye de Gorze. C'était, dans le xvn* siècle, un bourg d'une certaine importance, puisqu'on y comptait un couvent de capucins, une maison de jésuites, trois congrégations de religieuse» et un hôpital. Les bâtiments et l'église des capucins, situés près du pont, a gauche, sont devenus des habitations particulières. L'ancien prieuré, transformé en maison de ferme, présente encore quelques beaux restes d'une église du xi € siècle. L'église actuelle et la tour paraissent dater du commencement du xv' siècle.
Sur l'emplacement qu'occupe aujourd'hui Saint-Nicolas, il n'y avait, en 900, qu'une chapelle dédiée à la Vierge, une métairie, dépendance de Varangéville , et un port qui fut cause qu'on appela ce lieu le Pori> et le canton où il se trouvait: le Portois. Vers 1807 un gentilhomme lorrain fit don à la chapelle d'une phalange de la main de Sainl-Nicolas. Il n'en fallut pas davantage pour faire accourir en foule les habitants des pays voisins. Le prieur de Varangéville se vit obligé d'attacher quelques-uns de ses religieux à ce lieu de pèlerinage. Bientôt même un prieuré s'y établit, et la chapelle fut remplacée par une église assez vaste pour contenir ses nombreux visiteurs. Cette église prit le nom de Saint-Nicolas, et devint de plus en plus célèbre par les miracles qui s'y accomplissaient, eu dont la renommée se répandait en tous lieux. Au commencement du xiv e siècle, on voyait, suspendues aux piliers, des chaînes énormes qui avaient servi à lier les seigneurs chrétiens pris par les infidèles en Palestine. Voici ce que la tradition raconte à ce sujet : « Un comte de Richecourt, s'étant trouvé en Palestine dans les prisons, et chargé de fers, entre les mains des infidèles, invoqua saint Nicolas et se voua à lui ; aussitôt il se trouva miraculeusement transporté avec ses chaînes à la porte de l'église du saint. » Le bénédictin dom Calmet, tout en racontant cette
merveilleuse histoire, fait observer avec un certain scepticisme, qu'il .est difficile de se persuader qu'un homme ait pu être transporté de la Palestine à Saint-Nicolas : « C'est, ajoutet-il, un assez grand miracle que le seigneur de Richecourt ait obtenu sa délivrance, et ait apporlé et déposé ses chaînes à Saint-Nicolas , comme un monument de la liberté qu'il avait obtenue par les mérites du saint, sans vouloir faire croire qu'il fut transporté, encore chargé de ses chaînes, à la porte de l'église du saint. Toutes les autres circonstances qu'on raconte de ce miracle peuvent être regardées comme des embellissements que la pieuse crédulité du peuple y aura ajoutés. »
Cependant Saint-Nicolas commençait à prendre de l'importance; le duc Ferry avait affranchi les habitants en 1265 ; dans la première moitié du xiv e siècle, il s'y établit des marchés qui furent organisés plus tard sous le nom de foires franches. Mais la véritable illustration de cette petite ville commence au xvi* siècle ; alors elle vit s'élever l'église monumentale qui la décore aujourd'hui ; alors elle posséda la première imprimerie connue en Lorraine. En 1503, Pierre Jacobi faisait sortir de ses presses les Heures de la Vierge, et, en 1518, la Nancéide, poème de Pierre de Blaru. Quant aux pèlerinages, ils devenaient plus nombreux que jamais. Les plus hauts personnages venaient s'agenouiller devant l'autel du saint, et faisaient des dons à l'église ; c'était du roi René que venait le bras d'or où était enfermée la précieuse relique. Ce reliquaire était orné de pierres précieuses entre lesquelles se trouvait une agate sculptée, représentant une Vénus. Comme le peuple s'obstinait h la baiser avec respect, croyant baiser l'image de la Vierge, on la détacha pour la remplacer par un saint Nicolas , et on l'envoya h Louis XIV.
Le duc Charles III ayant obtenu du papa que le jubilé durât toute l'année 1602 à Saint-Nicolas, on y vit venir deux - cent mille pèlerins ; six mille prêtres y dirent la messe; vingt ê mille hérétiques v firent abjuration.
La ville de Saint-Nicolas, arrivée au plus haut point de prospérité, devait déchoir : le 4 novembre 1635, elle fut envahie, pillée et incendiée par les Suédois, auxiliaires de la France. Cet événement lui enleva la confiance des commerçants de la Lorraine, qui commencèrent dès lors à transférer leurs réunions à Francfort-sur-le-Mein.
L'église, commencée en 1494 par le prieur Simon Moysel, fut achevée en 1544. On remarque avec surprise, dans le plan de ce mQnument, l'inclinaison de Taxe plus sentie qu'elle ne l'est ailleurs. On donne plusieurs explications de cette singularité architecturale. Quelques-uns prétendent que, saint Nicolas étant le patron des gens de mer, l'architecte avait voulu donner à son église la forme courbe d'un vaisseau; d'autres ont cherché le motif d'une pareille bizarrerie dans l'inclinaison de la tête du Christ. Il y a une troisième opinion plus simple et plus vraisemblable : Simon Moyset, n'étant pas maître du terrain, fut, dit-on, obligé de donner celte forme à l'édifice, par le refus que lui firent des propriétaires voisins de lui céder ou de lui vendre leurs maisons.
L'église de saint Nicolas renferme de beaux fonts baptismaux sculptés auxvi a siècle, quelques vitraux bien conservés, un jubé où est déposée la relique.
