Ces détails sont tirés d'une notice de M. Schwilgué
en 1299. Un tombeau, remarquable par les nombreuses figures qui le décorent et par la manière dont elles sont groupées , se trouve dans une chapelle de l'aile droite , dédiée à sainte Catherine; c'est le monument d'un noble strasbourgeois , Conrad Bock, mort en 1480.
Sous le chœur est une chapelle souterraine, formant une nef avec deux absides ; c'est la partie la plus ancienne de l'édifice. En 1683, on y transporta, de la chapelle des Augustins , un groupe appelé le Saint-Sépulcre , qu'on y voit encore aujourd'hui. Ce groupe est très-ancien; il représente Jésus-Christ et ses disciples à la montagne des Oliviers.
115 mètres 30 centimètres de longueur, 43 mètres environ de largeur, 23 mètres 30 centimètres de hauteur, telles sont les dimensions de la nef de la cathédrale de Strasbourg; elles suffiront pour donner une idée de la grandeur de ce gigantesque monument.
Vis-à-vis. le côté méridional delà cathédrale , on aperçoit une belle maison de la renaissance; c'est là qu'est établie la recette de Y OEuvre Notre-Dame, administrée successivement par les évêques, par le chapitre, par le magistrat, et enfin par le conseil municipal. Plusieurs anciens plans, sur parchemin , de la façade et des tours, sont conservés dans cette maison, nommée Frauenhaus, bâtie en 1581, et qui renferme un escalier remarquable par l'élégance et par la légèreté de sa construction.
Le château royal , résidence de l'évêque , est un des plus beaux édifices de Strasbourg. Situé entre 1*111 et la partie méridionale de la cathédrale , sur une place qui porte son nom , il fut bâti par le cardinal de Rohan, de 1728 à 1741. Au-dessus de la grande porte d'entrée est une galerie décorée de statues assez médiocres. Du côté de la rivière , la façade est remarquable par sa belle colonnade. Le rez-dechaussée se compose de belles salles où ont lieu des réu-
nions scientifiques , des expositions , des concerts; on y voit quelques tableaux , des vases et des bustes antiques.
Vis-à-vis le château , et touchant la cathédrale , est le collège des jésuites , aujourd'hui le lycée, construit, en 1756, sur l'emplacement de l'hôtellerie du Thiergarten, où logèrent Pie II et Louis XIV. Ce fut dans cette hôtellerie que l'illustre inventeur de l'imprimerie fit ses premiers essais.
De l'autre côté de 1*111 , on admire Je beau chœur et les vitraux peints de l'église de Sainte-Madeleine.
Plus loin , vers l'est , entre 1*111 et la citadelle , s'élève un vaste bâtiment qui fut d'abord un hospice d'enfants trouvés, puis une école de travail pour les pauvres, et qui renferme aujourd'hui l'académie. Là sont réunis une grande salle des Actes , les salles des facultés de droit , de médecine et des lettres, les salles et les laboratoires de physique et de chimie, la bibliothèque de l'académie, les cabinets d'anatomie, de chirurgie et de physique, la salle des cours de théologie, le muséum d'histoire naturelle, la salle des cours d'histoire naturelle et de mathématiques, les chambres d'optique et • l'observatoire.
La bibliothèque spéciale de l'académie, qui réunit aujourd'hui celles des cinq facultés, se compose principalement d'ouvrages modernes , et compte environ 40 000 volumes.
Le musée d'histoire naturelle occupe sept salles au second étage, deux consacrées aux collections zoologiques, une aux collections de botanique , une aux squelettes et aux préparations d'anatomie comparée , et trois aux collections de minéralogie et de géologie. La salle des ovipares renferme 4 100 espèces d'oiseaux , 320 espèces de reptiles , plus de 600 espèces de poissons , 2500 espèces de coquilles. Dans la salle des mammifères et des crustacés, on remarque le protèle de . Lalande, le couïa [myspotamus coipus), la viscache, le musc, les bouquetins du Piémont , des Pyrénées et de la Nubie , le rhinocéros de Sumatra, un éléphant d'Asie long de plus de
3 mètres, sur une hauteur de plus de 2; une magnifique collection de lépidoptères , composée de plus de 2000 espèces. Les salles de minéralogie et de géologie se composent de collections du premier ordre : on y voit une mâchoire inférieure de dinothérium, un ichthyosaure, un plésiosaure, un crâne de grand reptile maëstricht , un superbe pentacrite briarée , etc.
