ICI REPOSENT SES RESTES
Sous le monument est un caveau où furent déposés, en 1838, les restes de Kléber, qui, vingt ans auparavant, avaient été transportés du château d'If, près de Marseille, à la cathédrale. La place reçut alors et à gardé le nom de Kléber.
Place Kléber.
Le Temple-Neuf est situé k peu de distance de la place Kléber. C'est, à l'extérieur, un monument assez insignifiant; commencé en 1254, terminé en 1280, il fut dédié à saint Barthélémy, et devint l'église des frères prêcheurs. Une allée sépare aujourd'hui l'église et le chœur; ce dernier était remarquable par ses vitraux et par la légèreté de ses voûtes ; l'église se compose de quatre nefs, que séparent des piliers surmontés d'arceaux et de voûtes en ogive. Lorsque les frères prêcheurs eurent quitté la ville, à la suite de leurs dé-
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mêlés avec le magistrat qui voulait réprimer la cupidité de cet ordre mendiant (1286), leur église fut fermée : on en fit un magasin en 1546; elle devint plus tard le temple principal des protestants.
Cette église renferme plusieurs monuments précieux : une pierre sépulcrale du xvi e siècle , retrouvée en 1837, et d'une admirable beauté, quoique dégradée; elle porte, en ronde bosse, la statue colossale de Jean Ortwin, évêque suffragant de Strasbourg ;
Une peinture à fresque, représentant la danse des morts : « Gès peintures, qui datent sans doute du xv e siècle, furent découvertes en 1824, à l'occasion des grandes réparations que l'on faisait dans l'église. Le premier tableau représente le sermon d'un dominicain, adressé à des personnes de diverses conditions. Sur les tableaux qui suivent, on voit la mort conduisant au tombeau le pape et ses cardinaux, l'empereur et l'impératrice avec leur suite , le roi et la reine, l'évêque et différents clercs. Plusieurs tableaux qui, par suite de l'humidité des murs , n'étaient plus guère connaissablés, ont été reoouverts de badigeon. Cette perte est vivement à regretter; car ce qui nous reste de cette danse des morts est d'une beauté remarquable , tant à cause du fini du travail que de l'expression des têtes; loin de retrouver ici le caractère satirique que l'on remarque dans plusieurs autres monuments de ce genre, on voit une gravité, une tristesse solennelle répandue sur toutes les scènes, et jusque sur la figure de la mort elle-même. » (Schmidt, Notice sur Strasbourg.)
Un très-bel orgue de Silbermann couvre le mur qui sépare l'église du chœur. Derrière ce mur est un couloir qui conduit à l'auditoire du Temple-Neuf, belle et vaste salle ornée de jolis vitraux, dans laquelle se font diverses réunions et solennités protestantes.
Le chœur, divisé depuis quelques années en un rez-dechaussée et deux étages, forme aujourd'hui trois grandes
salles , dont la supérieure , qui conserve quelques vitraux peints, a pour plafond les ogives de%l'ancienne voûte. Ces salles renferment une collection d'antiquités et la bibliothèque de la ville.
Parmi les objets curieux dont se compose la collection d'antiquités, on remarque :
Dans le vestibule : deux statues colossales, représentant l'évêque Arbogast et Rodolphe de Habsbourg, qui, avant d'être empereur, avait été capitaine des Strasbourgeois. — Plusieurs autels et bas-reliefs du dieu gaulois Teutatès. — Un autel trouvé à Horbourg, consacré à Apollon sous le nom gaulois de Grannus (soleil). — Une pierre tumulaire représentant un guerrier gallo-romain complètement armé , avec l'inscription Leoniius.
Sur le palier de l'escalier : les anciennes armoiries de Strasbourg, en bas-relief, sur une table de pierre, autrefois placée au-dessus de l'entrée des greniers publics de la ville.