Le lundi de la Pentecôte, on y voit encore aller en pèlerinage bon nombre de personnes qui en reviennent avec des bouquets et des rubans au chapeau ou à la ceinture.
Saint-Nicolas-du-Port a vu naître le fondateur de son église, le prieur Simon Moyset; Didier Oriet, auteur du poëme de la Suzanne, imprimé en 1553; le médecin alchimiste Nicolas Guibert ; le savant bénédictin Claude Petitdidier ; André Joly, peintre du xvm e siècle.
Rosières-auz-Salines, autre petite ville de l'ancien duché de Lorraine, n'est éloignée de Varangéville que de 5 kilomètres qu'on franchit rapidement, en suivant la vallée de la- Meurthe.
Située au milieu d'un territoire fertile, coupée en trois parties par deux bras de la Meurthe , cette ville tirait autrefois sa principale richesse des salines qu'on y exploitait. En 1760, elle en fut privée par un arrêt du conseil des finances,
qui les supprima par mesure d'économie. Les bâtiments de l'exploitation, construits par Stanislas, furent utilisés d'abord comme caserne d'infanterie; on y établit plus tard un dépôt d'étalons, supprimé en 1780. On y envoya, en 1703, le haras du duc des Deux-Ponts, dont les Français venaient de s'emparer; ce haras y est encore aujourd'hui, et on le regarde comme un des plus considérables de France.
On voit à Rosières beaucoup de maisons bâties au xv e et au xvi e siècle; il reste de ses anciennes fortifications deux tours, une portion de rempart de 100 mètres de longueur environ, et une porte surmontée d'un donjon où est l'horloge. Cette ville possède une très-belle église d'ordre dorique, bâtie en 1 74 4 par l'architecte Claude-Nicolas Mique; un hôtel de ville qui sert aussi de maison d'école; une place au milieu de laquelle est une fontaine monumentale ; un hospice dont la fondation remonte à 1 437 ; une synagogue.
Vers le sommet du coteau qui domine Rosières, on a découvert, en 1843, dans les vignes, des traces d'une ancienne construction, une agrafe antique en bronze, et des monnaies du même métal, de Domitien et d'Àntonin.
Sur la rive gauche de la Meurthe, vient ensuite Blainville- la- Grande , qu'on appelle aussi Blainville-surl'Eau, parce qu'elle possède un superbe cours d'eau qui fait mouvoir des moulins a blé, une scierie de marbre, une
Blainviile était autrefois un bourg considérable, et le cheflieu d'un marquisat. On voit encore l'enceinte du château, des vestiges de l'enceinte du bourg, et, aux extrémités delà grande rue, deux portes bien conservées, ornées de sculptures et de statues.
A l'entrée d'une belle plaine, au confluent de la Vezouze et de la Meurthe , paraît Lunèville (Lunx villa, ville de la lune), ainsi nommée du culte que Ton rendait autrefois à Diane sur le mont Léomont, à une lieue de là.
Vue «le Lunèville .
Suivant la tradition, il y avait sur cette montagne une fontaine, un bois et un temple consacrés a Diane : on n a découvert aucune trace du temple; mais en creusant autour de la fontaine, alors presque ensevelie sous les terres, on trouva, il y a une centaine d'années, entre un grand nombre de médailles romaines, deux espèces de médailles en plomb, représentant « la déesse Diane, fort bien faite, toute nue, ayant sur la tète le croissant, qui est sa marque distinctive, et qui lui sert comme de couronne. » (Dom Galmet, Notice de la Lorraine. )En creusant les fortifications de Lunèville, en 1559,
on découvrit deux statues en pierre : Tune représentant un homme tenant k la main une sorte d'enseigne sur laquelle était un croissant; l'autre figurait une femme ayant la tête encadrée dans un croissant renversé.
Il ne faut pourtant pas conclure de tout cela qu'il soit nécessaire, pour connaître l'origine de cette Villa litruv, de remonter jusqu'aux temps de la fable. Simple maison de chasse avant le x c siècle, ce fut à cette époque seulement que Lunéville devint le chef-lieu d'un comté. Les seigneurs de ce comté restèrent indépendants jusqu'en 12i(>; le comte Hugues en fit alors la cession a Matthieu II, duc de Lorraine. Dix-neuf ansplus tard, la ville était affranchie par Ferry III, en même temps que Nancy et Saint-Nicolas.
En 1476, pendant qu'une partie de la Lorraine était au pouvoir du duc de* Bourgogne, Lunéville, occupée par 400 Bourguignons, fut reprise par les troupes lorraines, après une vigoureuse résistance.
L'armée des protestants d'Allemagne ayant envahi la Lorraine, en 1587, pour venir au secours des protestants français, le baron d'Aussonville, colonel de l'infanterie lorraine, fortifia Lunéville à la hâte, et lit si bonne contenance que l'armée ennemie passa sans oser l'attaquer.