Le musée d'anatomie est riche d'environ 4000 pièces, les unes sèches ou conservées dans l'alcool , les autres jnoulées en cire ou en plâtre. Parmi les plus belles et les plus curieuses, on remarque une tête désarticulée, préparée par Albinus, une série d'injections des vaisseaux lymphatiques de tous les organes de l'homme , une collection de pièces démontrant la distribution de toutes les artères du corps , de belles préparations de l'appareil cérébro-spinal , et un f grand nombre de pièces d'anatomie pathologique du système nerveux.
Près de l'académie , dans une position peu favorable , se trouve le jardin botanique; on y cultive environ 3000 espèces de plantes, classées suivant la méthode de Jussieu. L'orangerie et la serre chaude renferment plusieurs plantes intéressantes. On remarque dans le jardin un très-beau gymnocladus Canadensis, de 25 mètres de hauteur.
Si l'on revient vers l'intérieur de la ville, avant de passer sur le pont Saint-Guillaume, on entre dans l'église de ce nom voir les tombeaux de Philippe et d'Ulrich, comtes de Werde et landgraves d'Alsace , et un très-ancien basrelief sculpté en bois, représentant le fondateur de l'ordre . des guillelmites, Guillaume d'Aquitaine, au moment où il se prépare à revêtir l'habit monacal.
De l'autre côté du pont , le bâtiment qui s'offre le premier à la vue est la manufacture de tabacs, autrefois le monastère de Saint-Étienne, fondé au commencement du vm e siècle par le frère de sainte Odile, Adalbert, duc d'Alsace. Enlevée
au culte par la Révolution , l'église, après avoir servi de magasin et de théâtre, a été momentanément rendue en 1821 à sa destination primitive ; aujourd'hui elle est de nouveau convertie en magasin. C'est un des plus anciens monuments du style byzantin.
En suivant la rue de l'Arc-en-Ciel, on arrive dans une rue très-peu droite ,* très-peu régulière, que l'on appelle rue Brûlée; voici d'où lui vient ce nom : lorsque, en 1348, la pestg noire commença ses ravages, le bruit se répandit parmi le peuple que les sources avaient été empoisonnées
lioicl de la préfecture el ihéâire.
par les juifs. Une grande agitation règne aussitôt dans la ville; la haine des Strasbourgeois , jusqu'alors comprimée par le magistrat, se réveille avec une fureur que rien ne peut dominer; impuissants devant une foule en délire, le magistrat , le sénat donnent leur démission. Un nouveau sénat est nommé, et favorise l'effervescence populaire au lieu
de chercher à la calmer. Plus de deux mille juifs sont traînés vers un immense bûcher qu'on a dressé dans leur cimetière, et lk on brûle tous ceux qui refusent de se laisser baptiser. Cette horrible exécution eut lieu le 14 février 1349 , à l'endroit même où est aujourd'hui l'hôtel de la préfecture.
Cet hôtel est un des plus beaux de la ville; près de quatre siècles s'étaient écoulés depuis l'extermination des juifs, lorsqu'il fut bâti par François-Joseph Klinglin , préteur royal. Il est entouré de très-beaux jardins.
Dans la rue Brûlée se trouve encore l'hôtel de ville, grande et sévère construction de 1737, dont le perron sur la promenade du Broglie ne date que de 1840. Avant d'être transférée dans ce bâtiment, la mairie occupait un joli hôtel construit en 1585 par l'architecte Daniel Speklin, ou la chambre de commerce tient aujourd'hui ses séances.