Dans le cabinet du premier étagé : une petite Vénus en bronze, d'un travail parfait. — Un beau calice en verre, trouvé dans un cercueil de pierre, près de la porte Nationale ; on y lit cette inscription : Salve, Maximiane Auguste. L'Italie en possède un semblable; ce sont les deux seuls qui existent. — Une collection des médailles de Strasbourg et de l'Alsace, contenant quelques pièces de la période franque. — Le grand Schwœrbrief (constitution), lu et juré chaque année devant la cathédrale. — Un plan en relief de la ville et des fortifications, fait par Specklin en 4574.
Au second étage : la petite bannière de la ville de Strasbourg, en soie, peinte des deux côtés, représentant la Vierge assise , étendant les bras , et tenant l'enfant Jésus sur ses genoux. — La même Vierge , représentée dans une peinture byzantine, très-vive de couleurs, exécutée sur une étoffe chargée de craie, qui recouvre une table de bois. — Une collection de vitraux de l'ancienne chartreuse de Molsheiro 63 i
exécutée , d'après Martin de Vos d'Anvers , par Léonard et Laurent Linck, de 4620 à 1632.
La fondation de la bibliothèque de la ville, de même que celle de la collection d'antiquités, ne remonte pas plus haut que 1765; elles ont pour origine commune la donation, faite à la ville par Schœpflin, de riches collections qu'il avait formées laborieusement et à grands frais.
A la bibliothèque donnée par Schœpflin on a réuni , dans le même local, la bibliothèque de l'ancienne université de Strasbourg, devenue celle du séminaire protestant; elles possèdent ensemble plus de 130 000 volumes. Elles sont riches en ouvrages d'histoire, d'histoire littéraire, de littérature, de philosophie et de théologie; on y remarque un don du gouvernement anglais, la série des volumes publiés par la record-corfimission.
La salle du rez-de-chaussée renferme une belle collection de manuscrits et de vieilles impressions du xv e siècle. On y remarque surtout des manuscrits du moyen âge provenant de la bibliothèque de l'ancienne commanderie de Saint- Jean ;
La collection des différentes constitutions de Strasbourg, depuis le xm e siècle ;
Un titre par lequel le chapitre de Saint-Thomas prête une somme de 80 livres à Gutenberg ;
Un grand volume, intitulé Uortus deliciarum, écrit vers 1280 par Herrade de Lansberg, abbesse du couvent de •Sainte-Odile ; cet ouvrage est orné de nombreuses miniatures qui, sous le rapport de l'histoire de l'art et des costumes, sont du plus grand intérêt ;
Un recueil de prières du vm e ou du ix e siècle, écrit, sur vélin pourpré, en caractères d'or et d'argent ;
Un missel portant les armes de Louis XII , signé par l'archevêque François de Lyon ;
Un bréviaire enrichi de belles miniatures ;
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Un dictionnaire des notes tironiennes , ou caractères sténographiques usités dans la chancellerie des rois carlovingiens ;
Un recueil des lois canoniques, fait par Rachio, évêque de Strasbourg, et écrit en 788 ;
Rue des Grandes- Arcades.
Le poëme de la guerre de Troie, comptant 60 000 vers, par Conrard de Wùrzbourg ;
Les sermons de maître Eckart et de Jean Tauler ;
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Les chroniqnes de Kœnigshoven, en allemand et en latin.
Ouverte au public, de deux k cinq heures, les lundis, mercredis, jeudis et vendredis, la bibliothèque peut être visitée tous les jours par les étrangers.
Du Temple-Neuf, la rue de l'École et la rue des Grandes- Arcades conduisent à la place de l'ancien marché aux herbes, qui doit son nom à la statue de Gutenberg. Ce monument, dû au ciseau de M. David (d'Angers), a été inauguré en 1840. L'inventeur de l'imprimerie y est représenté au moment où il vient de retirer de sa presse une feuille sur laquelle on lit ces mots : « Et la lumière fut ! » La statue est en bronze; elle repose sur un piédestal en grès, orné de bas-reliefs allégoriques.
Un peu plus loin, près du pont du Corbeau, et sur la rive gauche de l'Ill, se voit un vieux bâtiment qui date en partie de 1338, et en partie de 1781, c'est \z halle commerciale.