De nouvelles fortifications, et un château bâti en KMO par le duc Henri, complétèrent le système de défense de cette ville. Successivement occupée par le maréchal de La Force, puis par Jean de Vert, elle fut reprise, en par le duc
Charles IV ; mais, vers la lin de la même année, le duc de Longueville l'emporta de vive force; les officiers et les soldats furent faits prisonniers de guerre; Louis XIII ordonna de détruire les fortifications, et la pauvre place démantelée se vit alors en proie a trois fléaux à la fois : la famine, la peste et la cruauté des Suédois. Louis XIV fit raser le château en 1678. , ^ : y V
Lunéville commença à se relever de tant de désastres, lors-
que Léopold prit possession du trône de Lorraine. Ce prince vint y fixer son séjour en 1702, et s'occupa d'y faire de grands embellissements. On vit bientôt s'élever un magnifique palais, avec des bosquets ornés de belles statues dues au ciseau
( li.Hcuj de Lunéville.
de Nicolas Renard. Aux masures bâties sur les ruines des remparts succédèrent de belles constructions. Les ponts de bois jetés sur la Vezouze firent place à des ponts de pierre. L'hôpital, ruiné pendant les guerres, fut rétabli. Trois faubourgs sortirent de terre avec une rapidité merveilleuse : ceux de Nancy, de Yillers et de Ménil. Enfin, pour donner un éclat plus vif encore au lieu qu'il avait choisi pour sa résidence, Léopold y fonda une académie qu'illustrèrent bientôt les hommes les plus distingués de la province.
Sous le règne de Stanislas, la splendeur de Lunéville eut encore une période d'accroissement qui s'arrêta en 1706, à la mort de ce prince.
Devenue française à cette époque , ainsi que le reste de la Lorraine, celte place ne compte plus guère dans son histoire qu'un événement remarquable : le traité de Lunéville, signé dans un hôtel de la rue d'Allemagne, le 9 février 1801 .
Parmi les monuments que renferme Lunéville , il en est qu'une nouvelle destination a malheureusement dépouillés d'une grande partie de leur ancienne splendeur : ainsi l'on ne doit plus s'attendre, si on a lu les descriptions du temps, à retrouver intact le château de Léopold et de Stanislas : il est, de même que celui de Commercy, converti en caserne; c'est un régiment de cavalerie qui l'occupe.
L'église Saint-Remy , construite par Romain , vers 1750, sur le terrain de l'ancienne abbaye, présente un portail surchargé de figures et d'ornements, et surmonté de deux tours dont l'une porte la statue de saint Pierre, et l'autre, la statue de saint Michel terrassant le démon. On y voit le tombeau de la célèbre marquise du Châtelet.
Sur la place Neuve, il y avait une magnifique fontaine, à huit jets d'eau ; elle a disparu depuis 179G.
Le manège couvert, où peuvent manœuvrer 200 cavaliers, est un des plus vastes de France ; on admire sa belle charpente, en bois de châtaignier, que ne soutiennent aucuns supports intérieurs. Cet édifice a 100 mètres de longueur sur une largeur de 27.
La caserne de l'Orangerie, d'une architecture simple, est remarquable par sa distribution intérieure.
Le champ de Mars a plus de 200 hectares de superficie.
Les restes du jardin qui entourait le château forment une charmante promenade qu'on appelle le Bosquet.
Enfin, Lunéville possède une salle de spectacle, deux ponts sur la Vezouze, et un étang appelé l'étang de Moudon.
Féconde en personnages remarquables, cette cité a produit entre une foule d'autres : Charles Chéron, graveur de mé*
dailles de Louis XIV; Jean Girardet, successivement abbé,
Sainl-Rcmy, à Lunéville.
étudiant en droit, cornette de cavalerie, élève de Claude Charles, et enfin peintre de Stanislas; le maréchal duc de Beauvau; le chevalier de Boufflers, membre de l'Académie française et de l'Assemblée constituante, auteur de poésies agréables, et surtout du rapport célèbre qui assura aux au-
teurs et aux artistes le droit de propriété sur leurs œuvres; Sonnini, le collaborateur de Buffon.
Lunéville a disparu, ainsi que sa forêt, sa plaine, ses rivières qu'on traverse sur des ponts d'une construction remarquable; le train contourne la vallée de la Vezouze, prèa du village de Marainviller, dont il n'y a rien à dire, si ce n'est que, dans l'histoire du xin* siècle , on trouve quelques traces de son existence ; il glisse à travers des champs et des bois, sur un terrain où les villages sont assez clair-semés; il s'arrête quelques secondes à Emberménil, où le fameux abbé Grégoire était curé, lorsqu'il fut député aux états généraux; il vous laisse à peine le loisir d'apprendre que, dans le voisinage d'Avricovrt , il y a un lieu rempli d'ossements, qu'on appelle \ecamp des Suédois, et un pré, nommé pré des hosties, dont le propriétaire, par suite -d'un vieil usage qui s'est conservé jusqu'à nos jours , est tenu de fournir les hosties à l'église. D'Avricourt h Héming, il court le long d'une forêt, sur un sol ondulé, divisé en champs de différentes cultures, soigneusement entretenus; Héming, petit village à gauche, dont le nom ne s'est pas plus trouvé sous la plume des historiens que sous celle des géographes, le laisse entrer enfin dans une jolie vallée baignée par la Sarre, où il ne s'arrête qu'en présence de Sar rebourg.
On rencontre, à 4 ou 5 mètres de profondeur dans le sol, des traces d'édifices qui ne permettent guère de révoquer en doute l'ancienneté de cette petite ville. Quelques savants, dont l'opinion du reste n'est point appuyée de preuves solides, prétendent qu'elle fut fondée par l'empereur Galba. Elle est désignée, dans l'itinéraire d'Antonin , sous le nom de Pons Saravi.