Depuis 1840, un musée de peinture est établi dans les salles du rez-de-chaussée de l'hôtel de ville. Quoique peu riche encore, il possède cependant quelques originaux d'un grand prix et des copies qui ne manquent pas de mérite. On y admire, parmi quelques tableaux de l'ancienne école allemande et des écoles flamande, italienne et française : un Christ couronné d'épines, par Martin Schœn, de Colmar; une Sainte Apolline, du Pérugin ; un Saint Jérôme dans le désert du Corrége ; une toile du Guide représentant la Vierge avec Venfant Jésus et saint Jean-Baptiste ; une Adoration des Mages, par Philippe de Champagne; une Madeleine aux pieds du Christ, par Carlo Dosso ; Bar-Jésus devant Sergius Paulus , par Lemoyne ; un Pâtre buvant à une fontaine, par M. Heim; deux charmantes statues en marbre de M. Ohmâcht : Vénus et Flore, et un Icare en bronze, de M. Grass.
C'est aussi dans l'hôtel de ville qu'est conservé le précieux dépôt des archives de la ville de Strasbourg. On y trouve des documents curieux et d'un haut intérêt : les privilèges accor-
dés à Strasbourg par des empereurs d'Allemagne ; des bulles pontificales; les lettres écrites à la ville par les empereurs, les impératrices, les rois des Romains, depuis 1212; des documents sur la défense des droits et des libertés de la ville ; les titres de l'ancienne université de Strasbourg ; 41 volumes in-folio contenant les mandats ou lois de la magistrature, depuis 1412; les actes sur les francs juges et tribunaux westphaliens ; les pièces concernant les juifs et les armagnacs.
Théâtre de Strasbourg.
A l'extrémité de la promenade du Broglie est le ihéâtre : commencé par M. Villot, en 1804 , terminé en 1821 , il est d'une architecture simple; six colonnes'ioniques , un entablement surmonté de six Muses sculptées par Ohmacht , forment son péristyle, qui est d'un bel effet. Bien distribué, il offre à l'intérieur une salle vaste, des corridors spacieux et de beaux escaliers.
Saint-Pierre-le-Jeune, construit en 1031 , restauré en 1290, n'offre de remarquable qu'une particularité qui, du reste, lui est commune avec quelques autres églises
de Strasbourg : c'est d'être mixte. Un mur sépare le chœur et la nef : dans celle-ci , les protestants célèbrent leur culte; le chœur est consacré au culte catholique.
En traversant le canal des Faux-Remparts qui , du côté nord , forme une ceinture à la ville , on trouve l'embarcadère du chemin de fer , dont les constructions en bois ne sont que provisoires, et la halle aux blés, bâtie sous la direction de M. Villot, en 4830; cet édifice, k la fois élégant et solide , peut contenir , outre les dépôts des boulangers de la ville , plus de 5000 hectolitres.
La place Kléber est la plus grande de Strasbourg. C'était autrefois la place des Gordeliers; ces moines y avaient leur couvent, à côté duquel s'élevait urie tour flanquée de tourelles, où étaient conservés le trésor et les archives de la ville. La tour et le couvent disparurent en 4767-1768; on les remplaça par le vaste hôtel où est aujourd'hui l'état-major ; la place reçut le nom de place d'Armes. Au milieu , sur un piédestal orné de bas-reliefs et d'inscriptions, se dresse fièrement la statue en bronze de Kléber. Ce général a été représenté par M. Philippe Grass au moment où , avant la bataille d'Héliopolis , sommé de se rendre par l'amiral anglais, il dit à son armée : « Soldats , on ne répond à une telle insolence que par des victoires ; préparez-vous à combattre ! » Les deux bas-reliefs ont pour sujets : à droite, la bataille d'Héliopolis (20 mars 4800); à gauche, la bataille d'Altenkirchen (26 juin 4796). La face antérieure du piédestal porte cette inscription :
J. B. KLÉBER , NÉ A STRASBOURG , LE 6 MARS 1158, ADJUDANT GÉNÉRAL A L'ARMÉE DE MAYENCE , GÉNÉRAL DE BRIGADE A L'ARMÉE DE LA VENDÉE, GÉNÉRAL DE DIVISION A L'ARMÉE DE SAMBRE-ET-MEl'SE, GÉNÉRAL EN CHI F EN EGYPTE, MORT AU CAIRE, LE 14 JUIN 1800.
Sur la face postérieure, on lit :