La rue de la Douane et le quai conduisent en peu d'instants à celui des édifices de Strasbourg qui, après la cathédrale, éveille le plus la curiosité du voyageur. A la place qu'il occupe, s'élevait autrefois un palais où séjournèrent des rois francs. Près de ce palais, des moines écossais et irlandais bâtirent, au vr siècle, un petit hospice et un oratoire en bois, qu'ils dédièrent à Saint-Thomas. En 822, le palais franc avait disparu, et son emplacement se trouvait envahi par l'oratoire, que i'évêque Adeloch avait converti en église. Incendiée en 1007, reconstruite en 1031, incendiée de nouveau en 1144, rebâtie encore une fois, cette église menaçait de tomber en ruine en 1264, lorsque I'évêque Henri la réédifia telle qu'elle est aujourd'hui. La nef date de 1270; les restaurations delà tour antérieure sont de 1300, de 1366 et de 1398; on fit, de 1348 à 1367, la tour octogone qui surmonte le chœur; en 1330, les piliers de bois qui soutenaient la nef furent remplacés par des colonnes en pierre, et l'on ajouta à l'église les chapelles latérales.
En 1549, vingt-six ans après que le curé Antoine Firn, de Haguenau, y eut prêché pour la première fois la réforme, l'église Saint-Thomas fut définitivement cédée aux protestants, ainsi que ses revenus.
Une tour occidentale, de construction byzantine dans sa partie inférieure; une tour orientale, de style gothique, ter-
Eglise Sainte-Thomas.
minée par une galerie ; voilà pour l'extérieur. A l'intérieur, vous remarquerez de beaux vitraux coloriés, des orgues d'André Silbermann, et les piliers élancés qui soutiennent la voûte.
Mais c'est par les monuments qu'elle renferme que l'église Saint-Thomas est surtout remarquable.
Celui qui tout d'abord frappe et étonne le regard , est le chef-d'œuvre de Pigalle, le mausolée que Louis XV fit ériger, en 1777, à la mémoire du maréchal Maurice de
Saxe. Quelques critiques que Ton ait faites du sujet de la composition, on ne saurait nier qu'elle ne soit d'un effet imposant et d'une admirable mise en scène. Devant une pyramide en marbre gris est un sarcophage. Le maréchal est debout; il descend d'un pas ferme les marches qui conduisent au cercueil. A sa droite sont renversés sur leurs drapeaux brisés l'aigle d'Autriche, le lion belge, le léopard anglais. A sa gauche, devant les drapeaux de la France, le
Tombeau du maréchal de Saxe
génie de la guerre, en pleurs, tient son flambeau renversé. Plus bas que le génie, et devant le maréchal, la France, sous les traits d'une femme éplorée, d'une main s'efforce de retenir son héros, tandis que de l'autre elle essaye de repousser la Mort. Celle-ci, montrant au maréchal le cercueil ouvert, semble lui annoncer que son heure est arrivée. De l'autre côté du sarcophage, et faisant pendant à la Mort, on voit Hercule, la tête appuyée sur une main, et plongé dans la douleur.
Sur la pyramide est l'inscription suivante :
MAURITIO SAXON1 CURLAND1£ ET SEMlGALLliE DUC1 SUMMO REGI 0 RU M EXER- CITCUM PR£FECTO SEMPER VICTORI LUDOVICUS XV VICTORIARUM AUCTOR ET 1PSE DUX rONI JUSSIT. OBI1T XXX NOV. ANNO MDCCL vETATlS LV.
Pendant la Terreur, ce monument échappa k la destruction, grâce k l'heureuse idée qu'eut un garde-magasin, nommé Mangelschott, de faire entasser du foin et de la paille dans l'église de Saint-Thomas.
Un monument extrêmement curieux est le cercueil en pierre de l'évêque Adeloch, placé dans une niche, k gauche du chœur. Il porte pour date DCCCXXX, et pour inscription : Adelochus prxsul ad Dei laudes ampli ficandas hanc œdem collapsam instauravit. Le devant de ce cercueil, divisé en sept compartiments, est remarquable par ses sculptures.