Brûlée entièrement en i 21 3, la ville de Sarrebourg fut reconstruite et fortifiée en 1240 par Jacques de Lorraine, évêque de Metz, sur un terrain moins étendu, dit-on, que celui qu'elle occupait auparavant. Vers ce même temps,
les Lombards s'y établirent; un comptoir y fut ouvert pour le commerce d'Allemagne, et de là lui vint le surnom de Kauffmann (marchande). Le même Jacques de Lorraine y fonda la collégiale de Saint-Étienne, en 1256. Les évêques de Metz demeurèrent paisibles possesseurs de Sarrebourg jusqu'en 1350, époque vers laquelle commença, entre eux et les bourgeois, une lutte qui devait, comme ailleurs, finir par l'affranchissement de la ville. Incendiée de nouveau en 4461 , elle fut rebâtie en 1483. Elle s'était, dès 1 464, soustraite à l'autorité temporelle de Pévêque de Metz, en reconnaissant solennellement pour souverain Jean II, duc de Lorraine, et avait obtenu des franchises et des privilèges très-importants qui furent confirmés par les successeurs de ce prince. Dans la charte du duc René (1476), on remarque ce passage :
« Et lorsque nous et. nos successeurs serons en guerre, ou que nous devrons nous y mettre, et que nous manderons les gens de Sarrebourg, ils marcheront tout près de notre personne; ils auront le pas sur les autres, par cette raison qu'ils furent les premiers par qui notre duché a été reconquis, et qu'ils demeurèrent fermes dans leur fidélité. Et à tout jamais ils devront, avant tous les autres, être fournis du vin de notre cave et des provisions de notre château en abondance. »
Le marquis Albert de Brandebourg incendia, en 1552, la forteresse de Sarrebourg, qui n'a jamais été rétablie.
Brûlée une troisième fois par les Suédois, cette ville fut restaurée par Louis XIV, et partagea, depuis, les destinées de la Lorraine.
En 1834, on a découvert, aux environs de Sarrebourg, des médailles de Pertinax, d'Antonin le Pieux, de Faustine et de Commode. Plus récemment, on a trouvé une petite statue équestre, représentant un guerrier triboque, et un bas-relief sur lequel est Apollon jouant de la lyre.
Sarrebourg est la patrie d'Antoine-Louis Levasseur , dé-
puté à l'Assemblée législative et à la Convention nationale, et membre des Cinq-Cents, à qui Ton doit le décret sur l'organisation judiciaire, et du sculpteur Labroise.
Au delà de Sarrebourg, et par une vallée qu'arrosent de
nombreux ruisseaux, on atteint la chaîne d«s Vo6ge$ f qu'on traverse par le souterrain de Hommarting. Ce souterrain a 2678 mètres de longueur; l'ouverture par laquelle on y entre est à gauche du canal de la Marne au Rhin et au même niveau, tandis que celle qui sert à en sortir se trouve à droite de ce même canal et 12 mètres plus bas. Cela tient à
47» r*AV.
Tunnel de Lulzlrl vl.
ce qu'on s'est enfoncé sous la montagne, avec une pente de O n v>n:» par mètre en croisant le canal et en passant pardessous. Ce travail, immense, difficile, est le plus remarquable de toute la ligne. En sortant du souterrain , on se trouve dans une gorge que forment des rochers déchirés, surplombants, étayés par des piliers en pierre. Un second
4 0 i ITINÉRAIRE DE PARIS A STRASBOURG.
tunnel, qui n'a que 245 mètres, conduit au village de Luizelbourg , dont on aperçoit le château en ruines , sur une montagne qui domine une vallée profonde. On traverse encore quatre souterrains de 432, de 395, de 500 et de 308 mètres; à voir la forme extérieure de ce dernier, on dirait une forteresse féodale. Le canal , la Zorn , les montagnes, les deux châteaux de Haut-Barr et de Géroldseck, qu'on
SCTAfAf.Sû
Ruines du rhateau de Haut-Barr.
remarque avant d'arriver à Saverne, tout semble réuni pour donner à cette contrée un aspect des plus pittoresques.
Dans cette vallée de la Zorn, il y eut jadis, au pied d'une montagne, une réunion d'hôtelleries servant de lieu d'étape entre Strasbourg et Metz , ce qui avait fait donner a ce lieu le nom de Tabernœ. Plus tard il s'y forma une ville qui prit le nom de Saverne ; elle appartint d'abord aux évêques de Metz, et passa ensuite sous la domination des évêques de
Strasbourg, qui y possédaient un très-beau château : c'était une de leurs maisons de plaisance. Saverne était fortifiée; elle fut prise et reprise plusieurs fois ; on détruisit ses fortifications en 1690.
Le palais, l'hôpital, l'église , l'ancien château des évèques de Strasbourg, tels sont les monuments remarquables de cette ville qui ne forme, pour ainsi dire, qu'une seule rue.
\\w île Saverne.
La montagne au pied de laquelle est située Saverne présente un des plus curieux ouvrages de l'industrie humaine : c'est une route qui s'élève en spirale insensible. Du sommet, les regards embrassent le panorama de l'Alsace, et voient s'élever majestueusement dans les airs le Munster, cette merveilleuse flèche de la cathédrale de Strasbourg.
De Saverne à Hochfelden, on ne quitte point la vallée de la Zorn ; on parcourt, au pied des Vosges , une plaine assez
riante, coupée de ruisseaux, ombragée çà et là par des saules et par des peupliers , et dans laquelle on rencontre deux stations : Steinbourg , puis Dettwiller , où il n'y a rien à remarquer qu'un petit clocher de forme orientale.
Hoehfelden est un gros v illage, situé près de la Zorn , dans un pays fertile. C'est là que commencent à se montrer ces maisons semblables à des chalets suisses, qui donnent aux villages d'Alsace un aspect si pittoresque.
Poni viaduc de la Zom.
A partir de Hoehfelden, le terrain s'aplanit, et la locomotive s'élance dans la vaste plaine au milieu de laquelle est Strasbourg ; elle passe devant Monmenheim ; devant llrumath, petite ville sur la Zorn, célèbre par la victoire que !<•.- Français y remportèrent en 1793 sur les Autrichiens; elle laisse derrière elle Vendenheim , un de ces nombreux villages dont les chemins de fer ont révélé l'existence; elle -fait son entrée dans la vieille capitale de l'Alsace, dans la ville des souvenirs du moyen âge, au milieu d'un peuple qui a conservé son type, son caractère, et jusqu'à son costume.
Palais impérial.
Il est impossible d'établir par une date l'origine de la ville de Strasbourg. On sait seulement qu'au i er siècle de l'ère chrétienne elle était occupée par les Triboques , peuplade germanique, qu'elle faisait partie du district des Médiomatriciens, et qu'elle s'appelait Jrgentorat, d'un mot celtique qui signifie : ville à l'endroit où l'on passe l'eau. Ce nom lui venait sans doute de sa position sur 1* 111 et du voisinage du Rhin. La conquête de César en ayant fait une ville romaine,
elle fut fortifiée par Drusus, qui en fit une place importante. Il s'y établit alors de célèbres manufactures d'armes. Pillée par les Allemands dans une de leurs incursions, la ville d'Argentorat fut délivrée en 357 par Julien, qui battit complètement cette tribu germanique, et fit prisonnier so'n roi Ghrodomaire. En 407, elle fut ravagée par les Alains et les Vandales ; à ces bandes de barbares en succédèrent d'autres, parmi lesquelles se trouvèrent des Francs qui s'y établirent et y apportèrent leurs lois et leurs coutumes.
L'Alsace, en 451, fut envahie par Attila, et Argentorat n'échappa point à la fureur des Huns; quarante-trois ans plus tard, la province et la cité, envahies de nouveau, tombaient au pouvoir des Allemands. Mais ceux-ci, vaincus à Tolbiac, se soumirent à Clovis, et Argentorat, devenue ville franque, ne tarda pas à prendre le nom de Strateburg, Stratisburg, Strazburg (ville d'argent), traduction mauvaise, mais que les Francs croyaient exacte, parce qu'ils regardaient Argentorat comme un mot d'origine latine.
Fortifiée, rebâtie par Clovis et par ses successeurs, la ville de Strasbourg fait alors partie du royaume d'Austrasie ; les rois austrasiens y élèvent des palais et viennent y séjourner quelquefois.
Quoique l'on donne k l'évêché de Strasbourg une origine plus ancienne, il n'est guère possible d'en parler avant 673, époque vers laquelle Dagobert II fit diverses donations à l'évêque saint Arbogast. Vers la fin du vin e siècle, Charlemagne accorde de nouveaux privilèges à cet évêché, qui devient de bonne heure un des plus riches et des plus importants. Une semblable prospérité favorise le développement de la ville, enrichie par le commerce considérable qu'elle fait avec les Frisons et les peuples maritimes.
En 843, l'Alsace qui, dès les premières années du vn e siècle, formait un duché, échoit à Lothaire, dans le partage que font entre eux les trois fils de Louis le Débonnaire ;
vingt-sept ans plus tard, un nouveau partage, entre Charles le Chauve et Louis le Germanique, la réunit au royaume d'Allemagne. En 895, elle revient au royaume de Lorraine. Ce royaume et l'Alsace, longtemps disputés par les rois de France et d'Allemagne, deviennent enfin la propriété de ce dernier, en 925.
Pendant toutes ces vicissitudes, le pouvoir de l'évêque prenait une extension de plus en plus grande. L'empereur Otton II lui confirme, en 974, le droit de battre monnaie, et lui accorde > en 982 , le droit de rendre justice. Mais reconnaissant bientôt la nécessité de se créer dans les villes des appuis contre le pouvoir envahisseur des grands et du haut clergé, les empereurs ne tardèrent point à favoriser l'esprit d'indépendance dans la population. C'est ainsi que les Strasbourgeois obtiennent d'Henri V, en 1H9, la suppression d'un impôt épiscopal sur le vin, et de Lothaire II, dix ans plus tard, le droit de ne plus être jugés que par les juges de la ville, qui déjà étaient en partie choisis par les habitants. Enfin Henri VI reconnaît, en 1205, la ville de Strasbourg comme ville immédiate de l'empire, et porte ainsi le dernier coup à la puissance épiscopale.
Un homme entreprend de relever ce pouvoir abattu : Walther de Géroldseck, évêque en 1260. Une guerre intestine s'allume. Les bourgeois détruisent le château épiscopal de Haldenburg; Walther met la ville en interdit. Quelques prêtres seulement restent dans Strasbourg, ayant à leur tête le chantre du chapitre, Henri de Géroldseck. L'évêque rassemble une armée , la ville forme une alliance' avec Rodolphe de Habsbourg, et demande du renfort à Colmar et à Bâle. Une bataille s'engage près de Hausbergen; les archers de la ville décident de la victoire : soixante-dix nobles restent sur le champ de bataille ; les Strasbourgeois , dont la perle est insignifiante, rentrent dans la ville, traînant en triomphe slixante-seize seigneurs prisonniers. Walther meurt de cha-
grin; il est remplacé par Henri de Gérotdseck , qui fait droit à toutes les réclamations des Strasbourgeois. A partir de ce moment , Strasbourg est un État souverain , une ville libre, où l'évêque conserve seulement les droits de péage et de monnaie.