L'église Saint-Thomas renferme encore plusieurs monuments élevés k des savants qui ont illustré l'université de Strasbourg. On remarque celui qui fut érigé k Schœpflin par sa sœur; celui de l'histoVien Koch et celui de Jérémie- Jacques Oberlin, exécutés par Ohmacht.
Dans une petite pièce, on montre aux curieux deux momies, un comte de Nassau-Saarbrûck et une jeune fille inconnue, qui ont présenté un certain intérêt tant qu'on est parvenu à leur conserver leurs véritables costumes; malheureusement, ces costumes n'ont pu résister k l'action corrosrve du temps, et, refaits avec des étoffes de notre époque, ils ont perdu la plus grande partie de leur prix.
Il reste à visiter, parmi les édifices religieux, la plus ancienne église de Strasbourg , Saint -Pierre -le -Vieux , dont la construction remonte au commencement du iv e siècle; elle est due k un missionnaire, nommé Materne, qui avait prêché le christianisme en Alsace. Située hors des murs, sur les bords de l'Ill, cette église fut en peu df
temps entourée d'habitations, et, vers l'an 700, on la trouve comprise dans l'enceinte. Agrandie en 4428, et surmontée d'une flèche assez élégante en 1432, elle fut, en 1683, partagée entre les protestants et les catholiques.
On peut dire de la ville de Strasbourg qu'elle est à son . époque de transition : ce n'est pas encore une ville moderne ; ce n'est déjà plus tout à fait une ville du moyen âge. S'il faut en juger par les changements opérés, la transformation se fera lentement; il s'écoulera peut-être des siècles avant qu'elle soit complète. Voilà, par exemple, cent soixante-neuf ans qu'elle est réunie à la France, et, si elle est devenue française de cœur, elle n'a du moins pas cessé d'être allemande d'esprit. Au reste, sa vieille physionomie n'est pas ce qu'elle offre de moins curieux au visiteur; on parcourt avec intérêt ses rues étroites, irrégulières, où l'on rencontre quelques beaux bâtiments de la renaissance , de jolies maisons en bois , élégamment sculptées, et même de ces étranges habitations à étages saillants, qui, se touchant presque par le sommet, ne semblent avoir été faites ainsi que pour empêcher la lumière d'arriver à l'espèce de rue qu'elles forment en bas. Dans ces quartiers-là, chaque pas conduit devant un souvenir; ce sont les pages bien conservées d'un vieux livre d'histoire.
Mais, si la ville de Strasbourg, dans sa métamorphose, doit un jour perdre beaucoup de son intérêt historique, il est juste de reconnaître que, sous le rapport hygiénique, elle en sera grandement indemnisée. On peut en juger déjà par les quelques rues largement aérées et éclairées , bordées de maisons commodes, qu'on a substituées à de véritables ruelles aussi malsaines que sombres. L'administration municipale a droit surtout à de grands éloges pour avoir introduit le trottoir en bitume dans une ville où l'on s'écorche les pieds sur un pavé composé de véritables têtes de clous.
Les ponts de Strasbourg, à l'exception de quelques-uns
qui sont en fonte et d'une seule arche , n'ont de remarquable que leur nombre; ils sont jetés sur les deux bras de l'Ill, qui, après avoir reçu les eaux de la Bruche, traverse en se divisant la ville, dont la plus grande partie se trouve ainsi former une île. A l'entrée de la rivière, une écluse, construite par Vauban en 1686, réunit les deux rives, et a pour destination de remplir, en temps de guerre, les fossés des fortifications. Plus loin, à l'endroit où 1*111 se sépare en deux bras, celui de droite forme quatre canaux sur lesquels sont jetés des ponts, autrefois couverts, qui faisaient partie de l'enceinte de la ville. Les tours dont ils étaient flanqués ont été conservées , et donnent à ce quartier un certain aspect de tristesse. Le bras gauche de 1*111 est canalisé et va joindre le Rhin par on embranchement. Un autre canal joignant 1*111 au Rhin traverse le canton Est, près de la citadelle, et se jette dans le bras droit de la rivière, un peu au-dessus du pont Saint-Guillaume.