Les querelles de religion, ou plutôt les inquisitions relig'.euses, les divisions de l'empire, les dissensions intestines plongent Strasbourg dans une sorte d'anarchie, pendant la lin du xin e siècle et une partie du xiv e . A cette époque, la ville comptait trois classes d'habitants : les chevaliers ^qui constituaient la noblesse ; les bourgeois, qui comprenaient les propriétaires dont les propriétés étaient libres, les marchands et certains industriels; les artisans, divisés en douze tribus. Le sénat n'était choisi que parmi les membres des deux premières classes, et le conseil se composait de vingt-quatre membres pris uniquement dans la première.
Le 20 mai 1332, à la suite d'une rixe survenue dans un banquet, entre les Zorn et les Mùlnheim, deux partis qui s'étaient formés dans la noblesse, les bourgeois, alarmés des dimensions que prend la lutte, s'emparent de la garde et de l'administration de la ville; la grande bannière, le sceau, les clefs des portes sont remis entre leurs mains. Bientôt une nouvelle constitution est établie; la troisième classe s'introduit dans le conseil, elle y domine : sur quarante-sept membres, vingt-cinq sont artisans. Les principes essentiels de cette constitution sont si solidement fondés, qu'ils restent en vigueur jusqu'à la révolution française.
Pendant près d'un siècle et demi, l'histoire de la ville de Strasbourg n'otïre plus que de sombres tableaux. La peste noire la dépeuple; les compagnies franches la dévastent; les empereurs restreignent , suppriment et confirment tour à tour ses privilèges ; les dissensions intérieures la déchirent; les guerres de l'empire l'épuisent; des bandes formées d'Anglais et des débris de la faction des armagnacs s'abattent
sur son territoire qu'elles ravagent. Cependant, au milieu de tous ces éléments de ruine, cette puissante cité, loin de succomber, se fortifie, s'embellit; elle achète des seigneuries
et dos villages; elle élève le plus beau monument de la fin du moyen âge, sa cathédrale ; elle produit l'imprimerie; elle grandit en importance; politique; enfin elle achève, en 1 iS2, sa constitution populaire, si heureusement commencée cent cinquante ans auparavant.
Alors se produit un fait immense, auquel Strasbourg va prendre une part active: la réforme. Un curé de la cathédrale, Matthieu Zell, donne le premier signal ; le mouvement commence et se propage avec rapidité. Une confession particulière est signée par les villes de Strasbourg, de Constance, de Lindau et de Memmingen, et présentée a la diète d'Augsbourg. Strasbourg entre dans la ligue de Schmalkalde , et se ménage l'amitié de François P" r . La paix de ir>:>r> lui assure définitivement la conquête de sa liberté religieuse.
Menacée au commencement du xvir siècle , l'Église protestante forme l'union évangélique ; la ville de Strasbourg n'est pas la dernière à y prendre part. La guerre éclate. Les résultats en sont désastreux pour l'Alsace. La plus grande partie de cette province ayant été donnée à la France par suite du traité de Westphalie, Strasbourg, ainsi amoindri , ne se trouve plus assez de force pour imposer à l'empereur et au roi de France le respect de sa neutralité. Sommé, après la paix de Nimcgue, de prêter serment de fidélité à Louis XIV pour différents bailliages dont la ville est propriétaire et qui ont été compris dans les cessions faites au roi , le magistrat refuse. Mais Louis XIV appuie sa sommation de la présence d'une armée commandée par le baron de Montclar; il faut céder : Strasbourg ouvre ses portes et déclare se mettre sous la protection du roi de France. Ses institutions , sa liberté religieuse lui sont garanties parla capitulation ; seulement on rend la cathédrale au culte catholique.
Ce fut alors que Louis XIV fit construire de nouvelles fortifications et une citadelle, sous la direction de Vauban.
A partir de ce moment , la ville de Strasbourg a partagé toutes les destinées delà France, et son histoire se perd dans celle de notre pays.
Riche en souvenirs, la vieille capitale de l'Alsace ne Test pas autant en monuments ; cependant elle possède le plus étonnant et en même temps l'un des plus beaux qui soient au monde : la cathédrale.