Place forte de première classe, Strasbourg présente un formidable système de défense, composé d'une enceinte bastionnée à double rempart, de deux ouvrages h cornes, de plusieurs autres ouvrages extérieurs et d'une citadelle. Celleci, construite par Vauban sur le côté oriental de la ville, est liée à la place par deux communications; elle forme un pentagone, et se compose de cinq bastions et de cinq demilunes.
Les casernes sont au nombre de huit : les quartiers de Saverne, des Pêcheurs, des Juifs ( pour les pontonniers), de la Finckmatt, d'Austerlitz (pour l'artillerie), de Saint-Nicolas (pour l'artillerie), des Ponts-couverts, et le quartier des ouvriers d'artillerie. Toutes ces casernes, auxquelles on a ajouté, depuis 1830, l'ancien couvent de Sainte-Marguerite, sont de solides édifices en pierre, ayant de belles cours en partie plantées d'arbres : elles peuvent, avec la citadelle, loger 9000 hommes et près de 900 chevaux.
L'arsenal est un des plus considérables de France. Ses bâtiments, composés de magasins, de hangars, de chantiers de construction, sont situés sur les deux côtés de l'avenue de la citadelle. Il compte dans ses magasins d'armes 200000 fusils, 10 000 pistolets, 70 000 sabres, 2000 cuirasses, 20 000 lances, un grand nombre de bouches à feu, outre celles qui sont nécessaires à l'armement des fortifications et de la citadelle.
La fonderie de canons, qui, depuis son origine, avait toujours été sous le régime de l'entreprise, a été mise en régie militaire, en 1825. Le grand développement auquel elle est parvenue date d'une commande de près de 700 canons qui lui fut faite en 1841. Elle possède aujourd'hui : 1 fourneau rond à réverbère, de 26 400 kilogrammes; 1 second de 15000 kilogrammes, et 1 troisième de 2000 kilogrammes; 2 fourneaux longs accouplés, dits à l'anglaise, de 4000 kilogrammes chacun ; 1 fourneau à manche pour l'exploitation des terres, des moules et scories, et plusieurs fourneaux k creusets; 5 bancs de forerie, etc. Avec ces moyens, elle peut exécuter annuellement, à raison de douze heures de travail par jour, une commande de 300 bouches à feu de tout calibre.
On entre à Strasbourg par 7 portes :
La porte Nationale, autrefois la porte Blanche ; reconstruite au xvi e siècle, elle se compose d'une tour extérieure qui porte cette inscription : Hostibus arcendis, civibus tuendis, et d'une tour intérieure dont la porte est surmontée d'une énorme gueule de lion en meurtrière; sur le mur qui joint les deux tours, on lit une vieille inscription allemande dont voici la traduction :
« Par ma foi! Personne ne saurait sonder la miséricorde de Dieu, la cupidité des ecclésiastiques, et la méchanceté des paysans! »
En 1568, du côté de la porte Blanche, on a trouvé, dans
un lieu qui avait servi de cimetière aux habitants d'Argentorat, à 8 et 12 pieds de profondeur, vingt sarcophages de pierre, renfermant des lampes, des plats, des coupes, des écuelles, des fioles, des vases de terre et de verre. Auprès des sarcophages étaient plus de cent urnes contenant des cendres. Les anciens habitants de l'Alsace brûlaient leurs morts, dont ils déposaient la cendre, enfermée dans des urnes, sous des voûtes de pierre et de brique ; à côté des urnes , ils plaçaient des lampes sépulcrales et des vases remplis d'eau ;
La porte de Saverne : l'une des tours remonte à 1349; la voûte a été construite en 1552 ;
La porte de Pierre, qui faisait déjà partie de l'enceinte de 1374;
La porte des Juifs, qui lut reconstruite en 1562, et sur laquelle vous lisez cette inscription : Prœsidio civibus, terrori hostibus.
La porte des Pêcheurs, construite en 1541 ;
La porte des Bouchers , aujourd'hui la porte d'Austerlitz, construite en 1400 et agrandie en 1545; elle donne passage aux grandes routes d'Allemagne , de Suisse et de Lvon.
La porte de l'Hôpital, dont la tour a servi d'observatoire , et qui date de 1400, comme la précédente.
A ces sept portes, il faut ajouter les deux portes de la citadelle.
Il ne faut point chercher de promenades dans l'intérieur de Strasbourg , à moins qu'on ne veuille donner ce nom à trois allées de tilleuls , enfermées dans une balustrade de fer, qui précèdent la place du Théâtre , et qu'on appelle le Broglie. C'était jadis une grande place, appelée le Marché aux Chevaux ; la noblesse strasbourgeoise y donnait ses tournois.
Les véritables promenades de la ville sont situées hors de
son enceinte; il y en a deux, grandes, belles, riantes Tune et l'autre, qu'on nomme le Contades et la Robertsau.
La première , à laquelle on arrive par la porte des Juifs , fut dessinée sur l'emplacement de l'ancien pré des Arbalétriers ; dépouillée de ses arbres pendant la Révolution, elle a été replantée en 4799, et beaucoup embellie depuis quelques années. Sur la route qui conduit aux trois délicieux villages de Schiltigheim , Bischeim et Hoenheim , lesquels se
Fatfbotirg de Strasbourg.
tiennent par la main, de manière à n'en former qu'un seul, vous apercevez une ferme isolée : c'est là que Voltaire , dégoûté de Berlin et de Frédéric, vint, de 1753 à 1754, écrire les Annales de l'empire. C'est dans une belle maison de campagne du voisinage qu'il allait , pour se distraire de ses travaux , converser chez le maréchal de Contades avec toutes les illustrations de Strasbourg, scientifiques, artistiques et guerrières.
De larges pelouses coupées par de magnifiques allées de tilleuls , dont Le Nôtre a tracé le dessin ; une belle orangerie, où logea Joséphine en 1806 et en 1800 ; un jardin anglais; un pont suspendu, qui donne passage dans l'île du Waken ; un village dont toutes les maisons, coquettes comme des chalets d'opéra comique , parées de fleurs comme des bergères , respirent l'aisance et le bonheur : telle est la Robert-
sau. On y arrive par la porte des Pêcheurs.
M. C. Schmidt a consigné, dans sa Notice sur Strasbourg, un souvenir assez curieux qui se rattache, au Contades :
« Nos pères, dit-il, aimaient avec passion les divertissements, et un de leurs plaisirs les plus chers était de se réunir sur une grande pelouse *, hors de la ville, et devant la porte des Juifs, pour s'exercer au tir de l'arbalète. Ces exercices étaient ordinairement des occasipns de réjouissances populaires. En 1576,1a ville annonça une grande fête de ce genre, et y invita ses anciens et fidèles alliés, les Zurichois. Cette invitation amena un événement assez curieux pour mériter une mention. Les Zurichois , se souvenant de l'appui qu'ep mainte circonstance les Strasbourgeois leur avaient accordé, voulurent montrer à ceux-ci avec quelle vitesse ils pourraient au besoin voler à leur secours. Cinquante -quatre des principaux citoyens s'embarquèrent sur la Limmat, à deux heures du matin , et il n'était pas neuf heures du soir, que leur vaisseau fortuné abordait déjà aux quais de Strasbourg. Ils apportèrent une bouillie de millet préparée à Zurich , et conservée chaude jusqu'au moment de l'arrivée en notre ville. Le pot d'airain qui contenait ce mets est encore conservé à notre bibliothèque. Les hardis voyageurs furent dignement fêtés par les Strasbourgeois , qui gardèrent longtemps le souvenir de l'amitié de Zurich. Ce voyage fut chanté par un des principaux de nos vieux poètes , Jean