Sur l'emplacement qu'elle occupe, Glovis érigea la première église chrétienne de Strasbourg, au moins celle que des faits authentiques permettent de considérer comme la première. Bâtie en terre et en bois, cette église, après avoir subsisté plusieurs siècles , fut reconstruite par Pépin et par Charlemagne avec une magnificence qui excitait l'enthousiasme d'Ermold le Noir, prêtre d'Aquitaine, exilé à Strasbourg par Louis le Débonnaire. Incendiée deux fois, en 873 et en 1002, détruite enfin par la foudre, en 1007, elle renaquit de ses cendres, plus grande, plus belle, plus majestueuse. Ce fut l'évêque Wernher qui jeta, en 1015, les fondements du nouvel édifice. Suivant les chroniques, ce travail employa , chaque jour, durant treize ans, plus de 100 000 bras. L'église de Wernher ne fut pas plus heureuse que celle de Charlemagne : quatre incendies la réduisirent, dans le xu e siècle , à un tel état de dégradation qu'il fallut encore la rebâtir. L'évêque Conrad de Lichtenberg confia ce soin k maître Erwin de Steinbach , le premier des architectes de ce temps. Erwin acheva la nef en 1275. Alors commença l'érection des tours qui, selon le plan primitif conservé dans les archives du chapitre, devaient. être semblables et avoir une élévation de 594 pieds. Conrad lui-même en posa la première pierre , le 25 mai 1277. Les travaux, contrariés en 1289 par un tremblement de terre qui ébranla la cathédrale, et en 1298 par un incendie qui dévora la charpente, n'en furent pas moins
poussés avec ardeur, et dirigés par Erwin jusqu'en 1318, époque de sa mort. Son œuvre, continuée jusqu'en 1339 par son fils Jean, passa ensuite sous la direction de différents maîtres. La tour méridionale fut arrêtée à la plate-forme terminée en 1365. La tour du nord fut seule achevée, et n'atteignit point la hauteur primitivement déterminée ; on ne lui donna que 437 pieds. Jean Hùltz de Cologne, appelé pour finir l'édifice, posa en 1439 la dernière pierre de la flèche.
Une fatalité semblait peser sur ce magnifique ouvrage des hommes : en 1654, la flèche fut brisée par la foudre; Heckler la rebâtit en trois ans. Sous prétexte d'embellissement, on vit de véritables barbares abattre en 1682 l'admirable jubé d'Erwin, tapisser le chœur, dix ans plus tard, de lambris en bois peint et doré , détruire en 1732 une partie de la nef pour agrandir le chœur, construire enfin des tribunes pour y placer les musiciens. En 1759, la toiture de la nef, alors couverte en plomb , fut atteinte et détruite par le feu du ciel. Les hommes de 1793 y firent de nouvelles dégradations en* abattant deux cent trente-cinq statues de saints et de rois, et, pour sauver la flèche , il fallut coiffer la cathédrale d'un énorme bonnet phrygien de fer-blanc peint en rouge. Enfin, de nos jours, en 1834, de grands dégâts furent encore causés par la foudre; mais, pour prévenir de nouveaux accidents, on a surmonté la flèche d'un paratonnerre.
« Le premier aspect de la cathédrale, dit M. Schmidt (Notice sur Strasbourg), produit sur l'âme une impression profonde. On est saisi d'étonnement et d'admiration à la vue du sublime édifice, dont la flèche s'élance avec tant de grâce et de majesté dans les airs. Sans doute , quand on le considère en détail, on est frappé de la disproportion entre les différentes parties : la nef n'est pas en accord avec les dimensions de la tour ; le chœur et la croisée y répondent encore moins; mais, si ce défaut d'unité peut nuire à l'harmonie du monument, l'impression que celui-ci produit 9* . ' h
n'en est pas moins extraordinaire. Et d'ailleurs cette diversité de styles n'a-t-elle pas un intérêt tout particulier pour celui qui cultive l'histoire de l'architecture ? La cathédrale réunit, pour ainsi dire, tous les styles du moyen âge , depuis l'art byzantin , avec sa grave simplicité , jusqu'aux dernières lueurs de l'art gothique tombé en décadence, et couvrant ses œuvres d'une surabondance d'ornements superflus. Le genre byzantin domine dans les constructions primitives du chœur et de ses ailes, et même, en partie, du bas de la nef; plus haut, le style où prédomine l'ogive s'y mêle de plus en plus, et finit par le remplacer entièrement. »
Un parvis élevé de plusieurs marches conduit aux trois portails qui décorent la façade. Celui du milieu, orné de colonnes et de quatorze statues représentant les prophètes de l'Ancien Testament, est le plus grand et le plus beau ; une porte de bois remplace aujourd'hui la porte d'airain sculptée qui le fermait autrefois, et que la Révolution a convertie en monnaie. Les statues qui ornent le portail de droite sont les dix vierges avec l'Époux et l'Épouse; au portail de gauche, ce sont d'autres Vierges écrasant les péchés capitaux. Un grand nombre de figures plus petites et de bas-reliefs décorent les voussures et les tympans de ces trois portails, au-dessus desquels se trouvent placées , sur la ligne où commence le second étage , les quatre statues équestres de Clovis , de Dagobert, de Rodolphe de Habsbourg et de Louis XIV: les trois premières datent de 1291 ; la quatrième fut érigée seulement en 1828. Au-déssus du portail du milieu est une magnifique rose en vitraux peints, d'une construction aussi élégante que hardie, ayant une circonférence extérieure de 50 mètres, et un diamètre de 16. Aux côtés nord et sud, les deux tours sont percées chacune d'une grande fenêtre ornée de rosaces élégantes. Ce sont encore des rosaces qui décorent les frontons des portails latéraux.
STRASBOURG. 115 Les stalues des apôtres remplissent une galerie qui règne
La cathédrale de Strasbourg.
au-dessus de la rose du milieu ; plus haut, on voit Jésus-Christ
tenant une croix et une bannière. A chaque côté de ce même étage, les tours présentent une haute fenêtre ogivale devant laquelle sont de très-minces piliers.
Le troisième étage est occupé, entre les deux tours, par un clocher massif, d'une construction postérieure, qui renferme quatre cloches, dont la plus grosse, fondue en 1427, pèse 9000 kilogrammes. Tout cet étage, à l'exception de la tour du nord , est couronné par la plate-forme, qu'on a déparée par la construction d'une maisonnette, utile peutêtre, mais à coup sûr fort disgracieuse.
Si , de cette plate-forme , votre vue embrasse le vaste panorama qui se développe autour de vous, vous admirerez avec Goethe « cette superbe Alsace , cette belle et grande ville , ces prairies qui l'entourent et qui sont couvertes d'arbres magnifiques et d'épais ombrages; cette végétation si riche qui décore les rives et les îles du Rhin , la plaine en pente du côté du sud , que l'Ill arrose, les enfoncements des montagnes, qui charment l'œil par un mélange agréable de bois et de terres cultivées , les collines du nord coupées par une infinité de petits ruisseaux partout si favorables à la rapidité delà végétation..., l'excellente culture de ce pays si propre k la production, partout verdoyant, partout promettant d'abondantes récoltes ; les villages, les métairies qui en signalent les plus beaux sites ; enfin cette grande et immense plaine que bornent de toutes parts des montagnes boisées. »
C'est sur la tour du nord que s'élève le Munster; tel est le nom donné à la flèche. Elle est supportée par une tour qui , de loin, paraît carrée, et pourtant est octogone : cela tient à ce que quatre des faces sont cachées par quatre escaliers tournants qui mènent à la flèche. Parmi les statues qui décorent cette tour, on vous fera remarquer celle qui , dit-on , représente Erwin de Steinbach. Par les escaliers tournants , dont le travail réunit la hardiesse, l'élégance et la légèreté, vous arrivez à une galerie où commence la flèche. C'est un
obélisque k huit pans, découpé à jour avec une incroyable délicatesse; il se compose de six étages de petites tourelles, posés l'un sur l'autre en pyramide. Au-dessus du sixième étage est la lanterne, k laquelle conduisent huit escaliers, tournants, fortement k jour; de lk vous arrivez, par des degrés pratiqués extérieurement, k la couronne; plus haut, au-dessus d'un autre évasement, appelé la rose, la flèche continue de s'élancer, en formant une croix haute de cinq pieds quatre pouces; enfin cette croix se termine par un bouton surmonté d'un paratonnerre; le bouton a 0 m ,460 de diamètre. Le Munster ne le cède , en hauteur , dans le monde , qu'k la grande pyramide d'Egypte, qui le dépasse seulement de 2 mètres. -
Couverte d'un toit en cuivre, depuis l'événement de 1759, la nef est percée de grandes fenêtres en ogive, ornées de rosaces; de jolis clochetons, des statues, des gargouilles grotesques complètent la décoration extérieure du monument.
A l'intérieur, d'autres objets appellent l'admiration du visiteur : rien de plus imposant que cette nef, soutenue de chaque côté par sept faisceaux de colonnes, dont les deux premiers supportent également les tours; rien de plus mystérieux que le jour auquel donnent passage les magnifiques vitraux exécutés en 1348 par maître Jean de Kirchheim. A gauche de la nef, deux chefs-d'œuvre : la chaire que Jean Hammerer sculpta d'une façon si délicate en 1486, et les orgues posées en 1714 par André Silbermann.
Deux piliers, dont les chapiteaux sont d'un style antérieur au gothique,joignent le chœur et la nef, entre lesquels règne une disproportion qui frappe au premier coup d'œil. Parmi les colonnes qui supportent la voûte du chœur, il en est une formée d'un faisceau de piliers, qu'on appelle la colonne des Anges; sa construction, évidemment postérieure, est attribuée à Erwvn. Dans l'aile méridionale, en face d'une statue de l'évêque Wernher, exécutée par M. Friederich, est
placée l'horloge astronomique d'Isaac Habrech(ir>74 ), restaurée, ou plutôt reconstruite d'après un plan nouveau, par M. Schwilgué, de 1838 à 1842.
Cette horloge renferme un comput ecclésiastique avec toutes ses indications; un calendrier perpétuel avec les fêtes mobiles, tant celles qui dépendent du jour de Pâques que
L'horloge du la calhédralc.
celles qui sont en rapport avec l'Avent; un planétaire d'après le système de Copernic, présentant les révolutions moyennes tropiques de chacune des planètes visibles à l'œil nu; les
phases de la lune; les éclipses de soleil et de lune ; le temps apparent et le temps sidéral ; une sphère céleste avec la précession des équinoxes; les équations solaires et lunaires pour la réduction des mouvements movens du soleil et de la lune en temps et lieux vrais , etc.
Toutes les indications de l'ancienne horloge, dont la plupart n'étaient que figurées en peinture , et qu'on aurait dû renouveler k diverses périodes, sont ici reproduites à perpétuité par des combinaisons mécaniques basées sur nos connaissances actuelles.
Les statuettes, qui n'avaient pas d'articulations, sont présentement mobiles; le nombre de ces statuettes a été
augmenté des douze apôtres, lesquels, malgré une croyance populaire , n'ont jamais existé dans l'ancienne horloge. Le coq a été remplacé par un autre coq , dont les mouvements et le chant imitent la na ture K
La chapelle Saint-André, dont les colonnes et les ornements sont d'un style très - ancien , renferme les sépultures de plusieurs évêques , entre autres celle de Henri de Hasenbourg , mort en
1190. La chapelle Saint- La chapelle Saint-André. Jean - Baptiste offre un
beau monument gothique élevé h la mémoire de Conrard de Lichtenberg, mort